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Full text of "Architecture françoise, ou, Recueil des plans, elevations, coupes et profils des eglises, maisons royales, palais, hôtels & edifices les plus considérables de Paris : ainsi que des châteaux & maisons de plaisance situés aux environs de cette ville, ou en d'autres endroits de la France, bâtis par les plus célébres architects, & mesurés exactement sur les lieux : avec la description de ces edifices, & les differtations utiles & interessantes sur chaque espece de bâtiment"

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_ 


ARCHITECTURE 

FRANÇOISE. 

O U 

RECUEIL 

DES  PLANS,  ÉLÉVATIONS, 
COUPES  ET  PROFILS 

Des  Eglifes,  Maifons  royales.  Palais,  Hôtels  & Edifices  les  plus  confide'rables 
de  Pans,  ainfi  que  des  Châteaux  & Maifons  de  plaifance  fitués  aux  environs 
de  cette  \ ille , ou  en  d autres  endroits  de  la  France,  bâtis  par  les  plus  célèbres 
Architeâes,  & mefurés  exaâempnt  fur  les  lieux. 

Avec  la  defiriptian  de  ces  Edifices,  & des  Dijfier. tâtions  utiles  & intéreffantes 
fur  chaque  ejpèce  de  Bâtiment. 

Par  J ac  que  s - Franç  ois  BLONDEL,  Proffieur  dAr  ch, tellure. 

TOME  TROISIEME, 

Contenant  la  defcription  des  principaux  Edifices  des  Quartiers  Saint  Denis,  Montmartre, 
du  Palais  Royal  & Saint  Honore'. 

Enrichi  de  cent  quarante  Planches  en  taille-douce. 


A PARIS, 

Chez  Charles-Antoine  JOMBERT,  Imprimeur-Libraire  du  Roi  pour  l'Artillerie 
& le  Génie , rue  D mphine , à l'Image  Notre  Dame. 


M.  D C C.  L I V. 

AVEC  APPROBATION  ET  PRIVILEGE  DU  ROI. 


' ■ 


, 


TABLE 

DES  CHAPITRES 

CONTENUS  DANS  LE  TROISIÈME  VOLUME 

DE  L'ARCHITECTURE  FRANÇOISE- 


LIVRE  CINQUIEME. 

Des  principaux  Edifices  du  Quartier  Saint 
Honoré . 

CHAPITRE  PREMIER.  Defcription  de 
deux  Maifons  particulières,  l’une  fife  rue 
des  Mauvaifes  paroles , appartenant  à M. 
Guilloc , Intendant  des  turcies  & levées;  l’au- 
tre , rue  du  Cloître  S.  Méderic , appartenant 
à M.  Doutremont , Avocat  en  Parlement , p.  i 
Ch  a r.  II.  Defcription  du  frontifpice  du  Bu- 
reau des  Marchands  Drapiers  de  Paris,  rue  des 
Déchargeurs , 5 

Ch  ap.  III.  Defcription  du  bâtiment  de  la  Fon- 
taine des  SS.  Innocens,  fitué  au  coin  des  rues 
Saint  Denis  ôc  aux  Fers , 7 

Ch  ap.  IV.  Defcription  de  la  PorteS.  Denis 
& de  la  Porte  S.  Martin  , 10 

Ch  a p.  V.  Defcription  delà  maifon  de  Madame 
la  Comtefle  d’Eftradps , rue  de  Clery , 1 7 

C h a p.  VI.  Defcription  de  l’Eglile  des  Auguf- 
tins  Déchauflés , connus  fous  le  nom  des  Pe- 
tits Peres3  près  la  Place  des  Viéloircs,  11 
Ch  ap.  VII.  Defcription  de  l’Hôtel  de  Tou- 
loufe , fitué  rue  de  la  Vrilliere , près  la  Place  des 
Vi&oires,  27 

Chap.  VIII.  Defcription  de  la  Place  des  Vic- 
toires , quartier  Montmartre,  34 

Chap.  IX.  Contenant  la  defcription  du  Palais 
Royal , du  Château  d’eau,  &:  de  la  Maifon  de 
M.  d’Argenfon,  38 

Chap.  X.  Defcription  de  l’Eglife  des  Prêtres 
de  l’Oratoire,  rue  S.  Honoré,  y y 

Chap.  XI.  Defcription  de  la  Maifon  de  M. 
Rouillé , Miniftre  &:  Secrétaire  d’Etat  de  la 
Marine , rue  des  Poulies , quartier  S.  Honoré , 

60 

Chap.  XII.  Defcription  de  l’Eglife  de  Saint 
Louis  du  Louvre , fituée  rue  S.  Thomas  du 
Louvre,  quartier  du  Palais  Royal , 63 

Chap.  XIII.  Defcription  des  bâtimens  delà 
Bibliothèque  du  Roi , rue  de  Richelieu  ; de  la 
Bourfe,  rue  Vivicnne,  &:  de  la  Compagnie 
des  Indes  , rue  neuve  des  Petits  Champs , 67 
Chap.  XIV.  Defcription  de  la  Maifon  de  M. 
le  Préfident  de  Senozan , fituée  rue  de  Riche- 
lieu, 80 

Chap.  XV.  Defcription  de  l’Hôtel  de  Lou- 
vois  , rue  de  Richelieu  , 8 3 

Chap.  XVI.  Defcription  de  la  Maifon  de  M. 
Sonning,  rue  de  Richelieu,  87 


Chap.  XVII.  Defcription  de  la  Maifon  de 
M.  Duchatel , rue  de  R ichelieu , 90 

Chap.  XVIII.  Defcription  d’une  Maifon  fife 
rue  de  Richelieu , près  le  Boulevard  , 5)3 

Chap.  XIX.  Defcription  de  l’Hôtel  Defma- 
rets , rue  S.  Marc  , 9 j 

Ch  ap.  XX.  Defcription  du  Portail  de  l’Eglife 
des  Feuillans,  rue  S.  Honoré,  près  la  Place 
de  Louis  le  Grand,  &:  de  celui  de  l’Eglife  des 
Capucines,  rue  neuve  des  petits  Champs,  en 
face  de  la  même  Place,  pp 

Chap.  XXI.  Defcription  de  la  Place  de  Louis 
le  Grand,  près  la  Porte  S.  Honoré,  103 
Maifon  de 

feu  M.  le  Prefidenc  de  Tunis,  & de  celle  de 
j , Baron  dl;  Thiers,  Maréchal  général 
des  logis,  8c  Brigadier  des  Armées  du  Roi 
nruees  Place  de  Louis  le  Grand,  ,og 
Chap.  XXIII.  Defcription  de  deux  Maifons 
nruees  rue  neuve  des  Capucines , près  la  Place 
de  Louis  le  Grand,  l’une  appartenant  à M. 
Defvreux , Fermier  général  , l'autre  à M de 
Caftanier,  Direéleur  de  la  Compagnie  desln- 
des , 0 j j 

Chap.  XXIV.  Defcription  de  la  Maifon  de 
M.  Le  Gendre  d’Armini,  rue  neuve  des  Capu- 
ciues , pi  oclic  la  Place  de  Louis  IeGrand  1 17 
Chap  X X V . Defcription  de  l’Eglife  Paroif- 
f ale  de  S.  Roch , rue  S.  Honoré  , 1 , , 

Cx,AP'„XXVI-  DefcIVion  de  l’Hôtel  de 
INoalUes , rue  S.  Honoré , j , 0 

Cn  V'  , V *’  Defcription  de  l’Eglife  des 
Filles  de  1 Auomption , rue  S.  Honore , 1 ; -, 

C“1,p'  XXVII 1.  Defcription  de  l’ancien 
Hôtel  de  Montbafon  , aujourd’hui  la  Maifon 
de  M.  Richard,  Receveur  général  des  Fi- 
nances , 

C '^iXIX'  DcrcriPt:°n  de  la  Maifon 
de  M.  Blouin,  appartenant  prefentement  à 
M Michel,  Direéleur  de  la  Compagnie  des 
Indes,  rue  du  Fauxbourg  S.  Honoré,  14g 
Chap.  XXX.  Defcription  de  deux  Maifons 
particulières  , bâties  rue  du  Fauxbourg  Saint 
„Honore,  1 jo 

Chap.  XXXI.  Defcription  de  l’Hôtel  de 
Duras , fitué  rue  du  Fauxbourg  S.  Honoré , 

Chap.  XXXII.  Defcription  de  l’Hôtel  d’£- 
vreux , appartenant  à Madame  la  Marquife 
de  Pompadour , rue  du  Fauxbourg  S.  Ho- 
noré. 


I 

Les  G 

II 

1 

III 

Les  z 

CLes  z 

IV 

£Lcs  a 

V 

Les  5 

YI 

Les  5 

VII 

Les  6 

VIII 

Les  z 

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IX 

< Les  5 

(_  Les  5 

X 

Les  z 

XI 

Les  3 

XII 

Les  4 

XIII 

Les  3 

XIV 

Les  4 

XV 

Les  6 

XVI 

Les  5 

XVII 

Les  4 

AVIS  AU  RELIEUR 

Pour  placer  les  cent  quarante  Planches  de  ce  troifieme  Volume. 

LIVRE  CINQUIEME, 

Planches  des  Maifons  de  M.  Guillot  & de  M.  Doutremont  fe  placeront  enfemble  à la  page  4 
Cette  Planche  du  Frontifpice  du  Bureau  des  Marchands  Drapiers,  fe  placera  à la  page  6 
Planches  de  la  Fontaine  des  SS.  Innoccns  fe  placeront  entre  les  pages  8 & 9 

Planches  la  Porte  S.  Denis  fe  placeront  entre  les  pages  iz  &c  1 3 

Planches  de  la  Porte  S.  Martin  fe  placeront  à la  page  16 


Planches  de  l'Hôtel  deTouloufe  fe  placeront  entre  les  pages  3z  & 33 

Planches  de  la  Place  des  Vi&oires  fe  placeront  entre  les  pages  3 6 8c  37 

Planches  du  Palais  Royal  fe  placeront  entre  les  pages  46  & 47 

Planches  du  Château  d’eau , vis-à-vis  le  Palais  Royal , fe  placeront  entre  les  pages  50  5c  5 r 
Planches  de  la  Maifon  de  M.  le  Comte  d’Argenfon , fe  placeront  à la  page  54 

Planches  de  l'Eglife  des  Prêtres  de  l’Oratoire  fe  placeront  entre  les  pages  5 8 & 59 

Plinrhrç  dp.  I.i  Maifon  de  M.  Rouillé  fe  placeront  après  la  page  6 z 


XVIII 

XIX 

XX 

XXI 


Planches  de  la  Maifon  de  M.  de  Senozan  fe  placeront  apres  la  page 
Planches  de  l’Hôtel  de  Louvois  fe  placeront  après  la  page 
Planches  de  la  Maifon  de  M.  Sonnine  fe  placeront  entre  les  pages 
Planches  de  la  Maifon  de  M.  D— rf.  placeront  a la  page 
T es  ! Planches  de  U M «>£...  r.re  rue  de  Richelieu  , fe  placeront  à la  page 
Planches  de  l'Hôtel  Defmarets  fe  placeront  vis-à-vis  la  page 
Les  a Planches  du  Portail  des  Feuillans  & de  celui  des  Capucines , à la  page 

1 Les  trois  Planches  de  la  Place  de  Louis  le  Grand  doivent  être  collées  l’une  au  bout 
de  l’autre  , pour  n’en  faire  qu’une  feule  , qui  fe  placera  entre  les  pages 
6 Planches  de  la  Maifon  de  M.  le  Préfident  de  Tunis  doivent  être  placées  enfemble 
entre  les  pages 

6 Planches  de  la  Maifon  de  M.  le  Baron  de  Thiers  doivent  être  placées  enfemble 


8 6 

88  & 89 
9* 
P4 
98 
loz 


106  fie  107 


après  la  page 

4 Planches  de  la  Maifon  de  M.  Defvieux  doivent  être  placées  à la  page 
z Planches  de  la  Maifon  de  M.  de  Caltanier  fe  placeront  après  la  page 
4 Planches  de  la  Maifon  de  M.  Le  Gendre  d’Armini  fe  placeront  entre  les  pages 
4 Planches  de  l’Eglife  Paroifliale  de  S.  Roch  fe  placeront  entre  les  pages 
6 Planches  de  l’Hôtel  de  Noailles  doivent  être  placées  à la  page 
; 3 Planches  de  l’Eglife  de  l’Alïomption  fe  placeront  apres  la  page 

4 Planches  de  la  Maifon  de  M.  Richard  doivent  être  placées  enrre  les  pages 
3 Planches  delà  Maifon  de  M.  Blouin  fe  placeront  entre  les  pages 

5 Planches  des  deux  Maifons  de  M.  le  Préfident  Chevalier  & de  Madame  Le  Vieulx 

feront  placées  enfemble  après  la  page  1 5 1 

; 4 Planches  de  l’Hôtel  de  Duras  feront  placées  entre  les  pages  154  & 155 

3 Planches  de  l’Hotel  d’Evreux  feront  placées  à la  fin  du  Livre , page 


1 10 

1 r4 
1 1 6 

xi8  & 1 19 
ïz8  & 119 

138 

i4z 
144&  145 
148  & 149 


ARCHITECTURE 


FRANÇOISE. 

<h<M>ÿ-ÿÿÿÿÿÿ$ÿÿÿÿÿ^ÿ^^$ÿÿô<Kbÿ 

LIVRE  CINQUIEME. 

DES  PRINCIPAUX  EDIFICES 


DU  QUARTIER. 


S.  HONORE’. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Defcription  de  deux  Maifons  particulières , l'une  ,fife  rue  des  Mauvaifes 
Paroles , appartenant  à M.  Guillot , Intendant  des  Tardes  & Levees  • 
î autre,  rue  du  Cloître  S.  MCde'ric , appartenant  à M.  Doutremont , 
Avocat  en  Parlement. 

MAISON  DE  M.  GUILLOT. 

A Maifon  dont  nous  allons  parler  Lit  bâtie  en  1723  & 24  par  M. 
Cartaud(u)  Architecte  du  Roi.  Peut-être  trouvera-t’on  à redire  que  dans 
un  Recueil  où  l’on  femble  ne  s’être  propofé  de  parler  que  des  plus 
beaux  Edifices  de  cette  Capitale  & de  fes  Environs , on  ait  inféré  cette 
Maifon  Bourgeoife  : mais  comme  un  de  nos  plus  habiles  Architectes  en  a 
donné  les  delfeins , qu’il  en  a pris  la  conduite  , & que  la  diftribution  y eft  traitée  avec 
convenance , nous  avons  crû  qu’on  en  verroit  la  defcription  avec  d’autant  plus  de  plai- 
fir,  qu’un  Architecte  doit  fçavoir  defcendre  dans  le  détail  des  plus  petits  Bâtimens 
comme  il  doit  fçavoir  élever  fon  imagination  lorfqu’il  s’agit  du  projet  de  la  demeure 
d’unPrince , d’une  Tête  Couronnée , ou  lorfqu’il  eft  queftion  d’un  Edifice  public. 

(a)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Arclmcttc , Tome  I.  Page  222.  Note  (a). 

Tome  III.  A 


2 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


llaîfon 
de  M. 
Guillot. 


Elan  du  Rez-de-ChauJJec  £?  du  premier  Etage.  Planche  I. 

La  Figure  première  offre  le  plan  du  rez-de-chaulfée  ; quoiqu'il  foit  diftribué  danj 
un  terrain  allez  irrégulier,&  qu’il  ne  contienne  qu’environpj  toiles  quarrées  de  fuper- 
ficie  , il  ne  laide  pas  que  de  renfermer  un  allez  grand  nombre  de  pièces  : fçavoir , un 
bureau  pour  le  change  ( 'b ) , un  cabinet , une  cuifine  , une  écurie  pour  trois  chevaux  > 
un  grand  efcalier  & deux  petits,  une  cour , &c.  ; tant  il  eft  vrai  qu’un  bon  Archi- 
teéle  doit  toujours  être  confulté  , puifque  ce  ne  peut  être  que  par  fes  lumières  & fes 
avis  qu’un.  Propriétaire  fçait  tirer  avantage  de  l'on  terrain,  foit  pour  la  diftribution , 
qui  a pour  objet  la  commodité  ; foit  pourla  connoilfance  de  la  conftruétion,qui  a pour 
objet  lalolidité  ; foit  enfin  par  rapport  à l’agrément,  qui  a pour  objet  l’ordonnance  de 
la  décoration  tant  intérieure  qu’extérieure  ; connoiifances  qui  fuppofent  les  princi- 
pes delà  bonne  Architeélure  , & qui  demandent,  dans  quelque  occafion  que  ce  puifle 
être  , de  la  fagacité  , du  goût  & de  l’expérience. 

Pour  preuve  de  ce  que  j’avance , il  lùffit  de  confidérer  les  deux  Planches  de  cette 
Maifon , & l’on  verra  que  les  diftributions  font  fufceptibles  de  toutes  les  commodi- 
tés requifes  dans  un  Batiment  de  l’efpece  dont  il  s’agit , & que  la  décoration  exté- 
rieure , fans  fe  relfentir  de  la  prodigalité  des  ornemens  qui  accompagnent  ordinaire- 
ment les  édifices  confidérables , ne  lailfe  pas  cependant  que  de  porter  le  caraélere 
du  ben  goût  & de  la  proportion  ; caraélere  qui  fait  un  des  mérites  elfentiels  des  fa- 
çades extérieures,  par  la  raifon  que,  dans  chaque  efpece  de  bâtiment,  la  convenance 
exige  une  richelfe  ou  une  fimplicité  analogue  à fon  ufage , qui  feule  peut  lui  attirer 
le  luffrage  des  Connoillèurs. 

Le  nom  de  chaque  pièce  exprimé  dans  ce  plan  nous  difpenfera  d’un  long  examen: 
Nous  obferverons  feulement  que  la  cour  eft  un  peu  petite  pour  la  hauteur  des  bâti— 
mens , qui  ont  trois  étages  & une  manfarde  ; mais  il  eft  aifé  de  fentir  qu’en  a été 
obligé  d’en  ufer  ainfi  : car  comme  nous  l’avons  déjà  remarqué , le  terrain  ne  contenant 
qu’environ  95  toifes  de  fuperficie,  pour  trouver  dans  auffi  peu  d’efpace  les  ccir.rr.cdi- 
tés  qu’on  remarque  dans  cette  mailbn , il  a fallu  donner  à la  cour  la  moindre  grandeur 
polhble,&  multiplier  les  étages,  afin  que  les  différentes  perfennes attachées  aux  Maî- 
tres fe  trouvaient  par  ce  moyen  logées  commodément  & relativement  à leur  fers  ice  ; 
conl  dératicn  qui  doit  entrer  dans  le  local  d’un  plan , & qui  dans  une  maifen  particu- 
lière eft  préférable  à tout  ce  que  la  diftribution  peut  prélènter  de  plus  ingénieux. 

La  Figure  deuxieme  offre  le  plan  du  premier  étage  compofé  de  trois  appartemens 
de  maître  , d’une  falle  de  compagnie , d’une  falle  à manger  , &c.  toutes  pièces  régu- 
lières , d’une  belle  proportion  , & munies  de  dégagemens  & de  deux  petits  efcaliers 
qui  montent  de  fond  en  comble  & qui  conduiiènt  aux  entrefols.  Le  grand  efcalier 
n’arrive  qu’au  premier  & au  fécond  étage  ; ce  dernier  eft  dillribué  d’après  les  mêmes 
murs  de  refends  que  ceux  dont  nous  venons  de  parler , & contient  plufieurs  apparte- 
mens de  commodité  qui  concourent  à donner  à cette  mailon  un  logement  alfez  con- 
fidérable. 

Elévation  d’une  des  ailes  du  celé  de  la  cour  , Ù1  coupe  du  principal  corps  de  logis  , donnant  fur 
la  rue  des  mauvaifes  paroles.  Planche  II. 

Cette  Planche,  prife  dans  le  plan  fur  la  ligne  AB  , montre  la  hauteur  des  differens 
étages  dent  nous  avons  parlé.  Ces  étages  régnent  tout  au  pourtour  de  l’intérieur  de  la 

(A)  Depuis  que  M.  Guillot  eft  Intendant  des  Turcies  faire  connoître  les  pièces  rélatives  à l’ ufage  d’un  Négo- 
& Levées  , & qu’il  a quitté  le  négoce,  on  a fait  de  la  ciant  , rien  n’étant  indiffèrent  lorfqu’il  s’agit  de  la  aif- 
Piece  marquée  C , une  fort  belle  falle  à manger  : nous  tribution  des Bâtimens  en  général, 
avons  laillé  dans  ce  plan  cette  ancienne  difpoiition  pour 


Maifoà 
de  M. 
Guiilot. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.V.  3 

cour , à l’exception  de  la  partie  de  la  remife , au-deflùs  de  laquelle  font  un  entrefel 
& une  piece  de  plain  pied  au  premier  étage. 

La  coupe  , en  faifant  voir  le  plus  petit  diamètre  de  la  cour , indique  en  même  tems 
la  trop  grande  élévation  du  bâtiment  ; mais  les  raifons  que  nous  avons  rapportées  plus 
haut  prouvent  la  nécellité  dans  laquelle  on  s’ell  trouvé  d’en  ufer  ainfi. 

Le  rez-de-chauflee  de  cette  cour  eft  décoré  d’arcades  bombées  , tant  feintes  que 
réelles  & chargées  de  refends.  Au-deflus  de  ce  rez-de-chaulfée,  font-des  croifées  avec 
des  bandeaux , qui  defeendent  jufques  au  plancher  du  premier  étage , à cela  près 
d’une  banquette  de  pierre  de  14  pouces  de  hauteur,  qui  reçoit  un  demi  balcon  de 
fer , cfue  l’Architedle  a préféré  ici  à un  appui  tout  de  maçonnerie , pareeque  ce  demi 
balcon  procure  plus  de  lumière  dans  l’intérieur  des  appartemens , & que  par  ce  moyen 
les  croifées  ont  acquis  une  proportion  plus  convenable  ; attention  qui  n’eft  jamais  in- 
différente dans  l’ordonnance  extérieure  d’un  bâtiment. 

Les  croifées  du  deuxieme  étage  font  dans  le  même  genre.  Ces  étages  font  féparés 
par  des  plinthes , & tout  le  bâtiment  eft  couronné  par  une  corniche  dont  les  profils 
fe  relîèntent  delà  capacité  & de  l’expérience  de  l'Architeéle  qui  en  a donné  les  def- 
fèins. 

La  décoration  intérieure  , quoiqu’on  général  alfez  fimple  , eft  traitée  avec  beau- 
coup de  goût.  Les  ornemens  y font  ménagés  à propos,&  difpoles  de  maniéré  qu’il  y a 
des  intervalles  qui  font  valoir  les  parties  qui  doivent  naturellement  dominer.Nous  ob- 
ferverons  même  que  quoique  le  goût  des  ornemens  ait  changé  confidérablement 
depuis  que  la  maifon  dont  nous  parlons  a été  bâtie  , il  n’en  eft  pas  moins  vrai  que  les 
Connoilfeurs  applaudilfent  à la  retenue  dont  M.  Cartaud  a ufé  dans  les  décorations 
de  cette  maifon  : modération  infiniment  préférable  à cette  multiplicité  d’ornemens 
dont  on  fait  ufage  aujourd’hui , quoiqu’ils  foient  alfez  ingénieux  pour  la  plûpart. 

Nous  ne  donnons  point  ici  la  façade  du  côté  de  la  rue , à caufe  de  fa  grande  fimpli- 
cité.  On  remarquera  feulement  que  l’heureufe  proportion  qui  régné  dans  fon  ordon- 
nance , l’excellence  de  fes  profils  & la  beauté  de  fon  appareil , portent  le  caraétere 
du  vrai  fçavoir  ; caraétere  que  l’on  remarque  non-feulement  dans  toutes  les  grandes 
entreprifes  qui  ont  été  confiées  à M.  Cartaud , mais  qui  fe  rencontrent  dans  toutes  les 
maifons  particulières  élevées  fous  fes  ordres,  dans  le  nombre  defquelles  nous  regar- 
dons comme  un  chef-d’œuvre  , celle  de  M.  Hurel,  Confeiller  au  Châtelet,  fituée  rue 
Saint  Martin,  dont  la  façade  du  côté  de  la  rue  eft  généralement  eftimée.  Nous 
n’avons  pas  inféré  cette  maifon  dans  ce  Recueil  dans  la  crainte  d’ellûyer  le  reproche 
de  nous  être  trop  arrêté  à des  Bâtimens  de  peu  de  confequence.  Nous  en  recomman- 
dons cependant  l’imitation  à ceux  qui  veulent  fe  diftinguer  dans  la  profeffion  d’Archi- 
teéle  ; les  plus  habiles  étant  forcés  d’avouer  qu’il  n’eft  rien  de  fi  difficile  que  de 
produire  de  l’excellent  dans  une  maifon  de  peu  d’importance  , & que  c’eft  ordinaire- 
ment dans  ces  occafions  qu’il  faut  un  vrai  mérite  pour  plaire  aux  perfonnes  intelligen- 
tes dans  l’art  de  bâtir. 


MAISON  DE  M.  DOUTRËMONT. 


La  maifon  dont  nous  parlons  peut  auffi  être  confidérée  comme  particulière  , & 
quoiqu  elle  ait  été  bâtie  long-tems  avant  celle  dont  nous  venons  de  donner  la  deferip- 
tion,  & par  un  Architeéle  beaucoup  moins  connu  (c)  , il  eft  cependant  certain  que 


(r)  Jean  Richer , Arcliitefte , paroît  avoir  été  Eleve  de 
le  Veau,  mort  en  1670, fa  maniéré  de  décorer  étant  à peu 
près  la  meme  que  celle  qu’on  remarque  dans  quelques  ou- 
vrages de  ce  célébré  Architeéte  ; voyez  la  maifon  de  M. 
Henfelin , que  nous  avons  donnée  page  131  du  fécond 
Volume.  On  peut  encore  fe  convaincre  de  cette  relfem- 
blance  dans  les  Œuvres  de  Marot , où  Ton  verra  une  autre 


maifon , fituée  rue  Bourglabbé,  appartenant  à M.  Pafquier; 
du  defleindcJ.  Richer,  & que  nous  n’avons  pasinferée  dans 
ce  Recueil , pareeque  les  Planches  different  affez  confidé- 
rablement de  l’exécution  ; mais  en  général  fes  diflributions 
& fes  décorations  méritent  quelque  eftime,  ainfi  qu’une 
maifon  particulière  dans  le  même  genre  de  celle  que  nous 
donnons  ici,  & qui  fera  l’objet  du  Chap.  V.  de  ce  Volume. 


Maifon 
de  M. 
Doutrc- 

mont, 





ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v.  V. 


relativement  à la  néceflité  de  mettre  fous  les  yeux  du  Leéteur  des  bâtimens  de  toute 
efpece, celui-ci  n’eft  pas  tout-à-fait  du  genre  de  ceux  que  l’on  doit  rejetter;  d’ailleurs 
le  parallèle  qu’on  en  peut  faire  avec  le  précédent , fera  connoître  fenfiblement  la  dif- 
férence qu'il  y a entre  la  maniéré  de  diftribuer  du  dernier  fiecle , & les  progrès  que 
nos  Architeéles  François  ont  fait  depuis  dans  cette  partie  de  l’Architeélure. 

La  Planche  ttoifieme  montre  dans  un  terrain  alfez  peu  fpacieux  deux  corps  de  logis 
appartenant  à deux  differens  Proprietaires, celui  marqué  C à M.  Doutremont,  & celui 
D à Melk.  Rivet.  Ces  maifons  font  alfujetties  à une  façade  de  bâtiment  uniforme  , 
qui  s’eft  pû  faire  d’autant  plus  facilement  quelles  font  lltuées  à l’ encoignure 
de  deux  rues  qui  en  rendent  les  entrées  plus  particulières  & plus  commodes. 

Tout  le  rez-de-cbaulfée  eft  occupé  par  une  cour  commune  & par  deux  corps 
de  logis.  Le  plus  grand  a une  écurie  pour  quatre  chevaux,  deux  remifes,  un  grand 
efcalier,  une  cuifine , une  falle  à manger , un  garde  manger  , &c.  Le  petit  eft  com- 
pofé  feulement  d’un  porche , d’un  elcalier , d’une  cuifine  , d’une  falle  à manger  & 
d’un  office. 

La  Planche  quatrième  repréfente  dans  chaque  maifon  un  appartement  de  Maî- 
tre. Ces  appartemens  font  multipliés  dans  les  étages  fuperieurs  au  nombre  de  trois  & 
d’un  Attique.en  comptant  le  rez-de-chauffée  (ri)  ; mais,  comme  nous  venons  de  le  re- 
marquer, ils  font  fans  commodité:  avantage  que  notre  diftribution  aéluelle  a fur  celle 
du  fiecle  précédent.  a 

La  Planche  cinquième  offre  la  décoration  de  la  principale  façade  du  côté  de  la  rue, 
qui  différé  autant  de  notre  maniéré  de  décorer  aujourd’hui , que  la  diftribution  ancien- 
ne différé  de  la  moderne.  Cependant,  fi  l’on  en  excepte  le  couronnement  des  Atti- 
ques , l’Ordre  despilaftres , qui  fait  un  trop  petit  avant-corps  dans  le  milieu  de  cette 
élévation,  & l’air  de  pefanteur  qui  régné  dans  toute  cette  ordonnance, en  faveur  delà 
fimetrie , d’un  certain  caraélere  viril , & de  la  proportion  de  quelques  parties  plus 
heureufement  conçues  que  celles  dont  nous  venons  de  parler  , cette  compofition 
mérite  quelque  confidération. 

La  Planche  fixieme  préfente  la  coupe  prife  dans  les  plans  précédens  furlaligne  AB  , 
& le  développement  de  l’efcalier  du  corps  de  logis  marqué  C.  On  voit  auiîi  dans 
cette  planche  la  coupe  des  remifes , un  logement  pratiqué  au-delfus , & l’élévation  de 
l’aile  de  ce  bâtiment  en  retour  fur  la  cour,  & dont  l’ordonnance  eft  la  même  que  les 
pavillons  de  la  façade  du  côté  de  la  rue , dont  on  vient  de  faire  mention. 

(d)  Nous  remarquerons  que  dans  ces  Planches  il  y a qui  ne  nous  ont  pas  paru  affez  importans  pour  en  fâirg 
quelques  légers  changemens  dans  les  diftributions , mais  mention  ici. 


CHAPITRE 


/ 


Plan  du  premier  ctaqc 


JLiv.  7^.  "N  ? I . Planche  Prenuere 


ScJie-Ue  de 


A Parus  che-x^.  AOÆBERT , roe  Dauphine  . 


(Tnclave  de  la  niait  on  voisine 


Plan  au  re^  de  chaussée  d'une  maison  appartenant  a /TL.  Gudlat  négociant,  j-cize  rue  de<S  Mauvais  et 
paroles  a.  Parus , bâtie  car  lcd  desseins  de  rtf.  Car  tau  It  çirc/uteete  du  -^.oy 


i.  Pompe  jm  tourna 
l'eau  dam  la  Cuisine 
et  dam  lauje 
zJRiuéÿeaa 

le  pave  pour  lecoule 
z ment  des  eaux 


ZO£ 


JPlasi  cLictre^  Jlfawon  situées  dcuants  les  Consul#  f ci  J? ans  f h as  lie,  -par  I.  PsicÀvtr  . 


wm^lBKSÈÊI^SSÊnMmÊmÊBSmtSÊÊBSlÊmmÊSBsSÊIItBSBBÊÊk 


Frvce  iu,  dedans  cU  la.  Cour  auec  le  Profil  de,  laisle.  ddareMcascm  scituee  clcuant  les  Consuls 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 


î 


chapitre  II 

Defcription  du  frontifpice  du  Bureau  des  Marchands  Drapiers  de  Paris  , 
rue  des  Dechargeurs. 

LA  lïngularité  de  l’ordonnance  de  ce  frontifpice , prife  en  général,  la  contrainte 
dans  laquelle  s’eft  jette  l’Architeéle  par  l’accouplement  des  Colonnes  Dori- 
ques , & la  beauté  de  fa  fculpture,  nous  ont  déterminé  à faire  quelques  obfervations 
fur  les  parties  qui  compofent  cet  édifice  ; mais  avant  que  d’y  palfer , nous  averti- 
rons que  la  Planche  que  nous  donnons  ici  diffère  en  quelque  ehofe  de  l’exécution. 
Premièrement  il  n y a aucune  canelure  dans  les  Ordres  des  colonnes  8c  pi  ladres  : la  ta- 
ble marquée  A eft  fupprimée  , on  a mis  à fa  place  deux  triglifes  & un  métope  d’un 
plus  grand  intervalle  que  les  autres , lequel  eft  orné  de  deux  cornes  d’abondance. 
Cette  table  Paillante  fans  doute  avoit  été  faite  dans  le  projet  pour  tnafquer  l’irrégula- 
rité de  ce  métope  , & en  même  tems  pour  recevoir  une  ihfcription  ; mais  comme  elle 
s elt  trouvée  trop  petite  pour  ce  dernier  ufage  , on  a préféré  d’en  placer  une  de 
marbre  noir  dans  le  dez  du  piedeftal  marqué  B.  Cette  infcription  eft  concûe  en  cés 
termes.  5 


MAISON  ET  BUREAU  DÉS  MARCHANDS 
DRAPIERS  DE  CETTE  VILLE  DE  PARIS. 


Secondement  il  n’y  a point  de  têtes  de  Lion  dans  la  cimaife  de  l’Ordre  Dorique 
les  confoles  C font  beaucoup  moins  pédantes , & à la  place  de  la  tête  de  Mercure  dur 
la  porte  du  milieu  ( attribut  qui  déligne  le  commerce  ) , eft  aulîi  une  condole.  Les'dez 
des  piedeftaux  de  1 Ordre  Ionique  font  liiîes , & les  retours  des  crolîèttes  D dont  dup- 
primés  Les  pilaftrcs  Attiques  ne  dont  point  ravallés,  & leurs  chapiteaux  dont  com- 
poles  de  feuilles  d’eau  avec  un  tailloir  quadrangulaire  ; les  croidées  'de  ce  même 
Attique  dedcendent  judques  fur  l’entablement  Ionique,  les  guillochis  de  delTus  ces 
cioilees  dont  moins  ornes , & les  caffèttes  de  délions  la  corniche  horidontale  du  fron- 
ton lont  iupprimées.  L’éculfon  des  Armes  du  Roi  eft  accompagné  de  branches  de 
laurier  & de  chêne  , au  lieu  de  guilandes  : enfin  les  vades  de  defllis  les  pilaftres  Atti- 
ques ne  s’y  voyent  point,  auffi-bien  que  le  comble  qui  n’étant  point  apperçû  d’en 
bas  , elt  execute  fans  aucune  décoration  ni  fîmétrie. 

Ces  légères  différences , qui  ne  changent  rien  à la  maflè , dont  néanmoins  autant 
d omillions  qui  ont  ete  faites  lors  de  l’exécution  ; ce  qui  donne  lieu  de  croire  que 
cette  Planche  a ete  grave  e fur  les  projets  de  Liber  al  Bruant , (a)  qui  donna  les  deflèms 
de  cet  eaifice , & qui  de  chargea  de  fa  conduite  vers  le  milieu  du  dernier  fiecle 

Nous  avons  trouvé  de  la  fingularité  dans  l’ordonnance  de  la  façade  dont  nous  par- 
lons ; lans  doute  on  doit  regarder  comme  telle  la  trop  grande  ouverture  des  croidées 
du  premier  etage  comparée  avec  le  diamètre  des  pilaftres , le  màffifaffeifté  au  milieu 
de  ce  meme  etage  pour  contenir  feulement  les  armes  de  la  Ville  , la  fuppreflion  des 
deux  colonnes , a la  place  defquelles  on  a préféré  des  cariatides , le  fronton  circulaire 
bnie,  pratique  aind,  pour  y placer  une  figure  alf.de  d'une  proportion  gigantefque,  d’un 
mauvais  choix  & d une  execution  médiocre , enfin  le  fronton  triangulaire  , non-feu- 

chiïteïfede  ’ der„iPefSuol'H  Pf™  Ari  ides  & Soldais  de  ce  même  Hôtel  ; ainfi  que 

B 


Burea* 
des  Dtà- 
piers. 


lement  placé  fur  un  Attique , mais  dont  la  réitération  trop  prochaine  de  celui  de  def- 
l'ous , eft  contre  tout  principe  de  convenance. 

A l’égard  de  la  contrainte  dont  l’Architeéle  a ufé  dans  la'décoration  de  ce  frontif- 
pice , nous  remarquerons  l’accouplement  de  l’Ordre  Dorique , & nous  dirons  que 
l’exemple  de  cet  édifice  nous  montre  un  des  moyens  dont  nos  Architectes  modernes 
fe  font  fervi  pour  rendre  poffible  l’accouplement  de  cet  Ordre  , & quoique  Bruant 
ait  été  le  foui  qui  ait  mis  ce  moyen  en  pratique,  il  n’en  eft  pas  moins  de  quelque  auto- 
rité. Pour  y parvenir,  il  a diminué  les  pilaftres  comme  les  colonnes,  deforte  qu’il  n’y 
a que  les  bafos  qui  fe  pénétrent  ; autrement  les  chapiteaux  auroient  eu  le  même  de- 
faut , ainfi  qu’on  le  voit  au  portail  des  Minimes , par  François  Memfard , comme  nous 
l’avons  remarqué  dans  le  Volume  précédent.  Nous  avons  faitvoir  auffi  dans  le  meme 
Volume , en  parlant  du  Luxembourg  & du  portail  de  S.  Gervais , par  DesbroJJes , que 
pour  éviter  l’une  & l’autre  licence  dont  nous  parlons  ici , on  eft  tombé  dans  un  autre 
excès  , fçavoir , de  rendre  la  dillnbution  des  metopes  diffemblable  5 & qu  au  porti- 
que deVincennes,  bâti  par  Le  Veau,  pour  éviter  tous  ces  inconvéniens  ,cet  Architecte 
avoit  préféré  de  donner  17  modules  au  lieu  de  ïô  a la  hauteur  de  fa  colonne,  ce  qui 
fait  fortir  cet  Ordre  de  fon  caractère.  Il  eft  vrai  que  la  diminution  des  pilaftres , donc 
nous  parlons , n’elt  pas  un  fyftême  alfez  univerfellement  reçu  dans  l’Architecture 
pour  le  mettre  en  pratique  fans  quelque  confidératlon  particulière  ; mais  en  general 
on  peut  dire  que  lorfque  ces  pilaftres  ne  font  pas  angulaires  comme  ceux  du  por- 
tail de  l’Eglife  du  College  Mazarin  , cette  diminution  eft  alfez  tolérable  , quoiqu’el- 
le foit  coniîdérée  par  les  plus  célébrés  Architectes  comme  une  licence  plus  ou  moins 
abufive , félon  que  l’édifice  femble  exiger  plus  ou  moins  de  retenue. 

Quand  nous  avons  parlé  de  la  beauté  de  la  feulpture  de  ce  frontilpice , nous  avons 
entendu  applaudir  à la  perfection  des  cariatides, dont  on  ne  fçauroit  alfez  louer  l’excel- 
lence & la  beauté  du  travail , aulli-bien  que  celui  des  enfans  & des  Dauphins  qui  font 
au  milieu  & au  pied  de  ces  figures  ; car  on  doit  fe  rappeller  que  nous  avons  blâmé 
ailleurs  l’ufage  des  cariatides  en  général,  dont  la  fervitude  ici  eft  auffi  contraire  à la 
vraifemblance  , que  l’allégorie  eft  peu  propre  au  genre  d’édifice  dont  nous  parlons. 

Ces  différentes  obfervations  nous  conduifent  à conclure  qu’il  ne  fuffit  pas  que  l’or- 
donnance d’un  édifice  foit  finguliere  pour  plaire , que  les  contraintes  auxquelles  un 
Architecte  s’aftujettit  ne  font  pas  regardées  de  meilleur  œil , quand  ces  fujettions  qui 
n’ont  pour  objet  que  des  parties  de  détail , produifent  un  tout  hors  de  proportion , 
& qu’enfin  la  feulpture  la  mieux  exécutée , lorfqu’elle  pèche  contre  la  convenance  , 
& quelle  n’annonce  pas  des  fimboles  relatifs  à l’édifice,  n’a  droit  de  plaire  que  fépa- 
rément. 

Malgré  ces  obfervations,  qui  nous  paroiifent  fondées,  l’édifice  dont  nous  venons  de 
faire  la'defcription  eft  néanmoins  un  de  ces  anciens  monumens  qui  s’efl:  attiré  le  fuf- 
frage  de  la  multitude , fans  autre  mérite  réel  que  quelques  beautés  de  détail  qui  ont 
fait  fans  doute  oublier  les  malles  & les  rapports  de  proportion  & de  convenance  , fans 
lefquels  cependant  il  n’eft  point  de  bonne  Architecture.  C eft  ce  qui  nous  détermine 
tt  continuer  de  relever  ferupuleufement  dans  cet  Ouvrage  toutes  les  licences  qui  fe 
rencontreront  dans  les  bâtimens  dont  nous  allons  parler , fans  pour  cela  négliger  de 
faire  l’éloge  des  beautés  dont  très-fouvent  ces  mêmes  licences  font  accompagnées. 


Llv.  v,  TST  ii 


— IMMXff  r — — ir-  -**/-*—*.- 


ARCHITECTURE 


CHAPITRE 

Defcription  du  Bâtiment  de  la  Fontaine  des  Innocent , fit  ni  au  coin  des 
Rues  S.  Denis  & aux  Fers. 

'Edifice  que  nous  décrivons  fut  bâti  en  ijjo  dans  l’état  où  on  le  voit  auiour- 
- — ^/,hul,;  ™als.la  conftruélion  primitive  de  cette  Fontaine  eft  fort  ancienne , puif-  tf"* 
que,  félon  le  fentiment  de  plufieurs  Auteurs,  il  en  eft  fait  mention  dans  les  Lettres  Pa- 
tentes  de  Ph, lippe  le  Hardi  , données  l'an  1273  , à propos  d'un  accord  fait  entre  ce 
Ro  & le  Chapitre  de  S Medénc  Ce  fut  Pierre  Lefeot  (a)  , Abbé  de  Clagny  , qui  don- 
na les  deffeins  de  1 Architeélure  de  ce  monument,  & Jean  Goujon  (b)  fut  chargé  de 

la  fculpture,  ouvrage  regardé  des  Connoilfeurs  comme  un  des  chefs-d’œuvres  de 
cet  Art. 

Elévation  d’une  des  faces  de  la  Fonthine  des  hnocens,  du  côté  de  la  rue  aux  Fers. 

Planche  Première. 

Cette  fontaine , fituee  à l’encoignure  de  deux  rues , eft  compofée  de  deux  façades 
en  retour  d equerre  1 une  contenant  deux  arcades  & l’autre  une  feulement  : ces  ^arca- 
conjlP.n^sf^ns  la  hauteur  d’un  Ordre  de  Pilaftres  Compofites , élévé  fur  un  Pie- 
deltal  & celui-ci  fur  un  foubafTement.  Au-deiTus  de  cet  Ordre  s’élev»  un  Attique 
couronné  de  frontons  , ainfi  qu’on  le  remarque  dans  cette  Planche.  Nous  ne  donnons 
pas  ici  1 autre  façade  en  retour , étant  compofée  d’une  Architeélure  femblable  & enric- 
des  mêmes  ornemens  & figures , qui  ne  différent  de  celles  de  la  façade  dont  nous  par- 
Ions  que  dans  les  attitudes.  r 

Cette  Planche,  anciennement  gravée,  l’eft  avec  afTez  de  fidelité,  principalement  pour 
ce  qui  regarde  les  bas  reliefs , qui  fans  contredit  font  un  des  principaux  mérites  de  ce 
bâtiment  ; car  on  peut  dire  que  l’Architeéfure , exécutée  d’ailleurs  avec  pureté  & pro- 
fii.ee  d allez  bon  gout5  peche  contre  la  convenance.  Nous  remarquerons  à cette  occa- 
fion  qu’en  général,  quoique  ce  monument  fe  foit  acquis  jufqu’à  prefent  une  grande 
réputation , les  deux  parties  effentielles  qui  doivent  caraétérifer  un  bâtiment  aquati- 
que font  omifes  dans  celui-ci  ; fçavoir,  d’une  part  l’application  d’un  Ordre  viril,  & 
de  1 autre  1 abondance  des  eaux,  qui  extérieurement  devroient  fe  répandre  avec  plus 
de  profufion , du  moins  dans  certaines  occafions.  En  effet  dans  cet  édifice  , ainfi  que 
dans  prefque  tous  ceux  de  ce  genre  qui  font  bâtis  à Paris , l’eau  ne  s’échappe  que  par 
de  petits  mafcarons,  qui  bien  loin  de  nous  annoncer  qu’une  Riviere  confidérable  paife 
au  milieu  de  cette  Capitale  , femblent  au  contraire  nous  perfuader  que  le  terrein  que 
nous  habitons  eft  un  lieu  fec  & ftérile.  C’eft  ce  qu’il  eft  facile  de  remarquer  dans  le 
monument  dont  nous  parlons  , où  l’on  ne  voit  que  deux  robinets  qui  diftribuent  à 
peine  l’eau  aux  habitans,  & qui  font  placés  du  côté  de  la  rue  S.  Denis , ceux  qui  fe 
voyent  dans  cette  Planche  ayant  été  fupprimés. 

A l’égard  de  l’Architeéfure , on  peut  dire  que  fa  délicatelTe  n’eft  pas  du  relfort 
d une  Fontaine  publique  : ajoutons  à cela  fon  peu  de  relief,  fes  refTauts  trop  réité- 
rés , la  prodigalité  de  fes  ornemens  , remarquons  même  la  fineffe  & la  grâce  de  fa 
fculpture  qui  dans  toute  autre  occafion  feroient  un  genre  de  beauté  , mais  qui  ne 
peuvent  ici  etre  eftimées  que  féparement , toutes  ces  richelfes  n’ayant  rien  de  com- 
mun  avec  1 _°bjet  elfentiel  ; car  on  peut  dire  en  général  que  cette  élégance  & cette 
exactitude  dans  la  main  d’œuvre , ne  font  propres  que  dans  de  certains  ouvrages  qui 
peuvent  etre  vûs  de  près  , où  le  talent  de  l’Artifte  peut  être  apperçû , & où  tout 

Ch  WW  r,rIer°nAde  Cet  Archi'efte  « . écrivant  le  célébré  Sculpteur  dans  le  fécond  Vol.  pag.  , l . notte  (.,) 

(b'i  Noue  ,,,nVT:',i  - a^'  P[e'?llcr  i*  S^ncore  Volume.  pag.  14p.  1 po  , Note  ( a ) &c.  fans  fçavoir  rien  de  pal- 
( ) Nous  avons  déjà  parle  de  quelques  ouvrages  de  ce  ticulier  jufqu’à  prefent  fur  la  vie  de  cet  homme  illuftre. 


8 ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Li y,  V. 

l'édifice  doit  être  préfervé  des  injures  de  l’air.  Au  contraire  ici  i’Architeéle  a exhauflé 
=nr.  ce  travail  recherché  fur  un  foubaflement , pour  le  préferver  fans  doute  de  l’approche 
du  vulgaire  ; mais  il  n’a  pas  prévû  que  non-feulement  ce  foubaifement , d’ailleurs  trop 
lille  , par  fa  grande  élévation , fert  contre  toute  idée  de  vraifemblance  à éloigner  de 
l’qeil  du  Spéculateur  cette  merveille  de  l’art , qui  dans  ce  genre  ne  peut  compter  de 
rivale  que  la  fontaine  de  la  rue  de  Grenelle  , dont  nous  avons  parlé  dans  le  premier 
Vol.  pag.  216.  Chap.  VIII. 

Les  arcades  qui  fe  remarquent  ici,  font  non-feulement  trop  grandes  pour  le  dia- 
mètre de  l’Ordre  qui  préfide  à ce  monument , mais  femblent  contraires  à l’ufage  d’un 
bâtiment  hydraulique  , dont  l’enceinte  doit  être  lermée,pour  exprimer  plus  defolidi- 
té.  Il  n’en  faut  point  douter  , il  eft  un  caraélere  propre  à chaque  genre  d’édifice , éta- 
bli par  les  loix  de  la  convenance  & les  principes  de  la  bonne  Architecture.  C’eft  cette 
marque  diftinélive  qui  feule  ale  droit  de  s’attirer  l’ellime  des  connoilfeurs  par  l’idée 
qu’on  doit  fe  former  naturellement  d’un  bâtiment  facré  , public  , ou  particulier , ces 
differens  édifices  devant  généralement  annoncer  par  leur  compofition  extérieure  l’u- 
fage auquel  ils  font  deftinés. 

On  ne  peut  difconvenir  néanmoins  qu’il  n’y  ait  des  beautés  de  détail  dans  le  mo- 
nument dont  nous  parlons , mais  on  doit  obferver  qu’il  eft  femblable  à cet  égard  à 
la  plûpart  des  édifices  antiques , dont  la  perfection  de  1 exécution  a attiré  le  fuffrage 
du  plus  grand  nombre.  Prévenu  par  la  richeftè  & 1 abondance  des  ornemens  qu’on 
a remarqué  dans  ces  édifices  , on  s’ eft  déterminé  à les  admirer  , fans  entrer 
dans  l’examen  des  rapports  du  tout  aux  parties  & des  parties  au  tout.  De-là  il  arrive 
tous  les  jours  que  les  admirateurs  de  l’Antiquité , prennent  fouvent  l’ouvrage  entier 
pour  autorité  , & qu’ils  fe  laiffent  ordinairement  furprer.dre  par  une  forte  d’enchan- 
tement qui  les  conduit  à allier  dans  leurs  productions  des  parties  qui  n’étant  pas 
faites  pour  aller  enfemble  , préfentent  une  ordonnance  peu  fatisfaifante.  Ces  inad- 
vertances n’arrivent  que  trop  fouvent,  quoique  ces  admirateurs  cherchent,  difcnt-ils,  à 
puifer  leurs  principes  dans  des  exemples  capables,  à bien  des  égards,  de  former  le  goûtj 
mais  encore  une  fois  ils  fe  laiflent  féduire  par  la  totalité,  fans  entrer  dans  l’efprit  des 
régies  de  la  convenance.  C’eft  cependant  cette  derniere  qui  feule  enfeigne  le  choix 
du  caractère  exprelîit  qu’il  eft  indifpenfable  de  donner  à chaque  bâtiment  & fans  le- 
quel on  s’éloigne  toujours  de  la  vrai-femblance  &de  la  bienféance  : confidérations 
eflèntielles  à obferver  néanmoins  pour  parvenir  à l’excellence  de  fon  art. 

La  façade  que  nous  donnons  ici  contient  différentes  infcriptions , celles  qui  font 
placées  dans  les  trois  petites  tables  au  deftus  des  impolies , auffi-bien  que  dans  deux 
pareilles  tables  du  côté  de  la  rue  S.  Denis , font  toutes  les  mêmes  & conçues  en  ces 
termes. 

FONTIUM  NYMPHIS. 

Dans  une  des  tables  du  foubaflement  marquée  C , on  lit  cette  infcription  : 


Quos  duro  cernis  fimulatos  marmorc  fluélus 
Hujus  Nympha  loci  credidit  ejfe  fuos. 

Dans  une  pareille  table , du  côté  de  la  rue  S.  Denis , eft  la  même  infcription , & 
audeflous  eft  écrit  : 

1708. 

DU  REGNE  DE  LOUIS  XIV. 


Ce  regard , un  des  plus  beaux  monumens  de  [antique , a été  préparé  pour  contenir  une  plus 
grande  quantité  d'eau , avec  un  récipient  plus  élevé  pouren  donner  aux  quartiers  les  plus  éloi- 
gnés de  la  Ville. 

De  la  quatrième  Prévôté  de  Mejfire  Charles  Boueher , Chevalier , Seigneur  d’Orfay , Ù'c. 

Cet 


«MM 


ARCHITECTE  R E F H A N Ç OISE.Li  v:  V.  " 5 

Cet  édifice  , dont  l’entretien  avoit  été  fort  négligé  , fut  réparé  en  1708.  Vers 
1741  J on  le  propofa  de  le  reftaurer  une  fécondé  fois  ; mais  comme  cette  reftaura- 
tion  auroit  altéré  la  beauté  de  la  fculpture  en  la  regratant , on  fit  jetter  bas  les  écha- 
fauds qui  avoient  été  drelfés  à ce  lujet , & il  fut  décidé  que  l’on  conferveroit  à la  pof- 
terite  ce  magnifique  ouvrage  fans  aucune  altération.  Il  en  fut  ordonné  de  même  quel- 
ques années  après  à l’égard  de  la  Porte  S.  Antoine,  en  faveur  de  la  fculpture  (a)  que 
1 on  y voit , qui  eft  de  la  main  de  Jean  Goujon  , & qui  paroilfoit  avoir  befoin  de  quel- 
que réparation  , mais  a laquelle  par  relléxion  on  n’ofà  toucher , fe  rappellant  que 
François  Blondel , en  1 660 , lorfqu’il  fut  chargé  des  additions  qu’on  fit  à cette  porte, 
préféra  de  conferver  a la  polterité  cet  ouvrage  admirable  plutôt  que  de  donner  à ce 
monument  une  ordonnance  d’un  delfein  plus  élégant  en  général. 

On  entre  dans  1 intérieur  de  la  fontaine  dont  nous  parlons  , par  une  petite  por- 
te placée  vers  A , qui  conduit  à un  efcalier  qui  monte  au  refervoir  élevé  à 
l’endroit  marqué  B , lequel  diftribue  l’eau  dans  les  differens  quartiers  de  la  ville,  & 
que  nous  n’avons  point  exprimé  dans  cette  Planche  étant  anciennement  gravée , ainlî 
que  nous  l’avons  remarqué  plus  haut; 

Profil  en  grand  des  principaux  membres  d’ Architecture  du  batiment  de  la  Fontaine  des  Innocent, 

Planche  II. 

Cette  Planche  préfente  les  principaux  profils  de  l’élévation  précédente  • mais 
comme  en  les  examinant  fur  le  lieu  , nous  avons  trouvé  quelque  différence  , nous  les 
allons  remarquer  ici,  après  avoir  obfervé  en  général  que  tous  ces  profils  font , dans 
l’exécution,  traités  avec  plus  de  légéreté,  ce  qui  donne  à cet  édifice  ce  caraélere  déli- 
cat plus  propre  à l’Ordre  qui  en  compofe  l’ordonnance , qu’à  l’efpece  du  bâtiment 
dont  il  s’agit. 

Ces  différences  confiftent  dans  le  profil  de  la  corniche  du  piedeftal  A , dont  la 
cimaife  inférieure  eft  comme  le  profil  B. L’entablement  Compofite  ne  différé  que  dans 
le  talon  D,  qui  eft  plus  élévé  aux  dépens  du  lifteau  de  deflûs.  La  frife  C,  qui  eft  bom- 
bée, eft  ornée  de  Dauphins  alternativement  placés  avec  des  coquilles,  accompag- 
nées de  feuilles  de  refend  ; cette  frife  auroit  été  plus  analogue  au  fujet,  fi  l’on  y eut 
préféré  des  feuilles  d’eau  : le  quart  de  rond  E eft  enfin  taillé  d’ornemens  connus  fous 
le  nom  d’oves. 

La  corniche  de  i’Attique  F eft  beaucoup  trop  péfante  dans  ce  deffein , voyez  le 
profil  G , d'ailleurs  le  gorgerin  eft  à plomb  & non  circulaire.  En  général  nous  ob- 
ferverons  qu’à  l’exception  de  ces  inadvertances  , qui  fans  doute  viennent  de  la  faute 
du  graveur  , les  cottes  marquées  fur  cette  Planche  font  affez  exaétes  , ce  qui  nous  a 
porté  à l’inférer  dans  ce  Recueil,  ces  mefures  étant  d’une  néceffité  indifpenfàble  pour 
les  perfonnes  qui  défirent  s’inftruire  de  la  route  que  les  Architeéles  du  XVIe  fiecle 
ont  fuivie  dans  leurs  produirions. 

M Cette  fculpture  confilte  en  deuxfigures  placées  fur  ques  ; on  confie  à des  hommes  imprudens  le  foin  d’illumi- 
la  porte  du  milieu , l’une  repréfente  la  Seine  Sc  l’autre  la  ner  cette  porte  triomphale  qui , en  faveur  des  chefs-d’œu-" 
Marne  : ouvrage  inimitable  , & pour  lequel  les  amateurs  vres  dont  nous  parlons  devroit  être  exempte  de  cette 
craignent  toujours,  lorfque  dans  les  réjouiflànces  publie  marque  d’allegreflè. 


G 


Fontaina 
des  Inno- 
cens. 


Tome  1IL 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

CHAPITRE  IV 

Description  de  In  Porte  S. . Denis  Cf  de  In  Porte  S . AéLcirtm* 
PORTE  S.  DENIS. 


DepfoS-  L’une  des  infcriptîons  de  cette  Porte  nous  apprend  que  cet  édifice  fût  confacré 
à la  gloire  de  Louis  XIV  par  la  ville  de  Paris , l’an  167a.  On  fçait  auffi  que  ce  fut 
F rançon  Blondel  (a)  , célébré  Architeae  , qui  en  donna  les  defleins , & non  Bulle  t , 
comme  quelques-uns  l’ont  prétendu  , ce  dernier  n’en  ayant  ete  que  1 appareiüeur , 
ainfi  qu’on  le  lit  dans  le  Cours  d’Architeaure  üe  François  Blondel,  pag.  6 oy. 


Elévation  de  la  Porte  S.  Denis  du  côté  de  la  Ville.  Planche  Première. 


Cet  édifice  a été  gravé  dans  plufieurs  Livre'  d’Architeélure  , mas  comme  les  def- 
feinsque  nous  en  avons  eu  ju  V*  prêtent  font  trop  infidèles  pour  en  donner  une,ufte 
idée  non-feulement  nous  l’avons  levé  exadementfiir  les  lieux  , mats  nous  avons  vé- 
rifié les  dimenfions  que  François  Blondelnous  en  donne  à la  quatrième  Partie  de  fon 
Cours  d’Architeaure , Chapitre  IV.  page  622  , qui  different  affez  confidérablemenc 
de  l’exécution  ; différence  dont  nous  ne  fçaurions  pénétrer  le  motif , François  Blon- 
del ayant  fait  imprimer  fon  livre  quelques  années  après  l’édification  de  ce  monu- 
ment , & cette  erreur  étant  trop  confidérable  pour  pouvoir  provenir  de  1 appareil , 
de  la  pofe  ou  du  ragrément , ainfi  que  nous  allons  le  remarquer. 

Tout  cet  édifice  a 73  pieds  9 pouces  de  largeur  fur  72  pieds  9 pouces  de  hauteur; 
non  compris  un  focle  continu  qui  couronne  tout  l’ouvrage  : ce  focle  a 4 pieds  8 
pouces  de  haut , & fert  d’appui  à la  platte-forme  pratiquée  fur  ce  monument , ainfi 
qu’on  le  peut  voir  Planche  II.  Figure  Première.  Lalargeur  de  la  Porte  eft  de  24  pieds 
2 pouces  fur  46  pieds  deux  pouces  de  hauteur  : la  largeur  delà  niche  quarree  eft  de 
3 1 pieds  I pouce  fur  49  pieds  6 pouces  : proportion  , ainfi  que  celle  de  la  Porte  , plus 
baffe  que  le  double  de  fa  largeur,  quoiqu’il  paroiffe  que  François  Bicndel  ait  voulu 
la  lui  donner  deux  fois  , (voyez  ce  qu’il  en  dit  dans  fon  livre , page  623.)  Sans 
doute  , lors  de  l’exécution,  il  a mieux  aimé  donner  moins  d’élévation  à la  Porte  pour 
procurer  une  plus  grande  hauteur  à la  table  qui  contient  le  bas  relief  qui  fe  voit  fur 

cette  Planche.  A , „ . , 

La  hauteur  de  l’entablement , qui  félon  cet  Architecte  doit  etre  du  lixieme  de 
tout  l’édifice , n’a  cependant  que  9 pieds  10  pouces  au  lieu  de  12.  Il  en  eft  de  meme 


(,i)  Nous  avons  déjà  parlé  de  cet  homme  illuftre  dans 
les  Volumes  précédens,  particulièrement  dans  le  Tome  II. 
pag.  t yo  , où  nous  avons  promis  de  nous  étendre  davan- 
tage fur  lis  talens  fuoericurs  de  cet  Architecte,  qui  de  fon 
vivant  fut  membre  ae  l’Académie  Royale  des  Sciences  , 
Maréchal  des  camps  Ôc  armées  du  Roi , ProfeHeur  en  Ma- 
thématiques 6c  en  \rchitcdure  , 6c  Direéleur  de  l’Acadé- 
mie Royale  , Maître  de  Mathématiques  de  Monfeigneur 
le  Dauphin.  Sans  compter  plufieurs  livres  de  Mathéma- 
tiques qu’il  nous  a donné  , fon  Cours  ri'Architeélure,  dont 
la  plus  grande  partie  a été  didée  de  fon  tems  à 1 Acadé- 
mie , elt  un  ouvrage  auffi  utile  que  profond  , 6c  renferme 
une  dodrine  capable  d’illuftrer  dans  les  fiecles  a venir 
l’homme  fçavant  dont  nous  parlons  , 6c  de  former  les  plus 
célébrés  Arufles.  Ce  livre  , dont  nos  Arclnteétes  ne  fçau- 


roient  faire  trop  de  cas , contient  non-feulement  la  def- 
cription  de  plufieurs  édifices  que  cet  Architede  a fait  bâtir 
à Paris  ôc  ailleurs  , mais  encore  de  fçavantes  difiertanons 
fur  toutes  les  parties  les  plus  intéreffantes  de  1 Architedure* 
avec  un  parallèle  excellent  des  plus  célébrés  Commenta- 
teurs de  Vitruve,  tels  que  Palladio,  Vignoleôc  Scamozzi, 
accompagné  de  remarques  très-inftrudives  fur  les  princi- 
paux édifices  de  la  Grece  ôc  de  l’Italie. 

François  Blondel  naquit  à Paris  en  1624,  &c  y eft  mort 
le  22  Janvier  1689  : indépendamment  des  ouvrages  donc 
nous  venons  de  parler , 6c  qui  immortalifent  1 habile  hom- 
me dont  nous  failons  l’éloge , on  lui  donne  le  titre  de  Con- 
feiller  d’Etat  dans  le  fécond  Volume  de  1 Hifloire  del  A- 
cadémie  des  Sciences,  où  il  avoit  été  reçu  en  16 6$  en 
qualité  de  Géomètre. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Li 

despiedeftaux  , quifeion  lui  doivent  avoir  le  quart,  qui  fait  i8pieds,  & qui  n’ont  ce- 
pendant que  1(5  pieds  1 1 pouces  : & ainfi  de  bien  d’autres  mefures  qu’il  a décrit  dans 
fon  livre  par  les  rapports  Géométriques  & Arithmétiques , & qui  different  fenfible- 
ment  de  l’exécution;  ce  qui  nous  a déterminé  à donner  en  particulier  les  cottes  prin- 
cipales de  ce  monument. 

Cet  édifice  a deux  façades  , l’une  du  côté  de  la  ville , dont  nous  donnons  ici  le 
delfein , l’autre  du  côté  du  Fauxbourg,  femblable  pour  l’ordonnance  à celle  dont 
nous  parlons , 8c  ne  différant  que  dans  les  ornemens , ainfi  que  nous  le  remarque- 
ions  dans  fon  lieu.  Nous  oblèrverons  feulement  ici  que  la  fculpture  dans  ce  monu- 
ment eft repartie  avec  beaucoup  de  diferétion  , & quelle  peut  être  regardée  com- 
me un  chef-d  œuvre  de  cet  art  ; elle  fut  commencée  par  Girardon , 8c  continuée  par 
Michel  Aneuierre . 

Le  Bas  relief  de  deflus  la  Porte  repréfente  le  paifage  du  Rhin  à Tolhuis  , à propos 
duquel  François  Blondel  feplaint , p.  6iç) , de  ce  que  le  Sculpteur  n’a  pas  fuivi  fon  fen- 
timent  pour  la  maniéré  de  drapper  les  figures,  fuivant  ce  qu’il  en  a enfeigné  dans  la  fé- 
condé Partie  de  fon  huitième  Livre  , chap.  io  , p.  i<58.  Du  côté  du  Fauxbourg,  dans 
une  table  de  même  forme,  eft  unautre  bas  relief  repréfentant  la  prife  de  Maflrick,  en 
1673. 

Dans  la  frife  de  l’entablement  qui  ëtt  au de  ces  deux  bas  reliefs  , eft  une 
même  infeription  en  gros  caraétere  doré  conçue  en  ces  termes  ; 

LUDOVICO  MAGNO. 

Voyez  la  proportion  de  cet  entablement  & l’alfemblage  de  fes  profils , Planche  IL 
Figure  A. 

Au-delfous  des  tables  en  bas  relief  dont  nous  venons  de  parler , eft  une  niche 
quarrée  qui  reçoit  la  porte  , qui  a pour  Claveau  la  dépouille  d'un  lion , dont  la  tête 
& les  pattes  pendent  furie  lommet  de  l’archivolte,  & dans  les  angles  des  niches 
quarrées  font  placées  deux  renommées  en  bas  relief,  qui  femblent  publier  les  victoi- 
res du  Prince  à la  gloire  duquel  cet  arc  triomphal  ,a  été  élevé. 

Au  bas  des  deux  piédroits  de  cet  édifice  font  deux  Piedeftaux  dans  chacun  def- 
quels  on  a percé  une  porte  (é)  de  5 pieds  d’ouverture  fur  le  double  de  hauteur.  Au- 
delfus  eft  placée  une  table  de  marbre  blanc  qui  porte  des  inferiptiens  en  caraéleres 
noirs , celle  à droite  eft  conçûe  en  ces  termes  : 

QU  O D DIEBUS  VIX 
SEXAGINT A 

RHENUM,  VAHALIM,  M OSAM, 

ISALAM  SUPERAVIT. 

SUBEGIT  PROVINCIAS  TRES, 

CEPIT  URBES  MU  NI  T A S 
QU  ADRAGINTA. 


. Porte 
Denis. 


(£)  Ces  Portes  avoient  été  faites  dans  l’origine  de  ce  bâ- 
timent pour  le  païïage  des  gens  de  pied.  François  Blondel 
fe  plaint  de  la  nécefiité  de  mettre  ces  percés  dans  ces 
piedeftaux  & au-deüous  des  piramides  , qui  femblent 
avoir  befoind’un  foubafiement  d’une  grande  folidité  : cet- 
te remarque  eft  judicieufe  de  la  part  de  l’Auteur. 

Aujourd’hui  que  l’on  a reconnu  que  la  grande  ouver- 
ture de  la  porte  du  milieu  eft  luffifante  , on  ne  fait  plus 


«MfêSSg S*é^ 


EMENDATA  MALE  MEMOR1 
BATAVORUM  GENTE. 

PRÆF.  ET  ÆD  IL.  PONI 
C.  C. 

ANN.  R.  S.  M.  DC.  LXXII. 

Les  infcrlptions  placées  fur  de  pareils  piedeltaux  du  côté  du  Fauxbourg  font 
differentes  de  celles  ç[ue  nous  venons  de  rapporter  , les  voici.  Dans  le  piedeftal  à 
la  droite  , 

P R Æ F.  ET  ÆDIL.  PONI 
C.  C. 

ANN.  R.  S.  H.  M.  DC.  LXXIII. 


H i 


Dans  le  piedeftal  à gauche , 

OUOD  thajECTUM  AD  MOSAM 
XIII.  DIEBUS  CEPIT. 

A côté  de  ces  infcriptions  & fur  le  retour  fupérieur  des  piédroits  des  portes  font 
des  trophées  d’armes  en  bas  relief  dans  le  goût  de  ceux  du  piedeftal  de  la  Colonne 
Trajane. 

Sur  chacun  de  ces  piedeftaux  s’élève  une  piramide  adaptée  au  mur  : elles  font 
polees  fur  un  focle  & furmontées  d’un  globe  porté  fur  un  petit  amortiffement  : la 
largeur  inférieure  de  ces  piramides  eft  à leur  partie  fupérieure  comme  3 eft  à i ;fur 
l'un  de  leurs  focles  d’un  côté  eft  une  figure  Coloffale  répréfentant  le  Rhin  feus  la 
figure  d’un  fleuve  étonné  , & de  l’autre  la  Hollande  fous  la  figure  d’une  femme  affli- 
gée , affife  fur  un  lion  demi  mort , qui  d’une  de  fes  pattes  tient  une  épée  rompue  & 
de  l’autre  un  trouffeau  de  fléchés  brifées  & en  partie  renverfées.  François  Blondel 
rapporte  dans  fon  livre  pag.  6 151  qu’il  a imaginé  ces  figures  au  bas  de  ces  pyramides 
à l’exemple  , dit-il  » des  médaillés  que  nous  avons  d’Augufle  & de  1 itus  , où  l’on  voit  des 
» figures  de  femmes  ajfifes  au  pied  des  trophées  & des  palmiers , qui  marquaient  ou  la  conquête 
„ de  l’Egypte  par  Augufle , ou  celle  de  la  Judée  par  Titus  ». 

Au-deffus  de  ces  figures  s’élève  dans  la  hauteur  des  pyramides  des  trophées  anti- 
ques pendus  à des  cordons  & entremêlés  de  boucliers  chargés  des  armes  des  Pro- 
vinces , ou  des  Villes  principales  que  le  Roi  venoit  de  fe  Ibumettre  en  Hollande , 
lorfque  la  ville  de  Paris  fit  ériger  ce  monument  à la  gloire  de  ce  Prince. 

Notre  Auteur  rapporte  encore  qu’avant  les  conquêtes  dont  nous  venons  de  par- 
ler , lorfqu’il  fut  chargé  de  faire  conftruire  cet  édifice  , il  avoit  projetté  d’accompa- 
gner ces  pyramides  de  trois  rangs  de  roftres  , pareeque , dit-il , premièrement  ces 
ornemens  ont  beaucoup  de  rapport  avec  les  armes  de  la  ville  de  Paris , féconde- 
ment  pareeque  perfonne  avant  lui  ne  s’étoit  avifé  de  défigner  les  conquêtes  que 
Louis  XIV  avoit  faites  fur  mer,  & que  ces  ornemens  aidés  des  infcriptions  qu’il  avoit 
compofées  (r)  à cet  effet , auraient  annoncé  d’une  maniéré  fenfible  les  viéloires  ma- 

(c)  François  Blondel  nous  apprendl , page  610^  que  torique  par  année  des  principaux  événemens  du  régné  de 
non -feulement  les  infcriptions  de  cette  Porte  font  de  Louis  XI  V.Circonftance  qui  ajoute  un  mérite  eflentiel  à la 
lui  j mais  qu’il  donna  aufii  toutes  celles  des  autres  édifices  haute  capacité  de  cet  Artifte,  & qui  prouve  qu’il  étoic 
élévés  de  fon  tems  & fous  fa  direélion  , où  il  a obfervé , aulîl  excellent  homme  de  lettres  que  grand  Architeéle. 
principalement  aux  Portes  de  Paris, une  efpece  de  fuite  hif- 

ritimes 


ARCHITECTURE  FRANÇOIS  E,  L i v.  V.  13 

ritimes  de  ce  Monarque  : il  allure  que  ce  projet  avoit  été  fort  goûté , mais  qu’il 
ne  put  avoir  lieu  , parceque  la  Ville  , dans  l’édifice  dont  nous  parlons , préfera  d’an- 
noncer par  des  fymboles  fignificadfs  les  viéloires  qui  venoient  récemment  d’être  rem- 
portées par  Louis  le  Grand, 

Du  côté  du  Fauxbourg  font  aufïï  deux  pyramides  chargées  de  trophées  , qui  diffe- 
rent feulement  de  celles  dont  nous  venons  de  parler , en  ce  qu’il  n’y  a point  de  fi- 
gures fur  les  focles , mais  feulement  des  lions  qui  femblent  les  foûtenir , ainfi  qu’011 
le  peut  voir  (*)  dans  la  coupe  & dans  le  profil , Planche  II. 

Quelques  Architeéles  ont  prétendu  que  ces  pyramides  étoient  peu  propres  à la 
décoration  d’un  arc  de  triomphe  , & que  ce  genre  d’ornement  ne  convenoit  qu’à  cel- 
le d’un  catafalque  , l’origine  de  ces  ornemens  ayant  eu  pour  objet  d’honorer  la 
mémoire  des  morts , & qu’il  auroit  été  plus  convenable  de  pratiquer  une  table  bail- 
lante dans  la  hauteur  de  chaque  piédroit  de  cet  édifice  , fur  laquelle  on  auroit  inféré 
ces  trophées  : ces  tables  alors  en  forme  de  pilallres  auraient  pu  être  foûtenues  fur  les 
mêmes  piedellaux , & auraient  formé  l’affemblage  de  plufieurs  lignes  parallèles  , 
que  l’obliquité  des  pyramides  ne  préfente  pas  ici.  Quoiqu’il  en  loit , il  eft  certain 
que  ce  monument  eft  d’une  grande  beauté  , & que  la  fermeté  de  fon  Architecture 
& la  fierté  de  fes  profils  mérite  les  plus  grands  éloges  : on  peut  même  avancer  qu’il 
n’eft  peut  être  point  d’édifice  en  France  qui  porte  un  caractère  plus  viril  & plus  ca- 
pable de  mériter  l’attention  des  hommes  qui  fe  deftinent  aux  arts , & d’attirer  l’ad- 
miration des  Connoilfeurs. 


Coupe  & face  latérale  de  la  Porte  S.  Denis.  Planche  II. 


Cette  Planche  repréfente  la  coupe  de  cette  même  Porte , Figure  Première  , par  la- 
quelle on  voit  les  compartimens  diltribués  dans  l’intrados  de  l’arc  de  la  Porte  la 
faillie  des  pyramides  & la  largeur  de  la  platte-forme  pratiquée  fur  le  fommet  de 'cet 
édifice. 

La  Figure  deuxieme  offre  la  face  latérale  de  cette  Porte  , & indique  l'épaifleur  de 
ce  monument , auflï-bien  que  les  barbacannes  qui  éclairent  l’efcalier  qui  monte  de 
fond,  dont  on  voit  le  plan  dans  la  pile  exprimée  au-deffous  de  cette  figure, 

La  Figure  A donne  le  profil  de  l’entablement  qui  a de  hauteur  9 pieds  10  pouces 
fur  4 pieds  de  faillie  ; la  hauteur  de  fa  corniche,  qui  eft  de  3 pieds  10  pouces,  fe  di- 
vife  en  vingt  parties , quatre  font  pour  la  hauteur  de  la  cimaife  fupérieure , quatre 
pour  celle  du  larmier , fept  pour  la  hauteur  du  double  modillon  , & cinq  pour  celle 
de  la  cimaife  inférieure.  La  frife  a de  hauteur  2 pieds  10  pouces  : l’architrave , qui  eft 
de  3 pieds  2 pouces , fe  divife  en  15  parties , cinq  font  pour  la  cimaife  , cinq  pour 
la  première  platte-bande , & cinq  pour  la  platte-bande  inférieure,  y compris  fon 
quart  de  rond  & fon  filet.  r 

La  Figure  B donne  le  profil  de  l’impofte  , dont  la  hauteur  eft  de  3 pieds  4 pou- 
ces fur  1 3 pouces  de  faillie  ; cette  hauteur  fe  divife  en  1 3 parties  : trois  de  ces  par- 
ties font  pour  la  platte-bande  inférieure  , quatre  pour  la  fécondé  , une  pour  le  ca- 
vet , deux  pour  la  doucine  & fes  deux  filets , deux  pour  le  larmier  & la  derniere  pour 
le  filet  & le  lifteau  fupérieur.  r 

La  Figure  C donne  le  profil  de  la  corniche  despiedeftaux,ellea  de  hauteur  un  pied 
1 1 pouces  fur  un  pied  9 pouces  de  faillie  ; cette  hauteur  fe  divife  en  dix  parties:  deux 
font  pour  la  cimaife  fupérieure , trois  pour  le  larmier  , une  pour  une  portion  du  quart 
de  rond  de  deftous  avec  fon  filet , trois  pour  la  doucine  & fon  grain  d’orge , & la  der- 
niere  pour  l’aftragale. 


(*)  L’élévation  perfpe&ive  de  cette  porte  , du  coté  du 
Fauxbourg  , fe  trouve  dans  les  Delices  de  Paris, par  Pe- 
relle , Planche  5 On  peut  voir  auffi  dans  le  même  Re ^ 
Tome  III. 


cueil,  Planche  96,  une  élévation  perlpeélive  de  la  Porte  S. 
Martin  dont  nous  allons  parler, 

D 


Porte  S» 
Denis» 


14 


Porte  S, 
Martin. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 


PORTE  S.  MARTIN. 


Cet  édifice  fut  élevé  & confacré  par  la  ville  de  Paris  à la  gloire  de  Louis  XIV , 
l’an  1674  , fur  les  delîeins  de  Pierre  Bullet  (a) , fucceflivement  après  la  Porte  S.  De- 
nis , ce  qui  a fait  croire  à plufieurs  que  ce  monument  avoit  été  bâti  fur  les  deffeins 
de  François  Blondel  ; mais  il  y a une  fi  grande  différence  dans  le  goût  d’Architec- 
ture  de  ces  deux  Portes  triomphales,  qu’il  efï  aifé  de  diftinguer  l’ouvrage  du  maître 
d’avec  celui  de  l’éleve  : car  quoique  Bullet  ait  voulu,  dans  la  Porte  dont  nous  parlons, 
fuivre  en  quelque  forte  les  dimenfions  obfervées  dans  la  Porte  S.  Denis,  on  ne  re- 
marque néanmoins  dans  l’ordonnance  de  celle  de  S.  Martin , qu’un  caraétere  de  pe- 
fanteur  au  lieu  de  l’expreffion  virile  qui  compofe  celle  de  la  P orte  précédente , de 
forte  qu’il  n’y  a point  à fe  tromper  fur  l’eftime  qu’on  doit  faire  de  ces  deux  édifices 
comparés  enfemble. 


Elévation  de  la  Porte  Saint  Martin  du  coté  de  la  Ville. 

Planche  III. 

Cet  édifice  ( b ) a de  largeur  J 3 pieds  7 pouces  fur  5 3 pieas  r pouce  d élévation , y 
compris  l’ Attaque  continu  qui  régné  fur  la  partie  fupérieure  de  l’entablement  & qui 
a de  hauteur  1 r pieds.Ce  monument  ell  percé  de  trois  Portes  en  plein  ceintre , dont 
celle  du  milieu  ai  6 pieds  2 pouces  fur  30  pieds  1 pouce.  Les  Portes  collatérales 
ont  chacune  8 pieds  1 pouce  & demi  fur  IJ  pieds  8 pouces  & demi  : les  arcs  de 
ces  portes  font  foûtenus  par  des  piédroits  de  y pieds  6 pouces  & demi  chacun , & 
font  chargés  de  bolfages  continus  vermiculés , lefquels  tournent  en  maniéré  d’ar- 
chivolte àî’arc  en  plein  ceintre-  de  la  grande  Porte  : genre  d’ornement  ruftique  plus 
propre  en  général  à la  décoration  d’une  Porte  de  ville  de  guerre , qu’à  l’ordonnance 
d’une  Porte  triomphale  élevée  dans  une  capitale  ; d’ailleurs  ces  ornemens  donnent 
un  caraétere  de  péfanteur  à cet  édifice  , & ne  doivent  être  employés  que  dans  ceux 
qui  par  leur  ufage  demandent  une  folidité  réelle  & apparente. 

Au-deffus  de  l'impolie  & aux  deux  extrémités  de  ce  monument  s’élèvent  deux 
corps  en  bolfages , de  la  largeur  des  piédroits  de  deffous  : ces  bolfages  qui  faillent  de 
quelques  pouces , lailfent  un  renfoncement  qui  occupe  l’efpace  compris  entre  le 
delfus  de  cette  impolie  & le  deffous  de  l’entablement,  enfemble  la  largeur  qui  régné 
depuis  les  corps  de  bolfages  dont  nous  venons  de  parler  jufqu’à  l’extrados  de  l’arc 
de  la  grande  Porte.  Ces  efpaces , d’une  forme  forme  alfez  ingrate , font  ornés  de  ce 
côté  , comme  de  celui  du  Fauxbourg , par  des  bas  reliefs  de  l’exécution  de  Desjardins 
( c j,  Marjÿ  (d)  , le  Hongre  ( ej  , & le  Gros  (/)  , & repréfentent  les  principaux  évé- 


(а)  Bullet  fut  deffmateur  & appareilleur  de  François 
Blondel , ainfx  que  nous  l’avons  remarqué  au  commence- 
ment de  ce  Chapitre.  Dans  la  fuite  cet  homme  acquit  une 
très-grande  expérience,  &c  fit  d’heureux  progrès  dans  l’Ar- 
chiteélure.  Voyez  ce  que  nous  en  avons  dit  Tome  II. 
page  513.  Note  (a). 

(б)  Le  7 Septembre  1747 , au  retour  de  Louis  XV  de 
l’armée  de  Flandres  , la  ville  de  Paris  fit  eriger  un  arc  de 
triomphe  , peint  fur  toile  & monté  fur  un  bâtis  de  Char- 
pente des  deux  côtés  de  cette  Porte  : cette  décoration 
feinte  avoit  de  largeur  72  pieds  fur  S7  de  haut,  y com- 
pris un  amortilfement  pofé  fur  un  Attique  & foutenu  du 
côté  du  Fauxbourg  fur  un  Ordre  de  colonnes  Ioniques 
de  marbre  coloré  & les  ornemens  rehauffés  d’or.  Le  cô- 
té de  la  Ville  étoit  décoré  d’une  maniéré  plus  ruftique,  & 
furmonté  de  même  par  un  grand  amortifîêment , fuppor- 
tant  dçs  allégories  ôc  des  attributs  rélatifs  au  fujet  : ces 


décorations , dont  j’ai  donné  les  deffeins , furent  exécutées 
avec  fuccès  par  les  fleurs  Tremblin  & Labbé  , Peintres  de 
la  Ville. 

(c)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  ce  Sculpteur,  Tome 
IL  pag.  y.  Note  (^),&pag.  1 72.  Note (<7). 

(d)  Baltazar  Marfy  étoit  né  à Cambray  , & eft  mort  en 
1707.  Il  avoit  un  frere  nommé  Gafpard,  qui  avoit 
moins  de  réputation  , ce  dernier  eft  mort  en  1 6 7p. 

(?)  Etienne  le  Hongre  a beaucoup  travaillé  à Verfail- 
les  , il  eft  mort  à Paris  en  i6<?o. 

(/)  Pierre  le  Gros  a beaucoup  travaillé  pour  le  Roi , 
il  étoit  né  à Chartres , & eft  mort  à Verfailles  le  1 o Mai 
1714.  Il  eut  pour  fils  le  fameux  le  Gros  qui  mourut  à 
Rome  fort  jeune , & qui  y laiffa  plufieurs  morceaux  de 
Sculpture  qui  vont  de  pair  avec  tout  ce  que  les  Italiens 
ont  produit  de  meilleur  en  ce  genre. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V.  u 

neiïiens  arrivés  dans  le  tems  de  la  conftniéüon  de  cette  Porte,  tels  que  la  conquête 
de  la  Franche  Comté , la  prife  de  Limbourg , &c.  &c.  1 m 

Au-defiùs  de  ces  bas  reliefs , dans  tout  le  pourtour  de  cet  édifice  , régné  un  enta- 
blement lequel  a fix  pieds  de  hauteur,  & dont  le  profil  e(l  exprimé  plus  en  grand  fur 
la  Planche  quatrième.  Figure  A.  Cet  entablement,  qui  ale  lixieme  de  hauteur  de- 
puis le  deflous  de  Ion  architrave  jufques  fur  le  fol  du  pavé , ell  compofé  de  trop  de 
petites  parties  & ell  trop  chargé  d’ornemens  relativement  à lafimplicité  mâle  de 
cette  Porte. 

Sur  cet  entablement  s’élève  un  Attique  orné  à fes  extrémités  de  deux  pilaftres 
angulaires  faillans  , entre  lefquels  ell  une  grande  table  , dont  la  bordure  ell  enrichie 
de  moulures  & taillée  d’ornemens , laquelle  contient  l’infcrïption  fuivante  , de  la 
compolition  de  François  Blondel. 


LUDOVICO  MAGNO, 
VESONTIONE  SEQUANIS  QUE 
BIS  CAPTIS 

ET  FRACTIS  GERMANORUM, 
HISP  ANORUM,  ET  BATAVORUM 
EXERCITIBUS, 

F R Æ F.  ET  ÆDIL.  PONI 
C.  C. 

A N N O R.  S.  H.  M.  DC.  L X X I V. 


Du  côté  du  Fauxbourg , dans  une  pareille  table  pratiquée  dans  le  revers  de  cet 
Attique,  on  lit  cette  infeription. 


LUDOVICO  MAGNO, 
QUOD  LIMBURGO  CAPTO 
IMPOTENTES  HOSTIUM  MINAS 
UBIQUE  REPRESSIT, 
PRÆF.  ET  ÆDIL.  PONI 
C.  c. 

A N N O R.  S.  H.  M.  D C.  L X X V. 


Aux  deux  côtés  de  cet  édifice  font  pratiqués  de  petits  bâtimens,  qui  dans  leur 
origine  fervoient  pour  des  corps-de-gardes , & qui  aujourd’hui  font  loués  à des  ar- 
ufans;  c’elt  dans  l’un  de  ces  corps-de-gardes,  à gauche,  que  l’on  a Confirait  un  efcalier 
qui  vient  gagner  celui  à vis  & à noyau  evuidé  , pratiqué  dans  l’une  des  piles  angulaires 
de  ce  monument,  ainfi  qu  on  1 a exprimé  par  des  lignes  ponéluées  dans  le  plan  qui 
ell  au  bas  du  delfein  dont  nous  parlons.  Cet  efcalier  a 7 pieds  7 pouces  de  diamé- 
tre,  & avoir  été,  fait  pour  monter  fur  une  platte-forme  qui  étoit  anciennement 
a i extrémité  fupérieure  de  cet  édifice,  ainfi  que  fe  voit  celle  de  la  Porte  S.  Denis , 
Planche  II.  Figure  Première  ; mais  comme  l’on  a reconnu  que  la  charge  confidé- 
rable  de  cette  platte-forme  nuifoit  à la  folidité , ( l’extrémité  inférieure  de  ce  mo- 
nument étant  prefque  toute  percée  à jour , ) on  prit  le  parti  il  y a environ  douze  ans 
d enlever  ia  pieds  de  hauteur  de  ce  malfif  vers  l’ancienne  platte-forme,  à la  place 
de  laquelle  on  a placé  un  petit  comble  à deux  égoûts  , tel  que  l’exprime  la  Figure 
première  de  la  Planche  quatrième,  où  l’on  voit  le  dévelopement  de  la  coupe 
pris  dans  le  milieu  de  ce  bâtiment,  aulfi-bien  que  les  compartimens  qui  font  dillri- 


Porte  S* 
anin. 


ARCHITECTURE  F R A N Ç.OI  SE , L i y.  V. 


Porte  S: 
Martin. 


bues  dans  le  pourtour  de  l’intrados  de  la  grande  Porte  , laquelle  a deparlleur  13 
pieds  4 pouces. 

La  Figure  deuxieme  de  cette  quatrième  Planche  prélente  la  lace  latérale  de  cet 
édifice  avec  la  coupe  d’un  des  anciens  corps-de-gardes  dans  lequel  eft  pratiqué  l’eft 
calier  dont  nous  venons  de  parler. 

La  Figure  A donne  le  profil  en  grand  de  l’entablement;  fa  hauteur  eft  première- 
ment divifée  en  quinze  parties , trois  font  pour  la  hauteur  de  1 architrave  , cinq  pour 
celle  de  la  frife  , & fept  pour  la  corniche  : cette  derniere  fe  divife  en  fix , une  pour 
le  filet  & la  doucine  de  la  cimaife  fupérieure  , deux  pour  la  hauteur  du  larmier  & 
pour  la  partie  inférieure  delà  cimaife,  deux  pour  la  hauteur  du  modillon , y com- 
pris le  talon  qui  le  couronne  & le  filet  qui  le  foûtient , & une  pour  le  cavet.  Le  fo- 
phite  du  larmier  eft  orné  de  caffettes  & de  rofaffes  entre  chaque  modillon  ; la  frife 
eft  ornée  de  confoles,  ainfi  que  nous  l'avons  déjà  remarqué , dont  la  volute  fupérieure 
prend  nailTance  dans  le  cavet  qui  fertde  cimaife  inférieure  à la  corniche.  Ces  con- 
foles font  ornées  dans  leurs  faces  de  deux  canaux  qu’il  femble  que  Bullet  ait  imite , 
aulfi-bien  que  tout  l’entablement  dont  nous  parlons , d’après  un  entablement  Com- 
pofé  par  Vignole  , que  l’on  trouve  dans  fon  livre , & que  d’ Aviler , fon  commen- 
tateur , nous  rapporte  dans  fon  Coati  d Architecture  pag.  1 29. 


CHAPITRE 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


*7 


CHAPITRE  V- 

Defcription  de  la  Maifon  de  Madame  la  ComteJJe  d'E/lradei , 
rue  de  Clery. 

CETTE  Maifon  fut  bâtie  vers  la  fin  du  fiecle  dernier  fur  les  delfeins  de  Jean 
Riche,-  (a)  Architecte  : elle  eft  occupée  aujourd’hui  par  M.  de  Coullanges, 
Quoique  ce  bâtiment  ne  foit  pas  diftribué  dans  le  goût  moderne  & que  l’or- 
donnance des  façades  foit  en  quelque  forte  oppofée  à notre  maniéré  de  décorer , 
je  ne  me  lafferai  point  de  répéter  qu’il  me  paroît  important  de  mettre  fous  les 
yeux  des  perfonnes  qui  fe  deftinent  à l'Architeéture  differens  moyens  d’arriver  à la 
perfeétion.  Si  l’on  regardoit  la  plupart  des  bâtimens  élévés  dans  le  fiecle  paflé  com- 
me inutiles  dans  ce  Recueil , le  public  fe  fercit  trouvé  privé  des  monumens  qui 
pluS  d,llonneur  à nos  Architectes  François.  Le  Château  de  Maifcns  le 
Periftile  du  Louvre  , le  Val-de-Grace  & beaucoup  d’autres  édifices  de  réputation 
leroient  dans  ce  cas  ; cependant  peut-on  difconvenir  que  ce  font  autant  de  chefs- 
d œuvres  dignes  de  la  curiofité  des  Etrangers  & de  l’étude  de  nos  Architectes  ? 

Il  eft  vrai  que  la  maifon  dont  nous  parlons  eft  bien  inférieure  en  beauté  à ces 
monumens  ; mais  on  ne  peut  lui  refufer  un  certain  caraCtere  de  fimplicité  Sc 
de  noblefle  dans  fa  décoration  , de  choix  dans  fes  profils , & une  fermeté  d’expref- 
fion  dans  la  diftribution  des  membres  qui  la  compofent , qui  fe  rencontrent  rare 
ment  dans  les  maifons  que  nous  élevons  de  nos  jours.  Sa  diftribution,  à la  vérité  n’eft 
pas  fufcepuble  des  commodités  qui  font  en  ufage  aujourd’hui;  mais  outre  qu’il  eft 
difficile  qu’un  édifice  contienne  toutes  les  perfections  qu'exige  l’Architeéture , com- 
bien d autres  , tant  anciens  que  modernes , à commencer  par  le  Palais  Royal  au 
roient  dû  ne  pas  trouver  ici  leur  place.  D’ailleurs  il  faut  fe  reffiouvenir  que  l’objet 
principal  de  ce  Livre  eft  de  préfenter  la  plus  grande  partie  des  édifices  de  cette  Ca- 
pitale  & de  fes  environs  ; qu’en  conféquence  on  doit  s’attendre  à ne  pas  trouver  les 
baumens  qui  k compofent  toûjours  également  intéreifans  , quoique  cependant  on 
an  obferve  de  n’y  en  pas  inferer  un  qui  ne  mérite  quelque  attention , & que  cette 
idee  feule  nous  au  paru  fuffire  , parce  que  lorfqu’il  s’agit  de  s’inftruire , rien  n’eft  vé- 
ritablement indifférent.  Or  pour  que  cela  arrive,  il  faut  certainement  comparer 
puifque  ce  n eft  que  par  l’efpm  de  comparaifon  , qu’on  peut  eftimerle  rapport  des 
maires  avec  les  parties  d un  batiment , afin  de  prendre  ce  qu’il  y a de  meilleur  dans 
chacun  ,&  d en  déduire  comme  autant  de  principes  capables  de  nous  conduire 
de  plus  en  plus  a la  perfeétion  de  notre  Art.  Perfeélion  qui  au  contraire  femble 
décliner,  parce  que  nos  jeunes  Architeétes  négligent  d’examiner  avec  foin  nos  diffe- 
rens édifices , & ce  qu  ils  ont  de  louable  chacun  en  particulier,  quoique  dans  le 
tout  il  ne  loientpas  generalementeftimés.  1 

Qu’on  ne  s’y  trompe  pas  , une  croifée  d’une  belle  proportion  , un  avant-corps  bien 
en  rapport  avec  la  d.menf.on  de  la  façade  , un  pavillon  bien  amorti , un  beau  profil 
un  efcalier  heureufement  difpofé , une  cour  d’une  belle  forme  , enfin  des  ornemens 
dun  beau  choix  fuffifent  pour  déterminer  un  homme  déjà  avancé  à la  recherche  & 
al  examen  de  ces  différentes  beautés  de  détail,  perfuadé  que  c’eft  le  moyen  le  plus 
sur  de  parvenir  a 1 excellence  de  l’Architeéture.  > F 

Je  fens  bien  que  ceux  qui  fe  difent  curieux  & qui  n’ont  d’autre  objet  que  d’amafTer 
des  livres  ou  des  eftampes , pour  la  plûpart  aiTez  mal  gravées  , feront  peu  touchés  de 

WTo°m?ÏÏr  D0US  aV°nS  dit  de  CetArChite{le  da“ Ie  Chapitre  premier  de  ce  VolumePag.  3.  Not. 

E 


Maifotl 
rue  de 
Clery. 





i8  ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Li v.  V. 

Maifon  ce  que  j’avance  ; mais  ce  n’eft  pas  pour  eux  que  j’écris.  Ce  fi  pour  les  perfonnes  de 
ciery,  l’Art  & pour  ceux  qui  fans  s’embarralîèr  de  quelques  changemens  faits  dans  un  plan , 
ou  de  pareilles  minuties  qui  n’importent  qu’au  Proprietaire  , veulent  s’inftruire  , & 
cherchent  à fe  rendre  compte  des  différens  motifs , qui  ont  fait  agir  les  Architeéfes 
du  dernier  fiecle  & ceux  de  nos  jours  , afin  de  prendre  une  route  moyenne , qui  leur 
falfe  éviter  la  péfanteur  des  uns , la  trop  grande  légéreté  des  autres , & enfin  cette 
défunion  & cette  difcordance  qu’on  remarque  dans  la  plupart  des  bâtimens  élévés 
par  nos  demi-Sçavans  , qui  n’ayant  ni  alfez  de  goût , ni  allez  de  juftelfe  pour  puifer 
le  vrai  beau  où  il  fe  rencontre , n’admirent  que  leurs  compofitions , ou  plûtôt 
méfeftiment  tout  ce  qu’ils  n’ont  pas  fait.  Or  comme  il  y en  a quelques-uns  parmi 
ces  derniers  qui  ont  ( par  je  ne  fçai  quelle  fatalité  , ) une  certaine  réputation , leurs 
productions  monftrueufes , enfans  du  caprice  & de  l’ignorance , fervent  en  quelque 
forte  d’autorité  à nos  élèves , ou  , ce  qui  eft  encore  plus  funefte , de  modèle  à la  plu- 
part des  perfonnes  qui  font  bâtir  , d’où  naît  le  mauvais  goût  qui  entraîne  infenfible- 
ment  la  multitude. 

Pour  éviter  ce  déreglement  je  perfifte  donc  à foutenir  que  le  meilleur  moyen  pour 
devenir  habile  &pour  éviter  toutes  les  inepties  dans  lefquelleson  tombe  tous  les  jours, 
eft  de  tout  voir , de  fe  rendre  compte  de  tout , de  tout  analifer  , & enfin  de  ne  négli- 
ger aucune  circonftance  & de  prendre  une  connoiffance  exaéle  des  différens  genres  de 
beautés  répandues  dans  les  édifices  qui  fe  font  élévés  depuis  la  fin  du  quinzième  fie- 
cle jufqu’àprefent.  Car  fans  cette  connoiffance  il  eft  à craindre  que  vers  la  fin  de  celui- 
ci  , nous  ne  fçachions  plus  faire  que  des  garderobes , des  belveders , de  très-petites 
maifons , & enfin  des  ornemens  frivoles  dont  nos  édifices  facrés  & nos  maifons 
Royales  ne  font  pas  quelquefois  exemptes. 

Plan  du  Rez-de-chauJJee.  Planche  Première. 

Notre  deffein  n’eft  pas  défaire  l’éloge  de  cette  diftribution , il  n’y  a point  de  dou- 
te que  ce  Recueil  ne  contienne  des  maifons  particulières  plus  commodes,  d’une 
proportion  plus  agréable  & difpofées  avec  plus  d’intelligence.  La  maifon  de  M. 
d’Argenfon , celles  de  M.  Guillot  & de  M.  de  Janvri , bâties  fur  les  deficins  de  MM. 
Cartaud  & Boffrand  font  fans  doute  préférables  ; mais  en  confidérant  qu’ancienne- 
ment  on  étoit  dans  l’ufage  de  bâtir  les  principaux  corps  de  logis  fur  la  rue , que 
d’ailleurs  le  terrain  lur  lequel  eft;  élévé  cette  maifon  eft  allez  irrégulier  , l’on  trou- 
vera que  la  fimétrie  qui  régné  dans  ce  bâtiment  n’eft  pas  fans  mérite  , de  forte  qu’à 
l’exception  de  la  forme  de  la  cour,  ce  plan  eft  alfez  bien  conçu.  Il  eft  vrai  qu’il 
eût  été  facile  de  rendre  cette  cour  moins  irrégulière  en  abaiifant  un  mur  perpen- 
diculaire du  point  A , ouC , de  lamême  inclinaifon  que  celui  B.  Ce  mur  aurait  divifé 
la  largeur  de  la  cour  & en  aurait  procuré  une  particulière  à la  petite  maifon  C , qui 
dans  un  terrain  alfez  borné  , eftdiftribuée  alfez  ingénieufement. 

Dans  cet  efpace  où  nous  defirons  une  cour  particulière  , on  a pratiqué  aujourd’hui 
une  écurie  pour  quatre  chevaux  à la  place  de  celle  qui  fe  remarque  dans  la  Planche 
cinquième , & dont  on  a fait  une  boutique  ; de  forte  que  la  defcente  en  ram- 
pe , qui  eft  exprimée  dans  le  plan  dont  nous  parlons,  eft  fupprimée.  Il  eft  vrai  que 
cette  nouvelle  écurie  avilit  par  fa  compofition  triviale  la  forme  de  la  cour  , mais  ce 
genre  d’inadvertance  n’arrive  que  trop  ordinairement  aux  anciens  bâtimens  auxquels 
on  eft  obligé  de  faire  des  augmentations  ou  des  changemens  qui  déshonorent  notre 
fiecle  , foit  par  l’ignorance  de  la  plûpart  de  ceux  qui  font  chargés  de  ces  fortes  de 
travaux  , Toit  par  la  négligence , ou  l'économie  mal  entendue  des  Proprietaires  qui 
ordonnent  les  réparations.  Nous  remarquerons  néanmoins  que  l’Architeéle  a fçu  ti- 
rer parti  de  l’inégalité  du  terrain  de  la  cour  pour  donner  un  air  de  grandeur  à fon 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L j v.  V.  t9 

édifice , & pour  fe  procurer  une  façade  d une  certaine  étendue.  ( voyez  la  Planche 
quatrième.^ 

Vlan  du  premier  étage.  Planche  IL 

. Plan  > divifé  en,  deux  Parties  comme  le  précédent , compofe  deux  maifons  par- 
ticulieres  , qui  ont  chacune  leur  efcalier.  La  plus  petite  contient  un  appartement 
I autre  en  contient  deux , qui  ont  un  antichambre  commune.  Ces  appartemens  man- 
quent des  commodités  qui  font  fi  fort  en  ufage  à prefent , & dans  lefquelles  nos  Ar- 
chitectes ont  depuis  environ  trente  ans  montré  beaucoup  d’habileté. 

On  peut  dire  cependant  en  faveur  des  anciens  appartemens  que  , quoique  moins 
lulceptibles  de  degagemens  que  ceux  de  nos  jours,  la  maniéré  dont  ils  font  ornés 
fort  dans  leurs  plafonds  , fort  par  la  décoration  de  leurs  lambris  de  revêtiflement  ’ 
les  fait  rechercher  encore  aujourd’hui  pour  la  demeure  des  perfonnes  de  août  Les 
Hotels  Lambert  de  Tallard  , de  Carnavalet , &c.  font  autant  de  preuves  de  ce  que 
) avance.  C eft  fouvent  pour  cette  raifon  que  nous  annonçons  quelquefois  un  bâti- 
ment , quoique  d’une  diftnbution  peu  intéreiTante  , pour  avoir  occafion  d’indiquer 
les  beautés  que  ces  appartemens  renferment  en  fculpture  & en  peinture  , fans  com- 
pter que  les  parties  extérieures  de  ces  édifices  méritent  quelquefois  une  attention 
particulière  de  la  part  des  Commîtes  & une  étude  refléchie  pour  les  perfonnes 
qui  veulent  faire  leur  capital  des  beaux  Arts.  Quelques  obfervations  que  nous  allons 
faire  lur  la  façade  du  batiment  dont  nous  parlons,  juflifieront  ce  que  nous  difons  ici. 

Elévation  du  côté  de  la  rue.  Planche  III. 

. Co™me  ce  bâtiment  eft  divifé  intérieurement  en  deux  parties  , cette  façade  con 
tient  deux  ouvertures  de  porte  au  rez-de-chauffée  : chacune  de  ces  portes  eft  ornée 
P ,x  colo™es  d’Ordre  Ionique  engagées  & furmontées  d’un  entablement  régu- 
lier, lequel  eft  profile  avec  fermeté  , & qui  fe  fent  bien  d’avoir  été  tracé  par 
une  main  habile  Les  portes  font  à platte-bande  , ornées  de  chambranle  & accom- 
pagnées apres  es  colonnes  de  corps  de  refend  ; de  forte  que  ces  corps  laiiTantun 
intervalle  entre  le  fut  des  colonnes  pour  la  faillie  de  leur  bafe  & de  leur  chapiteau 
produifent  un  renfoncement  qui  fait  un  aiTez  bon  effet.  Manfred  & Le  Mercier  ont 
rnine^  cette  ordonnance  dans  leur  frontifpice  de  l’Hôtel  de  Touloufe  & du  Palais 

Les  croifées  du  premier  étage  placées  au-delfus  de  ces  portes  font  d’une  beauté 
de  propoiuon&  dune  elegance  qui  égalent  celles  du  Château  de  Maifons  & cel- 
les du  Palais  du  Luxembourg.  Les  accompagnemens  & les  croifées  fupérieures  au 
fécond  etage , ne  font  pas  (ans  doute  de  la  même  beauté  , étant  divifées  par  de  trop 
petites  parues  ; mais  il  doit  paraître  fingulier  que  ce  que  nous  avons  lieu  de  blâmer 
ici  foitprecifementce  que  la  plupart  de  nos  Architedes  imitent  dans  leurs  com- 

m °n  FUt  ^ remarquer  da“  «ne  partie  des  bâtimens 

quon  eleve  a la  Ville  & a la  campagne , & dont  un  grand  nombre  n’a  pû  trou- 
ver place  dans  ce  Recueil  a caufe  des  irrégularités  qui  fe  trouvent  dans  leurs  dé- 
corations extérieures , quoique  d’ailleurs  les  dedans  ne  foient  pas  fans  commodité 
oc  lans  agrément.  r 

Les  arriérés  corps  de  cette  façade  font  ornés  de  croifées  d’une  proportion  ate 

lTfJftêmte  T fanS  bandeau-  1 Cette  fimplicité  donne  du  repos  aux  façades  félon 
le  fyfteme  des  Anciens  ; cependant  cette  affeélation  définit  les  parties , & cette 
defumon  nuit  aux  malTes.  Un  motif  afTez  puiflânt  a porté  fans  doute  l’Architede  a 
en  ulei  ainfi  , c eft  que  quoique  les  chambranles  ou  bandeaux  d’une  croifée  faite 


Maiforx 
rue  de 
Clery. 


20 


rue  de 
Clery. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

partie  de  la  largeur  du  trumeau , néanmoins  cette  richeffe  le  divife  , & parolt  en  al- 
térer la  folidité  , de  forte  qu’il  n’en  faut  faire  ufage  dans  l’Architeéture,  que  lorf- 
que  les  pleins  peuvent  être  égaux  aux  vuides  : proportion  qu’on  n’obferve  guéres 
aujourd’hui  par  l’abus  que  l’on  fait  de  trop  éclairer  l’intérieur  des  appartemens , de- 
forte  que  la  décoration  extérieure  en  fouffre  au  point  qu’on  peut  à peine  remarquer 
dans  les  façades  de  nos  édifices  quelques  traces  des  proportions  & des  régies  de  la 
bonne  Architecture. 

Elévation  du  côté  de  la  cour.  Planche  IV. 

Le  rez-de-chauffée  , le  premier  étage  & les  pavillons  de  cette  façade  font  d’une 
proportion  très-agréable  & exécutés  d’une  maniéré  pure  & correéte.  Il  feroit  à dé- 
firer  que  l’étage  Attique  fut  fupprimé  ; mais  dans  une  maifon  particulière  dont  le 
terrain  eft  ordinairement  reiferré  , la  néceifité  de  multiplier  les  etages  fertd  exeufè  à 
cet  exhaufiement , quoiqu’il  nuife  à la  dimenfion  de  la  façade , qui  doit , autant  qu  il 
eft  poïïible  , conferver  un  rapport  de  hauteur  rélatif  à 1 etendue  du  bâtiment.  On  au- 
roit  dû  au  moins  lupprimer  les  frontons  des  pavillons , car  ils  ne  peuvent  etre  autorifes 
qu’à  l’extrémité  fupérieure  d’un  édifice. 

La  lettre  A exprime  le  mur  de  face  qui  donne  fur  la  rue  du  Gros  Chenet , vu  en 
racourci.  Une  partie  de  ce  mur  eft  interrompue  dans  les  deux  étages  fupérieurs 
pour  éclairer,  par  une  terraffe,  une  anti-chambre  dans  l’intérieur  du  bâtiment.  (Voyez 
la  Planche  II). 

Coupe  fur  la  profondeur  du  batiment.  Planche  V. 

Cette  Planche  fait  voir  l’intérieur  des  étages  du  principal  corps  de  logis  donnant 
fur  la  rue  de  Clery  , le  mur  delà  cour  donnant  fur  la  rue  du  Gros  Chenet  ; elle  pré- 
fente auffila  coupe  des  remifes  pratiquées  dans  le  fond  de  la  cour. 

Nous  avons  dit  qu’on  avoir  confirait  de  nouvelles  écuries  dans  cette  cour  , elles 
font  adoflees  au  mur  A,  n’étant  plus  en  B : à la  place  de  ces  dernieres , on  a par  écono- 
mie fait  une  boutique.  Nous  n’avons  point  exprimé  ici  l’élévation  de  ces  écuries  , ni 
leur  plan  (dans  la  Planche  première),  étant,  ainfi  que  nous  l’avons  déjà  obferve , d une 
ordonnance  trop  négligée. 


CHAPITRE 


■— I— 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L i v.  V. 


CHAPITRE  VI. 


Description  de  l Eglife  des  Augujlins  DefchauJJe's , connus  fous  le  nom 
des  Petits  Peres , près  la  Place  des  ViUoircs . 

CETTE  Eglifeen  général  n’eft  pas  d’une  étendue  confidérable , ni  d’une  dif- 
tribution  fort  ingénieufe  ; mais  une  des  raifons  qui  nous  ont  porté  à en  don- 
ner  les  defleins  , c’eft  afin  qu’on  puiflè  trouver  autant  de  variété  dans  le  genre  des 
édifices  facrés  dont  nous  parlons  dans  ce  Recueil,  que  nous  en  avons  déjà  répandu 
dans  les  autres  efpeces  debâtimens.  Elle  fut  commencée,  l’an  1 629,  fur  les  defleins 
de  Galopin  , Ingénieur  ; Louis  XIII.  en  pofa  la  première  pierre  le  9 Décembre  de 
la  meme  annee , cette  Eglife  etoit  fituée  où  l’on  voit  aujourd’hui  la  facriftie.  Ce  fut  peu 
de  chofe  dans  fes  commencemens  : en  1 656  on  bâtit  celle  dons  nous  donnons  ici  le 
plan..  Les  fondations  en  furent  commencées  fur  les  defleins  de  Pierre  Le  Muet  (a)  , & 
elevées  jnfqu’à  H fauteur  Je  fopt  P;Pcis  hors  de  terre  par  Ubétal  Bruant  (b),  enfin  elles 
forent  continuées  par  Gabriel  Le  Duc  (f).  Cet  ouvrage  néanmoins  refta  long-tems  im- 
parfait, & ce  ne  fut  que  vers  1 an  1739  qu’il  fût  achevé  dans  l’état  où  on  le  voit  au- 
jourd  hui , & qu  on  conitruifit  a cette  Eglife  un  portail  fur  les  defleins  de  M Car- 
taud , Architeéle  du  Roi , dontnous  avons  parlé , Tome  I.  pag.  222.  Cette  Eglife  en- 
tièrement finie  fut  confacrée  par  l’Evêque  de  Joppé,lei3  Novembre  1740 


La  diftribution  de  cette  Eglife  confifte  dans  une  nef  de  trente-quatre  pieds  de 
largeur  dans  œuvre , for  vingt-deux  toifes  cinq  pieds  de  longueur , y compris  le 
fanétuaire  , & de  quarante-neuf  pieds  de  hauteur  fous  clef.  Cette  nef  eft  flanquée 
dans  toute  fa  longueur  de  deux  rangs  de  chapelles  de  quinze  pieds  de  profondeur 
chacune  , dont  les  murs  de  refend  font  percés  & fermés  de  portes  & de  grilles  de  fer. 

Ces  portes  enfilent  celles  collatérales  du  portail , & les  Chapelles  tiennent  lieu  de 
bas  côtés  à cette  Eglife,  deforte  que  par  les  deux  porches  intérieurs  E , F , qui  font  de 
même  grandeur  que  les  chapelles  , le  peuple  entre  & fort  indépendamment  de  la 
principale  porte  du  milieu , dont  l’ufage  eft  d’être  toujours  fermée  d’un  tambour  ou 
porche  de  menuiferie , pour  procurer  plus  de  recueillement  dans  l’intérieur. 

Nous  avons  recommandé  dans  le  fécond  Volume,  pag.  38,  de  pratiquer  autant 
qu’il  étoit  poffible  un  périftile  ou  porche  extérieur  à l’entrée  des  Eglifes  , tel  qu’à 
la  Sorbonne  du  côté  du  College,  à S.  Sulpice  , au  Val  de  Grâce,  &c.  mais  com- 
me il  n’eft  pas  toujours  facile  de  les  mettre  en  pratique , principalement  dans  celles 
qui  ne  font  que  d’une  médiocre  étendue , à leur  défaut  on  fe  détermine  à faire 
ufage  des  tambours  dont  nous  parlons  ici.  Ce  tambour  fert  de  foubalfement  au  buf- 
fet d’orgues  (/)  , dont  on  voit  la  coupe.  Planche  troifieme  : ( voyez  auffi  la  décora- 
tion de  ce  porche  dans  le  feptieme  Volume.  ) 

A feize  toifes  du  portail , dans  l’intérieur  de  ce  monument,  eft  une  croifée  dont  la 


Plan  de  1‘ Eglife  des  Petits  Peres.  Planche  Première. 


feurs , eft  de  Sclop , homme  fort  habile  dans  ce  genre  d’inf- 
trumens, 

F 


Tome  III, 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 

Ej;!ir.JM  longueur  contient  toute  la  largeur  de  l’Eglife.  A chacune  des  extrémités  de  cette 
je,.  1 ^ croifée  font  pratiquées  deux  chapelles , l’une  de  S.  Auguftin , l’autre  de  Notre- 
Dame  de  Savone.  Cette  derniere  eft  toute  de  marbre  & d’une  allez  bonne  compo- 
lition  : on  prétend  quelle  eft  exécutée  fur  les  deiïèins  de  Claude  Perrault  dont  nous 
avons  parlé, Tom.  II.  pag.  57.  Note  (a) 

Au  milieu  & dans  la  partie  fupérieure  de  cette  croifée  eft  une  voûte  Iphérique , 
qui  s’élève  de  J 9 pieds  au-defiùs  du  fol  du  pavé  de  l’Eglife.  A la  place  de  cette 
voûte  devoit  être  un  dôme  fuivant  le  projet  de  Libéral  Bruant  ; mais  par  des  confé- 
dérations particulières  il  fut  lupprimé  lors  de  l’entiere  perfeétion  de  cet  édifice. 

Le  chœur  où  font  les  ftalles  eft  placé  derrière  le  Maître-Autel , & n’eft  féparé 
de  la  nef  que  par  une  grille  baffe.  Le  fond  eft  à pans  coupés , forme  contraire  à l'u- 
làge  ordinaire  , les  plans  circulaires  femblant  être  plus  convenables , ainfi  qu’on  le 
remarque  dans  toutes  nos  Eglifes  Paroifflales  ; mais  il  faut  obferver  ici  que  ce  chœur 
n’avoit  d’abord  été  confirait  qu’en  charpente  en  attendant  que  l’Eglife  fut  finie , & 
que  depuis , pour  rendre  ce  vaiifeau  plus  Ipacieux  , on  l’a  laiifé  fubfifter  tel  qu’il  étoit. 

A la  gauche  du  chœur  on  a joint  dans  ce  plan  une  partie  des  bâtimens  dépen- 
dans  du  Couvent , tels  qu’un  veftibule  , un  grand  efcalier  ( ? ) , une  facriftie  (/). 
Tous  ces  bâtimens  font  conftruits  avec  folidiœ  , appareillés  avec  foin  & d'une  dé- 
coration alfez  bien  entendue , quoique  fimple. 

Coupe  fur  la  largeur  de  l’Eglife  des  Petits  Pères  ,prife  dans  le  plan  fur  la  ligne  AB. 

Planche  IL 

Cette  coupe  préfente  toute  la  largeur  de  l’Eglife  vue  dans  le  milieu  de  la  croi- 
fée , deforte  que  dans  les  deux  côtés  , entre  les  quatre  gros  piliers  qui  portent  la 
voûte , on  voit  quatre  tribunes  qui  égalent  la  profondeur  des  chapelles  diftribuées 
fur  la  longueur  de  la  nef.  Ces  quatre  tribunes , dans  lefquelles  on  monte  par  de  petits 
efcaliers  à vis  exprimés  dans  la  Planche  Première  , décorent  avec  fimétrie  les  ex- 
trémités de  la  croifée,  & font  d’un  deffein  de  très-bon  goût.  Ces  tribunes  étoient 
compofees  anciennement  par  Gabriel  Le  Duc  , 3c  ont  ete  reftaurées  3c  miles  en  l’état 
où  on  les  voit  préfentement  par  M.  Cartaud.  Voyez  le  développement  d’une  de 
ces  tribunes  rapporté  plus  en  grand  fur  la  Planche  V.  Figure  IL 

Un  Ordre  de  pilaftres  Ioniques  de  vingt-fix  pieds  de  hauteur  décore  tout  l’inté- 
rieur de  cette  Eglife.  Cet  Ordre  eft  élévé  fur  un  focle  d’un  pied  & couronné  d’un 
entablement  dont  la  hauteur  eft  entre  le  quart  & le  cinquième  de  l’Ordre.  La 
corniche  de  cet  entablement  eft  ornée  de  modillons , ornemens  que  Palladio  a pré- 
féré aux  denticules , mais  qui  ne  conviennent  cependant  à l’Ordre  Ionique  que  lorf- 
qu’il  eft  élévé  feul  dans  un  bâtiment,  tel  qu’il  fe  remarque  ici  : auflî  M.  Cartaud  a- 
t-il  préféré  l’entablement  denticulaire  de  Vignole  dans  l’Ordre  Ionique  du  portail 
de  cette  Eglife , ( Planche  V.  ) pareequ’il  eft  furmonté  d’un  Ordre  Corinthien  , au- 
quel les  modillons  femblent  être  confacrés. 

Les  chapiteaux  des  pilaftres  Ioniques  dont  nous  parlons , font  modernes,  & à bien 

& qui  font  tous  excellons.  Attenant  ces  galleries  eft  un 
cabinet  de  médaillés  antiques  de  cinq  fuites , placées  fépa- 
rement , chacune  dans  fon  armoire.  Ce  cabinet  eft  auflî 
orné  de  figures  de  bronze , de  buftes , de  vafes  de  mar- 
bre & d’albâtre  , le  tout  antique.  On  y voit  enfin  une  aflez 
belle  colle&ion  de  coquilles  , d’Eftampes  rares  aflez  bien 
confervécs , & que  le  Bibliothécaire  fe  fait  un  plailîr  de 
laiflervoir  aux  Curieux  & auxConnoifleurs. 

(/)  La  facriftie  renferme  une  grande  quantité  d’orne- 
mens  & d’orfévrie  fort  eftimée.  Les  dortoirs  de  ce  Cou- 
vent font  auflî  ornés  d’une  grande  quantité  de  tableaux 
peints  par  d’Olivet , & qui  méritent  quelque  attention. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv. 


V. 


*3 


des  égards  il  font  préférables  aux  antiques.  Les  bafes  au  contraire  font  Attiques  & Egi;rc  j« 
non  Ioniques.  Nous  détaillerons  les  raifons  qui  ont  engagé  à cette  double  préfé-  rP“,“  Pe' 
rence , en  décrivant  la  façade  des  Thuilleries  du  côté  du  jardin  , Tome  IV. 

Ces  bafes , comme  nous  venons  de  le  remarquer  , font  élévées  fur  un  focle  d’un 
pied  ; cette  hauteur  eft  trop  peu  confidérable , furtout  dans  un  édifice  où  la  multitude 
abonde  , parceque  la  grandeur  humaine  étant  ordinairement  de  J à 6 pieds,  mafque 
une  partie  de  la  hauteur  réelle  de  l’Ordre , & empêche  de  juger  de  fa  proportion  : 
on  aurait  donc  dû  éléver  ce  focle  de  quatre  pieds  au  moins , s’il  n ’étoit  pas  polîîble 
de  lui  en  donner  cinq  ou  cinq  & demi. 

Entre  les  gros  piliers  où  font  placées  les  tribunes,  on  voit  le  choeur  de  l’Eglife,  qui 
fera  décoré  de  grands  tableaux  , dont  quatre  peints  par  M.  Carie  Vanloo  (g)  font  déjà 
pôles.  Ces  tableaux  font  encadrés  dans  de  la  menuiferie  foûtenue  par  un  revêtement 
aulii  de  menuiferie  , qui  fert  de  couronnement  aux  dalles  , le  tout  d’un  delfein  an- 
cien execute  par  Bardou  , fameux  menuifier  du  dernier  fiecle. 

Le  Maître-Autel  fepare  le  chœur  de  la  nef  : il  ed  exécuté  à la  Romaine , condruic 
de  marbre  , enrichi  de  bronzes  , & c.  & enfermé  d’une  grille  de  hauteur  d’aopui. 
Au-deifus  du  grand  arc  qui  précède  le  Maître-Autel , s’élève  la  voûte  fphérique 
en  cul  de  four  dont  nous  venons  de  parier.  Cette  voûte  ed  portée  par  quatre  pen- 
dentifs , qui  prennent  na.lfance  a plomb  des  piladres  à pans  , qui  font  placés  au 
rcz  de^chaulfee  dans  les  angles  des  quatre  gros  piliers.  Cette  voûte  ed  d’un  galbe 
très  méplat , elle  ed  ornee  d’un  gros  cordon  & enrichie  dans  les  angles  d’une 
agraire  d un  goût  allez  mefquin , aulîî-bien  que  les  tables  8c  les  ornemens  des  pa- 
naches 8c  du  qui  de  four,  qui  font  de  l’exécution  de  Rebillé } Sculpteur. 

Au-deflus  de  cette  voûte  ed  exprimée  la  hauteur  des  combles  de  cette  Eglife 
avec  leur  développement  intérieur.  La  charpente  de  ces  combles  ed  détachée  delà 
maçonnerie  pour^  empecher  que  fen  poids  n’adàifiè  la  voûte  en  pierre  ; deforte  que 
les  principales  pièces  de  bois  portent  lùr  les  murs  de  face  & de  refend,  conf- 
truits  d une  épaiilèur  fuffîfànte  & rélative  à la  poulfée  de  ces  combles  & à leur 
équilibre. 


Coupe  fur  la  longueur  de  l'Eglife  des  Petits  Peres  , prife  dans  le  plan  [ùr  la  ligne  CD. 

Planche  III. 


Cette  coupe  montre  le  développement  de  toute  la  longueur  d’un  des  côtés  de 
l’Eglife  ; A ed  la  coupe  du  portail , B la  longueur  de  la  nef  percée  de  chaque  côté 
de  quatre  arcades , dont  trois  contiennent  des  chapelles  fermées  de  grilles  , & l’au- 
tre  fert  de  pafiàge  pour  entrer  dans  cette  Eglife  par  les  portes  collatérales  du  por- 
tail. C indique  la  largeur  de  la  croifée  de  l’Eglife , aux  deux  extrémités  de  laquelle 
font  les  chapelles  de  S.  Augudin  & de  Notre-Dame  de  Savone,dont  nous  avons 
déjà  parlé  ; cette  derniere,  femblable  à celle  qui  lui  ed  oppofée , ed  exprimée  ici.  On 
voit  en  D les  piladres  à pans  pratiqués  pour,  au-dedùs  de  leur  entablement,  porter  les 
panaches  de  la  voûte  fphérique  qui  termine  le  milieu  de  la  croifée.  E ed  le  fanc- 
tuaire , F le  profil  du  Maître-Autel , G le  chœur  dans  lequel  ed  exprimée  l’élévation 
des  Halles , le  lambris  de  revêtidement  8c  la  difpofition  des  tableaux  qui  doivent 
décorer  ce  lieu. 

Au-deflus  de  1 Ordre  Ionique  s’élève  la  voûte  fphérique  en  plein  ceintre  de  la  nef 
& du  lanéluaire.  On  y a pratiqué  des  croifées  formant  lunettes  8c  féparées  par  des 
arcs,  doubleaux , qui  tombent  à plomb  de  chaque  pilaffcre.  Ces  arcs  doubleaux  font 
ornes  de  tables  8c  de  caflettes  : on  auroit  dû  les  faire  unis , ou  les  fubdivifer 


(£•)  Nous  parlerons  de  ce  peintre  célébré  dans  le  pre- 
mier Chapitre  du  Volume  fuivant  >en  faifantle  dénombre- 


ment des  habiles  Artiftes  à qui  le  Roi  donne  le  logement 
au  Louvre. 


FçlireJei 

Petit*  Pe- 

lit. 


24  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

moins  , le  fuft  des  pilaftres  n’ étant  pas  cannelé.  Le  chantournement  de  ces  tables 
imite  la  menuiferie  , ce  qu’il  faut  éviter;  la  voûte  qui  eft  au-deflus  du  chœur  eft  de 
charpente  couverte  de  plâtre , pour  les  raifons  que  nous  avons  rapportées  page  22. 

Au-deflus  des  voûtes  de  maçonnerie  fe  voit  le  dévelopement  intérieur  de  la  char- 
pente qui  eft  de  même  hauteur  & de  même  alfemblage  que  celle  delà  Planche  précé- 
dente. 

Elévation  du  Portail  de  tEglife  des  Petits  Peres.  Planche  IV. 

Ce  portail  a 63  pieds  de  hauteur , non  compris  le  fronton , & 75  & demi  de 
largeur  ; il  eft  compofé  de  deux  Ordres  de  pilaftres , l'un  Ionique , l’autre  Corin- 
thien. Le  diamètre  du  premier  eft  de  deux  pieds  dix  pouces , celui  du  fécond  de 
deux  pieds  fix  pouces , la  hauteur  de  ce  dernier  étant  égale  à celle  du  premier , 
quoique  plus  communément  on  lui  donne  un  module  ou  demi  diamètre  de  moins. 

Quoique  la  magnificence  dans  un  monument  facré  femble  être  refervée  pour  les 
Cathédrales  & les  grandes  Eglifes  Paroifliales,  & que  l’économie  doive  au  contrai- 
re préfider  dans  un  édifice  de  l’efpece  de  celui  dont  nous  parlons , cependant  tous 
les  Connoifleurs  fe  réunifient  à défirer  que  dans  la  rcz-dc-chauflee  de  ce  portail 
on  eût  préféré  les  colonnes  aux  pilaftres , le  peu  de  faillie  de  ceux-ci  paroiflant  en 
général  trop  bas  relief.  Ce  défaut  fe  pouvoit  d’autant  mieux  éviter  qu’il  y a au-de- 
vant de  ce  frontifpice  une  place  aflez  confidérable  en  comparaifon  de  celles  des 
Eglifes  de  S.  Gervais , de  S.  Sulpice  , de  l’Oratoire,  &c.  qui  à la  vérité  ne  peuvent  fer- 
vir  d’autorité  dans  le  cas  dont  il  s’agit.  D’ailleurs  il  faut  obferver  que  l’entrée  d’un.mo- 
nument  dont  la  grandeur  & la  hauteur  des  voûtes  font  toujours  fort  au-deflus  d’un 
bâtiment  particulier,  doit  s’annoncer  par  les  déhors,  foit  en  n’employant  qu’un 
feul  Ordre , foit  en  donnant  du  mouvement  à fa  décoration , foit  enfin  en  évitant 
trop  d’uniformité  dans  fa  compofition  ; car  malgré  la  retenue  dont  on  doit  ufer  en 
pareille  occafion  , il  faut  cependant  fortir  , dans  l’ordonnance  d’un  portail , du  genre 
d’Architeélure  qu’on  employé  ordinairement  dans  les  bâtimens  deftinés  à l’habita-* 
tion. 

Un  avant-corps  qui  monte  de  fond  & qui  eft  de  38  pieds  & demi  de  largeur,' 
marque  le  milieu  de  ce  frontifpice  ; il  eft  percé  au  rez-de-chauflee  d’un  porte  à plate- 
bande  enfermée  dans  une  arcade  feinte  ; toutes  deux  font  d’une  proportion  trop 
courte  & contraire  à celle  de  l’Ordre  Ionique  , qui  auroit  dû  leur  donner  le  ton. 
(Voyez  la  proportion  des  différentes  portes,dans  notre  Introduélion,  premier  Volume 
page  10p.  ) D’ailleurs  il  falloit  préférer  une  porte  toute  de  menuiferie  , qui  eût  rem- 
pli l’arcade  en  plein  ceintre  , & fupprimer  l’Attique  & l’inferiptionque  nous  rappor- 
tons ici,  cette  derniere  auroit  trouvé  fa  place  au-deflus  des  petites  portes  collatérales: 

D.  O.  M. 

Virg.  Dei-paræ. 

Sacrum 

Sub  titulo  de  Vicloriis. 

Pour  donner  à la  porte  réelle  & à l’arcade  feinte  du  milieu  une  plus  heureufe 
proportion , on  auroit  dû  enfermer  l’arcade  dans  une  niche  quarrée , qui  ayant  ré- 
tréci leur  largeur , leur  auroit  procuré  une  hauteur  plus  analogue  à l’ordonnance 
Ionique , ainfi  qu’on  l’a  pratiqué  à l’Ordre  fupérieur.  Au-deflus  de  l’Archivolte  eft 
fculpté  un  groupe  de  Chérubins  portés  fur  des  nuages  ; ce  groupe  eft  aflëz  bien 
exécuté  , ainfi  que  tous  les  ornemens  de  ce  portail , qui  font  de  Charles  Rebillé  & de 
Fournier  , Sculpteurs  de  réputation  dans  ce  genre. 

Les  deux  portes  collatérales  placées  dans  les  arrieres-corps  font  bien  fupérieures  à 

celle 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V.  if 

celles  du  milieu  , leur  proportion  , la  répartition  des  membres  d’Architeéture  qui  tgiift 
les  accompagnent , leurs  ornemens  , la  correélion  de  leurs  profils  étant  de  toute  rt™” 
beauté  , ce  qui  nous  a déterminé  à en  donner  les  deffeins  plus  en  grand  dans  la  Plan- 
che cinquième,  Figure  première. 

Les  pilallres  des  extrémités  de  l’avant-corps  font  écartés  chacun  de  cinq  modules; 
ils  auroient  pû  être  accouplés,  & difpofés  d'une  maniéré  plus  ingénieufe , l’ac- 
couplement n 'étant  difficile  à mettre  en  pratique  que  dans  l’Ordre  Dorique  , 
qui  néanmoins  a été  préféré  par  le  même  Architeéle  dans  le  portail  des  Barnabites, 
(Voyez  le  deffein  de  ce  portail  ,Tom.  II.  pag.  ioo. 

L’entablement  profile  fur  les  retours  de  ces  pilallres , ce  qui  ôte  il  ce  portail  un 
caraétere  ferme , toujours  défirable  dans  un  édifice  du  genre  de  celui  dont  nous  par- 
lons : cette  confidération  faitpréfererfouvent  l’Ordre  Dorique  à l’ionique  , ce  der- 
nier étant  trop  peu  viril  pour  la  décoration  extérieure  d’un  Temple  , à moins  qu’il 
ne  foit  queftion  d’un  monument  confacré  à la  Virginité , où  l’Ordre  Ionique  , côn- 
fidéré  par  les  Anciens  comme  un  Ordre  Féminin , peut  être  appliqué  avec  con- 
venance. Il  ell  aifé  de  remarquer  à S.  Roch  , à S.  Gervais  , aux  Minimes,  aux  In- 
valides , à 1 Oratoire , &c.  que  l’Ordre  Dorique , que  nous  defirons  ici  par  des  raifcns 
de  bienféance , y a été  préféré  , quoique  le  plus  fouvent  il  ait  été  éxécuté  avec  allé z 
de  négligence , mais  du  moins  fon  expreffion  (impie  & virile  remplit-elle  l’idée 
qu’on  doit  fe.  former  de  la  décoration  extérieure  d’un  édifice  facré. 

A chaque  extrémité  de  ce  portail , en  voit  un  feul  piiaftre  qui  ne  nourrit  pas 
allez  les  parties  anguleufes  de  cet  édifice , & quoiqu’il  foit  réellement  folide  par  les 
corps  d’Architeéture  qui  l’accompagnent , il  a néanmoins  befoin  d’en  avoir  l’apna- 
rence  par  la  diftribution  des  Ordres  ; d’ailleurs  les  retours  de  l’entablement  fur 
chacun  de  ces  pilallres , & la  pyramide  qui  s’élève  au-deflùs  , fervent  encore  à 
rendre  cette  ordonnance  plus  légère  , ce  qui  ne  peut  être  approuvé  ici  : c’eft  pour- 
quoi il  auroit  été  à délirer  que  ces  pilallres  fulfent  accouplés.  Sans  doute  que  l'axe 
des  portes  collatérales  ayant  été, donné  , il  a été  difficile  d’éviter  ce  reproche  , mais 
comme  cette  Eglife  ell  fans  bas  côtés , il  faut  convenir  qu’il  étoit  polîible  de  tirer  un 
meilleur  parti  de  cette  décoration  extérieure. 

L’Ordre  Corinthien  & fes  acconipagnemens  font  alfez  heureufement  diflribués , 

& font  un  alfez  bel  enfemble  avec  l’Ordre  Ionique  de  delfous  ; on  peut  cependant 
obferver  que  la  hauteur  de  l’Ordre  fupérieur , qui  ell  égal  à celui  d’en  bas , fait  pa- 
raître celui-ci  trop  court.  Cet  inconvénient  ne  feroit  pas  arrivé , fi  on  eut  donné 
un  module  de  moins  à l’Ordre  Corinthien  ; par-là  le  focle  de  dellùs  l’entablement 
Ionique  auroit  été  plus  élévé  , & fa  hauteur  réelle  n’eût  pas  été  mafqaée  en  partie 
par  la  faillie  de  la  corniche  Ionique. 

L’entablement  Corinthien  retourne  auffi  fur  les  pilallres  , ce  qui  produit  un  dé- 
faut de  fimétrie  dans  la  diftribution  des  modifions  de  fa  corniche  ; ces  retours  mê- 
me montent  jufques  dans  le  timpan  du  fronton , ce  qui  découpe  l’ordonnance  de 
ce  portail  & lui  donne  en  général  un  air  mefquin , qui  n’approche  pas  à beaucoup 
près  de  l’entente  & du  caraétere  exprelfif  qu’on  remarque  dans  les  autres  ouvrages 
élevés  par  le  célébré  Architeéle  qui  a bâti  ce  frontifpice. 

Ces  obfervations , toutes  équitables  qu’elles  paroilfent  , me  font  àppercevoir 
les  écueils  dont  ell  femée  la  carrière  que  je  parcours  ; je  ne  fens  que  trop  que  je 
me  mets  dans  le  cas  de  déplaire  à prefque  tous  nos  Architeéles  : en  effet  foit  que 
je  les  loue,  foit  que  je  les  cenfure  , puis-je  me  flatter  de  mériter  leur  approbation  ? 

Non  fans  doute  : car  telle  ell  la  Angularité  de  l’amour  propre , l’éloge  le  plus  mar- 
qué paraît  toûjours  fort  inférieur  au  mérite  des  hommes , au  conjure  ils  regardent 
comme  une  fatyre  la  critique  la  plus  légère  ; mais  comme  je  me  voue  au  bien  pu- 
blic, je  ferai  toujours  trop  heureux  fi  mon  zele  peut  y contribuer,  & fi  en  parti- 

Tome  111.  Q 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


ECürt  de,  culier  quelques  perfonnes , que  je  révéré , veulent  bien  rendre  juftice  à la  droiture 
Pe““  fe'  de  mes  intentions.  J’ai  d’autant  plus  lieu  de  l’efperer , qu’on  a déjà  dû  s’appercevoir 
que  ce  n’eft  pas  une  vaine  démangeaifon  de  critiquer  qui  me  conduit  aux  remar- 
ques que  je  me  trouve  obligé  de  faire , puifque  je  faifis  avec  plaifir  toutes  les  occa- 
Cons  d’applaudir , étant  perfuadé  d’ailleurs  que  rien  ne  fait  plus  d’honneur  à un  Ob- 
servateur que  le  refpeél  qu’il  témoigne  pour  les  Artiftes  d’un  mérite  véritablement 
reconnu , puifqu’il  Semble  que  nous  ne  fçaurions  être  bien  convaincus  de  ce  qu’ils 
valent,  que  nous  ne  Soyons  nous-mêmes  de  quelque  valeur , & que  l’eftime  que 
nous  faifons  de  leurs  ouvrages , quand  elle  eft  bien  fondée  , nous  met  en  quelque 
forte  à leur  niveau. 

Explication  des  Figures  repréfentées  Jùr  la  Planche  V. 

La  Figure  première  donne  en  grand  une  des  portes  collatérales  du  portail  : il 
Sera  aifé  d’en  connoître  les  dimenfions  par  l’échelle  ; à l’égard  des  profils  de  ces  por- 
tes , on  les  trouvera  plus  détaillés  dans  le  huitième  Volume. 

La  Figure  deuxieme  donne  auffi  plus  en  grandie  defTein  d’une  des  quatre  tribunes 
placées  dans  la  croifée  de  l’intérieur  de  SEgiife.  L’échelle  de  la  Figure  première 
eft  commune  à celle-ci , la  gravure  n’a  pû  rendre , à beaucoup  près , la  beauté  de 
l’exécution  de  ces  deux  deffeins  , mais  j’ofe  avancer  que  ce  Sont  autant  de  chef-d’œu- 
vres  que  l’on  ne  fçauroit  trop  examiner  , pour  Se  former  un  goût  jufte  & pré- 
cis des  régies  de  la  bonne  Architeélure , principalement  la  partie  inférieure  de 
la  Figure  première  & la  partie  Supérieure  de  la  Figure  deuxieme. 


Pii 


:ljn. 


Avec  une 


PLAN  du  liez,  de  ( haussée  de  l'Ecjlise  des  Petits  Per  es, près  la  Pince  des  TA claires, 
e partie  des  Balimens  qui  l'environnent,  commencée  a lu  tir  pur  Gabriel  le  Due ef finie  parÆ.  ( arlmnl,  AreJiileele  du  Roi 


Jardin. 


Rue 


Nob-e  -Dame 


TJe/vires. 


Parlietdieres . 


L,v.TrNnri.pLj. 


, ---  — ' ~ 

COUPE  SU R LA  LARGEUR  DE  L EGLISE  DES  PETITS  PERLS/RR1SL  DANS  LE  PLAN 

STTR  LA  LIGNE  AB  . 


tiriÉMÉPM 


COUPE  SUlt  LA  LONGUEUR  DE  l' EGLISE  DES 


fur. 


Pla/t  et  Elévation  du  Portail  do  [Eglise  des-  R R. PP.  Æutusdns  déchaussés , 

nonuna)  les  Petits -Per'es, près  la  Place,  des  Victoires,  'a.  P arts  ,vâti  stades  desseuls  deJ 
M.  CartaudfA rcJiitecte  du  Roy  > en'lJ3 ÿ . 


EcÀe//c  de  û i ô)  4 d 6-  toises 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i y.  V. 


*7 


CHAPITRE  VIL 

Defcriptioti  de  L’ Hôtel  de  Touloufe , fitud  rue  de  la  Vrilliere , près  la  Place 

des  Victoires. 


CE  T Hôtel  n’étoit  auparavant  qu’une  maifon  particulière , qui  fut  bâtie  en 
1620  furies  deffeins  de  François  Manfard  (a)  pour  Raimond  Phelipeaux , Sièiir 
d’Heriaut,  de  la  Vrilliere  & du,  Verger , Secrétaire  d’Etat.  Elle  fut  vendue  en  170; 
à M.  Rouiller  , Maître  des  Requêtes  de  l’Hôtel , &c.  En  1713  , S.  A.  S.  Monfei- 
gneur  le  Comte  de  Touloufe  1 acheta  & y “fit  faire  des  augmentations  confidéra- 
bles,  qui  ne  furent  achevées  qu’en  1719.  M.  de  Cotte -(b)  , premier  Architeéle  du 
Roi,  en  fut  chargé.  Cet  Hôtel  appartient  aujourd’hui  à M.  le  Duc  de  Penthievre  1 
Grand  Amiral  de  France , fils  de  M.  le  Comte  de  Touloufe. 

Plan  général  au  rez-de-chaujpe  des  bdtimens  , cour  & jardin  de  FHôtel  de 
Touloufe.  Planche  Première* 

Le  principal  corps  de  logis  de  cet  Hôtel , ainfi  que  ceux  deftinés  pdur  les  Domefti- 
ques  , etoient  dans  leur  origine  enfermés  dans  un  terrain  allez  borné  • mais  les  ac- 
quérions que  M.  le  Comte  de  Touloufe  fit  dans  la  fuite  , fournirent  les 
moyens  d’éléver  de  nouveaux  bâtimens,  & d'y  procurer  toutes  les  commodités  né- 
ce flaires  : néanmoins  l’obliquité  des  rues  qui  forment  d’un  côté  l’enceinte  des  dé- 
pendances de  cet  Hôtel , a rendu  les  diftributions  des  baffes  cours  allez  irrégulières, 
& a limité  leur  elpace  ; ce  qui  a été  caufe  que  l’on  a été  forcé  de  pratiquer  fous 
terre  la  plus  grande  partie  des  écuries , dans  lefquelles  on  defeend  par  les  rampes 
A , A , & de  partager  les  cuifines  & les  offices  en  différens  endroits.  Il  eût  été  mieux 
fans  doute  de  raffembler  féparèment  les  bâtimens  de  la  bouche  , des  remifes  & des 
écuries , aufli-bien  que  le  logement  des  différens  Officiers  attachés  à la  maifon  ; 
par-là  on  eut  procuré  plus  d'ordre  pour  le  fervice , donné  plus  d’agrément  au  bâti- 
ment , & produit  plus  de  fimétrie  dans  la  diftributiôn  du  plan  ; mais  on  n’eft  pas 
toujours  le  maître  d’acquérir  un  terrain  régulier  & fpacieux.  C’eft  pourquoi  nous 
avons  crû  devoir  donner  le  plan  général  de  cet  Hôtel , qui  n’avoit  pas  encore  été 
grave  , afin  de  préfenter  une  idée  de  l’immenfité  des  dépendances  qui  font  du  ref- 
fort  d’un  édifice  de  cette  importance,  quoiqu’irrégulier , afin  que  dans  d’autres  oc- 
cafions , on  cherche  à appliquer  avec  plus  davantage  ces  différens  départemens  , 
principalement  lorfqu  on  bâtit  à neuf  ; car  autrement  on  ne  doit  pas  s’attendre  à 
une  régularité  fcrupuleufe  , ainfi  que  nous  l’avons  remarqué  en  parlant  de  l’Hôtel 
de  Soubife  Tome  II , Liv.  IV.  Chapitre  XVIII.  ) qui  s’eft  trouvé  dans  le  même  cas 
lui  dont  nous  parlons , pour  ce  qui  regarde  les  baffes  cours  , &c. 

Si  la  fujettion  du  terrain  autorife  en  quelque  forte  l’irrégularité  des  baffes  cours 
de  cet  Hôtel , où  les  enfilades  en  général  & l’uniformité  de  la  décoration  paroif- 
lent  peu  néceffaires  , du  moins  cette  irrégularité  n’eft-elle  pas  excufable  dans  la 
diftnbution  générale  du  principal  corps-de-logis  & dans  l’ordonnance  des  façades. 
Cet  Hôtel,  en  faveur  delaricheiïe  des  dedans  , fembloit  exiger  qu’on  reconnût 
par  ralpeét  des  dehors  la  magnificence  intérieure,  & que  l’Architeéture  extérieure 
annonçantes  loix  fondamentales  de  l’Art,  que  François  Manfard  a affez  générale- 
ment obfervées  dans  toutes  fes  produétions , mais  qui  à bien  des  égards  ont  été  né- 
gligées ici , ainfi  que  nous  le  remarquerons  en  fon  lieu. 

IT(?  I,°yv  " ,qT  n0US  aV0”S  dk  de  C“  Archkefte  > T‘  (*)  Voyez  ce  que  nous  ayons  dit  de  cet  Alchitefle , T 

11.  p.  02.  Mot.  (a).  I.  p,  2 jj o.  Not.  (a). 


Hétd  de 
Touloufe. 


I. 


tes 


K ; ; 

■ Il 


ARCHITECTURE  FRANÇOIS  E~  L i v.  V. 

HJitUs  R‘en  ne  ^eroit  fans  doute  plus  agréable  pour  nous  que  de  n être  pas  obligés  de 
Touiouio.  relever  fi  fréquemment  les  erreurs  qu’on  remarque  dans  nos  bâtimens , mais  je  croi- 
rais manquer  à mes  engagemens , fi  par  quelque  confidération  particulière  , je  crai- 
gnois  de  taire  appercevoir  celles  qu’ii  convient  même  d’éviter  dans  nos  maifons  à 
loyer.  Au  refie  nous  croyons  avoir  déjà  averti,  que  dans  les  obl’ervations  que  nous  fai- 
fons  fur  les  différens  édifices,  l’Auteur  n’avoit  abfolument  rien  de  commun  avec  l’ou- 
vrage ; c’eft  pourquoi  fans  vouloir  diminuer  la  réputation  des  Architeéles , qui  dans 
bien  des  occafions  ont  montré  une  très-grande  fupériorité  , & en  fuivantle  but  que  je 
me  fuis  propofé  dans  ce  recueil , je  me  vois  forcé  de  relever  leurs  inadvertances  ; 
d’ailleurs  la  plupart  de  ces  Arcbiteéles,  en  mettant  leurs  produélions  au  grand  jour, 
ne  Font  ils  pas  permis  tacitement,  & ne  fe font-ils  pas  en  quelque  forte  lbumis  vo- 
lontairement à l'examen  que  je  fais  ici  ! Je  ne  puis  donc  me  perfuader,  qu’en  in- 
diquant fans  aigreur  les  licences  dans  lefquelles  font  tombés  la  plupart  des  nôtres  , 
on  m’impute  quelques  perfonaiités.  Ainfi  dans  l’intention  de  faire  éviter  les  défauts 
eifentiels , & non  de  cenfurer , je  remarque  qu’il  étoit  indifpenfable  de  mettre  une  ou- 
verture à la  place  de  la  niche  B , afin  que  par  l'enfilade  CD  , on  eut  découvert  non- 
feulement  l’intérieur  de  la  cour , mais  que  les  perfonnes  qui  occuperaient  les  appar- 
tenons du  rez-de-chauffée , profitaffent  d’un  percé  de  plus  de  i yo  toifes  qui  offre  l’af- 
peél  de  la  place  , & celui  de  la  ftatue  de  Louis  XIV  : monument  qui  devoit  engager 
l’Architeéle  à mettre  tout  enufage  pour  en  procurer  le  cAip  d’œil  dans  tout  l’inté- 
rieur de  cet  Hôtel.  En  effet  il  n’eft  pas  concevable  qu’on  ait  pû  manquer  ce  point 
de  vue  ; il  eft  vrai  que  cette  enfilade  n’eut  pas  aligné  le  milieu  du  jardin , mais  en 
affujettilfant  la  forme  des  charmilles  à cet  alignement  CD  , & à l’axe  du  jardin  EF  , 
elle  n’eut  pas  moins  produit  un  bon  effet.  Au  relie  cet  axe  , comme  on  peut  le 
remarquer , donne  auffi  dans  un  trumeau  vers  F , plutôt  que  dans  un  percé  ; irrégu- 
larité vicieufe  ,&  qui  ne  doit  jamais  être  imitée,  quoique  ce  même  défaut  fe  trouve 
dans  un  de  nos  plus  grands  édifices , à Paris , ainfi  que  nous  l’avons  remarqué  au 
Tome  premier  de  cet  ouvrage  , page  26"/. 

La  diftribution  des  appartenons  ell  d’ailleurs  affez  bien  percée  ; les  principales  piè- 
ces font  grandes  & fpacieufes , l’efcalier  magnifique  , précédé  d’un  veftibule  & d’un 
périllile  , le  tout  décoré  & orné  relativement  à la  richeffe  répandue  dans  l’intérieur 
de  cet  Hôtel. 

L’aile  de  bâtiment  en  retour  fur  le  jardin  étoit  ci-devant  une  orangerie  au  rez- 
de-chauffée  , on  y a pratiqué  depuis  quelques  années  un  appartement  privé  pour  Ma- 
dame la  Ducheffe  de  Penthievre  : cet  appartement  contient  toutes  les  commodités 
relatives  à fon  ufage , & eft  décoré  avec  beaucoup  de  nobleffe  & de  goût.  Cette  aile 
de  bâtiment , dans  laquelle,  au  premier  étage , fe  trouve  une  magnifique  gallerie,  dont 
nous  parlerons  dans  fon  lieu , devoit  fimétrifer  à une  autre  aile , dont  on  voit  ici  le 
commencement  dans  le  piédroit  G , qui  fait  parpin  avec  le  mur  de  face  , & qui  eft 
auffi  exprimé  dans  l’élévation  du  côté  du  jardin,  Planche  V.  Cette  aile  devoit  for- 
mer une  gallerie  qui  aurait  fervi  de  bibliothèque,  & fa  décoration  extérieure  aurait 
procuré  une  uniformité  très-agréable  au  jardin , qui  aujourd'hui  eft  terminé  d’unepart 
par  une  façade  de  bâtiment , & de  l’autre  par  une  allée  d’arbres. 

Le  nom  des  pièces  défignées  fur  cette  Planche  annonce  vifiblement  leur  ufage. 
Nous  remarquerons  feulement  qu’on  a fait  des  changemens  dans  quelques-unes  de 
ces  pièces  , comme  on  le  peut  obferver  en  comparant  ce  plan  avec  celui  de  la 
Planche  deuxieme , qui  ayant  été  gravée  anciennement , nous  donne  la  diftribution 
du  corps  de  logis  dans  l’état  où  il  le  trouvoit  après  que  M.  de  Cotte  l’eut  réparé  en 
1719  , & dont  nous  allons  parler. 


ARCHITECTURE  FRANÇOI S E , Li  v.  V. 


Plan  au  rez-de-chaujfée  du  principal  corps-de-logis  de  l’Hôtel  de  Touloufe. 

Planche  IL 

Nous  remarquerons  que  la  cour  principale  de  cet  Hôtel  ell  trop  petite  pourl’éten-  Hôtel Jfe 
due  des  bâtimens,  & que  lorfque  quelque  confidération  détermine  à cette  économie  , To“louft: 
au  moins  faut-il  proportionner  la  hauteur  des  bâtimens  au  diamètre  des  cours  ; au- 
trement l’afpeét  de  l’édifice  paraît  trille  , & l’intérieur  des  appartemens  fombre  : 
ce  qui  loin  d’annoncer  aux  étrangers  la  demeure  d'un  grand  Seigneur  , ne  leur  pré- 
fente dans  les  dehors  qu’une  maifon  habitée  par  un  particulier.  Nous  obferverons  en- 
core que  les  périftiles , qui  font  toûjours  un  bon  effet  dans  une  maifon  confidérable  , 
ne  doivent  néanmoins  entrer  pour  quelque  chofe  dans  la  diflribution  d’un  plan  que 
lorfqu’ils  procurent  des  communications  pour  arriver  à couvert  dans  l’intérieur  des 
principales  pièces  : que  fans  cela  cette  dépenfe  faftueufe  efl  plutôt  uh  abus  qu’une 
beauté  réelle , ainfi  que  nous  l’avons  obfervé  en  parlant  de  l’Hôtel  de  Soubife  & du 
Luxembourg.  Au  relie  il  eut  été  facile  d’éviter  ici  cet  inconvénient , en  faifant  dégager 
ces  périftiles  dans  les  baffes  cours;  parce  moyen  les  Maîtres  feraient  defeendus  à cou- 
vert , & les  équipages  auraient  communiqué  dans  ces  mêmes  baffes  cours , fans  être 
obliges  de  fortir  dans  la  rue  pour  y arriver.  Ces  percés  d’ailleurs  auroient  femblé 
procurer  plus  d’elpace  à la  cour  principale  , & auroient  donné  à connoître  l’étendue 
des  dépendances  de  cet  Hôtel. 

Le  grand  efcalier  eft  très-Ipacieux  & décoré  avec  magnificence.  (Voyez  les  c<3u- 
pes  de  cet  efcalier  dans  le  feptieme  Volume.)  Nous  remarquerons  néanmoins  què 
fa  fituation  eft  trop  ignorée  de  l’entrée  du  bâtiment  ; d’ailleurs , contre  tout  précepte 
de  convenance , il  eft  placé  à gauche.  (Voyez  ce  que  nous 'avons  dit  concernant  les 
efcaliers  dans  l’Introduèlion , premier  Volume , page  39.  ) 

Les  pièces  fituées  du  côté  du  jardin  , & qui  pour  la  plûpart  font  comprifes  entre 
deux  murs  de  face  , différent  du  plan  précédent  en  ce  que  dans  la  grande  anti-cham- 
bre, vers  l’efcalier,  on  a pratiqué  une  Chapelle  , & dans  la  pièce  nommée  Sallon  , 
une  chambre  de  parade,  qui  communique  au  nouvel  appartement  pratiqué  fous  la 
grande  gallerie. 

De  la  fille  d’audience  on  a fait  la  falle  des  Amiraux , ainfi  nommée  parce  que 
dans  les  lambris  qui  décorent  le  pourtour  de  cette  piece , font  encaftrés  les  portraits 
de  tous  les  Amiraux  & des  Sur-Intendans  de  la  navigation , au  nombre  de  <5l , depuis 
Plurent  de  Varenne , jufquà  S.  A.  S.  M.  le  Duc  de  Penthievre. 

Enfin  de  la  chambre  de  parade  , on  a fait  la  falle  des  Rois  de  France  , dans  laquelle 
d’après  les  médailles , les  ftatues  & les  portraits  originaux , on  a peint  nos  Rois  de- 
puis la  première  Race  jufqu’à  préfent.  Ces  tableaux  font  auffi  encaftrés  dans  les  lam- 
bris du  pourtour  de  cette  piece. 

Plan  du  premier  étage  du  principal  corps  - de  - logis  de  l’Hôtel  de  Touloujè, 

Planche  III.  . 

Ce  plan  a fouffert  auffi  quelques  changefnens  dans  fa  diflribution  , mais  comme 
ce  n’eft  que  dans  de  petites  pièces , nous  ne  jugeons  pas  qu’il  foit  néceffaire  d’en  faire 
ici  mention. 

La  beauté  des  appartemens  de  cet  étage  confïfte  dans  la  grandeur  & dans  la 
magnificence  des  pièces  qui  donnent  du  côté  du  jardin.  On  y trouve  ce  que  les 
beaux  arts  ont  fait  éclorre  dans  le  fiecle  dernier  de  plus  excellent  dans  tous  les  gen- 
res , foit  en  belles  tapilferies  & en  meubles  de  très-grand  prix , foit  en  bronzes  , 
marbres , peinture  , fculpture , &c.  & quoiqu’ils  foient  d’un  goût  déjà  un  peu  an- 
Tome  lll.  H 


— fi! 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I SE,  L i v.  V. 

Hôtel  Je  cien , félon  quelques-uns , ils  font  dignes  néanmoins  de  l 'étude  des  jeunes  Artiftes,  de 
Touioufe.  1,attention  des  Connoiffeurs  & de  l'admiration  des  Etrangers.  La  grande  gallene,  en- 
tr’autres , dont  nous  donnerons  une  defcription  détaillée  & les  décorations  dans  le 
fepdeme  Volume , & dont  on  voit  un  arrachement  dans  ce  plan , demande  une 

attention  toute  particulière.  . „ 

L’aîle  qui  eft  à la  droite  de  la  cour  a fouffert  peu  de  changement  ; celle  qui  elt 
à gauche  a été  entièrement  reftaurée  & embellie  d’une  nouvelle  décoration  II  y a 
dans  cette  derniere  aile  un  petit  appartement  privé  pour  M.  le  Duc  de  Pent.iievre , 
dans  lequel  font  compris  une  Chapelle,  une  tribune,  un  oratoire , des  cabinets, 
des  garderobes , &c.  le  tout  très-ingenieufement  diftribue  , & décoré  avec  une  re- 
tenue qui  ne  le  relient  point  du  torrent  du  llecle. 

Elévation  de  la  façade  de  l'Hôtel  de  Touioufe  du.  côté  de  la  cour. 

Planche  IV. 


Cette  Planche  offre  l'élévation  du  principal  corps-de-logis  du  cote  de  hcour, 
avec  la  coupe  des  deux  ailes  oh  font  placés  les  pénibles  au  rez-de-chauffee , & 
une  partie  des  baffes  cours , qui  fe  trouvent  comprifes  fur  la  ligne  AB  , Bian- 

L’élévation  de  la  cour  nous  fait  voir  le  trumeau  qu’on  a affeéle  dans  le  milieu  de 
cette  façade , tant  au  rez-de-chauffée , qu’au  premier  étage  , au  lieu  des  perces  que 
nous  avons  déf.ré  ci-devant.  Il  eft  vrai  que  dans  cette  Planche  il  paraît  une  crc.fee 
réelle  au  premier  étage  , mais  dans  la  deuxieme  & fixieme  Planche  , on  reconnoit 
quelle  n’eft  que  feinte  , contre  toute  idée  de  vraifemblance.  Au  relie  ce  n elt  pas 
ici  la  feule  inadvertance  que  nous  ayons  à reprocher  dans  l’ordonnance  de  cette  dé- 
coration. Nous  remarquerons  que  le  rez-de-chauffée  de  ce  bâtiment  tenant  ici  lieu 
de  foubaffement , il  étoit  inutile  non-feulement  d’employer  un  entablement  Dorique 
d’une  diftribution  irrégulière,  mais  qu’il  convenoit  aulli  de  fupprimerles  deux  pilaftres 
de  cet  Ordre  , non-feulement  parce  qu’ils  paroiffent  chétifs , leur  diamètre  étant  trop 
peu  confidérable,mais  encore  parce  qu’ils  font  feuls  dans  tout  le  pourtour  de  cette  cour 
qui  eft  revêtue  d’une  Architeélure  contraire  à la  fimplicité  de  cet  Ordre  & a Ion  cara- 
tere  viril.  Doit-il  paraître  arbitraire  d’affembler  diflferens  genres  d Architeélure  (eus 
un  même  entablement,  & de  mettre  des  percés,  tantôt  d’une  proportion  elegante, 
tantôt  moyenne , ou  tantôt  maffive  1 Non  fans  doute.  Que  les  formes  de  ces  perces 
foient  diffemblables , quand  il  y aura  des  avant-corps  qui  autoriferont  cette  variété  , 
& lorfque  l’on  croira  par  là  défigner  utilement  les  parties  principales  d un  édifice , 
à la  bonne  heure  ! Mais  du  moins  eft-il  certain , que  fans  cette  cireonitance  , U elt 
effentiel  que  chacune  de  ces  ouvertures  ait  une  largeur  & une  proportion  unifor- 
mes , fans  quoi  le  défordre  tient  la  place  de  la  fimétrie  & de  la  convenance , & cer- 
tainement ce  déréglement  eft  diamétralement  oppofé  aux  principes  du  bon  goût,  <3C 

aux  réglés  fondamentales  de  la  bonne  Architeélure.  . 

Ces  remarques  paroîtront  peut-être  un  peu  févéres , l’édifice  dont  nous  parlons 
ayant  été  élévé  par  un  homme  du  premier  mérite  , mais  encore  une  lois , comment 
inftruire  & fe  taire  ? Au  relie  une  critique  fondée  furies  principes  de  1 art  ne  oit 
point  paraître  injufte  , il  n’y  a que  celle  qui  porte  à faux  qui  puiffe  bleller  , <X  je 
me  garderai  toujours  de  mettre  de  la  partialité  dans  mes  obfervations , qui  lent , au- 
tant que  je  le  puis  précédées  ou  fume;  d’éloges  qui  les  rendent  moins  dures , 
d’autant  mieux  fondées  que  dans  toutes  les  elpeces  de  bâtiment  que  je  décris  , 
il  fe  rencontre  desbeautés  conformes  aux  préceptes , & fouvent  des  licences  qui  ne 
font  mifes  en  œuvre  que  par  néceflité. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V.  3r 

Le  premier  étage  de  cette  façade  eft  généralement  plus  régulier,  principalement  Hit-uv 
dans  les  arriérés  corps  ; car  nous  remarquerons  que  les  petites  chaînes  de  refends,  1 
les  grandes  tables , la  moyenne  croifée , enfin  un  certain  caraétere  dé  péfanteur 
qui  régné  dans  tout  l’avant-corps , font  autant  de  licences  qu’il  faut  éviter  , la  con- 
tradiction dans  une  même  ordonnance  de  bâtiment  n’étant  jamais  tolérable. 

Les  lettres  A indiquent  les  ailes  en  retour  fur  la  cour,  où  font  exprimés  les  pé- 
riftiles  dont  nous  avons  parlé  ; leur  décoration  intérieure  eft  traitée  dans  un  goût 
affez  convenable  à leur  ufage.  On  auroit  pû  cependant  y fupprimer  les  confoles , 
ou  encorbellemens  qui  foûtiennent  la  portée  des  poutres , foit  en  faifant  les  murs 
plus  épais , foit  en  affeélant  de  former  une  calotte  très-plate  en  plâtre  , qui  auroit 
terminé  ces  plafonds  en  maniéré  de  voûte , & qui  en  même  tems  auroit  exDrimé 
une  conftruélion  & une  décoration  plus  rélatives  ces  fortes  de  pièces  ; fans  com- 
pter l’avantage  d’éviter  les  petites  parties , qui  dans  les  ouvrages  conftruits  en  pierre  , 
font  toujours  un  effet  défagréable  & contraire  au  caraélere  de  folidité  qui  con- 
vient à cette  matière. 

La  façade  B montre  la  décoration  d’une  des  baffes  cours  des  cuifines , & la  coupe 
C indique  l’intérieur  d’une  des  ailes , dans  laquelle  font  diftribués  les  logemens 
d’une  partie  des  Officiers  de  cet  Hôtel. 

La  coupe  D préfente  une  partie  des  garderobes , qui  appartiennent  à l’apparte- 
ment de  parade  placé  au  rez-de-chauffée.  (Voyez  la  Planche  première.) 

Elévation  de  l’Hôtel  de  Touloujè  du  côté  du  jardin.  Planche  V. 

Quoique  cette  élévation  foit  aiïujettie  à une  même  hauteur  d’entablement  que 
!a  précédente,  elle  en  différé  cependant  en  ce  qu’on  a fupprimé  les  trigliphes  dans 
celui  qui  couronne  l’étage  au  rez-de-chaulfée  , ce  qui  donne  plus  de  /implicite  à ce 
foubalîement , & conferve  d’autant  mieux  fon  caraétere  , que  l’Ordre  Dorique  y eft 
fiipprimé.  Cependant  on  peut  remarquer  engénéral  quele  trumeau  affeété  dansle  mi- 
lieu de  l’avant-corps , la  diftribution  de  fes  membres  d’Architeélure  & les  écoinçons 
de  fes  encoignures , forment  un  contrafte  condamnable  , furtout  quand  on  compare 
ces  derniers  avec  la  fragilité  destrumeaux  des  arrieres-corps,  & lorfqu'on  leur  oppofe 
la  largeur  immenfe  de  ceux  de  l’aile  en  retour  du  côté  du  jardin  , ( Voyez  la  Plan- 
che VI.  ) parce  que  cette  diverfité  d’ordonnances  forme  autant  d’Architeétures  diffé- 
rentes, qui  ne  doivent  jamais  appartenir  à une  même  façade. 

La  pénétration  que  le  linteau  fupérieur  des  chambranles  forme  avec  l’Architrave  , 
eft  encore  une  licence  condamnable  , ainfi  que  l’affeétation  des  arrieres-corps  qui 
accompagnent  le  piédroit  de  ces  chambranles.  En  effet  ce  double  corps  tend  à 
divifer  la  largeur  des  trumeaux , qui  étant  trop  étroits  acquièrent  une  légéreté  con- 
traire à l’apparence  de  la  folidité  ; car  on  doit  faire  attention  qu’il  ne  fuffit  pas  que 
la  folidité  foit  réelle  dans  un  bâtiment , mais  qu’il  faut  encore  qu’elle  fe  manifefte 
dans  la  répartition  des  membres  d’Architeélure  qui  ccmpofent  fa  décoration. 

Il  eft  même  à remarquer  que  ces  arrieres-corps  fervent  à rendre  trop  fvelte  l’ac- 
compagnement de  chaque  croifée  , par  l’affeélation  des  congés  qu’on  a placés 
fur  chaque  corniche  au  premier  étage  , fans  oublier  que  ces  corniches  étant  com- 
prifes  dans  l’architrave  , procurent  une  aproximation  vicieufe  qui  ne  laiffe  aucun 
repos  à l’eiitablement  , quoique  dans  tous  les  cas  il  doive  être  confervé  libre  fans 
aucune  interruption.  Pour  rémedier  à la  forme  déliée  des  trumeaux  de  l'étage  fu- 
périeur , il  auroit  fallu  fur  l’entablement  du  foubaiîèment  exprimer  une  retraite  de 
iS  pouces  de  hauteur , qui  auroit  marqué  le  fruit  extérieur  des  murs  de  face  , & 
qui  en  ayant  racourci  les  croifées  , auroit  contribué  à fortifier  les  intervalles  qui 
doivent  fe  remarquer  entre  les  vuides  fupérieurs  des  croifées  du  rez-de-chauffée  & 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv. 


les  appTis  du  premier  étage  ; d’ailleurs  ces  ouvertures  au  premier  etage  ayant  ete 
Toul°ufe'  racourcies  pour  leur  conferver  une  proportion  convenable  , il  en  ferait  refulte  une 
plus  grande  largeur  au  trumeau , ce  qui  aurait  évité  tous  les  defauts  dont  nous  venons 

dE En  général  les  combles  font  trop  élévés  fur  ce  bâtiment,  ils  paroiffent  écrafer 
l'édifice  , qui  étant  fimple,  c’eft-à-dire  compris  entre  deux  murs  de  face,  exige 
d’autant  moins  de  hauteur  que  dans  une  maifon  d’importance  les  greniers  font  mu- 
tiles , & même  contraires  à la  convenance  ; d ailleurs  1 exhauffement  de  ces  com- 
bles ne  fert  qu’àobfcurcir  la  cour,  qui  occupant  peu  d efpace,  demandait  qu  on  cou- 
vrit le  corps-de-logis  à l’Italienne  , ou  du  moins  par  des  combles  tres-peu  eleves , 
ainfi  qu’on  l’a  pratiqué  fur  les  ailes  de  la  cour.  ( Voyez  la  Planche  VI.  ) 

A^ l’extrémité  de  cette  élévation  , on  voit  en  A la  coupe  de  1 aile  du  cote 
du  jardin,  dans  le  rez-de-chau(Tée  de  laquelle  on  a pratique  les  appartenons  dont 
nous  avons  déjà  parlé.  Au-delTus  eft  l’intérieur  de  la  gallene  , telle  quelle  etoit 
autrefois  avant  la  nouvelle  décoration  qu’on  y a faite  en  1715)  , & que  nous  donne- 
rons dans  le  feptieme  Volume. 


Coupe  du  principal  corps-de-logis  de  l’HStel  de  Touffe,  & élévation  des  ailes  de  Miment 
r du  côté  de  la  cour  & du  jardin.  Planche  VI. 


La  coupe  marquée  A eft'prife  dans  le  plan  ( Planche  deuxieme ,)  fur  la  ligne 
CD  elle  préfente  la  profondeur  du  principal  corps-de-logis.  L en  voit  au  rez  de 
chauffée  la  piece  fur  les  lambris  de  laquelle  font  diftribués  les  portraits  des  Rois  de 
France , & dont  nous  avons  déjà  parlé  : on  n’en  a point  indique  ici  la  décoration  , 
parce  que  toutes  les  Planches  de  cet  Hôtel,  ( à l’exception  ce  la  première)  ont  ete 
eravée's  anciennement.  Au  relie  comme  cette  coupe  eft  petite  , & 1 ordonnance  de 
cette  piece  d’un  deffein  fort  indifférent , ces  changemens  nous  ont  paru  peu  impor- 
tans  La  décoration  intérieure  de  la  piece  du  premier  étage  eft  telle  qu  elle  fe  voir 
ici.  Au-deffus  eft  exprimé  le  développement  du  comble  dont  nous  venons  de  re- 

TÎÜESïïSS  du  principal  f 

pofé  àgauche  de  la  cour  ; c’eft  ce  dernier  qui  donne  entree  a tout  1 inteneur  de  ce 
bâtiment,  ce  qui  afait  fans  doute  préférer  les  arcades  au  rez-de-chauffee  & qu.auro  r 
dû  porter  à les  feindre  dans  les  arriérés  corps  de  la  principale  façade  du  co  ^ 
cour  ( Voyez  la  Planche  IV.  ) Car , ainfi  que  nous  1 avons  déjà  observe  , ce  different 
genre  d’ordonnance  , fous  un  même  entablement  & dans  un  édifice  de  peu  d éten- 
due produit  de  petites  parties , dont  la  fimilitude  répond  imparfaitement  a idee 
™d,Soit  fc  former  do  1.  demeure  d'un  prend  Seigneur.  En  efet,  en  ‘“I* 

’>  porte  D . 1.  myon  eimel  du  Sprftaeur  “bjf£X  ,‘l  ) 1 „ Md!  i 

pavillons  F,  & les  arriérés  corps  G , (Voyez  la  Planche  n ; la 
ordonnance  , divifant  les  parties  qui  compofent  la  décoration  de  ces  laça  , P 
porte  de  la  confufion  , & ôte  à ce  bâtiment  un  certain  air  de  grandeur  qu  un  on 
Architeéle  doit  toujours  affeéler,  même  dans  les  plus  petites  occafions  qu  il  a d exer- 

C£  Les  arcades  du  rez-de-chauffée  de  ces  pavillons  font  trop  peu  élévées  pour  leur 
largeur;  f,  d’un  coté  le  caraétere  de  foubaffement  quon  a donne  a cet  e âge  ies 
aurarife,  de  l’autre,  l’expreffion  Dorique,  qui  en  détermine  i ordonnance  e^ 
geoit  une  proportion  moins  ruftiqut e;  car  comment; al [lier  cette  p report 
fie  avec  la  richeffes  des  trigliphes , la  légèreté  des  corps  der 

lité  des  membres  d’Architefture  qui  compofent  les  impolies  , les  archivoltes  , 
les  chambranles,  &c.  < Comment  pouvoir  enfin  conciÜer  la  nchelle  des  ornemens 


TfaiJoihr  T^oiàuieô' 


Salit?  d&S 
R.OUC  de  Franc 


V27/<v* 


Grand 

Escalier 


Cour  de 
CituùneJ 


Perl  J tille 


Cuiéuie 


'UVfS 


reaux 


CuuUne 


\renu4es 


Leur  < 
ded  Offices 


Remiées 


j Clntu/uvnl a 


Cour 


'■■.Herniée 


\Renuées 


Ce  Cour  de 
Remises . 


^R.enuéeé 


Ecurie 


j Remises 


Serre  humour 


JlafSe  i ourdi 
JL  eu  ries . 


mcuujer 


Ctùuie 


\Cuuiitiè\ 


u,  car  te 


Lim.  T'm°  VllPta/whn  ir * 


df fan  (j encra l du -reoc  de  c/iaajiee 

Ses  Rahmens,  Cours,  et  Jardin,  de  IHotet  de  Toulouse-, 
% Cl  Parfs . 


j24 


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Chambre  "* 

h_  i\.  JÊÊL 

i^sÉe 


j ? • . . . --j.  ^ . «,  • £ J 


vires  commences  en  id$5 paï- 
en Due  de  la  Fiieilla.de, ,P ait~ 
’iere'e  emô8Q  sur  les  desseins  de 
' rintcnd ■ des  Bâtiment  du Iè  a y. 


C.  (-r rouvre j de  y Colonnes  Dortyu.  \ 
disposées  en  trianale  y tu por/etcnl  des 
corniches  architraves  s avec  des  ,r  -- 
ni  orù  ssemens  en  i/o  roc , sur  les  tjuels 
ebrient  de.i  Pan  eau  o:  de  Iranxe  derré 
do  r niou/tt  y ut  servaient  a eclairer/j  I 
yo lace  rendant  la  nuit  mais  y tu  ont  | 
été  détruit  en  i/id  . 


8 j/  io  toises 


AR  CHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv 


des  claveaux  & des  trophées  qui  fe  remarque  ici  avec  la  péfanteur  des  trumeaux  vtêt A <rè 
de  ces  pavillons  , qui  forme  un  contratle  qu’il  faut  toujours  éviter  ? Le  rez-de-  ^ou,ouft'’ 
chaulfee  des  ailes  marquées  E eft  traite  avec  plus  de  retenue,  cependant  nous  obferve- 
rons  que  les  aichivoltes  n auroient  pas  dû  retourner  lur  les  impolies , que  les  tables 
des  piédroits  de  ces  arcades  imitent  trop  la  menuiferie , & que  les  niches  & les 
bulles  qui  font  placés  entre  chaque  archivolte  , expriment  des  cavités , & une  ri- 
chelfe  contraire  à la  limplicité  d’un  foubafîèment  & à la  virilité  Dorique. 

^.La  lettre  D indique  la  coupe  de  la  porte  de  cet  Hôtel , dont  l’ordonnance  du 
cote  de  la  rue , eft  regardee  des  ConnoiiTeurs  comme  un  chef-d’œuvre  de  François 
Manfard.  ( Voyez  la  décoration  de  cette  porte  dans  le  Chapitre  fuivant,  Planche 
deuxieme,  &dans  les  Delices  de  Paris , Planches  n j 8c  114.) 

L aile.  B du  cote  du  jardin  annonce  une  partie  de  la  façade  , qui  comprend  dans 
ion  intérieur,  au  rez-de-chaulfée,  le  nouvel  appartement  de  Madame  la  Duchelfe  de 
Penthievre  , ( Voyez  la  Planche  première  ) & au  premier  étage  , là  grande  gallerie 
de  cet  Hôtel , dont  nous  avons  déjà  parlé.  Cette  façade  eft  traitée  extérieurement 
dune  maniéré  relative  à fon  ufage  primitif.  Le  rez-de-chaulfée  eft  décoré  d’arca- 
des, de  grands  trumeaux,  dénichés,  &c.  qui  expriment  la  folidité  apparente  & 
necelfaire  a une  piece  qui , dans  fon  origine , étoit  deftinée  à former  une  orangerie , 

& qui  d ailleurs  a toujours  dû  fervir  de  foubalfement  au  premier  étage  , dont  l’in- 
terieur,  renfermant  une  piece  décorée  de  grands  tableaux,  avoit  aüffi  befoin  de 
trumeaux  fpacieux  pour  les  y diftribuer  en  dedans  d’une  maniéré  convenable.  Nous 
remarquerons  cependant , en  général , que  l’ordonnance  de  cette  façade,  dont  les 
mallds  font  conliderables , eft  compofée  de  trop  petites  parties  , qu’il  falloit  au  moins 
continuer  les  piédeftaux  des  niches  du  premier  étage , pour  fervir  d’appui  auxcroi- 
fees,  qui  defcendant  jufques  fur  la  corniche , forment  une  difcontinuité  des  parties 
horizontales  , qui  nuit  à 1 uniiîon.  D’un  autre  côté  les  impolies  continues  des  arca- 
des du  rez-de-chaulfée  divifent  avec  trop  d’égalité  la  hauteur  du  foubalTement , en- 
fin les  tables  affrétées  dans  les  piédroits  & autour  des  archivoltes , font  un  abus  qu’on 
devroit  éviter  dans  une  Architeélure  grave  8c  régulière. 


Tome  JH. 


ARCHITECTURE  F R A N ÇOI  S E , L i v.  V. 

CHAPITRE  VIII- 

Dcfcription  de  la  Place  des  Villoires  , Quartier  Montmartre. 

ETTE  Place  fut  confacrée  à la  mémoire  de  Louis  XIV,  par  le  Maréchal 
_ Duc  de  la  Feuilladc.  Ce  Seigneur  ayant  acheté , en  1685  , l’Hôtel  de  Semcterre  , 
engagea  le  Corps  de  Ville  de  Paris  à acquérir  l'Hôtel  d’Emery  & plufieurs.  autres 
maifons , afin  d’ériger  de  concert  ce  monument  public  à la  gloire  du  plus  grand 
des  Monarques  que  la  France  ait  jamais  eû.  Jules  Hardouin  Manfard,  dont  nous 
avons  parlé  Tome  II.  p.  141.  Not.  a,  en  donna  les  deffeins.  Le  fieur  Prédot  fut  chargé 
par  le  Corps  de  Ville  de  l’exécution  des  bâtimens  qui  entourent  cette  Place  , Sc 
le  Maréchal  Duc  de  la  Feuillade  confia  à Desjardins  , Sculpteur  célébré  , celle  de 
la  Statue  pédeftre  qui  eft  au  milieu  & dont  nous  parlerons  dans  fon  lieu. 

Cette  Place , une  des  mieux  percées  de  Paris , eft  néanmoins  d’un  diamètre  très- 
peu  confidérable  , en  comparaifon  de  celle  de  Louis  le  Grand  & de  la  Place  Roya- 
le • mais  en  faveur  de  fes  iiïùes  & du  quartier  vivant  où  elle  eft  lituée , elle  l’em- 
porte de  beaucoup  fur  celles  que  nous  venons  de  nommer. 

Plan  de  la  Place  des  Viftoires.  Planche  Première. 

Cette  Place  , de  forme  circulaire  pour  la  plus  grande  partie  , a de  diamètre  qua- 
rante toifes  ; elle  eft  ouverte  par  fix  rues  qui  viennent  y aboutir , dont  celle  des  FoJfés 
Montmartre  , celle  de  la  Feuillade  & celle  des  petits-Champs,  ont  une  longueur  très- 
confidérable  : ces  rues  qui  répondent  à différens  Quartiers  de  la  Ville  , annoncent 
de  fort  loin  au  peuple  le  magnifique  monument  qui  décore  cette  Capitale. 

L’Hôtel  de  Touloufe,fitué  en  face  delà  petite  rue  de  la  Vrilliere  , qui  aligne  celle 
desFoiïes  Montmartre , contribue  auffi  beaucoup  à rembellilTement  de  cette  Place, 
auffi-bien  que  plufieurs  autres  beaux  Hôtels , dont  les  entrées  font  pratiquées  fur  le 
mur  droit  qui  conduit  de  la  rue  du  petit  repofoir  à la  rue  vuide-gouiîèt , du  nombre 
defquels  eft  célui  de  M.  de  S.  Albin , Archevêque  de  Cambrai  (a) , & dont  la  porte 
principale  eft  marquée  D dans  ce  plan. 

Au  milieu  de  cette  place  fut  élévé  le  18  Mars  1686,  la  Statue  pedeftre  dont 
nous  venons  de  parler.  Elle  porte  1 3 pieds  de  haut , & eft  foûtenue  fur  un  piedef- 
tal  de  1 2 pieds  d’élévation.  Ce  piédeftal  eft  de  marbre  blanc  veiné  , & de  forme 
quadrangulaire  , enfermé  dans  une  elpace  de  trente  pieds  de  diamètre , pave  de 
marbre  de  couleur  à compartiment , & bordé  d’une  grille  de  fer  d environ  cinq 
pieds  de  hauteur. 

Cette  Statue  eft  couronnée  par  la  Renommée , pofée  fur  un  globe.  Louis  XI V eft 
revêtu  de  l’habit  que  portent  nos  Rois  à la  cérémonie  de  leur  Sacre  , & femble 
fouler  aux  pieds  le  chien  Cerbere,  dont  les  trois  têtes  defignent  la  triple  alliance 
formée  par  les  ennemis  de  la  France.  .Tout  ce  groupe  eft  de  métal  dore  à 1 huile  : 
il  a été  , ainfi  que  les  ornemens  du  piédeftal,  compofé  & execute  par  Desjardins , 
Sculpteur  de  l’Académie  Royale  , dont  nous  avons  déjà  fait  mention  dans  le  IL  Volu- 
me ,page  1 y 2.  Note  a.  La  Figure  pédeftre,  la  Renommée  & fes  attributs  ont  ete  cou- 
lés d’un  feul  jet,  & Ton  prétend  qu’il  y eft  entré  environ  30  milliers  de  matière. 
Sur  le  plinthe  qui  foûtient  ce  groupe  , eft  cette  infcription  : 

(a)  Cet  Hôtel  a apartenu  autrefois  à François  de  l’ Ho-  Il’paffa  enfuite  à Madame  Chaumont , & enfin  il  a ete 
puai  du  Halier  , Maréchal  de  France  : il  fut  enfuite  ac-  acheté  par  M.  de  S.  Albin,  qui  a fort  embelli  cet  Hôtel 
quis  par  Simon  Arnaud,  Marquis  de  Pomponne , &c  ; après  fur  les  deffeins  de  Gilles  Oppenort , un  des  plus  grands 
fa  mort  il  paffa  à fon  fils,  qui , en  1 7 1 4 , le  vendit  à Mi-  Deffinateurs  que  nous  ayons  eu , & dont  nous  avons  parlé 
c/if/ UcHflier»  Tréforier  Général  des  Etats  de  Languedoc.  Tome  II.  page  _55). &fuiv. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L i v.  V. 


3> 


VIRO  IMMORTALI. 

Le  piédeftal  dans  fes  quatre  faces  eft  orné  de  bas  reliefs  ; fa  corniche  efl  ioûtenue 
par  huit  confoles , entre  lefquelles  font  les  armes  du  Roi.  Au-deffous  de  ce  piédeftal 
eft  un  foubaifement  dans  les  deux  principales  faces  duquel  font  aufft  deux  grands 
bas  reliefs , accompagnés  d’infcriptions  latines  & Françoifes  ; nous  ne  rapporterons 
que  celle  qui  fert  de  Dédicace , & qui  explique  leiujet  de  tout  l’ouvrage. 

LUDOVICO  M A G N O ; 

PATRI  EXERCITUUMj 
. ET  DUCTORI 
SEMPER  FELICI. 

Domitis  hostibus.  Protectis  sociis.  Adjectis 

IMPERIO  FOR-TISSIMIS  POPULIS.  ExTRUCTIS  AD 

TUTELAM  FINIUM  FIRMISSIMIS  ARCIBUS. 

OCEANO  ET  MEDITERRANEO  INTER  SE  JUNCTIS, 

PRÆDARI  VETITIS  TOTO  MARI  PlRATIS. 

Emendatis  legibus.  Deleta^Calviniana 

ImPIETATE.  CoMPULSiS  AD  REVERENTIAM 

NoMINIS  GENTIBUS  REMOTISSIMIS.  CuNCTIS 

QUE  SUMMA  PROVIDENTIA  ET  VIRTUTE 

DOMI  FORISQUE  COMPOSITIS. 

FraNciscus  Vicècomes  d’Aubusson,  Dux  de 

LA  FeuILLADE  , EX  FrANCIÆ  PaRIBUS  , ET  TRIBUNIS 

EQUITUM  UNUS  , IN  AlLOBROGIBUS  PrOREX,  ET 

Prætorianorum  peditum  præfectus. 

Ad  memoriam  posteritatis  semfiternam 

P.  D.  C.  i68d. 

Aux  angles  du  foubaflement , fur  quatre  corps  avancés , font  autant  d’efciaves  de 
bronze  antique  , de  r 2 pieds  de  proportion.  Ces  efclaves  paroiftent  enchainés  au  pié- 
deftal, leurs  vêtemens  & leurs  attributs  font  connoître  les  différentes  Nations  dont  là 
France  triompha  fous  le  régné  de  Louis  le  Grand. 

Tout  ce  monument  eft  d’une  belle  exécution  & d’une  compolîtion  très-ingénieufe. 
Ne  pourroit-on  pas  trouver  cependant  qu’en  général  les  allégories , les  attributs 
& les  infcriptions  y font  un  peu  forcées  ? Il  femble , & je  crois  l’avoir  dit  ail- 
leurs , que  les  aérions  d’un  lieras  défignées  par  des  bas  - réliefs  lîgnificàtifs  , 
devraient  paroître  fuffifans  pour  exprimer  les  fimboles  d’un  monument  élevé  dans 
une  Capitale , le  centre  de  la  politefle  Françoife  : & que  des  infcriptions , lorf- 
qu’elles  font  peu  mefurées , fervent  plutôt  à montrer  l’o(lentation  ridicule  des 
Citoyens , que  les  vertus  fociales  que  nous  enfeigne  l’urbanité.  Quoiqu’il  en  foit , 
ces  infcriptions , qui  ont  été  rendues  publiques  par  pluiieurs  Auteurs , furent  com- 
pofees  par  François  Séraphin  Régnier  Defmarêts  , Secrétaire  perpétuel  de  l’Académie 
Françoife  , & préférées  ( par  un  zélé  indifcret  de  la  part  de  M.  le  Maréchal  Due  de 
la  Féuillade  ) à celles  qu’avoit  fait  fur  le  même  fujet , le  célébré  Santeuil. 

Ce  Maréchal  s’étoit  auffi  chargé  de  faire  éléver  aux  quatre  coins  de  cette  Place 


Place  deé 
Viâoiresi 


A R C H I T ECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

Place  du  autant  de  (b'),  groupes  de  colonnes,  portant  des  fanaux  de  bronze  doré,  qui  ont 
v“So,,“.  fubfifté  jufqu’en  1718  , mais  qui  dès  1699,  ne  s’allumoient  plus , la  famille  du  Vue 
de  la  Feuillade  , qui  par  une  fondation  exprelTe  avoit  été  chargée  par  le  Maréchal  de 
l’entretien  de  ces  fanaux  & du  groupe  qui  eft  au  milieu  de  la  Place  , ayant  obtenue 
un  Arrêt  du  Confeil  d’Etat  du  Roi  qui  la  difpenfa  à l’avenir  de  cet  entretien.  Dans 
la  fuite  , elle  obtint  un  autre  Arrêt  qui  lui  permit  de  faire  démolir  ces  quatre  fa- 
naux , ce  qui  fut  exécuté.  Le  Duc  de  la  Feuillade  , fils  du  Maréchal , donna  les 
' colonnes  qui  les  foûtenoient , & qui  étoient  de  marbre  de  rance  , aux  R R.  P P.  Théa- 
tins  de  Paris  , pour  la  décoration  du  chœur  de  leur  Eglife  ; mais  comme  elles  fe 
font  trouvées  trop  grandes , iis  en  ont  difpofé  autrement.  Sur  les  piédeftaux  de  ces 
colonnes  étoient  aufll  des  inferiptions  , & dans  des  médaillons  fufpendus  dans  les 
entrecolonemens , on  voyoit  des  bas-rélrefs , qui  répondoient  aux  inferiptions.  Nous 
ne  les  rapporterons  pas  ici,  on  les  trouvera  toutes  dans  Piganiol , Tome  II.  page 
480  : d’ailleurs  elles  font  étrangères  à notre  objet  principal. 

Elévation  de  la  Place  des  Vifloires  , vue  du  côté  de  l’Hôtel  de  Touloufe. 

Planche  II. 

L’élévation  que  nous  donnons  ici  eft  prife  dans  le  plan  fur  la  ligne  EF  ; elle 
eft  élévée  géométralement  fur  fon  plan  circulaire  , deforte  qu’on  voit  en  racourci  • 
une  partie  de  l’ordonnance  de  fon  Architeéture  ; mais  comme  à l’égard  des  murs 
de  face  , cette  ordonnance  eft  la  même  dans  tout  le  pourtour  de  cette  Place  , 
quelques  entre-pilaftres  vus  direftement , donnent  à connoître  les  proportions  des 
différentes  parties  qui  compofent  fa  totalité. 

Par  le  moyen  de  ce  racourci,  l’on  voit  le  retour  des  deux  rues  des  Petits-Champs  &de 
de  Feuillade,  dont  la  décoration  n’a  rien  de  commun  avec  celle  de  la  Place,  mais  dont 
l’afpeét  fait  fentir  l’impolîîbilité  qu’il  y a eu  d’obferver  une  certaine  régularité  dans 
fes  côtés  oppofés , puifqu’il  ne  fe  trouve  à gauche  delà  petite  rue  delà  Vrilliere,  que 
quatre  arcades  & autant  de  croifées , pendant  qu’à  droite  il  y en  a fix , & qu’après 
ces  deux  rues , dans  la  grande  portion  de  cercle  , on  compte  quinze  ouvertures  d’un 
é , & de  l’autre  treize  , ( Voyez  la  Planche  I.  ) fans  néamoins  que  dans  l’exécu- 
tion cette  irrégularité  paroiffe  choquer  , le  lieu  étant  affez  vafte  & le  nombre 
des  portes  & des  croifées  , en  général,  affez  confidérable.  Dans  le  milieu  de  cette 
façade,  on  voit  la  porte  de  l’Hôtel  de  Touloufe  , que  nous  n’avons  pas  donnée  dans 
le  Chap.  précédent , ayant  averti  page  33  , qu’en  la  trouverait  ici. 

L’Architeéhire  de  cette  Place  eft  d’une  belle  ordonnance  , un  grand  Ordre  de 
pilaftres  Ioniques,  qui  embralfe  deux  rangs  de  croifées,  s’élève  lùr  un  foubaffe- 
ment,  & eft  terminé  par  un  comble  àlaManfarde,  percé  de  lucarnes , qui  vont 
fe  répofer  fur  l’entablement.  Cet  Ordre  a de  hauteur  30  pieds,  y compris  le  fo- 
cle  qui  le  foûtient  & fon  entablement.  Ce  dernier  a le  quart  de  la  hauteur  du 
pilaftre  , le  foubaffement  a les  deux  tiers  de  toute  la  hauteur  de  l’Ordre  dans  les 
endroits  les  plus  élevés  de  cette  Place  , dont  le  fol  n’a  pû  être  de  niveau  , à caufe 
de  l’écoulement  des  eaux  des  rues  adjacentes.  De  grandes  arcades , tant  feintes 
que  réelles  , décorent  le  foubaffement.  Les  piédroits  font  ornés  de  refends  , & 
les  claveaux  de  têtes  d’une  affez  belle  exécution.  Entre  chaque  pilaftre  , au  premier 
étage , eft  diftribuée  une  grande  croifée  à plate-bande  , furmontée  de  corniches , 
foûtenues  par  des  confoles  & couronnées  d’un  congé  qui  femble  porter  la  croi- 
fée de  deffus.  Le  bandeau  fupérieur  de  ces  derniers  vient  fe  terminer  fous  1 archi- 
trave , dont  la  faillie  eft  rachetée  par  de  petites  confoles.  En  général  ces  confoles 

pitre.  Voyez  auflï  l’élévation  perfpeétive  de  cette  Place 
dans  les  Délias  de  Fais , Planche  lia. 

ainfi 


(b)  Voyez  ces  groupes  de  colonnes  marqués  C dans  la 
Planche  I,  & leur  élévation.  Planche  II.  de  ce  Cha- 


ARCHITECTURE  FR  A N Ç O I SE/lÏ  v.' V.  ‘ ^ 

amfi  que  celles  de  deffous , font  ici  de  trop  petites  parties , & ne  répondent  nas  à 
la  grandeur  de  1 Architeélure , dont  la  (Implicite  louable  ell  très-bien  du  reffort 
d une  Place  publique  ; mais  nous  rappellerons  que  pour  éviter  que  le  deffus  du  cham- 
branle ne  touche  au-delîous  de  l’architrave  , il  aurait  fallu  faire  les  croifées  fupé- 
rieures  plus  petites  , elles  en  auroient  mieux  pyramidé , & elles  auraient  laiffé  autour 
d elles  un  champ  , qu  il  convient  toujours  d’obferver  entre  deux  corps  d’Architeélure 
difterens.  On  auroit  du  auffi  élever  le  focle  qui  reçoit  les  bafes , afin  de  procurer 
aux  croiiees , qui  pofent  fur  le  foubalfement , des  baluftrades  au  lieu  de  balcons- 
genre  d’appui  qui  ne  convient  point  abfolument  à la  décoration  d’un  édifice  d’im- 
portance, malgré  'exemple  du  Palais  du  Luxembourg,  où  les  croifées,  que  l’on  a 
delcendu  jufques  deffus  1 entablement  Dorique  pour  y mettre  des  balcons,  font  un 
bien  moins  bon  effet , que  celles  auxquelles  on  a confervé  les  baluftrades  ou  les  an- 
puis  continus.  x 


Je  Æais  bien  qu  on  n eft  pas  toujours  le  maître  d’employer  des  baluftrades  au  lieu 
de  balcons,  & que  le  rapport  des  hauteurs  des  croifées  avec  leur  largeur  gêne  très-fou- 
vent , mais  comme  les  parties  doivent  engendrer  un  beau  tout,  il  eft°indifpenfable 
a un  Architeéte  , avant  que  de  terminer  fon  ordonnance  générale , de  prelfentir  fi 
les  maires  compteront  des  détails  heureux  & relatifs  à la  convenance  de  l’édifice. 
Oi  ici  les  croiiees  d en  haut  font  un  peu  trop  grandes , de  on  a mis  à celles  de 
de  deffous  des  balcons  au  lieu  de  baluftrades,  mais  ces  deux  efpeces  de  licences 
peuvent  en  quelque  forte  être  autorifées  à la  faveur  des  diftributions  intérieures  des 
batimens  de  cette  Place.  En  effet  comme  ils  font  occupés  par  différens  Proprié- 
taires , il  n’eft  pas  naturel  d’exiger,  comme  dans  toute  autre  occafion , une  analogie 
absolument  relative  entre  l’intérieur  & l’extérieur , parce  que  chaque  Locataire  a 
befom  ieparement  dune  lumière  fuffifante  , qui  reponde  à l’ufage  de  l’appartement 
qu  il  occupe.  rr 

C’eft  fans  doute  pour  procurer  plus  de  commodité  dans  les  dedans  de  ces  mai- 
fons  particulières , qu’on  a introduit  au-deffus  du  grand  Ordre  des  manfardes  au 
lieu  de  baluftrades,  qui  auroient  beaucoup  mieux  réufti.  Il  femble  qu'en  pareil  cas 
pour  affujettir  les  diftributions  intérieures  à la  décoration  de  la  Place  , il  faudrait  ta- 
cher de  loger  les  domeftiques  dans  des  corps-de-logis , ou  dans  des  allés  particu- 
lières , afin  que  la  partie  fupérieure  d’une  Place  publique  répondit  à l’ordonnance  gé- 
nérale , & s’il  eft  permis  de  faire  ufage  des  combles  dans  un  monument  de  l’efpece 
de  celui  dont  nous  parlons , ce  ne  doit  être  que  dans  une  Place  où,  par  quelque  con- 
fideration  particulière , on  devra  faire  choix  de  bâtimens  à boutiques,  pour  un  marché 

des  halles,  ou  autres  maifons  deftinées  au  commerce;  encore  convient-il  de  ne  pas” 

percer  ces  combles  en  manfardes  par  des  lucarnes  conftruites  en  pierre  mais  de 
les  faire  en  charpente  , principalement  lorfqu’on  fait  régner  un  cheneau  de  plomb 
au  lieu  de  locle  de  maçonnerie  , parce  qu’alors  le  cheneau  ne  pouvant  porter  les’ 
lucarnes  en  pierre  il  en  réfulte  toujours  un  défaut  de  vraifemblance  , quoiqu’on 
lente  bienqu  elles  font  pofées  fur  un  plan  plus  réculé. 

On  a exprimé  fur  cette  Planche  les  anciens  groupes  de  colonnes  dont  nous  avons 
parle  au  commencement  de  ce  Chapitre,  & qu’il  eut  été  à propos  de  ne  jamais 
lupprimer.  1 r J 


Place  des 
Viâoires. 


Tome  J II. 


K 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


Contenant  la  defcription  du  Palais  Royal , du  Château  deau,  & de  la 
Maifon  de  M.  d’ArgenJon. 


description  du  palais  royal. 

1 E T édifice  fut  commencé  en  1629  pour  Armand  Jean  du  PieJJis  , Cardinal  de 
V J Richelieu  , qui  le  fit  éléver  fur  les  deffeins  de  Jacques  le  Meraer  (a)  , habile 
Architecte  de  fon  tems.  Les  bâtimens  de  ce  Palais  furent  d abord  peu  confiderables  ; 
mais  dans  la  fuite  ce  Cardinal  étant  devenu  premier  Mimftre,  on  en  augmenta 
l'étendue , ce  qui  fe  fit  à différentes  reprifes , fource  fans  doute  de  1 irrégularité  de 
fes  diftributions.  Dans  fcn  origine  , ce  Palais  fut  nomme  Hôte  de  Rtmlicu , quel- 
que tems  après  Palais  Cardinal,  & enfin  Palais  Royal  nom  qu  on  lui  donna  lorf- 
qu'Anne  d’Autriche  , Régente  du  Royaume  , Louis  XI V , & le  Duc  d Anjou  fes 
fils,  en  prirent  poffefficn  , en  faveur  de  la  donation  que  le  Cardinal  de  Richelieu 
en  fit  à S M en  1630,  & qu’il  ratifia  à Narbonne  en  1642.  Dans  la  fuite 
par  confid'érat'ion  pour  la  Ducheffe  d’Aiguillon  la  Reine  confentit  que  1 mfcription 
de  Palau  Cardinal , qu’on  avoir  ôtée  de  deffus  la  porte  , y fut  replacée  , telle  qu  on 
la  voit  encore  aujourd’hui.  On  donne  toujours  cependant  a ce  Palais , le  nom  de 

FatoJs  XIV  , ayant  pris  les  rênes  de  l’Empire  , céda  ce  Palais  à Philippe  de  Fran- 
ce fon  frere  unique  , pour  en  jouir  fa  vie  durant  ; mais  en  1692  , Sa  Majefte  le 
donna  en  propriété  à Philippe  d’Orléans , Duc  de  Chartres  fon  neveu  ; de  forte  qud 
a toujours  appartenu  depuis  à la  Maifon  d’Orléans  , qui  1 habite  aujourdhui,  & 
qui  y fait  faire  aftuellement  des  changemens  tres-importans , ainfi  que  nous  lob- 
ièrverons  en  fon  lieu. 

Plan  general  des  Jardins  du  Palais  Royal.  Planche  Première. 

Ce  jardin  n’a  que  1 66  toifes  de  longueur  fur  75  de  largeur , cependant  , mal- 
gré uni  fi  petite  Rendue  , il  ne  laiffe  pas  que  de  paraître  fpacieux  , & d etre  tres-fre- 
quenté  étant  libre  prefque  partout,  & les  perfonnes  qui  viennent  s y promener , 
y trouvant  un  couvert  fort  agréable  ; d’ailleurs  la  propreté  avec  laquelle  * ^ 
tenu  contribue  à y attirer  nombreufe  compagnie,  qui  procure  aux appaitemens  un 

C°En  di730fa' ce^ardin  fut  diftribué  , tel  que  nous  le  voyons  aujourd’hui , fur  les  def- 
feins de^  Mift)  , Architeéle  du  Roi  , & neveu  du  fameux  le  Nautre.  Au- 
îems  QL  ni.  iaejg  1 d ’ a r.  reffentoit  de  l’ignorance  ou  ion  etoit 

e,”  •£  — «««  <1.  « dT  m™ , 

partie,  auffi-bien  qu’un  mail,  un  manege,  &c.  A prefent  il  ne 
ancien  jardin  , que  la  grande  allée  de  maromers  marquée  A,  q«  prodmt 
vert  impénétrable  aux  rayons  du  Soleil,  & qui  ne  contribue  pas  peulete 
cette  promenade  une  des  plus  riantes  de  Paris.  _ , i-c  r'  d’avoir 

Ce  jardin  eft  entouré  de  maifons  particulières , qui  ont  tou  L ;r  & jes 

des  jours  deffus,  & des  communications  pour  la  promenade.  Ces  mations  & 

vj  a 1 • n~  Vnve7  ce  Que  nous  avons  dit  de  cet  Architeéle  , T. 

(a)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architecte  ( ) > 

dans  le  T. 'II.  en  parlant  de  la  Sorbonne,  page  7 6.N.  (é>).  I.  pag-  & 23  • 


architecture  Françoise,  liY.v.~ 


‘ué  F A n'ST  u’  &nt  Prf,cedees  drun  treilV  de  douze  pieds  de  hauteur 

de  ’l  1 f 6 d!tS  baUmenS  d T V,f0n  fiX  P'cds-  CeS  treilVs  ’ élévés  Par- 
ue jufqu  a la  hauteur  des  premières  branches,  fervent  à mafquer  l’irrégularité  des 
batunensqu,  entourent  ce  jardin,  & qui  étant  afTez  differementre  eux,  nuifent  à 
a îmetne  neanmoins  comme  ces  bâtimensfont  fort  élévés  , ils  jouilTent  par  def- 
fu  la  tete  des  arbres  de  l’afpetft  du  jardin,  & du  bon  air  qu’on  y refpiref  ce  qui 

en  ÏP  J madbnS  f°™  fort,  ^cherchées.  Quelques  Statues  & quelques  Termes 
gaine,  de  pierre  , fculptes  par  Henri  Lcrambcrt  & par  Coifcvox  fon  éléve 

bi'T  ?,  t‘  j;  ‘f  d<f°" dc  “ i“Æ"-  vi  L dibefïïld 

« be„i  T 1“  d'“  • “ ««  ™u ,é  d'un  ireiUa- 

fl  , hauteur  d aPPUJ ’ auffi-bien  que  les  tapis  (e)  verds , autour  defquels  font  plan- 
tes  de  ormes  en  boule,  qui  dégagent  toute  l’entrée  de  cette  promenade  d/côté 

1 de JL P,f  ^ -rc'1Iage  mardué  ^ des  tilleuls  taillés  en  palhîade! 
ce  jardin  àL  P ^ ^ Cf  ^ °nja  P^atl<lud  dans  toutes  les  maîtrelfes  allées  de 
naturel!  XCeP“°n  de  la  Srande  a^e  marquée  A,  qui  forme  un  berceau 

noràorf^orné  i^lée  du  rlieu,  Cft  un  ,P°rtIcll’e  de  treillage  d’une  heureufe  pro- 
portion, orne  dune  grande  niche  circulaire  , & de  deux  autres  quarrées  plusne 

mes  , exécuté  fur  les  delfeins  de  M.  Defgots.  Les  deux  côtéTT  cène  aule 
font  occupes  par  des  quinconces.  Au  milieu  font  des  falles  découvertes,  dans  lef- 

CT  dlftnbiUeS  deS  baj  CS, ; ,°n  a eLU  foin  d'en  Placcr  auffi  dans  différens  endroits 
de  ce  jardin  pour  la  commodité  du  public  (d). 

AUl  — |ngles  dc  Ce,  jardin  en  eft  un  Plus  Petit  » entouré  de  grilles  de 
fer  & deftine  a la  promenade  particulière  du  Duc  de  Chartres.  Ce  jardin  con- 
fite dans  un  parterre  de  broderie  à la  tête  duquel  eft  un  baffin  ; dans  un  bofquet 
fa  h II  '"f  -ranS ,differrent5es  Plate  bandes  de  fleurs,  & dans  des  allées;  ornées  dans 
la  belle  faifon  de  vafes  & de  cailTes  d’orangers  placées  alternativement  (e) 

On  a exprime  fur  cette  Planche  le  maffif  des  bâtimens , la  forme  des  cours 
ad)acentes  & les  martès  des  maifons  particulières  qui  environnent  ce  Pa- 
lais. Il  nous  relie  a faire  obferver  , qu’indépendamment  de  la  principale  entrée 
du  cote  de  la  rue  S.  Honoré , il  y en  a trois  autres  ; l’une  marquée  C fqui  donne 
ans  la  rue  des  Bons  Enfans , l’autre  D,  par  la  rue  de  Richelieu,  la  derniere  E 
dans  la  rue  neuve  des  Petits  Champs , pour  faciliter  l’entrée  & la  fortie  du  jardin.  ’ 


inchne  l’arrofoir,  & abreuve  le  gazon  à diferétion , , 
félon  le  befoin  Cette  dépenfe,  qui  n’elt  pasconfidérablc 

np  nniirrnir-ollo  -i  ... 


(ç)  Ces  tapis  verds  font  entretenus  avec  un  foin  tout 
particulier.  En  4{é  on  a ia  précaution  Jg  jes  arrofer 

ce  qui  fe  fait  d’une  maniéré  fort  ingénieufe.  Je  ne  crois  ne  nnurrLLÏlLr"  4U‘  ■!  C1E Fascommerablc 

pas  hors  de  propos  d’en  parler  ici  en  faveur  de  ceux  qui  de  fa  ttrfè  fin  T ‘ emp  °yer  « lle",'cnt  pour  les  bie, 
l’ignorent.  x 1“  Ungulierement  pour  les  légumes  , les  pota 

Dans  le  gros  tuyau  de  plomb  qui  défend  du  refervoir  du 

UhSteau  d eau  dont  nous  parlerons  dans  «Chapitre,  & qui 
pafli  fous  1 allée  du  milieu  de  ce  jardin  , en  font  bran- 
chés deux  autres , terminés  par  des  rohinets.  Près  de  ces 
robinets  eft  foudee  une  vis  de  cuivre,  dans  laquelle  en 
j In.ff0“alte  “"c  autre  attachée  fortement  à un  boyau 
de  cuir  de  3 o toifes  de  longueur , plus  ou  moins , & de 
deux  pouces  de  diamètre,  qui  s’affemble  de  24  en  24 
pieds  avec  de  pareilles  vis.  Au  bout  de  ce  boyau  s’attache 
une  pomme  d arrofoir  de  cuivre  & vidée  f de  forte  qu’en 
ouvrant  le  rohinpr  (înnrnn™.  „ i a u i 1 


t - -- — suivie  oc  vmee,  ae  îorte  qu  en 

ouvrant  le  robinet  dont  nous  avons  parlé,  l’eau  du  tuyau 
de  plomb,  qui  vient  du  réfervoir  placé  à 30  pieds  d’é- 
levation  eft  chaflée  dans  ce  boyau,  qui  par  fa  dexi- 
. ■ ,e  rePf/-  ^ £a*°n , & obéit  au  mouvement 
qu.  lui  donne  le  Jardinier.  Celui-ci  avec  fes  deux  mains  , 
S-  aide  d un  homme  éloigné  de  lui  d’environ  $ pieds , 


gers , les  vergers , &c  ? 

(d)  Depuis  quelques  années  on  a permis  de  louer  d< 
chairs  dans  la  grande  allée  de  ce  jardin,  ce  qui  attii 
des  différons  quartiers  de  cette  Capitale  , une  foule  c 
perlonnes  des  deux  fexes,  & procure  aux  Etrangers  u 
coup  d œil  qui  ne  fe  rencontre  point  ailleurs,  & qui  e 
aulh  hnguher  ^que  riant.  Dans  les  grandes  chaleurs,  o 

acceffibLgranQe  ^ ’ CC  qUl  rCnd  CettC  Promenade  PIc 

(0  Voyez  le  deffein  de  ce  jardin  plus  en  grand  dan 
le  plan  du  rez-de-chauffée  , PI.  II.  Nous  obferverons  qu 
comme  ce  jardin  ne  laifle  pas  que  de  contenir  un  certai 
nombre  d orangers , & que  la  ferre  du  Palais  Royal  el 
tres-peu  confidérable  , on  tranfporte  ces  arbres  vers  1 
milieu  de  l’Automne  dans  un  jardin  particulier  ,rué  Ste 
Anne , ou  eft  eléyée  une  ferre  allez  fpaeieufe  pour  le 
contenir.  r 


P.ilais 

Royal. 


.......  ... 


'•  'i.î 


îlhitr 

Éf 

Mil  » 


Palais 

Royal. 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v.  V. 


Plan  général  des  bâtimens  au  re  z -de-  chauffée  du  Palais  Royal. 

Planche  II. 

Les  bâtimens  de  ce  Palais  font  très-confidérables , ils  font  compofés  de  plu- 
fieurs  corps-de-logis  féparcs  par  des  cours  , dont  les  deux  principales  font  II- 
tuées  à peu  près  dans  le  milieu  du  terrain  qu’occupe  ce  Palais , mais  la  dimen- 
fion  irrégulière  des  unes  & des  autres  , prouve  allez  que  la  diftribution  dans 
le  liecle  dernier  n’étoit  pas  aulli-bien  entendue  qu’aujourd  hui , & que  quelque 
attention  qu’on  apporte  dans  les  augmentations  d’un  édifice  commence  pour  un 
Hôtel , il  eft  difficile  dans  la  fuite  d’en  faire  un  Palais  exempt  de  licence  capi- 
tales, Celui  des  Thuilleries , le  Louvre , Verfailles , Fontainebleau , font  autant  de 
preuves  de  ce  que  j’avance.  En  effet , pour  réuffir  il  faut  dans  le  commencement 
d’un  projet  concevoir  l’idée  générale  d’un  édifice  , tout  ce  qu  on  y ajoute  apres 
coup  •rarement  fe  lie  bien  avec  le  relie  ; d’ailleurs  les  Architeétes  chargés  de 
continuer  ces  édifices  , fe  prêtent  difficilement  a la  difpolition  des  ouvrages  com- 
mencés , & bâtiffent  félon  leur  goût  & leur  génie  : on  peut  faire  ce  reproche  à 
tous  nos  Architééles , même  du  fiecle  dernier , à l’exception  de  François  Blondel , 
& de  François  Manjard,  dont  l’un,-  dans  la  rellauration  de  la  Porte  S.  Antoine, 
l’autre , dans  les  augmentations  de  l’Hôtel  de  Carnavalet , ont  fçu , en  hommes  ha- 
biles & qui  connoiifoient  le  beau , conferver  toutes  les  parties  eftimables , au  pré- 
judice d’une  compofition  qu’iis  auroient  fans  doute  rendue  plus  convenable  , 
s’ils  avoient  été  les  maîtres  de  traiter  à neuf  ces  deux  monumens. 

Le  Palais  dont  nous  parlons  fut  commencé  par  Jacques  le  Mercier  , ainfi  que 
nous  l’avons  déjà  dit  ; Hardouin  Manjard  a fait  enfuite  les  grands  appartemens  de 
parade  & la  grande  gallerie  : Gilles  Oppenor  les  a décoré  , Mrs.  Legrand  & Car- 
raud  y ont  fucceffivement  fait  des  changemens  , M.  Contant  en  fait  aujourd’hui 
de  confidérables , & cependant , malgré  la  capacité  de  ces  Architeéles , il  eft  à 
craindre  que  cet  édifice  ne  forme  jamais  un  bel  enfemble.  Il  y régné  un  air  de  pefan- 
teur  dans  les  façades , & un  défaut  de  fimétrie  dans  les  diftributions , qui  révolte- 
ra toujours  les  Connoifieurs.  Les  dedans , à la  vérité , lont  capables  de  dédom- 
mager les  amateurs  de  l’irrégularité  & du  mauvais  goût  de  l’extérieur , & ce! 


eft 


en  leur  faveur  , que  nous  avons  cru  ne  pouvoir  nous  difpenfer  de  donner  dans 
ce  recueil  les  deflèins  de  cet  édifice , dont  nous  ne  pouvons  raifonnablement  faire 
l’éloge  , pour  ce  qui  regarde  la  difpolition  en  général , & la  decoratiçn  extérieu- 
re en  particulier,  auffi  n’en  ferons-nous  pas  une  defcription  très-detaillee.  Nous 
nous  contenterons  feulement,  & pour  faire  éviter  à 1 avenir  quelques  défauts  qui 
fe  trouvent  dans  ce  plan , de  remarquer  que  la  première  cour  eft  trop  peu  con- 
lîdérable  pour  l’étendue  des  bâtimens  qui  compofent  ce  Palais  ; que  la  fécondé 
eft  d’une  proportion  trop  quarrée  , quoique  plus  fpacieufe  , & plus  fupportable  par 
le  moyen  des  percés  pratiqués  dans  le  mur  quifepare  cette  cour  d avec  es  jar- 
dins. Je  dis  plus  fupportable  , parce  que  nous  avons  reconnu  ailleurs  quil  eft 
néceflaire  pour  donner  une  belle  forme  aux  cours , qu  elles  aient  de  longueur  a 
diagonale  du  quarré  fait  fur  leur  largeur  ; confidération  qui  aurait  dû  faire  préférer 
une  grille  de  fer  à cette  muraille , qui  mafque  d’une  part  le  jardin,  & de  1 autre 

les  bâtimens.  . 

A l’égard  des  autres  cours  qu’on  remarque  dans  ce  plan  , comme  elles  ne  font 
pas  auffi  intérelfantes  , leur  proportion  & leur  forme  font  plus  indifferentes  ; 
quoiqu’on  puilfe  dire  en  général , qu’il  eft  bon  d’obferver , autant  qu  il  eft  pofii- 
ble , que  rien  ne  foit  négligé  dans  un  édifice  d’importance;  mais,  comme  nous 
venons  de  le  remarquer , les  cours , le  corps-de-logis , les  allés , les  pavillons 

& les 


ARCHITECTURE  FR  AN  ÇOI  SE,  Li  v.  V.  ' 4r 

les  avant-corps  de  ce  Palais  ayant  ete  faits  , pour  la  plupart  en  difïerens  teins  Palais 
& fous  divers  Architectes , nous  devons  nous  attendre  à des  irrégularités  frappan-  Ro,,u 
tes  que  nous  palferons  fous  filence , notre  objet  n’étant  pas  de  faire  ici  la  criti- 
que de  ce  vafte  édifice.  D’ailleurs  il  faut  convenir  que  Le  Mercier  , qui  a com- 
mencé ce  bâtiment , entendoitpeu  la  diftribution  des  Palais  & même  la  décoration 
de  leur  façade.  A en  juger  par  la  Sorbonne  , il  réuffiifoit  mieux  dans  l’ordon- 
nance des  monumens  facrés  ; refléxion  qui  nous  prouve  en  quelque  forte , que 
l’ Architecture  peut  s’envifager  fous  différens  points  de  vue  ; que  tel  Architeéte , 
qui  montre  de  la  fagacité  , de  l’intelligence  & du  génie  pour  la  compofition  d’une 
Eglife  , d’un  arc  de  triomphe  , d’une  Place  publique  , &c.  réulîit  imparfaitement 
dans  la  difpofition  d’un  édifice  du  genre  de  celui  dont  nous  parlons.  Cette  con- 
fidération  devrait  faire fentir  aux  grands  Seigneurs,  combien  il  leur  eft  important 
de  faire  choix , entre  plufieurs  habiles  Maîtres , de  celui  qui  eft  le  plus  capable  de 
remplir  leur  objet,  fans  avoir  égard,  ni  à la  recommendation,  ni  à la  réputation 
fouvent  hafirdée , qu’un  Artifte  a fçû  fe  faire  à propos  d’un  joli  jardin  , d’un  belve- 
der,  d une  maifon  de  plaifance  , &c.  Qu’on  y falfe  attention  , tous  les  talens  ont 
leurs  bornes  & leur  divifion.  La  peinture , la  fculpture , la  poëfie  , la  mufique 
dans  tous  les  terns  ont  formé  de  grands  hommes  dans  des  claffes  différentes.  A 
plus  forte  raifon , P Architecture , qui  eft  la  Reine  des  beaux  Arts  , eft-elle  fuf- 
Ceptible  de  divifions.  Il  n’eft  donc  point  étonnant  qu’un  Architeûe  ne  foit  pas 
univerfel  ; le  grand  point  eft  de  connoître  le  dégré  de  fa  capacité , & un  Pro- 
priétaire inftruit  ne  doit  pas  s’y  tromper  ; mais , dira-t-on  , ceux  qui  font  bâtir  , 
peuvent-ils  s’y  connoître  ! Oui  fans  doute  : je,  crois  l’avoir  dit  ailleurs , la  con- 
noiffance  des  Arts  doit  entrer  pour  beaucoup  dans  l’éducation  des  hommes  bien 
nés.  Ce  font  les  grands  Seigneurs  , qui  font  fleurir  un  état  , ce  font  eux  ordi- 
nairement;qui  font  une  dépenfe  digne  de  leur  nailfance.  Nous  ne  leur  demandons 
pas  à la  vérité  d’être  Artiftes  , mais  de  les  bien  connoître  , d’en  fçavoir  faire  choix 
de  les  occuper  & de  les  récompenfer.  Si  ce  que  nous  femblons  exiger  ici  écoit 
plus  ordinaire , on  verrait  les  Arts  fe  foûtenir , profperer , & moins  de  bâtimens 
élévés  à l’ignorance  & à la  cupidité , dans  un  fiecle  où  le  germe  des  talens  fem- 
ble  s’accroître  journellement , malgré  le  peu  de  cas  que  la  plupart  des  Grands 
femblent  faire  des  Arts  & des  Artiftes. 

Pour  revenir  à notre  objet,  nous  dirons  que  depuis  Le  Mercier , la  diftribution 
des  appartemens  du  Palais  dont  nous  parlons  a prefque  toute  été  changée , que 
les  Architectes  dont  nous  avons  fait  mention  plus  haut , ont  fouvent  été  occu- 
pés à retourner  ces  appartemens  félon  leur  différente  deftination  , & félon  la 
dignité  des  perfonnes  qui  ont  habité  ce  Palais , depuis  qu’il  eft  élévé  ; qu’enfin 
on  en  démolit  encore  aujourd’hui  la  plus  grande  parti? , ce  qui  joint  à la  diffi- 
culté qu’on  a d’entrer  commêtdement  dans  toutes  leS-pïeces  de  cet  édifice , nous 
empêche  d’en  donner  peut-être  le  plan  avec  une  forte  d’exaétitude.  C’eft  pour 
cette  raifon  que  nous  n’entreprendrons  de  décrire  ici  que  ce  qui  nous  eft  connu 
jufqu  à un  certain  point.  A propos  de  quoi  nous  remarquerons  , que  dans  l’aîle 
droite  en  entrant  dans  la  cour,  eft  pratiquée  une  falle  de  fpeétacle  , dans  laquelle 
on  reprefente  nos  Dpera  , & que  le  Cardinal  de  Richelieu  , qui  avoit  un  goût 
décidé  pour  la  Poefie  dramatique  , avoit  fait  éléver.  La  place  qu’occupe  cette 
falle  dans  ce  plan  eft  marquée  A , & defigne  une  grande  partie  du  delîbus  du 
théâtre  , où  font  diflribuées  les  machines  deftinées  aux . décorations  des  Divinités 
infernales.  Le  plan  détaillé  de  cette  falle  de  Speétacle  eft  exprimé  dans  celui  du 
premier  étage,  Planche  II.  ( Voyez  ce  que  nous  avons  dit  touchant  l’origine  de 
ce  Speélacle , Tome.  II.  pag.  rq.  Note  (c).) 

Le  grand  efcalier  de  ce  Palais  eft  du  deffein  de  Defargues.  Il  eft  placé  dans 
Tome  III,  i 


Palais 

Royal* 


42  ARCHITECTURE  FR ANÇOISE,Liv.  V. 

un  lieu  affez  ignoré  dans  ce  plan , & prouve  combien , depuis  le  tems  auquel 
il  a été  confirait , nos  Architeéles  François  ont  fçu  rendre  cette  partie  de  la  dis- 
tribution élégante  & commode.  Au  refte  il  eft  affez  vafte  & folidement  bâti , 
fa  décoration  eft  même  allez  bien  entendue.  Il  eft  à préfumer  que  celui  qu’on  va 
reconftruire  à neuf,  fera  mieux  diftribué,  mais  il  eft  craindre  que  fa  décoration 
ne  vaille  pas  celle  qui  fubfifte  aujourd’hui , quoique  fimple  &fans  ornement. 

Après  cet  efcnlier , ce  qui  eft  le  plus  à remarquer  dans  le  plan  dont  nous  par- 
lons , c’eft  le  grand  appartement , qui  donne  fur  le  jardin  de  propreté , & qui  a 
été  long-tems  occupé  par  feue  S.  A.  R.  Madame  la  Ducheffe  d’Orléans  , grande 
Mere  du  Prince  qui  vit  aujourd’hui.  Cet  appartement  eft  vafte , & muni  de  tous 
les  dégagemens  qui  doivent  accompagner  des  pièces  deftinées  à la  réfidence  des 
perfonnes  de  la  première  confidération.  Il  eft  occupé  à prefent  par  M.  le  Duc  de 
Chartres , & par  les  perfonnes  qui  font  chargées  de  l’éducation  de  ce  Prince.  On 
voit  auiïï  une  Chapelle  au  rez-de-chauffée , au-deflus  de  laquelle  en  eft  une  au- 
tre , qui  a été  peinte  par  Vouet,  Sc  dont  lions  parlerons  dans  fon  lieu.  Les  bâ- 
timens  B , C pratiqués  dans  l’une  des  baffes  cours  , viennent  d’être  érigés  à neuf, 
ils  étoient  auparavant  non-feulement  fort  irréguliers , mais  encore  trop  peu  éten- 
dus pour  le  nombre  des  Officiers  attachés  à la  maifon  d’Orléans.  Ceux  B ont  été 
conftruits  en  1751  furies  deffeins  & fous  la  conduite  de  M.  Cariaud,  & ceux  C s’é- 
lèvent aéluellement  (/)  fur  les  deffeins  & fous  la  conduite  de  M.  Contant.  On 
ne  voit  point  dans  ce  plan , ni  d’écuries , ni  de  remifes  , il  les  falloit  confidéra- 
bles , & le  lieu  ferré  de  ce  quartier  n’a  pas  permis  de  les  éléver  dans  le  terrain 
du  Palais  Royal.  Ces  écuries  font  fituées  dans  l’ancien  Hôtel  de  Colbert  , rue 
neuve  des  petits  Champs , bâti  par  Le  Veau , & dont  la  Porte  d’entrée  eft  con- 
fidérée  comme  un  beau  morceau  d’Architeélure.  (Voyez  en  le  deffein  dans  les  Délice  s 
de  Paris  , planche  lié.)  Les  bâtimens  de  ces  écuries  contiennent  une  grande  quan- 
tité de  remifes  & environ  96  chevaux  , des  logemens  pour  les  Pages  , pour 
leur  Gouverneur  , & pour  le  premier  Ecuyer  de  M.  le  Duc  d'Orléans. 

Les  écuries  de  Madame  la  Ducheffe  font  fituées  rue  de  Richelieu  , où  étoient 
autrefois  celles  de  fon  Alteffe  Royale  ; ces  bâtimens  contiennent  environ  40  che- 
vaux, des  remifes , & le  logement  de  l’Ecuyer. 


Plan  du  premier  étage.  Planche  III. 


La  diftribution  de  ce  premier  étage , auquel  le  rez-de-chauffée  a été  affujetti , 
compofe  ce  qu’on  appelle  communément  le  Palais  Royal.  C’eft  dans  ces  appar- 
temens  que  fe  voit  cette  riche  colleétion  de  tableaux  des  plus  excellens  maîtres , 
fi  connue  de  toute  la  France,  & qu’on  peut  dire  être  la  plus  compiette  Sc  la 
plus  curieufe , qu’il  y ait  en  Europe.  Nous  la  devons  à M.  le  Duc  d'Orléans  , 
Régent  qui  avoit  une  très-grande  connoiffance  de  la  peinture  , qui  s’occupoit 
quelque  fois  lui-même  à peindre  , & qui  fit  acheter  chez  l’étranger  ce  qu’il  y 
avoit  de  plus  précieux  en  ce  genre.  Nous  n’entrerons  point  dans  le  détail  de  tou- 
tes ces  merveilles , elles  demandent  une  defeription  particulière  , dont  nous  laiffons 
le  foin  aux  Maîtres  de  l’Art.  Nous  remarquerons  feulement  en  paffant , que  M. 
le  Duc  d’Orléans  d’aujourd’hui  connoilfant  l’importance  de  cette  fuperbe  collée- 


(/)  Nous  donnons  dans  ce  plan  les  diftributions  de 
ces  nouveaux  bâtimens  , telles  qu’elles  nous  paroilfent 
s’exécuter,  fans  répondre  de  leur  exaélitude.  Nous  avoue- 
rons même  ingénuement  que  nous  fouhaiterions  nous 
être  trompés  dans  les  formes  , dans  leurs  divifions  & 
dans  leurs  difpofitions  ; mais  ce  qu’on  voit  de  fait  pré-: 


fentement , nous  fait  craindre  que  nous  n’ayons  été  exaéls 
au-delà  de  notre  efperance.  Dans  ce  cas  nous  ofons  avan- 
cer , que  ces  augmentations  , tant.  au  rez-de-chauflée 
qu’au  premier  étage , ne  feront  jamais  un  modèle  d’imi-, 
tation. 


. . ; ...  .. 


ARCHITECTURE  FRANÇOIS  E,Liv.  V.  43 

tion,  a fait  choix  de  M.  Pierre  (g)  , Peintre  du  Roi,  pour  fon  premier  Pein-  pa!a;s 
tre  , perfuadé  qu’il  ne  pouvoit  confier  un  dépôt  fi  précieux  à un  plus  habile  Ro>’aL 
homme. 

La  plupart  des  appartemens  qui  contiennent  ces  chefs-d’œuvre , furent  élevés 
par  les  ordres  de  Louis  XIV  , en  1692.  Ce  fut  auffi  ce  Prince  qui  , quel- 
que tems  après,  fur  les  deifeins  de  Jules  Hardouin  Manfard,  fit  conftruire  fur  un 
emplacement  qu’occupoit  le  Palais  Br  ion  (li)  une  grande  gallerie  en  retour  fur 
la  rue  de  Richelieu.  Dans  la  fuite , le  Duc  d’Orléans , Régent , fit  bâtir  par  Gilles  Op- 
penor  , fon  Architeéle  , le  fallon  qui  la  précédé  , & il  le  chargea  d’embellir 
l’intérieur  de  ces  appartemens.  Les  décorations  en  font  traitées  avec  un  goût  ad- 
mirable , d’ailleurs  le  choix  des  ornemens  & l’élégance  des  formes , compofent 
un  tout  capable  d’infpirer  une  forte  impreffion  aux  Artiftes  qui  veulent  fe  faire  ef- 
timer  dans  leur  profeilîon.  Un  Ordre  de  pilaftres  Corinthiens  élévé  fur  un  pié- 
deftal , & couronné  d’une  Corniche  compofée , forme  la  principale  décoration  de 
la  gallerie.  Une  grande  cheminée  placée  au  milieu  de  l’enfilade  , d’un  deifein 
fier  & hardi , fait  un  très-bel  effet.  Onze  croifées  en  plein  ceintre  éclairent  ce 
lieu  ; elles  font  un  peu  baffes  pour  la  hauteur  de  la  gallerie , mais  les  voufiures 
qu  on  a affeéle  dans  leur  fommet , procurent  à la  voûte  un  jour , quoique  glif- 
fant  , qui  dédommage  de  plus  grandes  ouvertures.  Cette  gallerie  a été  peinte 
par  Antoine  Coypel , premier  Peintre  du  Roi.  L’Hifloire  d’Enée  y eft  repréfentée  en 
quatorze  tableaux  ; c’eft  un  ouvrage] capable  d’illuftrer  l’Ecole  Françoife  , auf- 
fi eft— il  fort  eftimé  des  Connoiifeurs.  Le  grand  fallon  qui  précédé  cette  gallerie  , 
eft  éclairé  par  en  haut  ; cette  lumière  eft  très-favorable  pour  les  tableaux,  & 
c’eft  ce  qui  nous  a fait  dire  plus  d’une  fois  , qu’il  feroit  à défirer  que  les  cu- 
rieux qui  forment  des  cabinets  de  cette  efpece  , fe  déterminaffent  à en  ufer  de 
même. 

Les  appartemens  des  deux  ailes  de  la  grande  cour  ont  une  communication  â 
découvert  par  la  terraffe  A , qui  eft  foûtenue  par  les  arcades  percées  à jour  , dont 
nous  avons  parlé  en  expliquant  la  Planche  précédente.  Cette  terraffe  communi- 
que auffi  extérieurement  dans  les  appartemens  de  cet  étage  du  côté  du  jardin  par 
un  balcon  continu , marqué  B ; communication  néceffaire  dans  un  édifice  de  cette 
importance.  Nous  obferverons  feulement , que  pour  répondre  à la  dignité  du  bati- 
ment , ce  balcon  devroit  être  foûtenu  par  des  colonnes,  8c  non  par  des  confo- 
les  de  fer  ou  de  pierre , qui , outre  qu’elles  ont  toujours  un  air  pcftiche  & fait 
après  coup  , préfentent  une  décoration  qui  fe  fouffriroit  à peine  dans  une  maifon 
particulière. 

L’aile  droite  de  ce  bâtiment  doit  contenir  les  appartemens  de  Madame  la  Du- 
cheffe  d’Orléans , on  y travaille  aéluellement  ; à la  gauche  feront  ceux  du  Prin- 
ce , fon  époux.  Nous  les  donnons  tels  qu’ils  font  aujourd’hui , mais  on  fe  propofe 
d’y  faire  des  embelliflèmens , de  forte  qu’il  n’y  aura  que  le  grand  appartement  de 
parade  qui  fubfiftera  tel  que  nous  le  donnons.  Nous  obferverons  auffi  que  du 
tems  du  Cardinal  de  Richelieu  , on  avoit  pratiqué  au  premier  étage  de  l’aile  à 
gauche  , où  fe  voit  la  chambre  de  parade , une  fort  belle  gallerie , dont  la  voûte 


(g)  M.  Pierre  , Ecuyer  ; un  des  premiers  Peintres 
d’Hiftoire  de  notre  école  moderne  , Profelfeur  dans  l’A- 
cadémie Royale  de  Peinture  & de  Sculpture , travaille 
aéluellement  au  plafond  de  la  Chapelle  de  la  Vierge  dans 
l'Eglife  Paroifliale  de  S.  Roch.  Tous  ceux  qui  ont  vu 
l’efquiffe  de  ce  grand  ouvrage  , conviennent  que  c’eft 
un  des  plus  beaux  morceaux  qu’on  puiffe  imaginer  en 
genre  , & qu’il  répondra  dignement  à la  haute  réputa- 
tion dont  jouit  déjà  cet  excellent  Artifte.  Voyez  ce  que 


nous  dirons  de  cet  ouvrage  dans  le  Chapitre  XXV.  de  ce 
Volume  en  parlant  de  l’Eglife  de  S.  Roch.  Note  (/). 

(/f)  Ce  Palais  avoit  fervi  de  retraite  à Louis  XIV, 
dans  le  tems  qu’il  demeuroit  au  Palais  Royal.  Dans 
la  fuite  on  y établit  les  Académies  de  Peinture  , de  Scul- 
pture & d*Archite(fture;  mais  lorfqu’on  fe  fervit  de  fon 
emplacement  pour  éléver  la  gallerie  dont  nous  parlons  , 
on  tranfporta  ces  Académies  au  Louvre. 


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Palais 

Royal. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

Evoit  été  peinte  par  Philippe  Champagne  , mais  on  la  détruifit  lorfque  la  Reine 
Rérente  vint  faire  fon  féjour  dans  ce  Palais , & on  en  fit  l’appartement  dont  nous 
venons  de  parler. 

La  gallerie  des  hommes  illuftres  de  la  France  , qui  étoit  auffi  placée  au  pre- 
mier étage , a eu  le  même  fort.  Comme  elle  avoit  été  fort  négligée,  on  fut  obli- 
gé en  1727  de  la  détruire,  & on  fit  à fa  place  des  appartemens.  Les  portraits 
de  ces  hommes  illuftres  au  nombre  de  25  , & dont  on  voit  encore  la  plus  gran- 
de partie  dans  une  petite  gallerie  du  même  étage  , étoient  peints  par  Philippe  Cham- 
pagne, Simon  Voiiet  , Jufie  d’Egmont,&.  Perfon.  On  voit  même  encore  dans  cette 
petite  gallerie  quelques  bulles  de  marbre  blanc  , qui  ornoient  l’ancienne  & qui 
méritent  l’attention  des  ConnoilTeurs, 

L’on  voit  dans  ce  plan  la  falle  de  l’Opera  dont  nous  avons  parlé , elle  eft  dé- 
taillée autant  que  la  grandeur  de  l’échelle  l’a  pû  permettre , & a été  levée  très- 
exaélemcnt , deforte  qu’on  y remarque  la  diftribution  du  théâtre  , du  parterre , de 
l’amphithéatre , des  loges  & la  communication  que  cette  falle  a avec  l’intérieur 
des  appartemens  du  premier  étage.  Nous  obferverons  qu’on  a pris  foin  de  mettre 
des  lettres  de  renvoy  dans  cette  Planche , capables  de  donner  quelques  éclair- 
cilfemcns , & de  mettre  par  écrit  les  noms  & l’ufage  des  pièces  les  plus  inté- 
reffantes , ce  qui  nous  difpenfe  d’une  defcription  plus  circonftanciée  ; d’ailleurs 
comme  il  arrive  très-fouvent  que  la  deftination  de  ces  pièces  varie , on  a crû  qu’il 
étoit  fuperflu  d’entrer  dans  un  plus  grand  détail , qui  dans  peu  d’années  n’auroic 
plus  rien  de  commun  avec  l’édifice. 

Elévation  du  Palais  Royal  du  côté  de  la  rue  Saint  Honoré.  Planche  IV. 

Figure  Première. 

L’ordonnance  de  cette  façade  eft  d’Ordre  Tofcan  , genre  d’Architeélure  peu 
propre  à la  décoration  d’un  Palais , malgré  l’exemple  de  celui  du  Luxembourg  : 
la  rufticité  de  cet  Ordre  devroit  être  réfervée  pour  les  ouvrages  militaires  , les 
fontaines , les  grottes  & les  orangeries , où  il  convient  généralement  de  donner 
une  expreifion  de  virilité.  Au-delfus  de  cet  Ordre  eft  un  Attique  , ordonnance 
encore  plus  ruftique  , qui  jointe  à la  fimplicité  des  croifées  & aux  refends  conti- 
nus qui  régnent  dans  toute  cette  façade  , lui  donnent  un  air  de  péfanteur , qui 
ne  convient  point  à un  édifice  deftiné  à la  réfidence  d’un  grand  Seigneur.  Je 
fcais  que  quelques  Architeéles  prennent  cette  expreflion  pour  une  fermeté  défi- 
rable  , néanmoins  nous  dirons  que  partout  où  la  convenance  ne  préfide  pas , il  eft 
rare  qu’un  édifice  s’attire  le  fuffrage  des  ConnoilTeurs , car  certainement  elle  doit 
être  regardée  comme  le  premier  objet  de  l’Architeélure  ; les  Maîtres  de  l’Art  de- 
vraient prononcer  abfolument  & définitivement  à cet  égard , afin  qu’à  l’avenir  la 
décoration  de  nos  bâtimens  ne  fut  point  confiderée  comme  purement  arbitraire. 
Peut-être  l’ai-je  dit  ailleurs.  Mais  qu’on  me  pafte  des  répétitions  dans  un  ouvra- 
ge dans  lequel  on  revient  fouvent  fur  les  mêmes  défauts , & qui  d’ailleurs  ne  pou- 
vant être  lû  de  fuite  , femblent  être  autorifées  ici. 

Si  l’ordonnance  de  cette  façade  eft  contraire  aux  régies  de  la  convenance , en 
général  fes  dimenfions  ont  des  beautés  qui  méritent  quelque  eftime  ; par  exemple 
la  proportion  des  pavillons  eft  aftez  belle  , ainfi  que  celle  de  la  porte  cochere  ; & 
quoique  cette  dernierefoit  d’une  décoration  trop  péfante  pour  l’entrée  d’un  Palais , 
elle  ne  laiile  pas  néanmoins  que  d’avoir  un  caraétere  expreffif  que  l’on  fent  bien  par- 
tir d’une  main  habile , & qui  feroit  bon  à imiter  dans  toute  autre  occafion. 

A la  droite  de  cette  façade  , on  a marqué  en  A la  fortie  principale  de  l’Opera; 
Àu-deflùs  eft  un  balcon  dont  on  a imité  la  décoration  en  B , depuis  que  la  Ville 

qui 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v.  V.  4; 

qui  en  a la  direétion  , a acquis  un  terrain  pour  faciliter  le  dégagement  de  ce  „ P;i-' 
Ipeélacle.  (Voyez  ce  dégagement  dans  le  plan  , Planche  IL)  Au  refie,  quoique 
cette  addition  procure  à cette  falle  une  ilfue  moins  ferrée  qu’auparavant , il  pa- 
roît  toujours  indifpenfable  pour  cette  Capitale  qu’on  érigé  un  nouveau  théâtre 
dans  un  lieu  plus  vafte , qui  annonce  par  fon  alpeél  la  magnificence  avec  laquelle 
le  Corps  de  Ville  a manifellé  dans  tous  les  tems  fon  goût  pour  les  édifices 
publics  qu’il  a fait  élever. 

Elévation,  coupe  & profils  da  Palais  Royal , pris  dans  les  plans  fur  les  lignes  DE. 
Planche  IV.  Figure  II. 


Cette  Planche  donne  à connoître  la  plus  grande  partie  des  bâtimens  qui  eom- 
pofent  ce  Palais.  La  lettre  A montre  la  coupe  de  la  porte  d’entrée  du  côté  de  la  rue 
S.  Honoré,  au-delfus  de  laquelle  fe  voit  la  petite  gallerie  qui  conduit  des  appartemens 
aux  loges  de  l’Opera,  de  plein  pied  au  premier  étage.  (Voy.  la  Pl.  IL)  La  lettre  B fait 
voir  l’intérieur  de  la  première  cour  dont  l’ordonnance  coniifte  dans  un  rez-de-chauf- 
fée  , au-defius  duquel  font  des  mezzanines , & au  premier  étage  un  Ordre  compofé 
d’après  le  Tofcan , le  Dorique  & l’Attique  , enfant  du  caprice  & de  la  fingularité.'  On 
remarque  neanmoins  dans  cet  étage  des  croifées  dont  la  proportion  & la  forme  ont 
quelque  chofe  de  viril  & d’alfez  bien  entendu.  La  lettre  C indique  un  pavillon  très-peu 
faillant  à la  vérité , mais  qui  accompagne  allez  heureufement  la  façade  du  principal 
corps-de-logis  , fitué  en  face  de  la  principale  entrée.  Cependant  nous  remarquerons 
qu’une  Architeélure  uniforme  dans  les  façades  d’une  cour  peu  fpacieufe  eft  pré- 
férable à une  Architeélure  trop  variée , & dont  la  diverfité  occafionne  dans  l’ef- 
prit  du  fpeélateur  une  confufion  d’autant  plus  condamnable  , que  cette  inégalité 
engendre  de  petites  parties  , qui  nuifent  à la  malfe  générale.  La  lettre  D indi- 
que la  coupe  du  principal  corps-de-logis , dont  le  rez-de-chauifée  voûté  en  pierre  , 
lèrt  de  porche  ou  palfage  pour  les  équipages.  Ce  porche  eft  décoré  de  pilaf- 
tre  Tofcans  , couronnés  d’un  entablement  qui  profile  fur  le  retour  des  pilaftres 
accouplés , & qui  porte  des  lunettes  pour  décharger  la  voûte  en  plein  ceintre  de 
ce  porche.  Cette  décoration  en  général  eft  d’aflez  bon  goût. 

Au-delfus  de  ce  porche  on  voit  la  partie  intérieure  des  appartemens  doubles  fi- 
tués  dans  le  milieu  de  la  première  cour  , & non  dans  celui  de  la  fécondé  , ce  qui 
eft  une  faute  elfentielle  contre  la  fimétrie  qu’on  doit  obferver  dans  la  diftribution 
générale  d’un  édifice  d’importance.  Cette  faute  eft  d’autant  moins  excufable  ici , 
que  l’axe  de  la  principale  allée  du  jardin  n’aligne  pas  non  plus  celui  de  la  premiè- 
re cour  ; deforte  qu’aucune  des  parties  elfentielles  de  ce  bâtiment  ne  paroît  avoir 
été  faite  l’une  pour  l’autre  ; car  de  la  porte  d’entrée,  par  la  rue  S.  Honoré,  en  paf- 
fant  par  le  porche  , & continuant  cet  alignement  au  travers  d’une  des  arcades  qui 
féparent  la  fécondé  cour  d’avec  le  jardin , on  rencontre  une  file  d’arbres  au  lieu 
d’une  maîtreife  allée  , ou  au  moins  d’une  contre  allée  , ce  qui  nuit  au  coup  d’œil 
général , & fait  fentir  combien  il  eft  important  de  compofer  les  parties  pour  le  tout 
& le  tout  pour  les  parties.  Il  ne  paroît  pas  cependant  qu’on  veuille  remédier  à cet- 
te inadvertance  en  reftaurant  ce  bâtiment  ; il  eft  vrai  que  cela  feroit  difficile  , 
à moins  que  de  jetter  bas  une  partie  des  murs  de  face , que  l’on  s’eft  propofé  de 
conferver  par  une  économie  allez  mal  entendue  , car  il  eft  certain  que  fi  l’on  con- 
tinue les  augmentations  que  l’on  a commencées , elles  coûteront  autant  que  fi  l’on 
reconftruifoit  à neuf  certaines  parties  elfentielles,  qui  auroient  procuré  l’avanta- 
ge de  redrelfer  ce  bâtiment , & l'auroient  rendu  digne  du  Prince  qui  l’habite  , & 
qui  paroît  ne  rien  négliger  pour  donner  des  preuves  de  fon  goût  pour  les  beaux  Arts , 

& laiiïer  à la  pofterité  des  marques  de  fa  grandeur  & de  fa  magnificence. 

Tome  III.  M 


ARCHITECTURE 


FRANÇOISE, Li  v.  V. 

font , dans  la  hauteur  des 


Au-delfus  des  appartemens  dont  nous  venons  de  parler , , — - 

combles,  des  chambres  pour  les  principaux  Officiers  de  la  Maifon.  La  lettre  E but  voir 
l’élévation  d’une  des  ailes  de  la  fécondé  cour.  Cette  aile  doit  fimetnfer  avec  celle  qui 
lui  eft  oppofée.  La  décoration  de  cette  façade  eft  compofée  d’une  efpece  de  lou- 
balfement  au  rez-de-chauffée  , percé  d’arcades , de  mezzanines  & de  petites  crm- 
fées  , formant  en  général  une  ordonnance  plus  finguiiere  que  belle  , quoiqu  ap- 
plaudie par  quelques  Artiftes.  Néanmoins  les  coquilles  fituées  fous  l’mtrados  des 
arcades  doivent  être  regardées  comme  un  ornement  déplacé  , aum-bien  quelles 
prouës  de  vailfeaux  & les  ancres  qui  font  élévées  dans  les  tables  chantournées  ; 
car  quoiqu’ allégoriques  à la  Charge  de  Chef  & Surintendant  général  de  la  Naviga- 
tion de  France,  que  polfédoit  le  Cardinalde  Richelieu  , lorfqu  il  fit  elever  ce  batiment , 
ils  font  trop  réitérés,  & d’ailleurs  d’une  exécution  lourde  & péfante. 

L’Ordre  Dorique  du  premier  étage  ell  affez  régulier  , mais  comme  il  elt  éle- 
vé fur  un  foubalfement  d’une  affez  grande  hauteur  , il  paraît  mefqmn.  Dans  les 
entre-pilaftres  étoient  des  niches  dont  on  a percé  quelques-unes  depuis  pour  pro- 
curer plus  de  lumière  dans  les  appartemens  , deforte  que  l’megalite  de  ces  ou- 
vertures & la  variété  de  leur  forme  n’eft  point  un  exemple  a imiter.  Au-delfus  de 
cet  Ordre  étoit  un  comble  à deux  égouts  , à la  place  duquel  on  vient  de  lubihtuer 
un  comble  brifé,  pour  pratiquer  dans  cet  étage  fupérieur  des  logemens  plus  corn- 
modes.  Ce  nouveau  comble  (/)  ell  élevé  au-deflus  d une  baluftrade  , & ell  perce 
alternativement  de  lucarnes  & d’oeils  de  bœuf  revêtus  de  plomb  & d’ornemens 
de  même  matiete.  Sur  les  baluftrades  font  placés  desvafesen  pierre,  qui  tombent  a 
plomb  de  chaque  pilaftre.  Nous  obferverons  en  général  que  ces  ces  combles  bri- 
fés  font  ici  univerfellement  critiqués  : en  effet  leur  forme  paraît  trop  pelante,  ils 
font  trop  chargés  d’ornemens  & percés  ridiculement  par  des  ouvertures  alternati- 
vement en  plein  ceintre  & elliptiques , qui  annoncent  vifiblement  dès  les  dehors 
un  défaut  inévitable  de  limétrie  pour  l’intérieur  des  pièces.  D ailleurs  il  y a de  lin- 
décence  à placer  ces  pièces  au-deffus  d'un  appartement  de  parade  , & il  eft  cer- 
tain que  lorfque  la  néceffité  oblige  de  pratiquer  des  manfardes  au-deflùs  d’un  lo- 
gement deftiné  à la  réfidence  d’une  perfonne  de  confidération  , il  ne  faut  pas  af- 
ieaer  tant  d’ouvertures  dans  les  combles , les  toits  ne  devant  paraître  extérieu- 
rement que  pour  fervir  d’exhauffement  aux  grandes  pièces  de  l’intérieur , & non 
pour  y ménager  des  chambres  fubalternes.  Enfin  les  combles  à la  manfarde  ne 
font  pas  faits  pour  fervir  d’amortiffement  à la  décoration  des  Palais  des  Princes. 
Ils  ne  préfentent  que  des  greniers  dont  on  ne  doit  faire  parade  que  dans  des  mo- 
numens  publics  d’un  certain  genre,  ou  dans  des  maifons  à loyer.  C’eft  manquer 
aux  loix  de  la  convenance  que  d’en  ufer  autrement , & quelque  confidération  parti- 
culière qu’on  puiffe  avoir  , un  Architede  habile  doit  s’éloigner  de  tout  ce  qui  eft 
contraire  à la  bienféance  , fans  quoi  il  s’expofe  à la  critique  des  Connoiffeurs  & au 
blâme  de  la  multitude  (k). 

La  lettre  F indique  l’épaiffeur  du  mur  qui  fepare  la  fécondé  cour  d avec  le 
jardin  , & qui  eft  percé  d’arcades , au-deffus  defquelles  régné  une  gallerie  décou- 
verte, bordée  d’un  balcon  de  fer  continu.  Cette  terraffe  fert , comme  nous  l avons 
déjà  remarqué , de  communication  à l’aîle  du  bâtiment  E , & à celle  qui  lui  eft 

(i)  Dans  l’élcvation  que  nous  donnons , ce  nouveau 
comble  n’eft  point  encore  exécuté  . il  ne  l’eft  que  dans 
l’élévation  qui  lui  eft  oppofée  , mais  comme  cette  man- 
farde doit  regner  partout , & qjie  nous  avons  préféré 
cette  façade  à l’autre  , à caufe  qu’elle  nous  fait  voir 
une  partie  de  la  grande  gallerie  , nous  avons  introduit 
ici  les  combles  brifés  à la  place  de  ceux  qui  y font , 
pour  donner  à connoître  l’effet  qu’ils  feront,  tout  le 


refte  de  la  façade  n’étant  fufceptible  d’aucun  change- 

(k)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  ailleurs  fur  la  né- 
ceffité  de  fupprimer  les  combles  en  général  dans  les 
grands  édifices , 8c  fur  celle  d’annoncer  par  un  air  de 
grandeur  & de  majefté  le  premier  étage  d’un  batiment 
confidérable  , lorfque  cet  étage  eft  deftiné  pour  y fixer 
leféjour  d’un  grand  Seigneur. 


,/i'  / . V IX.J’/tirh/ 1’  J'reniicrc. 


OENERAI,  des  jardins 


ET  DEPENDANCES  DD  PALAIS  ROYAL 


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iVawe  akr  /VA&  ch. 


’ia/nos. 


Ritf  Neuve  t/e.r  li,  >//<!•  En/timr. 





F Painllon  Je  la.  boucle . 

'i.Cr  Pavillon.  Je  la  Salle  Je  Spectacle  Je  l Opéra  . 

H Anciens  Appartenions  Je  sont  Al  lusse  Royale,  ociipés  aujourJ  htty  pur 
jjfl  le  Due  Je  ( larlres,  et  les  personnes  Je  sa  suite 
I Atle  Je  P aliment  oit  est  placée  la  Chapelle,  et  Jans  laquelle  sont 

JislribuéàJn urs  Appar/rmens pour  les  prinepaii.c  Officiers  Je  la  Jftaison . 
K Serre  pour  les  Arbustes,  celle  Jes  Orangers  étant  rué  O' Ie Anne . 

L Aile  Je  fi  aliment  Jonl  les  Je  Jans  se  Jistriluent  a neuf 
et  ne  sont pas  encore  achevés. 

r le  Jeparfvment  Je  l Opéra, 


PLAN  CÆNDRAU  AU  LEZ  DU  CHAT 


Echelle  Je 


Cour  Je 


Lù’.v;  NflX.P/ahc/t  2. 


Æaison  ■vonn/i? 


Cotir 


decjaqenitnt  finir  l' O per  a 


■ 


■ 


. ..  , 


I C Nouveaus  /qqetnerts pour  le Officier*'  Je  M',  le  Duc  <lc  ilinrlre s. 

1 F Petit  Appartement  priA  orné  Je  T i l/co  me  de  l'Ecole  Flonnun/c . 

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R ( nu  ■<  1er o les  f uni  / - Ai  nirtement  Je  Parade,  servant  ait/ottrJ lu  y Je  petit  Appartement 
privé  et  au  dessus  des  quelles  sont  des  Entresols 


PLAN  GENERAL  DIT  P ATT  MI 


t sur 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

oppofée.  On  a propofé  , dit-on , de  fupprimer  cette  terralTe  , & par  conféquent 
les  murs  qui  la  foûtiennent , pour  y mettre  une  grille  de  fer  ; fans  doute  la  cour  Ro>'“1 
principale  en  acquereroit  plus  d’efpace  , mais  lorfque  ces  murs  feroient  fupprimés , il 
feroit  à craindre  qu'on  n’apperçût  trop  vifiblement  l'irrégularité  de  l'enfilade  gé- 
nérale. 

L’élévation  G eft  une  partie  de  celle  qui  contient  au  premier  étage  la  grande 
gallerie.  Son  ordonnance  différé  abfolument  des  précédentes  ; elle  eft  compofée 
au  rèz-de-chauffée  & au  premier  étage  d’arcades  en  plein  ceintre  , & elle  eft  enrichie 
d’ornemens  & de  membres  d’Architeélure  qui  ont  affez  bien  réuffi  à Hardouin 
Manjàrd,  aufli  les  a-t-il  employé  allez  volontiers  dans  les  bâtimens  qui  lui  ont  été  con- 
fiés. La  faillie  des  ailes  de  la  fécondé  cour  empêche  qu’on  ne  voye  ici  la  lon- 
gueurde  cette  façade;  mais  comme  dans  toute  fon  étendue  elle  eft  la  même,  nous 
nous  fommes  crû  difpenfés  de  la  donner  féparement.  A l’égard  de  celle  qui  lui 
fait  retour , & qui  eft  en  face  du  jardin , fa  décoration  eft  fi  médiocre , que  nous 
n’avons  pas  héfité  de  n’en  point  parler  ici.  Peut-être  en  aurions-nous  ufé  de  mê- 
me à l’égard  de  la  plus  grande  partie  des  diftributions  en  général  & des  éléva- 
tions de  ce  ^Palais  , fi  d’un  côté  fon  immenfité  , de  l’autre  le  nombre  prodigieux 
de  merveilles  qu’il  renferme  dans  fon  intérieur , n’euffent  pas  été  pour  nous  un  mo- 
tif alfez  puiffant  pour  le  faire  connoître  aux  étrangers.  Au  refte  ne  peut-on  pas 
dire  que  les  inadvertances  que  nous  nous  fommes  trouvés  obligés  de  relever  dans 
l’examen  de  ce  vafte  bâtiment , feront  l’effet  de  l’ombre  qui  fert  dans  un  tableau 
à faire  valoir  la  lumière  , rien  n’étant  plus  important  pour  la  recherche  du  vrai 
beau  , que  de  s’afturer  par  une  comparaifon  refléchie  de  la  fource  & du  motif  des 
licences  dans  lefquelles  les  autres  font  tombés  ? 

DESCRIPTION 

DU  CHATEAU  D’EAU 

Elevé  en  face  du  Palais  Royal , rue  Saint  Honoré. 

IL  n’y  eût  point  d’abord  de  place  vis-à-vis  le  Palais  Royal.  La  Reine  Régente , 

Anne  d’Autriche , étant  venu  faire  fon  féjour  dans  ce  Palais , fit  abattre  l’Hôtel 
de  Sillcri , & en  fit  conftruire  une  ; mais  comme  elle  étoit  bornée  & fort  irrégu- 
lière , Philippe,  Duc  d’Orléans  , Régent  du  Royaume,  la  fit  aggrandir  en  1719  , 
lorfqu’il  prit  pofleflîon  de  ce  Palais , ainfi  que  nous  l’avons  dit  au  commencement 
de  ce  Chapitre.  Il  y fit  conftruire , fur  les  deffeins  de  Robert  de  Cotte  (f) , premier 
Architeéte  du  Roi , un  corps  de  bâtiment  nommé  le  Château  d’eau  , qui  contient  deux 
réfervoirs , l’un  d’eau  de  la  Seine  , amenée  par  la  machine  de  la  Samaritaine  ( m ) , 
l’autre  d’eau  d’Arcueil,  amenée  par  l’aqueduc  de  ce  nom  (n).  Ces  réfervoirs  fourniflent 
de  l’eau  au  Palais  Royal,  aux  Thuileries , au  Louvre,  Sic. 


(/)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architecte  , 
Tome  I.  Page  230.  Note  (a). 

(m)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  la  Samaritaine  , 

,T*  II.  p.  i3.Not.  ( e ). 

(«)  Cet  aqueduc  , tel  qu’il  eft  aujourd’hui , (car  il  y en 
avoit  anciennement  un,  dont  il  refie  encore  quelques  vef- 
tiges  > ) fût  conftruit  par  ordre  de  la  Reine  Marie  de  Mé- 
dias , fur  les  deffeins  de  Jacques  De  Brojfe  ; il  fut  achevé 
en  1624.  Cet  ouvrage  égale  en  magnificence  ceque  les 
Romains  ont  fait  éléver  dans  ce  genre.  Il  a 200  toi- 
fes  de  longueur  , douze  de  hauteur  , & eft:  orné  de  vingt 
arcades  de  vingt-quatre  pieds  d’ouverture , dont  neuf 
font  percées  à jour  .•  fous  l’une  de  ces  arcades  paffe  la 


petite  riviere  de  Bievre.  Cet  aqueduc  tire  fes  eaux  de  Run- 
gis  par  des  rigoles  qui  ont  6600  toifes  de  longueur.  La 
conduite  de  ces  eaux  pour  Paris  eft  au-deflus  de  la  cor- 
niche de  ce  monument  ; elles  partent  dans  un  canal  aux 
deux  côtés  duquel  font  des  banquettes.  Ce  canal  eft  voû- 
té & percé  d’ouvertures  pour  donner  de  l’air  & du  jour 
dans  l’aqueduc. 

A propos  de  cet  aqueduc  , nous  citerons  la  maifon  de 
plaifance  de  feu  M.  le  Prince  de  Guife  qui  eft  attenant , 
&dont  les  jardins  & les  bâtimens,  quoiqu’à  demi  ruinés  , 
produifent  encore  un  effet  admirable , ils  ont  même  fervi 
plus  d’une  fois  de  modèle  à nos  plus  habiles  Peintres  Fran- 
çois & à nos  meilleurs  Défiinateurs. 


4S 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I SE,  L i v.  V. 


ChSteau 

4’eau. 


Plan  au  rez-de-chauffée  du  Château  d’eau.  Planche  V. 

Ce  bâtiment  dans  fon  plus  grand  efpace  a 20  toifes  4 pouces  de  profondeur , 
hors  d’œuvre  , & J toifes  dans  le  moins  profond.  Cette  inégalité  provient  de  la  fi- 
tuationdes  maifons  v oifrnes  qui , appartenant  à differens  Propriétaires,  n’ont  point 
d’alignement  direéf. 

Le  rez-de-chauffée  de  ce  batiment  eft  divifé  dans  fa  plus  grande  profondeur  par 
deux  murs  de  refend  qui  fervent  à foûtenir  le  poids  des  réfervoirs.  Ces  murs  font 
percés  d’arcades  pour  procurer  plus  d’efpace  dans  le  fol , qui  fert  de  magafin  pour 
les  démolitions  des  bâtimens  du  Roi , & pour  ferrer  les  pompes  publiques  & diffé- 
rentes uflenciles  à l’ufage  de  ces  réfervoirs. 

Dans  la  plus  petite  partie  de  ce  plan  eft  pratiqué  un  efcalier  qui  monte  au  ré- 
fervoir.  La  principale  entrée  de  ce  bâtiment  eft  du  côté  de  la  rue  fromenteau  ; il 
y en  a une  autre  dans  la  rue  S.  Thomas  du  Louvre  , qui  fert  pour  entrer  & fortir 
du  magafin.  La  garde  & l’entretien  de  ce  bâtiment  eft  confiée  au  Sieur  Lucas , Plom- 
'bier  & Fontainier  du  Roi  ; lequel  a fon  logement  tant  dans  le  rez-de-chauffée , que 
dans  les  entrefols  & au  premier  étage  du  côté  de  la  rue  Fromenteau. 

Cet  édifice,  en  général,  eft  peu  confidérable , mais  il  eft  d’une  grande  utilité 
pour  ce  quartier , un  des  plus  peuplés  de  Paris , non-feulement  parce  qu’il  four- 
nit de  l’eau  aux  Palais  que  nous  venons  de  citerj , mais  auffi  parce  que  l’abon- 
dance de  fes  réfervoirs  pourrait  remedier  promptement  aux  incendies  que  l’on  a 
toujours  lieu  de  craindre  dans  une  ville  aufli  fréquentée.  Cette  confidération , qui  eft 
effentielle  , devrait  engager  à ne  pas  s’en  tenir  à celui  dont  nous  parlons , qui  eft 
prefque  le  feul  qui  exifte  dans  Paris , ne  devant  compter  au  nombre  des  dépenfes 
véritablement  louables , que  celles  qui  en  érigeant  des  monumens  capables  de  dé- 
corer une  grande  Ville  , fourniffent  auffi  aux  habitans  des  commodités  qui  leur 
procurent  la  fureté  de  leur  demeure , la  falubrité  de  l’air  qu’ils  refpirent,  & une 
eau  abondante  , fi  utile  à leurs  befoins  en  général.  Il  eft  vrai  que  dans  toutes  les  fon- 
taines de  Paris  il  y a des  réfervoirs  & des  cuvettes  de  diftribution  ; mais  à l’excep- 
tion de  la  pompe  du  Pont  Notre-Dame  & de  celle  de  la  Samaritaine  , elles  produi- 
fent  un  fi  petit  volume  d’eau , qu’elles  feraient  peu  propres  à préferver  les  habitans 
de  cette  Ville  , ( malgré  la  Seine  qui  paffe  au  milieu  d’elle  , ) d’un  accident  qui  a 
réduit  plus  d’une  fois  des  Capitales  en  cendres. 

On  a marqué  dans  ce  plan  les  tuyaux  de  diftribution  dont  on  fera  mention  dans 
les  coupes.  Les  trois  marqués  G fervent  à amener  de  la  Croix  du  Trahoir  l’eau 
d’Arcueil  , de  décharge  au  réfervoir,  & de  conduite  pour  mener  cette  eau  à 
la  Monnoye  des  Médailles.  Le  tuyau  H eft  celui  qui  fournit  de  l’eau  de  riviere  au- 
dehors  pour  le  Public  , il  fert  auffi  de  décharge  au  réfervoir.  Le  tuyau  K mene 
l’eau  aux  Tirailleries.  Celui  L amene  l’eau  de  la  riviere  par  la  machine  de  la  Sa- 
maritaine, environ  la  quantité  de  20,  ou  2J  pouces,  quoique  la  jauge  placée  a 
l’extrêmîté  de  ce  réfervoir  contienne  60  ajutages , qu’on  dit  avoir  tous  fournis  , 
lorfque  la  Samaritaine  fut  nouvellement  conftruite  , & quelle  étoit  entretenue  par 
des  perfonnes  intelligentes. 

Plan  du  premier  étage.  Planche  VI. 

C’eft  dans  cet  étage  fupérieur  que  font  placés  les  réfervoirs , l’un  qui  contient 
4500  muids  d’eau  de  riviere,  l’autre  i8oomuids  d’eau  d’Arcueii.  Ces  réfervoirs 
font  conftruits  de  charpente  doublée  de  plomb  en  table , & entretenue  par  des 

liernes 


_ ARCHITECTURE  FRANÇOISE^Liv.  V."  49 

iiernes  de  fer  clavetées  & boulonnées  d’une  maniéré  auffi  ingénieufe  que  folide. 
On  arrive  à ces  réfervoirs  par  differens  efcaliers  de  charpente  , qui  atteignent 
jufqu’à  leur  fuperficie  ; celui  du  rez-de-chauflee  ne  monte  que  fur  le  plancher  qui 
foûtient  les  réfervoirs. 

Elévation  de  ce  Chdteau  du  côté  de  la  Place  du  Palais  Royal. 

Planche  VII. 


. décoration  de  cette  façade  eft  compofée  d’un  avant-corps  & de  deux  ar- 
nere-corps  Aux  extrémités  de  l’avant-corps  font  deux  pavillons.  Cet  avant- 
corps  eit  décoré  de  quatre  colonnes  d’Ordre  Dorique  engagées  & chargées  de 
bollages,  couronnées  d’un  entablement  & d’un  fronton,  dans  le  timpan  duquel 
iont  les  armes  de  France.  Au-delfus  font  deux  figurés  fculptées  par  Coudent  le 
jeune  (o)  ; 1 une  reprefente  la  Seine  , l'autre  une  Nymphe  qui  défigne  la  fontaine 
d Arcueil.  Au  rez  de-chauffee  eft  une  niche  ornée  de  congellations  , d’une  coquil- 
le,  &,  dans  fa  partie  inférieure,  d’un  dragon  de  bronze  qui  jette  de  l’eau  pour  le 
Public.  Au-deiïus  de  cette  niche  eft  une  table  de  marbre  noir,  fur  laquelle  on  lit 
cette  înlcription.  1 

QUANTOS  EFFÜ1SD1T  IN  USUS. 


ij'taP7îT  de  cet  avant-corps  paroît  trop  fvelte  pour  être  appliquée  à un 
édifice  de  1 efpece  de  celui  dont  nous  parlons , & pour  être  compofée  d’Ordre 
Dorique  quoiqu  on  ait  chargé  ce  dernier  de  bofiTages  pour  lui  donner  un  air  de 
virilité.  Ce  qui  contribue  a faire  paroître  cet  avant-corps  fvelte , c’eft  d’une  part 
la  hauteur  du  focle  fur  lequel  1 Ordre  Dorique  eft  élevé , de  l’autre  l’interruption 
de  ion  entablement  qui  donne  un  air  gigantefque  au  grand  entrecolonnement.  Quoi- 
que cette  licence  foit  contraire  aux  préceptes  de  la  bonne  Architeélure , on  n’y 
tombe  cependant  que  trop  fouvent  aujourd’hui , quelque  prévenu  qu’on  doive  être 
que  lorlqu  il  s agit  d’eiéver  un  monument  public , il  ne  faut  faire  ufage  que  des 
formes  les  plus  approuvées  , l’efprit  de  convenance  devant  regner  elfentielle- 
ment  dans  toutes  les  produirons  d’un  Architecfte.  Autrement , iorfque  le  caprice 
tient  lieu  de  geme  & de  régies  , eft  - il  étonnant  de  voir  une  multitude  de 
batimens  d une  ordonnance  fans  choix  , fans  goût  & fans  vraifemblance  , qui  déf- 
honorent  le  fiecle  ou  nous  vivons,  les  Artiftes  qui  les  produifent , & peut  être  la 

Ne  peut-on  pas  avancer  que  les  produirons  dont  nous  parlons , mifes  fous  les 
yeux  de  nos  jeunes  Architeéies,  loin  de  leur  infpirer  une  noble  émulation , leur 
donnent  lidee  de  ce  goût  mefquin  & frivole,  qui  ne  forme  que  des  fujets  médio- 
cres & dont  on  ne  peut  fe  rélever  qu’en  vifitant  avec  exaélitude  les  monumens 
eltves  dans  le  fiecle  dernier;  la  plupart  de  ces  édifices  font  autant  de  chefs-d’œu- 
vre qui  pourroient  tracer  une  route  bien  différente  de  celle  qu’ont  fuivie  quelques- 
uns  de  nos  contemporains  , qui  bien  loin  de  chercher  à porter  leur  Art  au  plus  haut 

leTavmtPerfei5ll0n  ’ fe  COntentent  d’en  faire  le  Plus  fouvent  un  état  mercenaire  qui 

Les  arrieres-corps  & les  pavillons  de  cette  façade  ne  font  pas  traités  avec  plus 
de  fucces.  Un  grand  foubaftement  d’une  proportion  outrée , fu, -monté  d’un  Atti- 
re fort  peu  ele  vé  , tous  deux  le  fruit  d’une  .imagination  déréglée  , en  forment 

décoration .,  & comme  ces  arrieres-corps  pont  aucune  analogie  avec  l’avanc- 

(«)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  illuftre  Ar-  Paris, Tome  II  oaneiro  Noretfl 
tifte  à loccafion  du  Chœur  de  l’Eglife  Cathédrale  de  P ® i io.  Note  (/). 

Tome  III.  ^ 


Château 

d’Eau. 


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ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


Châieau  corps , ils  compofent  en  général  des  parties  qui  n’étant  pas  faites  pour  être  al- 
liées  enferable  , préfentent  une  ordonnance  auflï  vicieufe  que  méfeftimable. 

Ce  n’eft  pas  que  les  foubaffemens  ne  puilfent  trouver  leur  place  dans  l’Archi- 
teélure  , mais  il  faut  fçavoir  les  introduire  avec  convenance,  comme  l’ont  fait 
Manfard  & Perrault , dans  le  Château  de  Verfailles  & dans  le  périflile  du  Louvre. 
Les  Attiques  ont  aulfi  leur  application  ; mais  comme  ils  ne  font  faits , ainfi  que 
les  foubaifemens , que  pour  faire  valoir  avec  plus  de  majellé  les  Ordres  réguliers , 
c’eft  une  ineptie  que  de  compofer  une  façade  de  bâtiment  de  ces  deux  parties , 
qui  ne  font  autre  chofe  qu’une  imitation  imparfaite  de  ce  que  l’Architeélure  a de 
plus  grave  & de  plus  régulier  ; deforte  que  cette  ordonnance  n’eft  excufable 
ici , qu’en  fuppofant  que  l’Architeéte , ( qui  félon  les  apparences  n’a  pas  conduit 
cet  édifice  , ) a voulu  dans  fon  projet , par  le  foubalfement  exprimer  un  étage  plus 
mâle  , & par  l’Attique , un  plus  racourci , afin  que  par  l’afpeét  de  ces  deux  éta- 
ges , on  reconnut  dès  le  déhors , l’ufage  intérieur  de  ce  monument. 

Cependant  l’élégance  des  avant-corps  , les  petites  confoles  des  croifées  Atti- 
ques , la  richelfe  des  claveaux  qui  font  aux  arcades  du  foubalfement , la  largeur 
outrée  des  travées  des  baluftrades , font  une  contradiétion  qui  s’accorde  très-mal 
avec  l’expreffion  de  ces  deux  genres  d’étages , d’où  il  eft  aifé  de  conclurre  que 
ceux  qui  furent  chargés  de  l’exécution  de  cet  édifice  , faifirent  (p)  mal  l’inten- 
tion de  l’Architeéle , & qu’ils  ont  produit  une  décoration  mal  entendue  d’après 
une  idée  aifez  bien  conçûe  dans  fon  origine.  Car,  par  exemple  , nous  remarquerons 
d’une  part , que  les  arcades  en  plein  ceintre  du  foubalfement , ornées  de  refends , 
& de  l’autre  les  corps  d’Architeéfure  chargés  de  bofiàges  qui  montent  de  fond , 
annoncent  d’une  maniéré  aifez  intelligible  l’exprellïon  virile  & réfiftante,  qu’il  étoit 
nécélfaire  de  mettre  en  oeuvre  dans  la  façade  d’un  bâtiment  tel  que  celui-ci.  En 
effet,  comme  il  étoit  deftiné  à recevoir  dans  fon  intérieur  un  poids  confidérabie  , 
par  le  volume  d’eau  que  les  refervoirs  contiennent , aufft-bien  que  par  la  conftruc- 
tion  folide  de  la  charpente  qui  les  foûtient , la  convenance  fembloit  exiger  que  fon 
extérieur  fe  manifeftât  par  un  genre  d’ordonnance  tout  particulier  ; mais  ayant  été 
altérée  dans  les  principales  parties  , elle  ne  préfente  plus  qu’une  décoration  contrai- 
re aux  loix  de  la  bonne  Architeélure. 

Un  dragon  de  bronze , placé  au-defius  d’un  parapet  continu  de  trois  pieds  de 
hauteur  , & qui  fert  de  foubalfement  à toute  cette  façade  , diftribue  au  Public  une  pe- 
tite partie  de  l’eau  de  ce  réfervoir.  Nous  dirons  à propos  de  ce  filet  d’eau , qu’un 
édifice  de  cette  importance  devroit  s’annoncer  au-dehors  d’une  manière  plus  frap- 
pante , foit  par  une  nappe  , une  décharge  , ou  un  torrent.  Par-là  on  auroit  donné  à 
connoître  la  magnificence  du  Prince  qui  a fait  éléver  ce  monument , on  auroit  dé- 
coré la  Ville , & donné  une  idée  de  l’abondance  du  Fleuve  & de  la  fource  qui  y 
fournilfent  des  eaux.  Qu’on  jette  un  coup  d’œil  fur  la  Samaritaine,  du  côté  du  Pont- 
Neuf  : quoique  l’eau  quelle  répand  foit  peu  confidérabie  , elle  produit  néanmoins 
un  bon  effet , elle  fait  fpeétable  , amufe  le  peuple , & fatisfait  les  étrangers  ; motifs 
qui  doivent  toujours  entrer  pour  quelque  chofe  dans  la  conftruétion  d’un  édifice  de 
la  conféquence  de  celui  dont  il  s’agit. 


(p)  Le  portail  de  S.  Roch&  celui  de  la  Charité , élè- 
ves fur, les  deifeins  de  Robert  deCot (e, font  fans  doute  dans 
le  même  cas.  Erigés  depuis  la  mort  de  cet  Architeéle  , 
on  en  a altéré  les  proportions  , négligé  l’ordonnance  , & 
l’on  ja  placé  des  ornèmens  qui  n’ayant  pas  été  ^onçûs 
par  l’Auteur,  produifent  un  effet  contraire  à fa  première 
intention.  Ce  défordre  vient  ordinairement  de  ce  que  ceux 


qui  font  chargés  de  la  conflruélion  d’un  ouvrage  de  quel- 
que importance , au  lieu  de  fuivre  le  defiein  de  leur  pre- 
decefTeur  , préfèrent  d’y  mettre  du  leur.  11  vaudrait  mieux 
cependant  qu’alors  ils  ne  fuiviffent  point  du  tout  la  pre- 
mière penfée  plutôt  que  de  la  défigurer  ; parce  qu’il  en 
réfulte  prefque  toujours  une  défunion  entre  les  parties  Sc 
le  tout , qui  engendre  un  enfemble  mal  concerté. 


PLAN  AU  REZ  DE  CHAUSSEE 
Du  C/uièeau  d eau  eleve  en  /ace  du  Palau  Pun/a/f  rue  S.L 'Honore 


• VV.’JIIPUI O.ljJ-  ,7 /J  -\^£ 


p.u\iLorj'  rtv 


m!X  JF  f."V 


ELEVATION  :nr  CHATEAU  DE  ALT  construit  en  face  du  palais  royal 


COUPE  PRISE  DANS  LES  PL,  AN  S SUR  LA  LIGNE  . A. II  . 


<ro  »%  7-"«;  j a s„/,?7,y. 

sxv’id  s>c'i  s XV([  'jfsiîid  ajjio.i  s xv"i<i  sa'i  sjscvœ  asraj  ajiioo 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i y.  V. 


*1 


Coupe  prife  dans  le  plan  fur  la  ligne  A B.  Planche  VIII. 

Cette  Planche  fait  voir  1 intérieur  de  ce  bâtiment  , la  coupe  des  réfervoïrs , 
leur  développement  & la  coupe  des  combles  , qui  mettent  à l’abri  les  palîa— 
ges  qui  conduifent  aux  refervoirs.  Ces  combles  qui  ne  forment  que  des  appen- 
tis , ne  font  point  apperçûs  des  dehors  , ce  qu’il  étoit  néceifaire  d’éviter , la  baluf- 
trade  qui  régné  fur  la  partie  fupérieure  des  façades , faifant  un  bien  meilleur  ef- 
fet que  ^des  combles , qui  n auroient  pas  donné  l’idée  d’un  lieu  defliné  naturelle- 
ment à être  découvert,  pour  conferver  à l’eau  fa  bonne  qualité  & fa  falubrité. 

On  voit  en  A trois  tuyaux  de  fix  pouces , dont  nous  avons  déjà  parlé , l’un  qui 
monte  au  refervoir , & qui  y apporte  l'eau  de  la  fontaine  de  la  Croix  du  Trahoir , 
1 autre  pour  la  déchargé  de  fond  du  refervoir  , & enfin  le  troifieme  pour  conduire 
cette  eau  a la  monnoye  des  Médailles. 

L eau  du  tuyau  de  déchargé  dégorge  dans  l’intérieur  du  bâtiment  dans  une 
cuvette  de  plomb  placée  au-deflous  , pour  de-là  être  conduite  dans  la  place  ; mais 
comme  cette  cuvette  eft  trop  peu  confidérable  pour  le  volume  d’eau,  qui  s’échap- 
pe quelquefois  abondamment  , cette  même  eau  dégrade  les  voûtes  qui  font 
fous  ce  bâtiment , & produit  une  humidité  nuifibie  à la  folidité  de  cet  édifice. 
Cette  confidération,  comme  nous  venons  de  le  remarquer  plus  haut,  auroit  dû 
porter  à procurer  à cette  eau  un  écoulement  plus  confidérable  par  les  dehors  ; 
ce  qui  en  contribuant  à la  magnificence  publique,  auroit  confervé  l’intérieur  deçà 
bâtiment , pendant  qu’au  contraire  il  n’y  a que  le  tuyau  B d’un  pouce  & demi  de 
diamètre  qui  fournit  de  l’eau  à l’extérieur  de  ce  monument. 

Le  tuyau  de  fix  pouces  C fert  de  déchargé  de  fond  pour  le  refervoir  d’eau  de  la  Sei- 
ne 5 dans  celui-ci  cil  branche  un  autre  tuyau  pour  la  fuperficie  du  même  réfervoir. 

L elcalier  D , dont  on  voit  ici  la  coupe , defeend  au  feuterrain  pratiqué  en  trois 
berceaux,  & dont  les  murs  foûtiennent  ceux  qui  font  exprimés  dans  le  plan  du 
rez-de-chaufiee , dans  lequel  fe  voit  aulli  le  plan  de  l’efcalier  dont  nous  parlons. 
(Voyez  la  Planche  cinquième). 

De  la  coupe  prife  dans  les  plans  fur  la  ligne  CD , & de  celle  prife  fur  la  liane  EF. 

Planche  IX. 

La  Figure  première  exprime  la  coupe  prife  dans  le  milieu  de  l’avant-corps. 
Au  rez-de-chauffee  on  voit  les  murs  de  refend , qui  foûtiennent  le  grand  réfer- 
voir  dans  lequel  eft  contenue  1 eau  de  la  Seine , la  coupe  fur  la  largeur  de  ce  même 
refervoir,  & la  forme  des  combles.  Dans  cette  coupe  on  voit  aufli  les  tuyaux  mar- 
ques H , I , K , L , dans  la  Planche  V. 

La  Figure  deuxieme  indique  la  coupe  prife  fur  la  longueur  du  refervoir  conte- 
nant 1 eau  d’Arcueil.  Ce  réfervoir  eft  foûtenu  par  un  mur  de  refend  , qui  monte 
de  fond.  Nous  observerons  que  ce  réfervoir,  lorfqu’il  eft  trop  plein , fe  déchar- 
ge dans  le  grand  réfervoir  qui  contient  l’eau  de  la  rivière , ainfi  qu’on  peut  l’obfer- 
ver  en  E , Planche  huitième. 


Château 

d’E.iu. 


" ..  • ______  . 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,Liv.  V. 


description 

DE  LA  MAISON  DEM.  LE  COMTE  D’ARGENSON, 

Miniftrt  de  la  Guerre. 

La  maifon  dont  nous  parlons , trouve  d’autant  plus  naturellement  fa  place  dans 
ce  Chapitre  , qu’elle  donne  fur  le  jardin  du  Palais  Royal , & qu  elle  efl  occupée 
ar  M.  d’Argenfon  , Miniftre  de  la  guerre  , & précédemment  Chancelier  de  feu  M.  le 
Duc  d’Orléans , à qui  ce  Prince  l’a  donnée  à vie.  Elle  fut  bâtie  par  ordre  de  M. 
le  Régent  pour  Made.  d’ Argent  on  , au  nom  de  M.  1 Abbe  Dubois  , depuis  Cardinal, 
fur  les  deffeins  de  M.  Boffrand  : aufli  la  trouve-t’on  dans  les  œuvres  de  ce  célé- 
bré Architeéte  , dont  nous  avons  déjà  parlé.  Tome  I.  page  242.  Note  a. 

"Plan  du  rez-àe-chaujpc.  Planche  X. 

Le  principal  corps-de-logis  de  cette  maifon  eft  bâti  entre  cour  8c  jardin , fur 
une  terralfe  donnant  fur  la  promenade  publique  du  Palais  Royal.  Elle  n’a  de  largeur 
que  9 toifes  8c  demi  dans  œuvre  , 8c  eft  double  dans  fa  profondeur  , non  compris 
deux  petits  pavillons  du  côté  de  la  cour , qui  communiquent  à deux  ailes  conti- 
nues fur  la  longueur  de  cette  cour , 8c  qui  viennent  fe  réunir  à un  corps-de-lo- 
gis fur  la  rue  des  bons  enfans , dans  lequel  fe  trouve  la  principale  porte  d’entrée. 
Lorfque  M.  d’Argenfon  fut  nommé  Miniftre  de  la  guerre,  en  1743  } ce  bâtiment 
ayant  trop  peu  de  dépendances , il  fe  détermina  à louer  l’Hôtel  de  la  Rocheguion , 
depuis  nommé  les  écuries  de  Monfeigneur , qui  eft  mitoyen  à la  maifon  dont  nous 
parlons  , deforte  qu’à  préfent  cet  Hôtel  contient  de  très-grands  appartemens  8c 
toutes  les  commodités  qui  conviennent  à la  réftdence  d’un  homme  du  premier  ordre. 
On  a pratiqué  dans  ce  plan  deux  ouvertures  , l’une  F qui  conduit  aux  appartemens 
qu’occupe  M.  d’Argenfon  ; l’autre  G , qui  dégage  dans  les  balles  cours  de  la  mai- 
ion  voifine.  Comme  cette  derniere  n’a  rien  de  bien  intéreffant , nous  nous  difpen- 
ferons  d’en  donner  ici  les  diftributions.  Le  plan  du  rez-de-chauffee  de  cet  Hôtel 
confifte  principalement  dans  un  corps-de-logis  qui  contient  un  appartement  allez 
complet  8c  décoré  avec  beaucoup  de  goût.  Le  plafond  du  fallon,  eft  un  des  bons 
ouvrages  d’Antoine  Coypel  , qui  y a repréfenté  les  Dieux  défarmés  par  1 Amour. 
(Voyez  la  décoration  des  lambris  de  ce  fallon  dans  les  œuvres  de  M.  Boffrand,  Plan- 
che XXXIV.  ) il.’' 

Cet  appartement  eft  occupé  aujourd’hui  par  Madame  d’Argenfon.  Sa  chambre  a 
coucher  eft  à la  place  du  grand  cabinet , fon  cabinet  de  toilette  à la  place  du  ca- 
binet en  bibliothèque  8c  de  l’arriere  cabinet.  Au-deffus , en  entrefol , font  des  loge- 
mens  pour  les  femmes  de  chambre.  De  la  falle  d audience  on  a fait  une  deuxieme 
antichambre  , qui  par  la  porte  F communique  à la  bibliothèque  & à 1 appartement 
de  M.  d’Argenfon,  fitué  dans  la  maifon  voifine. 

La  cour  eft  petite  , mais  d’une  bonne  proportion , 8c  la  diftribution  des  bati- 
mens  qui  l’environnent , quoique  renfermés  dans  un  terrain  affez  borne  , contient 
néanmoins  affez  de  commodité.  Comme  l’étage  fupérieur  du  bâtiment  principal  ne! 
qu’un  Attique , de  que  fur  les  autres  il  n’y  a qu’une  manfarde  , 1 efcalier  eft  fort 
petic  ; il  eft  placé  à gauche  de  l’entrée  de  la  cour,  dans  1 une  des  ailes  , de  il  n oc- 
cupe aucun  efpace  dans  le  principal  corps  de  logis  ; ce  qui  adonne  la  liberté  de 
pratiquer  au  rez-de-chauffée  des  pièces  affez  fpacieufes , qui  donnant  fur  le  Palais 
Royal , compofent  un  appartement  très-agréable. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


53 


Flan  du  premier  étage.  Planche  XI. 

Ta  grandeur  du  lallon  donc  nous  venons  de  parler  ayant  exigé  une  hauteur  Vairon 
de  plancher  plus  confidérable  que  les  autres  , Ton  n’a  pratiqué  au-deflhs  qu’une  ge'nfoa?'" 
pièce  balle  , prilè  en  partie  dans  la  hauteur  des  combles  , Sc  qui  lcrt  de  logement 
fubalterne.  Les  autres  pièces  de  ce  premier  étage  compofent  l’appartement  de 
Mad“A  & de  M.  le  Marquis  de  Foyer,  fils  de  M.  d’Argenfon,  & Maréchal  des  camps 
& armées  du  Roi , Direéteur  général  de  tous  les  haras  du  Royaume , &c.  &c.  C’eft 
dans  ces  appartenons  que  l’on  voit  un  cabinet  de  tableaux  appartenant  à M.  de 
Voyer,  qui  font  d’un  choix  exquis  , & diftribués  avec  un  goût  & une  magnificen- 
ce qui  accompagnent  toujours  les  actions  de  ce  protecteur  des  beaux  Arts.  Ce 
cabinet  ouvert  a la  curiofite  des  Connoiiîèurs , n’efl  pas  un  des  moindres  de  ceux 
qui  le  voyent  dans  cette  Capitale , dont  nous  avons  déjà  parlé  , & qui  par  la  nom- 
bre^ colle&ion  qu’ils  renferment,  juftifient  le  goût  des  François , & nous  atti- 
rent 1 eftime  des  etrangers , qui  viennent  puifer  chez  nous  ce  que  l’afpeél  de  tant 
de  merveilles  dans  tous  les  genres  peut  leur  indiquer  de  connoiflânces  dans  les 
Arts. 

Dans  les  ailes  de  la  cour  font  diftribués  plufieurs  bureaux,  des  chambres  de 
Pomeftiques , un  garde-meuble , &c. 

Elévation  du  côté  de  la  cour.  Planche  XII. 

Cinq  grandes  portes  croifées  de  forme  bombée  occupent  la  plus  grande  par- 
tie du  rez-de-chauffée  de  cette  façade.  Ces  ouvertures , peut-être  un  peu  trop  gran- 
des, laiflent  néanmoins  la  liberté  d’entrer  à fon  choix  dans  toutes  les  pièces  du 
côté  de  la  cour  par  un  perron  continu.  Sans  doute  qu’on  auroit  pû  entrer  dans  ce 
bâtiment  par  les  pavillons  , mais  comme  ils  font  fort  petits  , l’iflùe  des  grands  ap- 
partenons fembloit  exiger  un  abord  proportionné  à leur  deftination.  Cette  con- 
fideration  porte  fouvent  à négliger  en  apparence  quelque  partie  de  la  décoration 
en  faveur  de  la  diftribution  des  dedans , principalement  lorfqu’on  fe  trouve  dans  le 
cas  d’ériger  la  demeure  d’un  grand  Seigneur,  dans  un  lieu  trop  reflerré  relative- 
ment à fon  emploi  ou  à fon  miniftere.  Je  conviens  qu’il  n’appartient  qu’à  un  grand 
maître  de  rifquer  de  pareilles  licences  , parce  qu’il  fçait  toûjours  donner  à ce  qu’il 
fait  l’empreinte  d’un  génie  fupérieur  ; mais  je  ne  me  crois  pas  difpenfé  de  les  faire 
remarquer , dans  la  crainte  qu’une  perfonne  moins  habile  ne  prenne  pour  autorité 
générale  ce  qui  ne  peut  s’appliquer  que  dans  des  occafions  particulières. 

_ Au-deflùs  de  ces  portes  croifées  régné  une  corniche  accompagnée  d’un  gorge- 
rin  & d’un  aftragale.  Cette  corniche  fépare  cet  étage  d’avec  i'Attique , dont  les  lin- 
teaux fupérieurs  des  croifées  font  encore  bombés  & ornés  de  claveaux.  Ces  croi- 
fées font  auffi  d’une  ouverture  un  peu  confidérable  ; mais  comme  elles  éclairent 
des  pièces  d’une  certaine  profondeur  & d’un  allez  grand  diamètre  , il  femble 
qu  il  etoit  neceflàire  de  la  leur  donner.  Ce  furcroit  de  confidération  fait  voir  qu’on 
ne  doit  pas  s’engager  légèrement  à faire  la  critique  d’un  bâtiment  par  fon  feul  af- 
peét,  quoiqu’on  puiife  avancer  que  le  premier  foin  d’un  Architeéle  doit  être  de 
concilier  l’élégance  & la  proportion  des  façades , félon  les  loix  de  la  décoration , 
mais  toujours  rélativement  à la  diftribution  des  dedans. 

Cet  Afrique  eft  couronné  d’une  corniche  fimple , au-deftus  de  laquelle  eft  un 
/ervanc  c^eneau  ? & qui  reçoit  les  eaux  des  combles , dont  la  hauteur  eft 
aftez  bien  proportionnée  à celle  du  bâtiment.  Aux  deux  extrémités  de  cette  faça- 
de fe  voyent  les  coupes  des  deux  ailes  du  côté  de  la  cour , prifes  dans  le  plan  ( Plan- 
che X.  ) fur  la  ligne  AB.  r K 

Tome  III. 


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1 1 I .i  ' : 

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ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 

Elévation  du  côté  du  jardin  du  Palais  Royal.  Planche  XIII. 

Cette  élévation  eft  compofée  d’un  avant-corps  & de  deux  arrieres-corps  : le 
rez-de-chauflee  eft  percé  d’arcades  en  plein  ceintre  , ornées  d’archivoltes  & d’im- 
poftes.  Les  claveaux  font  décorés  de  têtes  en  bas  relief.  Cet  étage  eft  couronné  de 
corniches  avecgorgerin  & aftragale,  comme  du  côté  de  la  cour.  Au-defius  s’élève  un 
Attique  décoré  de  pilaftres  dans  l’avant-corps  qui  eft  furmonté  d’une  corniche  & 
d’un  focle.  Ce  focle  eft  orné  de  polies  & de  mufles  de  lion  : il  eft  aufli  couronné  de 
vafes  à plomb  de  chaque  pilaftre. 

Toutes  les  ouvertures  de  cet  Attique  font  de  la  même  grandeur  que  celles  de 
la  façade  précédente.  Les  arcades  de  deflouï  font  même  un  peu  plus  larges  ; mais 
comme  elles  font  en  plein  ceintre , & que  la  hauteur  eft  divifée  par  des  impof- 
tes , les  piédroits  en  parodient  moins  fveltes , & compofent  un  genre  d’Architeélure 
plus  analogue  à la  deftination  du  bâtiment. 

Au  pied  de  cette  élévation  eft  une  terraffè  bordée  d’un  balcon  avec  des  rampes  & 
grilles  de  fer  qui  défendent  l’entrée  de  ce  bâtiment  du  côté  du  jardin  du  Palais  Royal. 

Elévation  d'une  des  ailes  , C ’t  coupe  du  principal  corps  de  logis.  Planche  XIV. 

Cette  coupe  eft  prife  dans  le  plan  du  rez-de-chauflee  fur  la  ligne  CD.  La 
lettre  A indique  le  porche  du  côté  de  la  rue , par  lequel  on  communique  au  lo- 
gement du  Suille  par  l’efcalier  marqué  E , ( plan  du  rez-de-chauflee)  ; ce  logement 
eft  placé  en  entrefol  au-deflüs  de  la  cuifine. 

L’aîle  B eft  décorée  d’arcades  en  plein  ceintre  répétées  dans  tout  le  pourtour 
de  la  cour , c’eft-  à-dire  , depuis  un  des  pavillons  du  principal  corps-de-logis  juf- 
qu'à  l’autre , la  façade  du  côté  de  la  cour  étant  décorée  de  portes  bombées.  Ces 
portes  auroient  dû  auflî  être  en  plein  ceintre , alors  les  arcades  auraient  procuré 
.une  uniformité  plus  agréable  dans  tout  le  pourtour  de  ce  bâtiment , dont  l’en- 
ceinte étant  peu  fpacieufe , avoit  plus  befoin  qu’aucune  autre  d’une  ordonnance 
d’Architeéture  qui  ne  fut  pas  diflemblable. 

La  lettre  C exprime  le  retour  d’un  des  pavillons  qui  unis  avec  la  façade  du 
côté  de  la  cour  , caraélérifent  le  principal  corps  de  logis  de  cet  Hôtel.  La  coupe 
D , prife  dans  le  milieu  du  rez-de-chauflee  & du  premier  étage , montre  l’intérieur 
de  l’appartement.  Dans  le  fol  on  voit  la  décoration  d’un  des  côtés  de  la  falle  à 
manger  & celle  du  fallon , & dans  le  premier  étage  la  décoration  de  l’étage  Atti- 
que , où  eft  exprimée  l’inégalité  de  la  hauteur  des  planchers  de  cet  étage.  Le  fol 
de  la  terrafle  marquée  E diffère  de  flx  pieds  & demi  de  celui  du  jardin  du  Palais 
Royal  marqué  F , où  l'on  defcend  par  un  efcalier  à deux  rampes  dont  on  voit  le 
plan  dans  la  Planche  X. 

Nous  finirons  cette  defcription  en  faifant  remarquer  la  fimplicité  qui  régné  dans 
la  décoration  des  façades  de  cet  Hôtel , toujours  préférable  dans  un  édifice  par- 
ticulier à la  richeflë  des  Ordres  & à l’étalage  des  ornemens  , qui  femblent  devoir 
être  réfervés  pour  les  édifices  publics , les  monumens  facrés  & les  maifons  Roya- 
les , maigre  l’opinion  de  ceux  qui  prétendent  que  la  fimplicité  ne  fert  en  géné- 
ral qu’à  montrer  la  fterilité  du  genie  de  l’Architeéte.  Bien  loin  d’approuver  ce 
fyftême  , j’ofe  au  contraire  avancer  que  l’Art  confifte  à faire  eftimer  un  bâtiment 
parles  proportions  de  fon  Architeélure , & non  par  la  profufion  de  la  Sculpture 
dont  la  prodigalité  eft  inutile  , Sc  qui  pour  la  plûpart  n’eft  employée  que  par  de 
médiocres  Artiftes.  Comme  ils  nefefentent,  matiez  de  génie  , ni  allez  de  connoiflàn- 
ce  des  véritables  régies  de  l’Art  pour  s’attirer  le  fuffrage  des  habiles  gens , ils  cher- 
chent à éblouir  le  vulgaire  par  des  compofitions  captieufes  & bizarres , au  mépris  de 
la  nobieflb  des  formes  & des  loix  de  la  convenance. 





' - ' 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E . 


Liv,  V. 


SS 


CHAPITRE  X- 

Defcription  de  l'Eglife  des  Prêtres  de  V Oratoire,  rue  S.  Honoré 

/^ETTE  Eglife  fut  commencée  (a)  en  1616,  fur  les  deifeins  de  Clément  Me-  Egüftd-, 

te 

tfemeura'long-tems^impTr&t^c^ce^e^t^q?^ i7^Cqn^U^',0a2rra®e>  V 

la  tribune  qui  lui  ell  adoifée  , & le  Maître-Ainel  * 7<?  ’ ^ °c  eleva  Ie  PorÇalE 
Plan  de  lEglife ..  Planche  Première. 

&'deS(idelvTen|  faitS  à CettS  EgIife  dePuis  plufieurs  années,  le  peu  d’étendue 
& de  fidélité  du  plan  que  nous  en  avons  dans  le  recueil  de  Marot , nous  ont  entra 
ge  a en  graver  un  nouveau  que  nous  donnons  ici.  Nous  aurions  bien  voulu  de  mÊ 
me  graver  une  nouvelle  coupe  fur  la  longueur  , l’ancienne  étant  fo«  ufée  & ca_ 
pa  le  par  fon  peu  de  correéhon  de  donner  une  toute  autre  idée  de  ce  monument 
qui  a bien  des  égards  mente  des  éloges,  mais  la  grande  quantité  dp 

que  contient  ce  Volume , & les  engagemens  du  Libraire  avec  ie  Public  n’ont  pu 
nous  le  permettre.  - ’ P11 

L Egide  dont  nous  parlons  , ell  compofée  d’une  grande  nef  de  12  pieds  & demi 

nnint  ^ fUr21  Pf ds, de  longueur.Le  fond  de  cette  nef  eiherminé  en  rond- 

pomt  & contient  le  retable  d’Autel  en  baldaquin  érigé  nouvellement  Ce  fine 

™:el  fn  T Une/rille  bÆ  1*  le  ^ d’avec  relie  de  la  nef  • de" 

1 s deîprêïs  Î UIae  couP°fo  elliptique , où  font  placées  les  Hal- 

les, des  Pre  très  Aux  deux  cotés  de  la  nef  & dans  toute  fa  longueur  font  diftri 

buees  des  chapelles  d environ  12  pieds  de  profondeur  , & qui  font  toutes  déuacées 

la  compofition  de  nos  temples  , la  bienléance  dans  un  édifice  facré  étant  un  des 
points  elfentiels  qu  on  doit  y obferver.  “ 

A l’entrée  de  la  nefeft  pratiqué  un  porche  intérieur  qui  foutientune  tribune 
ou  dans  certaines  folemmtes  on  place  la  mufique.  On  monte  à cette  tribune  par 

(a)  Nous  ne  parlons  ici  qne  de  l’Erffc , & nous  ne 
donnons  point  les  déteins  de  la  maifon?  Les  bâtimensen 
lont  peu  fpaoeux  & d un  goût  qui  tient  d’un  genre  d’Ar- 
clntefture  peu  réfléchi.  Une  cour  de  moyennlgrandeur , 
quelques  ^grandes  falles . des  logement  pour  environ  qua- 
rante. Prêtres  . des  parloirs  & les  dépendances  nécelfaires 
a une  maifon  de  cette  efpece  , en  font  toute  la  diflribu- 
tion.  Cette  maifon , nommée  l’Hôtel  du  Bouchaae , fut 
achetée,  en  i5i6,  par  le  Cardinal  de  Berrulle  de  Ca- 
therine-Henriette de  Lorraine.  Elle  avoir  été  acquife  au- 
paravant par  le  Cardinal  François  dejoyeufe,  & elle  fe 
nommoit  alors  l’Hôtel  de  Mompenfin  ; en  i C94 , on  la 
nommoit  1 Hôtel  d’Eflms , enfin  on  allure  que  ce  fut 


dans  une  des  falles  de  cette  maifon  qu’Henri  IV  fiit  blefê 
par  Jean  Chatel  : c’ell  du  moins  ce  qu’on  lit  dans  un  r «f. 
tre  des  Archives  de  l’Hôtel  de  Ville, quoique  plufieurs  Hif- 
tonens  prétendent  que  ce  fut  au  Louvre.  Voyez  les  éléva- 
tions perfpeéhyes  de  cette  maifon  dans  ter  Délices  de  Pa- 
ns  , 1 lan.  102  & 103* 

(b)  Cet  Architecte  a bâti  plufieurs  édifices  d’un  zenre 
lemi-Gothique.mais  allez  corred.Nous  aurons occafion  de 
parler  de  lui  dans  ce  recueil  en  faifant  la  defeription  de 
quelques  ban  mens  qui  ont  été  confiés  à fes  foins. 

V , nous avons  dit  de  cet  Architeéte  , en 

parlant  de  1 Egiife  delà  Sorbonne,  du  Palais  R.oyal,  &c. 


ARCHITECTURE  F R A NÇO I SE , L i v.  V. 

Egiife  Je*  par  les  elcaliers  A , cjui  communiquent  , aufli— bien  que  ceux  B , a d autres  tribu— 

l’Oratoire,  nés  qui  régnent  au  pourtour  de  la  nef , & qui  font  de  plain  pied  à celle  des 
Muficiens.  Ces  tribunes  placées  au-deffus  des  chapelles , font  comprifes  dans  la 
hauteur  d’un  Ordre  de  pilaftres  Corinthiens  de  trois  pieds  de  diamètre,  & foûte- 
nues  par  un  plus  petit  Ordre  couronné  d’une  baluftrade.  Nous  obferverons  que 
ces  tribunes  régnent  dans  la  croilee  de  la  nef , de  maniéré  que  cette  croilee  ne 
s’apperçoit  du  bas  de  l’Eglife  qu’au-deffus  de  ces  tribunes.  ( Voyez  la  coupe  de  ce 
monument  dans  le  petit  Œuvre  de  Marot,  in-quarto , Planche  84.  ) 

La  corniche  de  l’entablement  du  grand  Ordre  eft  fans  cimaife  fupérieure , & 
eft  enrichie  de  modillons  dont  les  galbes  & les  ornemens  font  d’un  bon  goût  de 
de  (Te  in  , quoique  d’une  forme  un  peu  fimple  pour  la  richeflê  des  chapiteaux  Co- 
rinthiens , qui  font  compofés  de  feuilles  de"  perfil  d’une  allez  médiocre  exécu- 
tion. Entre  chaque  modillon  font  des  cadettes  ornées  de  rofes  dans  le  goût  des 
modillons.  Les  baluftrades  du  petit  Ordre  font  bien  profilées  & analogues  à la  ri- 
chefle  de  l’Ordre  qui  les  foûtient  ; les  moulures  de  la  corniche  & de  l’architrave  du 
petit  Ordre  ont  peu  de  faillie , étant  afïùjetties  au  relief  des  pilaftres  du  grand  Or- 
dre : deforte  que  pour  leur  donner  un  caraétere  plus  expreflif,  on  en  a incliné  en 
devant  les  piattebandes , les  larmiers , Sic.  à l’imitation  de  la  plûpart  des  profils 
des  Anciens.  On  ne  devroit  néanmoins  ufer  de  cet  expédient  que  dans  le  cas  d’une 
néceffité  indifpenfable  & abfolue , telle  que  dans  des  rotondes  , dont  les  corni- 
ches font  continues  & fans  reffaut , autrement  les  angles  aigus  que  produifent  ces 
inclinaifons , forment  toujours  un  effet  défagréable.  Au  relie  on  peut  regarder  les 
profils  de  l’intérieur  de  cette  Eglife  comme  defïinés  de  main  de  maître.  Au-def- 
fus de  ce  grand  entablement  s’élève  une  voûte  en  plein  ceintre , exhauffée  fur  une 
efpece  de  piédeftal , peut-être  un  peu  trop  élevé  ; mais  comme  l’Eglife  eft  étroi- 
te , la  faillie  de  l’entablement  mafque  une  affez  grande  partie  de  ce  piédeftal. 
Cette  voûte  eft  chargée  d’arcs  doubleaux , entre  lefquels  les  croifées  forment  des 
lunettes  qui  font  un  affez  bon  effet  ; d’ailleurs  l’appareil  de  ce  monument  eft  bien 
entendu  , la  conftruétion  folide  , Si  les  ornemens  diftribués  avec  choix  & avec 
difcretion.  Enfin  cet  édifice  peut  être  cité  parmi  ceux  qu’on  doit  fe  propofer  pour 
modèles  , & fera  dans  tous  les  tems  honneur  à l’Architefture  Françoife.  On  a 
marqué  dans  ce  plan  par  des  lignes  ponéluees  la  direélion  des  arcs  doubleaux , la 
forme  des  lunettes  Si  la  voûte  d’arrefte  du  milieu  de  la  croifee , autour  de  laquel- 
le continue  l’entablement  au-deffus  des  tribunes , & que  1 on  s eft  contente  d expri- 
mer ici  par  indication.  , 

Les  corridors  ou  couloirs  dont  nous  avons  parlé  dégagent  des  Sacnlties  dans 
les  dehors  par  les  portes  C , deforte  que  fans  entrer  dans  l'Eglife  , on  peut  com- 
muniquer dans  l’intérieur  de  la  maifon.  Il  ferait  à fouhaiter  neanmoins  que  ces 
couloirs  fuffent  un  peu  plus  larges  &.mieux  éclairés.  _ 

La  rotonde,  appellée  le  chœur  des  Prêtres , eft  d’une  dimenfion  heureufe , d une 
ordonnance  régulière  Si  décorée  de  pilaftres  accouplés , du  même  Ordre  & du 
même  diamètre  que  ceux  qui  portent  les  tribunes.  Depuis  qu  on  a élevé  un  Maître- 
Autel  dans  le  rond-point , on  y a placé  les  Halles  & revêtu  les  arcades  de  me- 
nuiferie.  Il  s’en  faut  bien  que  la  fculpture  , la  forme  des  Halles , & les  nouveaux 
lambris  répondent  à la  perfeétion  de  l’Architeéhire  de  cette  coupole  ; tant  il  eft 
vrai  que  qui  fçait  bien  l’art  de  conftruire  , ne  doit  pas  rifquer  de  donner  des  del- 
feins  de  décoration.  Cette  partie  de  l’Art  demande  un  génie  Si  un  goût  au-deflus 
de  l’ordinaire.  Le  nouveau  Maître-Autel  en  baldaquin  eft  à la  vérité  dune  com- 
pofition  moins  médiocre  , quoique  d’une  forme  fort  ordinaire  ; il  eft  orne  de 
quatre  colonnes  de  marbre  de  rance  , les  bafes  & les  chapiteaux  en  font  dores , am- 
fi  que  tout  l’amortiffement.  Deux  Anges  en  adoration  & un  Chrift  , affez  mal  lies 

J-  ^ üvpp 


AKCHITECTUR  E F R A N Ç O ï S E , L ; v.  V. 


avec  l’Architeéture  qui  les  reçoit,  décorent  ce  monument.  Ces  figures icnt  de  eu--  E»i,re 
ton  peint  en  marbre  blanc , & font  de  l’exécution  d’un  nommé  Follet , Sculpteur  " 
peu  connu.  Il  femble  qu’il  feroit  de  la  prudence  des  perfonnes  qui  ont  occafion  ‘ ’™“S' 
de  contribuer  à la  décoration  des  édifices  publics  de  choifir  parmi  les  Artiftes  ceux 
qui  le  diftinguent  le  plus  dans  leur  profeffion.  Des  jeunes  gens  peu -expérimen- 
tés , ou  des  hommes  qui  n’ont  qu’unecapacité  bornée , ne  doivent  être  employés 

»>rvrir  I ai  1 r rnnn  ri  a Mn  ! nno  non  r 1 n J/,-,,- „ J • r \ i ‘ ' 


j.  t — r ^ ^ uuivciic  cure  employés 

pour  leur  coup  d’eliai  que  pour  la  décoration  des  maifons  à loyer  , & non  pour 
celle  des  monumens  qui  laiffent  à la  pofterité  des  traces  de  l’ignorance  du  fiecle  : 

r-r-  nui  a fl-  A’  cm  t'ont*  ni  ne  r*/~i  n ri  n no  nihu  1 ’ - - • 


, — r au  necie: 

ce  qui  eft  d autant  plus  condamnable , que  l’on  peut  convenir  que  nous  fommes  dans 
un  tetns  où  le  nombre  des  hommes  de  mérite  en  tout  genre  , & principalement 


j j r ï r ii  a ï ï , wuigauc,  ex  principe 

dans  la  iculpturej  lemble  être  plus  abondant  ejue  fous  aucun  autre  régné. 


Elévation  du  Portail.  Planche  II. 


Le  portail  (d)  que  nous  donnons  ici , a été  conllruit  en  1745  par  le  fieur  Camé 
qui  en  donna  les  deueins.  Il  efl  compofé  de  deux  Ordres  d’Architeélure  , l’un  Do- 
rique , & l’autre  Corinthien.  Son  ordonnance  en  général  eft  alTez  élégante  & 
d’une  belle  exécution  , l’Ordre  Dorique  eft  même  affez  régulier , à l’exception 
des  angles  rentrans  que  font  les  arrieres-corps  avec  l’avant-corps , où  la  diftribu- 
tion  des  mutules  du  plafond  de  la  corniche  fait  un  effet  defagréable  à l’œil , ce 
qui  n a pû  s éviter  a caufe  des  pilaftres  plies  qu’on  a placés  dans  ces  angles  ; aulîî 
ne  devroit-on  jamais  les  introduire  dans  une  décoration  extérieure , lorfqu’eliè  n’eft 
pas  Dorique  denticulaire.  Cependant  comme  une  des  beautés  effentielles de  l’enta- 
blement Dorique  confifte  dans  ces  mutules , c’eft  une  raifonpour  ne  jamais  employer 
les  pilaftres  pliés , parce  que  toutes  les  fois  qu’on  ne  pourra  foûmettre  les  parties 
de  détail  à l’enfemble  des  malles,  on  annoncera  plutôt  un  défordre  dans  l’Archi- 
teélure  qu  une  application  judicieufe  & refléchie  des  régies  que  nous  ont  laide  les 
Anciens..  Nous  avouerons  pourtant  qu’à  l’exception  de  ces  pilaftres  pliés  , l’Or- 
dre  Dorique  qui  fe  voit  ici  eft  peut-être  le  plus  régulier  qu’on  ait  à Paris  En 
effet  les  pilaftres  accouplés  des  extrémités  de  ce  portail  font  efpacés  de  maniéré 
que  les  altérations  de  fa  corniche  font  imperceptibles , ce  qui  certainement  mar- 
que une  étude  & une  combinaifon  qui  fait  honneur  à l'Architeéle.  Nous  obferve- 
rons  encore  que  pour  éviter,  autant  qu’il  lui  a été  poifible,  ces  légères  altérations  dans 
toute  fon  ordonnance  , au  lieu  d’accoupler  les  colonnes  de  fon  avant-corps  il  a 
placé  un  triglife  entre  deux  , dans  le  goût  des  Anciens,  deforte  que  cette  coînpo- 
fiuon  montre  de  l’expérience,  & mérite  de  l’applaudiffement.  Au  contraire  la  hau- 
teur de  la  porte  en  plein  ceintre , tfii  a près  de  deux  fois  & demi  fa  largeur  & 
dont  la  proportion  n’a  aucune  analogie  avec  l’Ordre  Dorique,  n’eft  pas  à imiter 
Les  pilaftres  à côté  des  piédroits  de  cette  porte  font  auflî  un  mauvais  effet , il  en 
lalloit  luppnmer  les  bafes  & les  chapiteaux  pour  les  convertir  en  niches  quarrées 
On  aurait  eu  par-là  occafion  de  rabaiffer  l’intrados  de  la  porte,  (ce  qui  lui  aurait 
donne  une  hauteur  convenable,)  & d’éviter  ces  demi  pilaftres  qui  fe  pénétrant 
dans  ceux  qui  reçoivent  les  colonnes  , forment  un  affemblage  de  parties  qui  s’éloi- 
gnent des  principes  de  l’Art.  Nous  obferverons  encore  que  les  portes  collatérales 
de  ce  portail  font  trop  petites , non-feulement  eu  égard  à l’ouverture  de  celle  du 
milieu , mais  auflî  par  rapport  à la  hauteur  des  entre-pilaftres , où  elles  font  placées 
Si  1 on  eut  fupprime  les  demi  pilaftres  des  angles  rentrans,  cela  aurait  donné  le  moyen 
d agrandir  ces  deux  portes,  & on  aurait  en  même  tems  fauve  l’irrégularité  du  pla- 
fond du  iofite  de  la  corniche  dont  nous  avons  parié.  Enfin  on  aurait  pu  évi- 


00  Voyez  dans  le  petit  œuvre  de  Marot  in-quarto  , enter*  & qui  y eft  gravé  en  petit  ; ce  portail  n’eft  pas 
Tome  llî  qUe  E deïOIt  &ire  ÜSS  m(me  l & eft  dl"=  <•<=  <À«*  «tendon.  P 


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ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


Egiïfê  dei  ter  tous  ces  défauts  en  employant  des'  colonnes  ifolées , qui  font  toujours  pré- 
toTatoire  férables  à celles  engagées  ; alors  le  nud  des  pjlaftres  de  derrière  auroit  égalé  celui 
des  arrieres-corps , & la  partie  du  milieu  n’en  auroit  pas  moins  dominé  , étant  reliée 
dans  l'a  faillie  & dans  fa  hauteur  ce  quelle  eft  dans  fon  état  préfent.  On  pou- 
voit  d’autant  plus  aifément  ufer  de  ce  moyen , qu’il  étoit  indifférent  que  les  por- 
tes collatérales  fuffent  plus  ou  moins  reculées , leur  axe  n’étant  point , comme 
dans  les  Eglifes  Paroilfiales , affujetti  à l’enfilade  des  bas  côtés. 

A propos  de  la  faillie  de  cet  avant-corps , qu’on  a craintfans  doute  de  faire  antici- 
per fur  la  voye  publique  , qu’on  nous  permette  ici  de  chercher  à nous  rendre  comp- 
te des  raifons  qui  ont  porté  l’Architeéle  à retourner  ce  portail  d’equerre  fur  l’E- 
glife , plutôt  que  de  fe  conformer  à l’alignement  de  la  rue  S.  Honoré  ; car  enfin 
cette  obliquité  , qui  révolte  tous  les  Speélateurs  , & fi  contraire  à l’embellilfement 
des  rues  d’une  grande  Capitale , pouvoit  fe  corriger  d’une  maniéré  qui  conciliât 
l’intérieur  avec  l’extérieur.  Un  mur  de  face  un  peu  plus  épais  "vers  un  endroit  que 
vers  l’autre,  un  porche,  quelque  portion  de  cercle  amenée  avec  art,  auroit  ren- 
du ce  monument  tout  auffi  régulier  en  dedans , & auroit  préfenté  au-déhors  un 
afpeél  beaucoup  plus  fatisfaifant. 

On  me  répondra  peut-être  qu’on  a été  gêné  par  desconfidérations  particulières  d’é- 
conomie, & qu’on  doit  fe  conformer  aux  intentions  des  perfonnes  qui  mettent  un  Ar- 
chiteéle  en  œuvre.  Foible  raifon  quand  il  s’agit  du  bien  public.  Si  nous  penfions 
moins  à nos  intérêts , ou  fi  ceux  qui  fe  mêlent  d’Architeéture  étoient  plus  citoyens 
& plus  habiles , les  perfonnes  qui  nous  donnent  leur  confiance , feroient  obligées 
de  fe  rendre  à des  repréfentations  convaincantes.  Un  Architeéle  eil  fait  pour  éclairer 
ceux  qui  le  confultent  ; après  avoir  expofé  ce  qu’il  doit  en  homme  d’honneur  & en 
homme  inftruit , fi  l’on  ne  fe  rend  pas  à fes  avis , il  faut  qu’il  renonce  à l’entreprife. 
Il  ne  doit  avoir  d’autre  objet  que  l’amour  du  bien  en  général , l’Art  libéral  qu’il 
profelfe  fuppofe  en  lui  des  fentimens  nobles  & définterrelfés.  L’Artifan  feul  peut 
penfer  autrement.  Tant  que  nos  Architeéles  ne  fentiront  que  foiblement  ce  qu’ils 
doivent  au  public , & ce  qu’ils  fe  doivent  à eux-mêmes , ne  nous  étonnons  pas  de 
Voir  l’efprit  de  convenance  oublié  prefque  partout  dans  les  édifices  élévés  de  nos 
jours  , & convenons  que  tant  que  dans  le  choix  d’un  Architeéle  on  aura  moins 
égard  à fon  équité  , à fa  capacité , & à fes  talens , qu’à  quelques  recommendations 
particulières,  on  ne  doit  point  être  étonné  des  inadvertances  & du  déréglement  dont, 
pour  ainfi  dire , on  ne  craint  point  de  faire  parade  aujourd’hui.  Je  le  répété  : la 
partialité  n’a  point  de  part  à mes  obfervations  ; plus  à portée  qu’un  autre  de  me 
rendre  un  compte  que  je  dois  au  public  par^tat , je  ne  puis  fouvent  paifer  fous 
filence  les  inepties  dont  je  fuis  témoin.  Je  paroîtrai  fevere  fans  doute  , mais  cer- 
tainement je  ne  fuis  point  critique.  J’attaque  les  monumens  , non  les  Propriétai- 
res : l’oubli  des  talens  , non  les  Architeéles  : je  cherche  à inflruire  nos  jeunes  Ar- 
tifles  , voilà  mon  but  ; à leur  faire  éviter  l’erreur , à leur  apprendre  la  véritable  rou- 
te , & à fe  former  fur  les  grands  modèles  : par-là  je  me  crois  fondé  à parler  le 
langage  de  la  vérité , en  parlant  celui  des  Arts  ; mais  finiifons  notre  digreJfion , 
& revenons  au  portail  qui  y a donné  lieu. 

L’Ordre  Corinthien  élevé  fur  l’Ordre  Dorique  eft  de  la  même  hauteur  que  celui  de 
deftous  ; ordinairement  on  lui  donne  un  module  de  moins , c’ auroit  été  certainement 
ici  le  cas  d’obferver  cette  diminution  ; d'une  part , parce  que  l’arcade  en  plein  ceintre 
auroit  eu  moins  de  hauteur , de  l’autre , parce  que  l’Ordre  Corinthien  ayant  dix  dia- 
mètres , lorfqu’il  eft  employé  immédiatement  au-deftus  d’un  Ordre  folide  qui  n en 
a que  huit , fait  paroître  le  fuft  de  la  colonne  fupérieure  trop  fvelte , ce  qui  au- 
roit dû  faire  préférer  l’Ordre  Ionique  , malgré  l’exemple  du  portail  de  S.  P^och  , 
où  l’on  a placé  le  Corinthien  fur  le  Dorique.  Ces  deux  proportions  extrêmes  doi- 
vent être  regardées  comme  un  défordre  dans  l’Architeélure.  Il  eft  vrai  que  Fran- 


ln>  ■ r~.  y . X PL: 

ELEVATION  DU  PORTAIL  DE  L EGLISE  DES  PRETRES  DE  L7 ORATOIRE 

Ru©  S1'  Honore  . 


Echelle  de  \ 


Plan  de  l'Ordre 


de  l'Ordre  Dorique 


ARCHITECTURE  FRANÇOI  S E , L i v.  V. 

çois  Manfard  , aux  Minimes , & Hardouin  fon  neveu,  au  Château  de  Clagny  , ont  Egl;fe  Je§ 
employés  1 Ordre  Compofite  fur  le  Dorique,  qui  a la  même  dimenfion  de  dix  fur 
huit  ; mais  il  faut  obferver  que  l’Ordre  Compofite , dans  fon  ordonnance  , a quel- 
que chofe  de  moins  fragile  que  le  Corinthien.  Son  chapiteau  eft  plus  mâle , & fi 
cet  Ordre  peut  être  rangé  au  nombre  des  bons  ouvrages  des  Romains , on  doit  pré- 
férer de  le  placer  fur  le  Dorique , lorfque  quelque  confidération  particulière  ne  per- 
met pas  de  faire  ufage  de  l’Ordre  Ionique. 

Nous  avons  remarqué  ailleurs  qu’il  n’étoit  que  trop  ordinaire  de  voir  prendre  pour 
modèles  des  ouvrages  élévés  de  nos  jours , quoique  fouvent  ils  foient  peu  réfléchis , 

Sc  qu’au  mépris  des  monumens  érigés  dans  un  fiecle  plus  heureux  pour  l’accroiflè- 
ment  des  Arts  , la  plupart  de  nos  Architeéles  formoient  leur  étude  fur  nos  édifices 
modernes.  Sans  doute  le  portail  dont  nous  parlons  a été  imité  d’après  celui  de  S.  Roch, 
dans  1 Ordre  Corinthien  Sc  Dorique  , Sc  ce  n’eft  pas  cependant  ce  qu’il  y a le  plus  à 
approuver  dans  ce  frontifpice  , ainfi  que  nous  le  remarquerons  en  fon  lieu. 

Les  deux  demi-pilaftres  Corinthiens  du  grand  entrecolonnement  font  dans  le 
cas  de  ceux  de  defious , Sc  par  la  meme  raiion  ils  auroient  dû  être  convertis  en 
niches  quarrées  ; par-là  les  piédroits  de  l'arcade  auroient  pû  être  moins  péfans , 
au  lieu  que  comparés  avec  ceux  de  la  porte  Dorique , ils  préléntent  un  effet  con- 
traire à la  delicatelfe  de  l’Ordre  qui  les  reçoit  ; attention  qu’un  Architeéle  habile  ne 
doit  jamais  négliger  dans  fes  produirions. 

Le  fronton  triangulaire  eft  placé  ici  félon  les  régies  de  la  convenance,  Sc  n’eft  point 
fujet  à des  reflàuts  trop  ordinaires  ailleurs.  Les  deux  demi-pilaftres  qui  font  arriere- 
corps  dans  le  retour,  auroient  pû  former  lanaiifance  des  arc-boutans,&  ces  demi-pi- 
laftres être  fupprimés  ; par-là  toute  la  partie  fupérieure  de  ce  frontifpice  aurait  été  plus 
pyramidale  , & aurait  procuré  plus  de  galbe  à ces  mêmes  arc-boutans,  qui  d’ailleurs 
font  préférables  dans  leur  fimplicité  aux  confoles  renverfées  qu’on  remarque  dans 
prefque  tous  nos  portails  , Sc  qui  font  auffî  mal  imaginées , que  peu  naturelles. 

Toute  la  fculpture  de  ce  portail  eft  d’une  belle  exécution  ; elle  eft  de  M,!.  Adam  le 
Cadet  ù*  Franchi , Sculpteurs  du  Roi.  Cependant  il  faut  obferver  en  général  que  cet- 
te fculpture  eft  d’un  travail  trop  recherché  , & qu’elle  eft  compofée  avec  trop  de 
mouvement , rélativement  à la  fimplicité  Sc  au  caractère  grave  de  l’Architeélure  , 
aufli-bien  qu’à  la  convenance  des  fujets.  Les  plus  habiles  Sculpteurs  demandent  à 
être  conduits  par  celui  qui  doit  avoir  l’efprit  du  tout , je  veux  dire  , par  l’Architeéle. 

Sans  cela  leur  ouvrage  féparement  eft  fort  eftimablc  , mais  faute  de  talens  & de 
connoilfances  de  la  part  du  chef  du  bâtiment , ces  beautés  de  détail  n’ont  aucune 
analogie  avec  l’ouvrage  entier  ; on  n’y  remarque  plus  d’unilfon,  & alors  il  vaudroic 
mieux  que  les  boflages , ou  pierres  d’attente  , tinlfent  lieu  de  fculpture  , ou  que  les 
Sculpteurs  donnaient  les  delfeins  de  la  totalité,  ce  qui  n’eft  pas  fans  exemple. 


Maifon 
de  M. 
Rouillé. 


60  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


CHAPITRE  XI. 

Defcription  de  la  Maifon  de  Ai.  Rouille , Minijlre  & Secrétaire  et  Etat 
de  la  Marine , rue  des  Poulies  , quartier  T.  Honoré. 

NOUS  ignorons  en  quel  tems  cette  maifon  fut  bâtie  dans  fon  origine  ; ce  qui 
eft  certain,  c’eft  qu’elle  frit  reftaurée  &'augmentée  confidérablement , vers 
1731,  fur  les  deffeins  de  M.  Blondel  (a),  Architecte  du  Roi.  Comme  le  niveau 
du  terrain  fur  lequel  elle  eft  bâtie  , eft  inégal,  le  premier  étage  fe  trouve , à cinq 
pieds  près , de  plriin  pied  avec  le  rez-de-chaulTée  du  jardin  , ainfi  que  nous  le  re- 
marquerons dans  fon  lieu. 


Vlan  au  rez-de-chaujfee.  Planche  Première. 

Les  augmentations  faites  en  173  2 font  ce  qu’il  y a de  plus  intéreffant  dans  ce 
plan  ; elles  confident  en  un  grand  efcalier , fon  veftibule  , une  falle  à manger , des 
écuries , des  remifes , une  balfe  cour , & dans  quelques  reftaurations  tendant  à procu- 
rer des  commodités  pour  le  fervice  des  domeftiques.  L’efcalier  eft  doux  , commode, 
fpacieux  , bien  éclairé,  décoré  avec  goût,  & la  rampe  de  fer  d’un  deflein  très-élé- 
gant ; enfin  cet  efcalier  répond  à la  magnificence  des  appartemens  du  premier  étage. 

Vlan  du  premier  étage.  Planche  II. 

Les  appartemens  du  côté  du  jardin  font  diftribués  avec  beaucoup  de  fimétrie  & 
de  commodité  ; toutes  les  principales  enfilades  y font  obfervées  avec  loin,  ce  qui 
contribue  à leur  donner  un  air  de  grandeur  & de  régularité  qui  eft  toujours  défira- 
ble  dans  la  diftribution  d’un  plan.  Nous  obferverons  auiïi  que  la  hauteur  des  plan- 
chers eft  bien  en  rapport  avec  le  diamètre  des  pièces , & que  toute  la  décoration 
intérieure  de  cet  appartement  eft  traitée  avec  beaucoup  d’intelligence.  On  trou- 
vera dans  le  feptieme  Volume  la  plus  grande  partie  de  ces  décorations  intériemres. 

Les  appartemens  diftribués  fur  les  ailes  du  côté  de  la  cour  & fur  le  principal 
corps  de  logis  du  côté  de  la  rue , font  aulli  décorés  avec  goût.  La  bibliothèque 
entr’autres , eft  une  piece  intérelfante  par  fon  plafond  , la  menuiferie , & la  fculp- 
ture  dont  elle  eft  décorée.  Les  ornemens  qui  la  compofent  ne  fe  relfentent  point 
de  la  frivolité  d’à  prefent , qui  n’a  guere  pris  faveur  que  depuis  que  ce  bâtiment  eft 
élévé  , & qui  devrait  être  bannie  pour  toujours  , principalement  lorfqu’il  s’agit  de 
la  décoration  des  appartemens  deftinés  aux  perfonnes  qui , par  leur  emploi  & leuf 
dignité,  femblent  exiger  une  ordonnance  grave  & régulière. 

Le  jardin , peu  confidérable  par  fon  étendue  , peut  palfer  néanmoins  pour  un  des 
plus  agréables  qu’on  voye  à Paris  dans  nos  maifons  particulières.  Un  treillage  cir- 
culaire orné  de  pilaftres , accompagné  de  vafes  & de  tilleuls  de  Hollande  , forme 
une  décoration  très-ingénieufe  dans  la  plus  grande  partie  de  ce  jardin.  Au  fond 
eft  une  piece  d’eau  (b)  , fur  la  tablette  de  laquelle  eft  une  ftatue  d’Apollon  exé- 
cutée par  M.  Le  Moine  , Sculpteur  très-célébre.  Plufieurs  bofquets  artiftement  dif- 
tribués ,un  grand  parterre  (r)  de  broderie  mêlée  de  gazon,  un  autre  parterre  de  fleurs 


(a)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architeéle  , T. 
II.  pag.  1 14.  Not.  a. 

(b)  Le  réfervoir  de  cette  piece  d’eau  eft  marquée  A 
près  de  la  baflecour  des  écuries.  Planche  II. 

(<•)  Ce  parterre  n’eft  plus  tel  qu’il  fe  voit  dans  cette 


Planche  ; mais  comme  cette  piece  eft  acceftoire  , on  n’* 
pas  jugé  à propos  de  le  donner  comme  il  eft  aujourd’hui, 
étant  compofé  de  gazons  , de  tatifiée  , de  mignardife  & 
autres  fleurs  qui  font  fort  en  ufage  à préfent  & préférables 
à la  broderie  dont  on  deflinoit  anciennement  les  parterres. 

procurent 


AR  CHITECTUKE  FRANÇOISE  , ~L~  î' v!  VT 


6t 


procurent  dans  peu  d efpace  une  très-agréable  diverfité.  Enfin  l’irrégularité  du  ter-  Maifon* 
rain  y eft  corrigée  d’une  maniéré  fort  ingénieufe  par  quelques  maflîfs  de  bois  qui  i”‘  &OT‘t'' 
donnent  de  1 ombre  & du  couvert  à la  promenade.  Dans  l’un  des  côtés  de  ce 
jardin  , on  a conferve  un  ancien  petit  bâtiment  détaché  du  principal  corps-de-lo- 
gis , & qui  contient  un  appartement  particulier  (d). 


Elévation  du  côté  du  jardin.  Planche  III. 

Cette  élévation  n a qu’un  feul  étage  ; elle  a été  conflruite  à neuf  dans  le  tems 
qu  on  lit  a ce  bâtiment  les  augmentations  dont  nous  avons  parlé.  Elle  eft  com- 
pofée  d un  avant-corps  percé  de  cinq  portes  croifées  bombées , qui  donnent  fur 
une  terrafle  elevee  de  y pieds  au-deffus  du  fol  du  jardin , dans  lequel  on  defcend  par 
des  perrons  placés  aux  deux  extrémités  de  cette  terralTe,  qui  eft  bordée  de  rampes  de 
fer  & foûtenue  par  des  confoles  de  pierre  accouplées  formant  encorbellement. 
Trois  croifees , ou  abajours , placés  entre  ces  confoles  , éclairent  une  partie  des  fou- 
terrains  qui  font  pratiqués  de  niveau  au  rez-de-chauflee  de  la  cour. 

Nous  remarquerons,  que  les  portes  croifées  de  l’avant-corps  font  trop  élevées 
pour  leur  largeur  5 mais  comme  elles  prelident  feules  dans  cette  élévation  , cette 
licence  peut  être  plus  permife  que  lorfque.dans  un  bâtiment  à plusieurs  étages  , 
on  n obferve  pas  un  rapport  direél  entre  la  proportion  des  croifées  fupérieures  & cel- 
le des  inférieures  ; car  il  eft  bon  de  faire  attention  que  plus  il  y a d’ouvertures  dans  un 
bâtiment,  plus  on  doit  avoir  de  retenue  fur  leur  proportion  & de  fevërité  fur  le  choix 
de  leur  forme.  Au  relie  on  peut  dire  à l’avantage  des  croifées  de  cet  avant-corps  , 
que  ce  batiment  étant  couronne  d un  entablement  Corinthien,  leur  proportion  fVelte 
femble  être  autorifée  ici  d’autant  plus  volontiers  que  la  faillie  delà  terralTe  mafque  une 
partie  de  leur  hauteur  réelle.  Cette  confidé'ration  aurait  peut-être  dû  faire  préférer 
de  border  cette  terrafle  d’une  baluftrade , au  lieu  d’un  balcon  de  fer  ; il  eft  vrai 
qu  alors,  il  aurait  fallu  fupprimer  les  confoles  en  encorbellement , & pratiquer  un 
mur  d echiffre  vertical , ce  qui  aurait  rendu  cette  ordonnance  plus  grave.  Sans 
doute  qu  on  n a pas  cherché  à donner  ce  caraélere  à l’élévation  dont  nous  parlons , 
parce  qu  appartenant  à une  maifon  particulière  , & donnant  du  côté  du  jardin  , el- 
le a paru  exiger  quelque  élégance , plutôt  qu’une  Architeélure  plus  impofante. 
Cependant  nous  ne  pouvons  nous  difpenfer  de  dire  en  général  qu’il  faut  éviter , 
autant  qu  il  eft  poflible  , de  faire  ulage  des  membres  d’Architeélure  qui  annon- 
cent quelque  fragilité  ; que  les  formes  Amples  & naturelles  font  du  reffort  de  tous 
les  genres  d’édifices,  qu’à  tous  égards  elles  doivent  être  préférées, & qu’il  fuffit  en  pa- 
reille occafion  de  ne  pas  faire  choix  d’un  caraftere  péfant  pour  donner  l’idée  du  fim- 
ple  , ni  d une  expreflion  maflive  dans  1 intention  de  compofer  une  ordonnance  mâle. 

Je  ne  crains  pas  de  1 avouer  : les  Anciens  ont  rencontré  plus  heureufèment  que 
nous  cette  noble  fimplicité  dans  leur  Architeélure.  Leur  compofition  & leurs  or- 
nemens  n avoient  pour  la  plupart  rien  de  frivole  & de  halardé  ; imitons-les  dans 
nos  produélions  , préférons  les  formes  naïves , fouvenons-nous  que  la  pierre  veut 
etre  traitée  avec  fierte , que  les  dehors  fùrtout  doivent  repréfenter  un  caraélere 
de  virilité , qui  eft  la  première  condition  dans  l’art  de  bâtir!  Par-là  nous  ramène- 
rons infenfiblement  le  vulgaire , & nous  établirons  des  loix  confiantes  St  invaria- 
bles , qui  prouveront  aux  fiecles  a venir  que  nous  avons  fçû  nous  préferver  des 
écarts  dans  lequels  donne  trop  inconfidérement  la  multitude , qui  ignorant  or- 
dinairement les  préceptes , de  manquant  le  plus  fouvent  de  jugement  St.  de  goût , 


(^)  Ce  petit  bâtiment  eft  adoiïé  à une  autre  mai- 
ïon  dont  la  principale  entrée  donne  dans  le  cul  de  fac  de 
l’Oratoire  ; cette  maifon  à été  cédée  par  M,  Rouillé,  à 

Tome  111. 


a qui  elle  appartenoit , à M.  le  Marquis  de  Bnt  vron,  fon 
gendre  , qui  depuis  quelques  années  la  loue  au  Receveur 
Général  des  finances  de  Bordeaux. 

Q 


6i 


ARCHITECTURE  F R A N ç O I S E,  L I V.  V. 


Ua.rmJefe  laiflc  entraîner  au  torrent,  fans  pouvoir  rendre  compte  de  fon  opinion  particu- 
M.Rouil,  liere , ni  des  motifs  epui  la  portent  à blâmer  dans  un  teins  ce  qu  elle  avoit  applaudi 

Les  croifées  des  arrieres-corps  font  fans  chambranles , ni  bandeau  ; il  femble 
qu’étant  couronnées  par  le  même  entablement , elles  auroient  dû  fe  relfentir  de  la 
richeife  de  celles  de  l'avant-corps.  Ce  prétendu  repos  nuit  ici  à l’unité , & au- 
rait peut  - être  dû  déterminer  à convertir  en  plinthe  la  partie  fupérieure  de 
la  corniche  qui  continue  fur  ces  arrieres-corps.  Par  la  meme  raifon  la  baluftrade 
aurait  pu  auffi  ne  regner  que  fur  l’avant-corps , ce  qui  auroit  donné  à cette  façade 
un  air  pyramidal,  un  focle  ayant  fuffi  furie  plinthe  propofé.  Cependant  cette  ré- 
flexion , qui  n’eft  pas  fans  fondement , nous  conduit  à une  autre  obfervation  ; c’eft 
qu’ alors  l’étendue  de  ce  bâtiment,  qui  eft  peu  confidérable  , [aurait  été  trop  fubdi- 
vifée  , & comme  nous  avons  recommandé  ailleurs  d’éviter  les  petites  parties  dans 
tous  les  genres  d’édifices  , on  en  peut  conduire  que  pour  avoir  confervé  une  uni- 
formité d’ordonnance  nécelTaire  à cette  façade  , il  auroit  fallu  que  les  croifées  des 
arriere-corps  euflent  la  même  richeife , ce  qui  fe  pouvoir  faire  fans  obftacle  en 
fupprimant  les  corps  des  extrémités  de  ce  bâtiment  : on  auroit  procuré  par-là  un 
effacement  convenable  pour  la  place  des  chambranles  , & cette  fupprelîîon  n’auroit 
altéré  ni  la  conftruétion  des  parties  anguleufes  de  l’édifice , ni  la  fimétrie  intérieure 
des  appartemens.  Voyez  la  Planche  II. 

Au  refte  les  profils  des  corniches , ceux  des  chambranles , les  baluitrades , les 
ornemens , tout  annonce  dans  ce  bâtiment , d’une  maniéré  fatisfaifante,  la  capacité  de 
l’Architede  & la  route  qu’on  doit  tenir  dans  ce  genre  de  produélions  ; car  nous 
obferverons  que  l’art  de  profiler  en  général , quoique  très-elfentiel  dans  l’Architedu- 
re , eft  fort  négligé  par  la  plupart  des  nôtres.  Cependant  il  doit  être  regardé  comme 
une  partie  d’autant  plus  intérelfante  dans  le  bâtiment , quelle  eft  prefque  la  feule 
dans  laquelle  les  Architeéles  puilfent  fe  fignaler  aujourd’hui  où  l’on  eft  rarement 
dans  le  cas  d’éléver  de  grands  édifices , qui  par  leur  fomptuofité  , ayent  de  quoi 
dédommager  en  quelque  forte  de  la  fimilitude  des  membres  qui  les  compofent. 
D’ailleurs  dans  tous  les  cas  la  maniéré  de  bien  profiler  eft  trop  importante  pour  la 
négliger, les  beautés  de  détail  devant  concourir  à l’embelliifement  des  parties  princi- 
pales & celles-ci  à celui  des  maifes  ; car  enfin  c’eft  pair  ce  parfait  accord  que  les  mo- 
yens du  dernier  fiecle  élévés  par  les  Manfards , les  Le  Veau , les  Perrault , &c.  fe 
font  fi  univerfellement  attirés  le  fuffrage  des  Connoiflèurs  & l’admiration  de  l’Etran- 


Serî 


iwaaigBWK— aanaBB— aMP—mM 


Plan  au  premier  ehiae  du.  côte' de  /a  cour,  et- eut  rex- de- chaussée  dit  Mordue  de  Icl  mate  on. 
de  Monsieur  Rouille'  Maître  des  Rec/uestes  et  Intendant-  du  Commerce,  s côte  rues  des 
Poulies  a Paris  etr  bâtie  sur  les  desseins  de  M.  Blondel  Architecte  du  Roy  . 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E,  L i v.  Y. 

CHAPITRE  XII. 

Defcription  de  F Eglife  de  S.  Louis  du  Louvre  , fitiafe  rue  S.  Thomas  dit 
Louvre , quartier  dit  Palais  Royal. 

CETTE  Eglife  fut  anciennement  érigée  fous  l’invocation  de  S.  Thomas , Egiift  de 
Archevêque  de  Cantorbery  ; c’eft  de-Ià  que  la  rue  dans  laquelle  elle  fut  élé- 
vée,  a pris  fon  nom.  Elle  fut , ainfi  que  fon  Chapitre,  fondée  par  Robert,  Comte 
de  Dreux  , l’an  1188.  Comme  elle  menaçoit  ruine  depuis  long-tems,  le  Roi  accor- 
da cinquante  mille  écus  pour  la  rebâtir  ; mais  en  1 73  9 , ( avant  qu’on  eut  co  mmen- 
cé  à faire  ulàge  de  la  gratification  de  S.  M.  ) dans  le  tems  que  les  Chanoines  étoienc 
à l’office , l’Eglife  écroula  , St  en  enfevelit  fept  fous  fes  ruines.  Ce  fmefte  acci- 
dent engagea  M.  de  Vintimille , alors  Archevêque  de  Paris  , à y réunir  le  Chapitre 
de  S.  Nicolas  (a")  du  Louvre.  M.  le  Cardinal  de  Fleury  chargea  M.  Germain  , 

(f)  Orfevre  du  Roi,  de  faire  les  deifeins  d’une  nouvelle  Eglife  , qui  vers  1740, 
fut  commencée  par  les  fleurs  Bonneau  St  Convers  , Entrepreneurs  des  bâtimens  de 
S.  M.  Malgré  les  bienfaits  du  Roi , le  Chapitre  s’étant  beaucoup  endetté , M.  de 
Vintimille  fe  détermina  à lui  réunir  encore  celui  de  S.  Maur  des  Pojfts.  Cette  Eo-life, 
aujourd’hui  entièrement  finie  , & bâtie  fous  l’invocation  de  S.  Louis  , fe  nomme  S. 

Louis  du  Louvre , & compofe  un  édifice  qui , dans  ce  genre , n’elt  pas  un  des  moins 
ïntérellàns  qui  fe  voyent  à Paris. 

Flan  du  rez-de-chaujfe'e.  Planche  Première. 

La  compofition  de  cette  Eglife  en  général  eil  fort  ingénieufe  ; on  remarquera  peut- 
être  un  peu  trop  de  mouvement  dans  certaines  parties  , mais  M.  Germain , doué  d'un 
génie  fécond , St  voulant  fortir  des  formes  ordinaires , a préféré  une  forte  d’élé- 
gance à cette  retenue  du  reifort  des  édifices  facrés  , dont  il  a cru  pouvoir  s’écar- 
ter d’autant  plus  volontiers  que  le  monument  dont  nous  parlons  ne  peut  guéres 
être  confidéré  que  comme  une  Chapelle  particulière.  En  effet  toute  cette  Eglile 
eft  compofée  d’une  feule  nef  de  37  pieds  & demi  de  largeur  dans  œuvre,  fur  39 
pieds  de  longueur , & d’un  fanétuaire  dans  lequel  eft  placé  le  chœur  des  Chanoi- 


(j)  Cette  Eglife  eut  auffi  pour  fondateur  Robert , Com- 
te de  Dreux.  Ce  ne  fut  d’abord  qu’un  College , mais , 
en  1^4 1 , l’Evêque  de  Paris  l’érigea  en  Chapitre.  Au- 
jourd’hui cette  Eglife  n’exifte  plus , & fon  terrain  eft  oc- 
cupé par  divers  Particuliers. 

(b)  Thomas  Germain,  naquit  à Paris  le  i J Août  1673. 
Il  étoit  fils  de  Pierre  Germain , Orfevre  ordinaire  du 
Roi , un  des  plus  habiles  hommes  de  fon  fiecle.  Il  n’a- 
voit  que  onze  ans  , lorfqu’il  perdit  fon  pere.  A l’âge 
de  treize  ans  il  gagna  une  médaille  à l’Académie.  Ses 
heureufes  difpofitions  lui  méritèrent  la  proteélion  de  M. 
de  Louvois  qui  l’envoya  à Rome  , où  il  refta  plufieurs 
années.  Après  la  mort  de  ce  Miniftre , il  fe  mit  chez  un 
Orfèvre  de  réputation  , & il  y devint  fi  habile  par  l’étude 
des  ouvrages  des  grands  Maîtres  qu'il  copioit  avec  avidité , 
qu’il  fe  vit  en  état  de  mettre  au  concours  qui  fe  fit  pour  la 
décoration  delaChapelle  des  Jéfuitesde  Rome,  &fes  def- 
feins  furent  agréés.  En  effet  il  exécuta  les  bas  réliefs  qui 
fe  voyent  fur  les  piédeftaux , & fur  le  rétable  d’ Autel 
de  la  meme  Eglife , & qui  paflent  pour  autant  de  chef- 
d’œuvres.  Au  bout  de  treize  ans  il  quitta  Rome , & voya- 

fea  pendant  environ  trois  ans  dans  le  refte  de  l’Italie. 

■nfin  il  revint  à Paris,  où  il  fut  reçu  avec  diftinôion  de 
Louis  XIV  qui  l’employa , & lui  accorda  un  logement 
au  Louvre , avec  une  penfion  confidérable. 


Vers  le  commencement  de  ce  fiecle,  il  avoit  bâti  à 
Livourne  une  Eglife  qu’on  croit  être  celle  des  Arméniens. 
Il  n’y  a point  de  Cour  dans  l’Europe  qui  ne  poffede  des 
ouvrages  d’Orfévrerie  de  ce  grand  homme,  il  porroit  fi 
loin  la  perfeétion  de  fon  Art , qu’il  lui  eft  arrivé  puis  d’une 
fois  de  recommencer  un  ouvrage  , parce  que  les  Ouvriers 
qu’il  employoit , quoiqu’il  choifit  ce  qu’il  y avoit  de  plus 
habile  , en  avoient  négligé  quelque  partie. 

Aux  talens  qu’il  avoit  reçu  de  la  nature  pour  fa  pro- 
fefiîon,  M.  Germain  joignoitune  profonde  connoiffan- 
ce  du  DelTein,  de  la  Sculpture , & de  l’Architeéhire.  C’efl 
c’eft  ce  qui  engagea  M.  le  Cardinal  de  Fleury  & le 
Chapitre  de  S.  Thomas  du  Louvre  à lui  demander  des 
deifeins  pour  l’Eglife  qu’on  vouloit  ériger  fur  les  ruines 
de  l’ancienne.  Non-feulement  il  fe  prêta  à leurs  défirs 
avec  fon  défintereflement  ordinaire  , & même  il  en  fit 
les  modèles,  mais  il  veilla  encore  avec  un  foin  infatiga- 
ble à fa  conftruétion  , & fit  exécuter  fous  fes  yeux , par 
les  plus  habiles  Sculpteurs , les  principales  parties  de  fa 
décoration.  Enfin  il  eut  la  confolation  de  voir  cette  Eglife 
finie  avant  fa  mort , ce  qu’il  avoit  défiré  avec  le  plus 
d’ardeur.  Il  mourut  le  14  Août  1748  , & il  fut  enterré 
dans  la  même  Eglife,  dans  laquelle,  par  recornoiffance  , 
les  Chanoines  lui  avoient  accordé  une  Chapelle  pour  lui 
& pour  fa  famille* 


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ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

30 pieds  & demi  fur  43  pieds  & demi  de  profondeur.  Au 


nous  faifons  la  defcription.  Ce  chœur  eft  fermé  d’une  grille  balle  qui  en  lailfe  décou- 
vrir la  décoration  ; aux  deux  côtés  de  la  nef  font  diftribuées  quatre  Chapelles  , dont 
deux  font  aéluellement  finies  , fçavoir  celle  E , dédiée  à S.  Thomas , & enrichie  d’un 
tableau  de  M.  Pierre , & celle  F dédiée  à S.  Nicolas , & ornée  d’un  tableau  de  M. 
G nlloche.  La  troifieme  fera  dédiée  à S.  Maur , & dans  la  quatrième  feront  les  fonds 
baptifmaux.  Entre  ces  Chapelles  font  pratiqués  deux  renfoncemens  ; dans  celui  G 
M.  Le  Moine  fait  une  Chapelle  de  la  Vierge,  que  la  famille  de  M.  le  Cardinal  de 
Fleury  fait  décorer  à grands  frais , & pour  laquelle  le  célébré  Artille  dont  nous 
parlons , fait  une  annonciation  en  bas-relief  de  marbre , accompagnée  & enrichie 
d’ornemens  de  bronze.  Dans  celui  H fera  le  tombeau  du  Cardinal  de  Fleury 
du  cifeau  du  fçavant  Bouchardon  (t)  , dont  les  occupations  on  fufpendu  jufqu’ici 
l’exécution  de  ce  monument. 

Plan  pris  au-deflus  de  l'entablement.  Planche  II. 

Ce  plan  donne  à ccnnoître  la  forme  variée  du  portail , comparé  dans  fa  partie 
fupérieure  avec  fa  partie  inférieure.  Il  indique  les  reilàuts  de  l’entablement  & le 
plan  des  compartimens  que  forment  les  arcs  doubleaux  & les  lunettes  diftribuées 
dans  la  voûte  intérieure  de  cette  Eglife , dont  on  verra  la  décoration  dans  les 
Planches  fuivantes. 

Elévation  du  portail  ,&  coupe  fur  la  largeur  de  cette  Eglife.  Planche  III. 

La  Figure  Première  préfente  le  frontilpice  de  cette  Eglife  ; il  eft  compofé  d’ur> 
avant-corps  en  tour  ronde, enrichi  d’un  Ordre  de  pilaftres  Ioniques  dont  l’entablement 
eft  modillonaire  & couronné  d’un  fronton  circulaire.  Le  milieu  de  cet  avant-corps 
eft  percé  d’une  porte  bombée , furmontée  d’une  corniche  , au-deflus  de  laquelle 
eft  un  bas-relief  enfermé  dans  une  niche  quarrée  qui  régné  dans  toute  la  hauteur 
de  l’Ordre.  De  chaque  côté  de  cet  avant-corps  eft  une  tour  creufe  , qui  vient 
racheter  aux  deux  extrémités  de  ce  portail  un  pilaftre  auffi  Ionique  , mais  dont  l’en- 
tablement eft  denticulaire  ; fingularité  fans  doute  imitée  du  portail  de  l’Eglife  de 
Sainte  Elfabeth  ( [d ) , rue  & proche  le  Temple  , mais  qui  ne  doit  pas  fervir  d’autorité , 
parce  que  ces  corniches  diffemblables  fur  un  Ordre  commun , forment  dans  une 
même  ordonnance  une  défunion  de  parties  qui  nuit  aux  maifes , principalement  dans 
un  édifice  de  fi  peu  d’étendue. 

Dans  les  entre-pilaftres  de  ces  tours  creufes  font  des  médaillons  évuidés , fervant 
de  croifées  pour  éclairer  les  efcaliers  qui  montent  aux  tribunes  pratiquées  dans 
les  murs  collatéraux  de  la  nef.  Ces  médaillons , au  nombre  de  trois  de  chaque  côté , 
font  liés  enfemble  par  des  branches  de  palmier  en  forme  de  trophées , qui  font  un 
fort  bon  effet , & qui  ont  été  éxécutés  par  une  main  habile , auffi-bien  que  toute 
la  fculpture  de  ce  portail  ; le  bas-relief  du  deffus  de  la  porte  eft  du  célébré  M. 
Pigalle , & les  ornemens  font  du  fieur  Robillon , qui  a exécuté  auffi  ceux  du  dedans 
de  l’Eglife  , fous  la  conduite  de  M.  Germain  ; ces  ornemens  peuvent  être  regardés 
comme  autant  de  chefs  d’œuvres  dans  leur  genre. 

Au-deflus  de  l’Ordre  Ionique  de  ce  portail  s’élève  une  elpece  d’Attique,  percé 
dans  le  milieu  par  un  œil  de  bœuf,  qui  fait  un  effet  affez  médiocre  dans  ce  deffein 

(d)  Voyez  l’élévation  perfpeftive  de  ce  Portail , dans 
les  Delices  de  Paris , Planche  8p. 

géométral 


(«■)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  habile  Sculp- 
teur, Tome_I.  Chap.  VHL 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L i v. 


geometral  , mais  comme  le  plan  de  cecte  partie  lupérieure  efl  en  retraite  de  deux  r güa  te 
pieds  ( Voyez  la  Planche  IV.  ) & que  la  rue  S.  Thomas  ell  fort  étroite , le  point  de 
dillance  n’efl  pas  alfez  éloigné  pour  que  cet  œil  de  bœuf  puiife  s’appercevoird’en  bas. 

Dans  ce  frontifpice  font  pratiqués  deux  frontons  circulaires;  l’un  contient  un 
cartel,  1 autre  efl  feulement  amorti  d’une  croix.  Ces  deux  frontons  dans  le  mê- 
me  portail  ne  font  peut  - être  pas  ce  qu'il  y a de  mieux  à imiter  , nous  en  avons 
dilcuté  les  raifons  en  parlant  de  S.  Gervais , des  Minimes  , du  Val-de-Grace  , &c. 

D ailleurs,  ces  deux  frontons  circulaires  fur  un  plan  en  tour  ronde , forment  un 
contrafte  condamnable.  M.  Germain  avoit  voyagé  long-tems  en  Italie , il  y avcit 
puifé  le  goût  de  Michel- Auge  , du  Cavalier  Bernin  , du  Boromini , tous  hommes  à la 
vérité  d’un  génie  rare  & excellent,  mais  qui  par  la  fécondité  de  leur  imagina- 
tion > font  fouvent  fortis  des  régies  de  l’Art  pour  produire  des  monumens  d’une 
compofition  aufïï  finguliere  que  bifarre , entr’autres  le  Cavalier  Boromini.  Notre  Ar- 
tifte  , plein  de  ces  merveilles  &d après  ces  grands  maîtres,  s’étoit  crû  autorifé  à 
les  imiter  dans  fes  produélions , ce  qui  lui  a quelquefois  réuffi  dans  fa  profefficn 
fans  réfléchir  neanmoins  que  ce  qu  il  avoit  retenu  de  ces  hommes  illuftres  ne  pou- 
voit  pas  toujours  s’employer  dans  l’Architeélure  & principalement  dans  nos  bâti- 
mens  françois , ou  du  moins  que  les  formes  pittorefques  ne  peuvent  être  hafar- 
dées  que  dans  de  certaines  occafions  & dans  de  très-grands  édifices , où  la  gran- 
deur des  mafTes  fait  fouvent  décider  de  la  quantité  des  parties , aulîï-bien  que  du 
choix  ^de  leur  forme  & de  leur  fituation.  Cette  confidération  nous  autorifé  à croi- 
re  qu’en  général  on  ne  doit  pas  imiter  les  Anciens  indillinélement , car  on  ne 
peut  difconvenir  qu’ils  n’ayent  fait  ufage  de  plufieurs  licences  qu’il  n’appartenoit 
qu  a eux  de  mettre  en  œuvre , Sc  qu  un  homme  de  goût  doit  abfolument  éviter. 

En  effet,  quoiqu’il  puiife  arriver  qu’un  Architeéle  ait  alfez  d’art  pour  rendre  ces 
licences  des  fautes  heureufes  dans  fes  compofitions , elles  n’en  font  pas  moins 
un  objet  dangereux  d’imitation  pour  ceux  qui  n’ont  qu’une  médiocre  intelligence- 
imitation  qui  tend  à les  faire  écarter  infenfiblement  des  régies  de  l’art  & à'appor- 
ter  involontairement  un  déreglement  dans  l’Architeélure. 

La  Figure  deuxieme  offre  la  coupe  intérieure  de  cette  Egiife  , prifè  dans  la 
Planche  première  fur  la  ligne  AB.  Cette  coupe  fait  voir  le  côté  du  fanéluaire 
formant  une  tour  creufe  , le  Maître-Autel , les  arcs  doubleaux  & les  deux  renfon- 
cemens  G,  H , dont  nous  avons  parlé. 

La  voûte  de  cette  Egiife  ell  pour  la  plus  grande  partie  en  charpente  couverte 
de  maçonnerie,  & le  relie  en  pierre ,(  Voyez  la  Planche  quatrième.)  mais  ces 
deux  parties  font  fi  bien  accordées  l’une  avec  l’autre,  que  cet  artifice  , mis  en  ceu- 
vi e par  économie,  ne  sapperçoit  pas  d’en  bas.  Les  compartimens  qui  décorent 
cette  voûte  > quoiqu  un  peu  chargés  d’ouvrage , peuvent  être  regardés  comme 
un  chel-d  œuvre.  C’eft  ici  que  M.  Germain  a épuifé  toutes  les  relfources  de  fon 
Art  , tant  pour  la  beauté  des  formes,  que  pour  l’élégance  des  contours.  Enfin  la 
Sculpture  fe  trouve  fi  bien  mariée  avec  l’Architedure  , & le  choix  des  ornemens 
ell  il  judicieux , que  ce  morceau  feul  ferait  l’éloge  de  cet  Artiile  , fi  chaque  pro- 
duéhon  qui  eft  fortie  de  fes  fçavantes  mains , n’étoit  déjà  reconnue  pour  autant  de 
merveilles. 

A 1 occafion  de  cette  voûte  dont  l’alpeét  frappe  les  moins  éclairés , & où  l’on 
peut  dire  que  la  fculpture  ell  employée  avec  fermeté  , fans  rudelTe , & exécutée 
d une  maniéré  moelleufe  & recherchée  , fans  fécherelTc , nous  examinerons  ici  la- 
quelle des  deux,  de  la  Peinture,  ou  de  la  Sculpture , doit  être  employée  préfé- 
rablement avec  l’Architeélure  dans  les  voûtes  & les  plafonds  des  édifices,  facrés  , 
publics , ou  particuliers. 

. Me  permis  d’avancer  que  la  conflruétion  d’un  édifice,  formé  d’une  ma- 

tiere  loi, de  & dont  des  voûtes  en  pierre,  ou  fuppofées  telles , terminent  la  partie 

lome  III.  ^ r 


S I 


Eglife  de 
S. Louis  du 
Louvie. 


66  A R C H I T E C T U R E FRANÇOISE,  Liv.  V. 

fupérieure  , femble  exiger  qu’on  employé  de  la  fculpture  dans  la  décoration  cie 
leur  plafond  préférablement  à la  magie  de  la  Peinture  , quelque  bien  entendue 
quelle  foit.  Je  fens  bien  que  les  amateurs  de  cet  Art  citeront  pour  exemples  la 
plupart  des  édifices  de  réputation  exécutés  en  France  & en  Italie  , qui  lont  tous 
décorés  de  peintures , & quelques  autres  dans  lefquels  on  a employé  alternative- 
ment la  Peinture  &la  Sculpture  ; mais  indépendamment  de  beaucoup  d’autres  édi- 
fices que  nous  pouvons  leur  oppofer , où  la  Sculpture  feule  prefide  , ne  doit-on  pas 
établir  pour  régie  fondamentale  que  dans  la  conftruélion  des  monumens  confacrés 
à la  pofterité , la  convenance  doit  avoir  le  pas  fur  tout  ce  que  1 art  a de  plus  fe- 
duifantîOr  la  Sculpture , ayant  pour  bafe  l Arcbiteélure  , n annonce-t-elle  pas  plus 
de  réalité  que  la  Peinture?  Donc  il  eft  plus  convenable  d’employer  l’art  du  Sculp- 
teur que  celui  du  Peintre  , principalement  pour  1 embelli llement  des  voûtes,  qui  pie- 
fentant  toujours  une  conftruélion folide , femblent  devoir,  pour  fe  tenir  en  equilibie, 
n’être  pas  percées  indiftinélement  à jour  par  des  fujets  aériens  qu  un  Peintre  habi- 
le affeéle  de  repréfenter  par  des  attributs  céleftes , lefquels,  quoique  eftimables 
féparément , femblent  donner  une  faüiïe  idée  du  tout  enfemble.  Au  relie  cette 
refléxion  propofée  ici  ne  fait  pas  loi , & quoique  dans  des  conférences  publiques , 
dans  lefquelles  nous  avons  plus  d’une  fois  agité  cette  queftion  , elle  ait  été  goûtée 
de  quelques-uns,  nous  laiffons  aux  hommes  éclairés  & impartiaux  à la  décider, 
obfervant  néanmoins  que  la  néceffité  de  n’admettre  dans  nos  produdions  rien 
que  de  vraifemblable  , femble  exiger  qu’on  y fade  quelque  attention. 

Coupe  Cm  la  longueur  de  ï Eglife,  prife  dans  la  Planche  Première  fur  la  ligne  CD. 

1 J Planche  IV. 

Cette  coupe  donne  à connoîtrc  la  décoration  intérieure  d un  des  cotes  de  1 E- 
glife  vue  fur  fa  longueur.  Un  grand  Ordre  de  pilaftres  Corinthiens  , couronne 
d’un  entablement  régulier , orne  tout  le  pourtour  de  ce  monument  au  rez-de- 
chauiïee.  Cet  Ordre  Corinthien  eft  d’une  proportion  très-reguliere  , & fes  chapi- 
teaux faits  à l’imitation  de  ceux  de  l’intérieur  du  Val-de-Graces,  que  M.  Germain 
a pris  pour  modèles , comme  un  des  plus  parfait  dans  ce  genre.  La  net  eft  dé- 
corée dans  fon  milieu  d’une  grande  arcade  , dans  laquelle  on  érige  la  chapelle  de 
la  Vierge.  Cette  arcade  fimétrife  avec  celle  qui  lui  eft  oppofée  , qui  contiendra 
le  tombeau  du  Cardinal  de  Fleury.  A coté  de  cette  grande  arcade , dans  de  plus 
petits  entre-pilaftres , font  d’autres  arcades  renfermant  des  chapelles  particulières 
dont  nous  avons  parlé  ci-devant , au-deflùs  defquelles  font  des  tribunes  qui  ne  lail- 
fent  pas  que  de  contribuer  à contenir  un  plus  grand  nombre  de  perfonnes  , cette 
Eglife  étant  peu  fpacieufe.  Le  chœur  eft  auffi  décoré  de  pilaftres  Corinthiens , au 
bas  defquels  régné  feulement  un  lambris , où  font  adaptées  les  ftalles.  \ ers  le  mi- 
lieu fe  voit  la  coupe  du  Maître-Autel  qui  eft  ifolé  & décoré  à la  Romaine. 

Cette  Eglife  eft  fort  éclairée , ainfi  qu’on  peut  le  remarquer  par  les  vitraux 
pris  dans  la  voûte  , & quoique  d’une  grandeur  inégale  , ils  ne  pêchent  en  rien  con- 
tre la  fimétrie  , leurs  oppofés  étant  femblables  & paroiffant  aflùjettis  a 1 ordonnance 

de  deiïous.  , r 

Nous  finirons  cette  defeription  en  remarquant  qu’à  l’exception  des  formes  tour- 
mentées du  portail , le  plan  de  ce  monument , les  décorations  intérieures , la  dis- 
tribution des  ornemens , l’élégance  des  contours,  les  attributs,  les  a egories 
enfin  le  goût  exquis  qui  régné  dans  plufieurs  de  fes  parties , font  autant  d exem- 
ples à imiter , malgré  ce  que  la  jaloufie  de  quelques-uns  en  a publie  juiqu  ici , dans 
l’opinion  où  ils  font,  qu’il  fuffit  de  s’être  décore  du  titre  dArcliite  e fP°ul  Lta- 
infaillible , & que  tous  ceux  qui  n’en  exercent  pas  ouvertement  la  proiel  ion  , ne 
peuvent  mériter  quelque  eftime. 


A R C H I T E C T U R E FRAN’Ç  OISE,  Liv.  V. 


67 


CHAPITRE  XIII. 


Defcription  des  bâtimens  de  la  Bibliothèque  du  Roi , me  de  Richelieu  ; 
de  la  Bourfe , rue  Vivienne  ; iX  de  la  Compagnie  des  Indes  , rue 
neuve  des  Petits-Champs. 

OBSERVATIONS  GENERALES 

SUR  CES  DIFFERENS  HATIMENS. 

N trouvera  fans  doute  plulîeurs  parties  négligées  dans  la  diflribution  du  plan  BMoihw 
de  la  Bibliothèque  que  nous  donnons  ici,  & on  fendra  fans  peine  que  la 
communication  des  différentes  pièces  qui  font  du  reffort  d’un  pareil  édifice,  au- 
rait pû  etre  mieux  entendue , & difpofée  d’une  maniéré  plus  rélative  à leurs 
befcins  ; mais  indépendamment  qu’il  ne  fut  pas  primitivement  érigé  pour  y placer 
la  Bibliothèque  du  Roi , il  eft  bon  d’obferver  que  les  corps-de-logis  qui  le  com- 
pofent , ont  été  élevés  à différentes  reprifes  & pour  divers  ufages.  De-là  le  peu 
de  relation  qu’on  y remarque,  quoiqu’on  en  doive  naturellement  exiger  beaucoup 
dans  un  bâtiment  de  l’elpece  de  celui  dont  nous  parlons,  principalement  lorfque  le 
projet  eft  compofé  exprès , & qu’il  eft  confié  à la  capacité  d’un  homme  intelligent. 
Cependant,  malgré  les  irrégularités  que  nous  fommes  obligés  d’avouer  dans  la  dif- 
pofition  générale  de  cet  édifice  , nous  avons  crû  devoir  l’inférer  dans  ce  recueil  donc 
l’objet  eft  de  préfenter  aux  amateurs  les  différens  genres  de  bâtimens  civils  élevés 
dans  cette  Capitale  , avec  d’autant  plus  de  raifon  d’ailleurs  , que  ce  monument  con- 
tient la  plus  belle  colleétion  de  livres , de  médailles  , & d’eftampes  qui  foin  en  Eu- 
rope. 

Ces  bâtimens  compofoient  anciennement  une  partie  de  l’Hôtel  Mazarin , échu 
en  partage  au  Duc  de  Nevers  : ils  en  portèrent  le  nom  pendant  long-fems.  Dans 
la  fuite  le  Roi  en  fit  l’acquifition  , & on  y plaça  la  banque.  En  1721  , Sa  Majefté 
ordonna , par  un  Arrêt  de  fon  Confeil , qu’on  tranfportât  fa  Bibliothèque  (a)  dans 


(a)  Notre  objet  n’efi  pas  de  donner  ici  l’hiftoire  dé- 
taillée de  cette  Bibliothèque  , mais  de  parler  d’une  ma- 
niéré fuccinte  des  divers  accroiflemens  qu’elle  a reçu  fous 
les  différens  régnés  de  nos  Rois.  Les  perfonnes  qui  feront 
curieufes  de  Mémoires  hiftoriques  concernant  cette  im- 
menfe  colleétion  , trouveront  de  quoi  fe  fatisfaire  ample- 
ment dans  la  première  Partie  du  Catalogue  des  Livres  de 
la  Bibliothèque  du  Roi , publiée  en  1739  , & imprimée  à 
Paris  a l’Imprimerie  Royale.  C’eft  de  ce  Catalogue  , qui 
aura  environ  20  volumes  in-folio, que  j’ai  tiré  l’extrait  que 
je  vais  donner,  M.  Melot , l’un  des  Gardes  de  cette  Bi- 
aliotheque,  ayant  bien  voulu  m’en  communiquer  le  pre- 
mier Volume. 


fi 


Plufieurs  Auteurs  attribuent  l’origine  de  cette  Biblio- 
thèque ( harlemagne , mais  on  croit  plus  communé- 
ment qu  elle  eft  due  au  Roi  Jean , qui  laifla  à Charles  V. 
fon  fils  , un  petit  nombre  de  livres  , que  celui  ci  augmenta 
jufqu’à  910  volumes. Ce  qu’il  y a de  certain, c’eft  que,  vers 
1 SI  3 > cette  Bibliothèque  fut  placée  dans  une  des  tours 
du  Louvre, lous  la  garde  de  Gilles  Mallet, V alet  de  Cham- 
bre de  ce  Prince. 

Après  la  mort  de  ce  Roi  elle  fut  difperfée  , & la  plus 
grande  partie  des  livres  qui  la  compofoient  fut  empor- 
tée en  Angleterre  par  le  Duc  de  Belfort , alors  Régent  du 
Royaume  pour  les  Anglois. 

Louis  XI , vers  l’an  1479,  forma  une  nouvelle  Bi- 
bliothèque , qui  à la  faveur  de  l’Imprimerie  inventée  dans 


ce  tems  s’accrût  beaucoup , fous  la  garde  de  Laurent 
Palmier. 

Charles  VIII , fon  fils  , y joignit  les  livres  de  la  Bi- 
bliothèque de  Naples  qu’il  avoit  fait  apporter  en  France 
après  la  conquête  de  ce  Royaume. 

Deux  Princes  de  la  Maifon  d’Orléans  , Charles  d’Or- 
léans, &c  Jean , Comte  d’Angoulême  , formèrent  deux  Bi- 
bliothèques , l’une  à Blois , l’autre  à Angoulêm  \ 

Louis  XII  réunit  ces  deux  Bibliothèques  à Blois,  & 
les  augmenta  confidérablement , deforte  que  cette  collec- 
tion devint  l’admiration  de  la  France  & de  l’Italie  , fous 
la  garde  de  Jean  de  La  Barre. 

Iran  fois  I , vers  1 944  , incorpora  cette  Bibliothèque 
a celle  qu’il  avoit  commencé  déformera  Fontainebleau 
fous  la  garde  de  Matthieu  Labifj'e  , & qui  étoit  compo- 
fée  de  manuferits  Grecs  & Latins  &:  de  ceux  des  Princes 
de  la  Maifon  de  Bourbon.il  paroît  qu’il  négligea  d’y  infé- 
rer les  livres  imprimés  de  fon  tems  , car  dans  les  Catalo- 
gues que  nous  avons  de  cette  Bibliothèque  , on  ne  trou- 
ve que  200  vol.  imprimés , en  y comprenant  ceux  de  la 
Bibliothèque  de  Blois.  François  1.  créa  en  faveur  de  Guil- 
laume Bude  , une  charge  de  Bibliothécaire  en  chef,  fous 
le  titre  de  Maître  de  la  Librairie  , nom  qui  fe  donne  en- 
core dans  les  proviûons  à ceux  qui  font  pourvus  de  cet- 
te place.  Cette  garde  dans  la  fuite  fut  confiée  à Pierre 
Du  Chatel. 

Henri  II  , fuccefleur  de  François  I , ordonna  , vers 


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" ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.VÎ 

Bi:j':oihe-  cet  Hôtel , de  forte  qu’âujourd’hui  on  le  nomme  Bibliothèque  du  Roi,  amfi _qu’on 
le  remarque  par  une  infcription  fur  la  porte  d entree , rue  de  Richelieu,  conçue  en 

ces  termes  : 

BIBLIOTHEQUE  DU  ROI. 

On  a joint  dans  le  plan  du  rez-de-chaulfée  de  cette  Bibliothèque  celui  des  bâ- 


ij  y 6,  aux  Libraires  de  fournir  à la  Bibliothèque  du  Roi 
un  exemplaire  de  tous  les  livres  qu’ils  imprimeroient  avec 
privilège  , ce  qu’on  avoit  néglige  jufques-là.  lierre  Du 
Châtel  fut  conlervé  par  Henri  il.  lierre  de  Montdoré 
lui  fucceda. 

Cette  Bibliothèque  relia  languiffante  fous  Henri  III , 

& ne  fut  augmentée  que  des  livres  imprimés  avec  privi- 
lège. Après  de  Montdoré  , ce  fut  Jacques  Amiot , qui  fut 
Maître  de  la  Librairie.  Il  fe  fit  un  plaifir  de  procurer  aux 
Sçavans  l’entrée  de  la  Bibliothèque.  Après  fa  mort , ar- 
rivée en  1JP3  , ce  fut  Jacques- Augujle  de  Thon  fi  célé- 
bré par  l’Hiftoire  de  fon  tems. 

Henri  IV,  vers  ijpj  , fit  tranfporterà  Paris  la  Biblio- 
thèque de  Fontainebleau , tant  à caufe  des  troubles  qui 
divifoient  alors  le  Royaume  , que  parce  que  la  plupart 
des  Sçavans  n’étoient  pas  à portée  d’en  jouir  commodé- 
ment, & il  la  fit  placer  au  College  de  Clermont.  Vers 
le  meme  tems  on  y joignit  la  Bibliothèque  de  Catherine 
de  Médich  compofée  de  800  manuferits  fort  rares  & la 
plupart  Grecs  , fous  la  garde  du  Préfident  de  Thou  , qui 
avoit  fuccedé  à Augujle  de  Thou  , fon  pere.  En  1 604 
cette  Bibliothèque  tut  tranfportée  dans  une  grande  faite 
du  cloître  des  Cordeliers,  fous  la  garde  à’Ifaac  Cafaubon , 
qui  en  fut  chargé  jufqu’à  la  mort  de  Henri  IV. 

Sous  Louis  XIII,  elle  fut  enrichie  de  manuferits  Sy- 
riaques , Turcs , Arabes  , Perfans , &c.  fans  compter  les 
livres  imprimés  avec  privilège.  Elle  fut  alors  , du  cloître 
des  Cordeliers  , tranfportée  rue  de  la  Harpe,  au-detfus  de 
Saint  Cofme  , dans  une  grande  maifon  , près  de  ces 
Religieux.  On  y {Jiftribua  les  livres  dans  le  rez-de-chauf- 
fée  & dans  le  premier  étage  , ce  qui  la  fit'  appeller  la  hau- 
te & la  baffe  Librairie. 

C’étoit  alors  Nicolas  Rigault , qui , fous  la  minorité 
de  François  de  Thou  ; fils  aîné  du  Préfident , exerçoit  la 
charge  de  garde  de  la  Librairie  ; mais  l’ayant  quittée  en 
163}  , il  fut  remplace  par  Mrs.  Pierre  & Jacques  Du- 
puis , parens  de  M.  de  Thou , qui  fut  Maître  de  la  Librairie 
jufqu’en  1 642  , où  il  fut  décapité.  . 

Sous  Louis  XIV,  en  1 643  , M.  Jerome  Bignon  fuc- 
ceda à M.  de  Thou  ; il  conferva  Mrs.  Dupuis  dans  la 
place  de  gardes  de  la  Bibliothèque  , & il  fit  recevoir  Jero- 
me Bignon,  fon  fils, en  furvivance  de  Maître  de  la  Librairie. 
Aux  Sieurs  Dupuis,  qui  moururent  l’un  en  i5ji , & 
l’autre  en  1 65-6,  fucceda  Nicolas  Colbert , .nommé  en 
1661  à l’Evêché  de  Luçon  ; il  céda  fa  place  a M.  Col- 
bert fon  ffere  , Sur-Intendant  desbâtimens  du  Roi. 

La  Bibliothèque  étoit  toujours  dans  la  rue  de  la  Har- 
pe , & ne  contenoit  qu’à  peu  près  1 6746  volumes , tant 
manuferits  qu’imprimés.  On  y âjouta  dans  la  fuite  & apres 
la  mort  du  Cardinal  Mazann , les  manuferits  de  Brien- 

”f’En  1 666 , M.  Colbert  fit  tranfporter  cette  Bibliothè- 
que de  la  rue  de  la  Harpe  dans  la  rue  Vivienne  , & la  fit 
placer  dans  deux  maifons  qui  lui  appartenoient , & qui 
étoient  près  de  fon  Hôtel.  En  1 567  , on  y j01gnlt  ca‘ 
binet  des  médailles  & les  livres  qui  étoient  au  Louvre , 
le  recueil  d’eftampes  de  l’Abbé  de  Marolles  en  224 
volumes  , que  le  Roi  venoit  d’acheter , & qu’il  gardoit 
dans  foncabinet , le  tombeau  de  Childeric , les  manuf- 
crits  du  Cardinal  Mazarin  , & une  infinité  d’autres 
livres , tant  de  France  que  des  Pays  étrangers  ; deforte 


que  pendant  l’efpace  de  huit  années  cette  Bibliothèque 
augmenta  du  double  ; car  lèlon  une  lettre  de  M.  de  Thou  , 
Ambaffadeur , Petits-fils  du  Préfident , écrite  a M.  Pierre 
de  Carcavi , garde  de  la  Bibliothèque  du  Roi , on  voit 
qu’elle  contenoit  30000  volumes.  ( Voyez  Cette  lettre 
page  3 5 du  Mémoire  hiftorique  fur  la  Bibliothèque  du 
Roi  , dans  la  première  Partie  du  Catalogue  imprime  en 
1 730  , dont  nous  avons  déjà  parlé.  ) Nous  ne  rapporte- 
rons point  ici  une  infinité  d’acquifitions  qui  depuis  ce 
tems  ont  contribué  à l’augmentation  de  cette  Bibliothè- 
que. Nous  remarquerons  lèulement  que  Louis  XIV,  en 
1 68  ï,  vint  la  voir  accompagné  des  Seigneurs  de  fit  Cour , 

& qu’il  honora  de  fa  prélence  une  des  affemblées  de  1 A- 
cadémie  des  Sciences , qui  fe  tenoient  alors  dans  cette 
Bibliothèque.  . __  M , 

Après  la  mort  de  M.  Colbert , arrivée  en  1 683  , M.  de 
Louvois  , Sur-Intendant  des  bâtimens  , exerça  la  meme 
autorité  que  fon  prédèceffeur , & l’Abbe  Gallois  luc- 
céda  à M.  Carcavi.  Après  M.  Gallois  , ce  fut  Nicolas 
Clément , enfuife  Melchifedec  Thevenot , qui  fut  commis 
à la  garde  de  la  Bibliothèque,  & M.  Clement  travailla  au 
Catalogue  de  cette  immenfe  colleéfion.  M.  de  Louvois 
fongeoit  alors  à loger  cette  Bibliothèque  à la  Place  de 
Vendôme  , que  l’on  bâtiffoit  en  1687  (\oyez  la  Note 
(a)  du  Chap.  XXI.  de  ce  volume)  mais  la  mort  de  ce 
Miniftre  arrivée  en  1 65)  1 , fit  évanouir  ce  projet.  Ce  lut 
M.  l’Abbé  de  Louvois  , qui  fut  nommé  à fa  place  maî- 
tre de  la  Librairie,  & M.  Clement , dont  nous  venons  de 
parler  , reprit  fa  fonélion  de  garde , que  Melrhijedec 
Thevenot  venoit  de  quitter.  Après  la  mort  àe  M-  Uement, 
arrivée  en  1712,  cette  place  fut  donnée  à M.  lAbbe 
de  Tarpni.  _ . ,.,  r 

La  magnificence  de  Louis  X1P  , la  protection  qu  i e 
fit  gloire  d’accorder  aux  beaux  Ans  & aux  Sciences  , 
contribuèrent  le  plus  à rendre  cette  Bibliothèque  une  des 
plus  nombreufes  de  l’Europe.  A la  monde  ce  1 rince, ar-  , 
rivée  en  1 7 i y , elle  renfermoit  70000  volumes. 

Sous  la  minorité  de  Louis  XV , M.  le  Duc  d Orléans, 
Régent  du  Royaume  , n’épargna  rien  pour  la  rendre  en- 
core plus  complette.  ... 

Tant  de  nouvelles  acquifitions  firent  bientôt  connottre 
que  les  deux  maifons  de  la  rue  Vivienne  ne  fufHoient 
plus  pour  contenir  cette  Bibliothèque.  Du  tems  du  lu. 
l’Abbé  de  Louvois , on  s’ étoit  propofé  de  la  tranfporter 
dans  la  grande  gallerie  du  Louvre  ; mais  l’arrivée  de  1 In- 
fante d’Efpagne  , qui  devoir  demeurer  dans  ce  Balais , 
dérangea  ce  projet.  Ce  ne  fut  qu’en  1721  que  M.  1 Ab- 
bé Bignon,  qui  avoit  fuccédé  à M.  1 Abbé  de  Lounotf , 
engagea  M.  le  Duc  i’Orltam  à la  placer  a l Hôtel  de 
Nevers , rue  de  Richelieu  , oit  avoit  été  la  banque  , 
où  elle  paraît  être  fixée  d’une  maniéré  fiable.  CerteBi- 
bliotheque  contient  actuellement  plus  de  1 yoooo  vo- 
lumes , y compris  40000  manuferits  , & comme  nous  1 a- 
vons  dm  a obfervé , elle  efi  compofée  d une  infinité  de 
livres  très-rares  & d’un  très-grand  prix  , dont  neanmoins 
nous  ne  parlons  point  dans  cet  extrait , le  Catalogue  de 
cette  fameufe  Bibliothèque , qu’on  imprime  aéhtellement  , 
en  faifant  mention,  & ce  détail  ne  nous  ayant  déjà 
mené  que  trop  loin.  . . , 

C’eft  de  cette  Bibliothèque  que  nous  donnons  ici  ks 
plans , dans  la  defeription  defquels  nous  aurons  occahon 

timens 


pf  |ï  ; 

ijill  1 1 

L ijîii-  f Al.  ; 

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ARCHITECTURE 


FRANÇOISE,  Lu.  V. 


timens  connus  fous  le  nom  de  la  Compagnie  des  Indes  Si  delà  Bourfe  (b)  , dont 
lun  a fa  principale  entrée  dans  la  rue  Neuve  des  Petits-Champs  , l'autre  dans  la 
rue  Vivienne , parce  que  ces  [trois  édifices  appartiennent  au  Roi , & font  liés 
de  maniéré  que  nous  avons  crû  faire  plaifir  de  les  rendre  publics  ; d'ailleurs  la 

zlr‘mSme  ^ ^ & la  B0U’^  °nt  f°nillé  l0nS-t£ms  1,autre  Partie  da  Palais  Ma- 

Ces  deux  derniers  bâtimens, quant  à leur  diftribution/ent  dans  le  cas  du  précédent, 
ceft  a du e,  que  n ayant  pas  ete  originairement  érigés  pour  les  ufures  auxauels  iis 
font  défîmes  aujourd'hui,  il  leur  manque  beaucoup  de  commodités^  & ils  n»  pré- 
sentent que  tres-imparfaitement  l’idée  qu’on  doit  fe  former  de  pareils  édifices 
dont  1 objet  principal  eft  dette  fpacieux,  d’avoir  de  grandes  cours  aérées,  & dont 

des  b T™  P,eu  élévës’  des  iifues  aifées , des  dégagemens , des  magafin" 

des  bureaux  des  gallenes  pour  les  différentes  communications  & pour  le  fi 
public  enfin  une  décoration  extérieure  qui  annonce  des  monumens  dignes  de 
la  Cap, taie  qui  les  renferme.  Nous  remarquerons,  à propos  de  ceux  d Jil 
femble  quen  France  on  n’apporte  pas  affez  d’attention  à l'édification  des  bârimen 
publics.  Prefque  tous  ceux  qui  fe  voyent  à Paris  méritent  le  même  reproche 
la  Monnoie  le  Grand  Confeil  l’Arfenal , l’Hôtel  de  Ville  , nos  Jurifdiélions  font 
autant  d édifices  a enger  a neuf  Nous  n’avons  point  de  bains  publics,  fi  utiles  dans 
une  grande  ville , & fi  faciles  à pratiquer  à la  faveur  de  la  rivière  qt  ipaifo  au  mi 
lieu  Nos  théâtres  font  petits,  leurs  iffues  trop  ferrées  ; point  d'Hôpnal  pour  Tes 
malades  , qui  foit  fitue  dune  manière  convenable  ; point  de  greniers' publ  es  cour 
la  provifion  dune  vilfe  fi  peuplée  : point  de  carrefours  ; la  plupart  des  rues  trop 
étroites,  aucune  fevente  pour  leur  alignement,  très-peu  de  belles  fontaines  d-s 
marches  mal  perces,  des  halles  des  ports  la  plûpart  fort  négligés,  un  grenier  à 
fel  trop  peu  fpacieux  nos  écoles  , nos  Académies  mal  diftribuées.  Enfin  fi 
Ion  excepte  quelques  Eghfes  deux  ou  trois  Places  publiques,  quelques  Znd 
Palais  la  promenade  des  Thuilleries , celle  du  Luxembourg  , & un  affezgrarinom- 
e dHoteis , cette  Capitale,  la  rivale  des  plus  grandes  & des  plus  belles  villes 
de  1 Europe,  ne  fe  mamfefte  gueres  parla  magnificence  de  fes  monumens.  D’ail- 
leurs ceux  qu  elle  renferme  n étant  pas  annoncés  par  des  avenues  direéïes  qui  en 
prefentent  le  coup  d œil  aux  Etrangers , ils  leur  échappent  en  quelque  forte,  & font 
prefqu  autant  d édifices  en  pure  perte  pour  qui  n’eft  pas  citoyen  ; de  maniéré  que 
toutes  les  Nations  qui  voyagent  parmi  nous , n’emportent  le  plus  fouvent  qu’une 
idee  tres-imparfaite  de  notre  Architeélure  & de  l’opulence  de  nos  bâtimens 
Il  eû  vrai  quon  fe  difpofe  a decorer  cette  grande  Ville  de  plufieurs  beaux 


de  parler  du  cabinet  des  eftampes , de  celui  des  médailles , 
des  globes , &c.  ainfi  nous  finirons  cette  légère  deferip- 
tion  , en  difant  que  c’eft  aujourd’hui  M.  Bignon  , Maître 
des  Requêtes  , de  l’Académie  Françoife  , & Honoraire  de 
celle  des  Infcriptions  & Belles  Lettres , Neveu  de  M.1’ Ab- 
bé Bignon  , qui  en  eft  Bibliothécaire. 

Il  a fous  lui  plufieurs  Sçavans  chargés  des  différens  dé- 
partemensde  cette  Bibliothèque.  Feu  M.  de  Boze , l’un 
des  Quarante  de  l’Académie  Françoife , & de  celle  des 
Inlcriptions  & Belles  Lettres  , avoir  la  Garde  du  cabinet 
des  médailles  & des  antiques  ; elle  eft  aujourd’hui  con- 
fiée à M.  1 Abbe  Barthelemi , qui  lui  a fuccedé  dans  cette 

P.  I , r n Vf  PAUL/  0-11'  T \ r P,  , 


, , .......v  y t m.  uc  1 n- 

cademie  des  Infcriptions  & Belles  Lettres , ont  la  garde 
des  manuferits  & des  livres  imprimés.  M.  l’Abbé  Joly , 
celle  du  cabinet  des  eftampes  , planches  gravées , poin- 
çons , matrices , caraéteres  , papiers  , &c.  Il  y a de  plus 
des  perfonnes  de  Lettres  attachées  à cette  Bibliothèque , 

Tome  III. 


rriïèe?jVAhhé  Ah,1’  Mrs-  & Vudas, 

1 Abbé  de  h nie, , rie  , &c.  Les  Inrerpretes  des  Lan- 
gués  Orientales  font  Mrs  Ai  main  } Foumiont , le  r v 
des  Hareterayes  , de  Guignes , & Bernard.  Pour  1 s Lan- 
gues Allemande,  SuedoiTe&Danoife,M.»s?„«0,„A , „ r 
te  Langues  Italienne  & Efpagnole.M.  l’Abbé  Elan- 

(i)  On  a pris  foin  dans  cette  planche  de  graver  par 
trots  differentes  tailles,  les  diverfes  diftributions  de  ces 
banmens;  tout  ce  qui  eft  rempli  à deux  tailles  , compo- 
se les  bâtimens  au  rez-de-chauffée  de  la  Bibliothèque, 
l out  ce  qui  eft  gravé  à une  feule  taille  , comprend  les 
bâtimens  de  la  Compagnie  des  Indes , & tout  ce  qui  n’eft 
rempli  que  par  une  taille  très-Iégére,  indique  la  diftri- 
bution  du  plan  de  la  Bourfe , non  compris  ce  que  tous 
ces  difterens  genres  de  bâtimens  contiennent  au  premier 
étage  dont  on  n’a  pas  donné  les  diftributions  fur  la 
riancheJl  a 1 exception  du  plan  de  la  Bibliothèque,  qui 
fait  1 objet  le  plus  intéreffant  de  ce  Chapitre. 


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RANÇOISE.Liv. 


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de  vaftesbâumens ^ doute  te  la  fuite  autant  de  rai- 

belliront  Paris  qui  nous  manquent.  Mais  je  crois 

“ E *2" “ Ï dl  L ««4*. . » faut  abfolument  fl™ 

devoir  taire  omervci  ; i , , i ï mnement  avec  plus  de  circonl- 

1*a“„g™J™Çr.e^et’lonl0mu  un.  clofe  * “»  ‘‘ 

s’en  conter  tous  leH  ‘ bâ  f des  maif0ns , dont  la  plupart  de  nos  Pro- 

'■«  f”“  d= k-" 

Flan  du  nz-dcchaujféa.  Planche  Première, 
i confient  trois  eenres  d’édifices  réunis  enfemble  , amll 

ou?"veCnonsPde  l’ibferver,  nous  allons  en  parler  féparement  pour  ne  pas  con- 
fondre leur  différente  deftination. 

Difiribution  au  rt«W#  **  hdtimem  de  la  ComPaSnie  des  hdes- 
Ton,  c.  gui  mga.de  1.  Compagnie  des  Me, J Æ3ïï£  SI- 

SE zxsszsx**  zttîsstt  cSfm'Sut 

Srr,  s ssrsi;  <*«  • <■« 

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ÏîErelÏ'd'eSm! ;'odrd“SStoae.Vi.b-'™..U-E.te,,,,«. 

nous .donnons  .Chapitre jXXm  . eft  entouré  de  bâtimens  à plufieurs  étages , 
L intérieur  de  cette  cour  p F.  , , rPI1l  t a décoration  extérieure 

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tréfor  , par  la  caiffe , quelques  magazm  , liment  de  la  Bourfe.  Le  premier 

corridor  qui  dégage  de  paît  c autic  ; communique  dans  les  apparte- 

étage, que  nous  ne  donnons  point  , sW  &comtnu  q^  de 

Sut  gZ"lL  dateblée’,  de  cabinets , de  dépôts  & de  logemens  pour 

les  chefs  des  differens  départemens  de  °™pufaRe  d’un  bâtiment  de  l’efpece 

Comme  ces  diftributions  n ont  pa  Commodités  cette  élégance 

de  celui  dont  nous  parlons,  on  n’y  trouvera  pas  ’pavons  rfmar. 

& cet  efpace  qu’il  femble  cet  édifice  tel 

que  plus  haut  , il  nous  a paru  q ?,/  ■ fur  cette  planche  le  nom 

qu’il  eft  à prefent,  furtout 

des  principales  pièces, pour  en  indiquer  1 ufage  é les  de  l’Art  & à la 

le  local  qu’on  trouve  ici , on  peut,  en  fe  loumettant  aux  g 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L i y.  V.  yt 

partie  de  la  diftribution  qui  fait  aujourd  hui  un  des  mérites  eifentiels  de  notre  ma- 
mere  de  bâtir  compofer  un  édifice  dans  le  même  genre,  mais  plus  convenable 
a les  beloins  & plus  coniorme  aux  principes  de  la  bonne  Architeaure. 


Dijlribution  au  rez-de-chaujjce  des  bâtimens  de  la  Bourfe. 

Ces  bâumens  confident  principalement  en  un  grand  préau  ou  jardin , pratiqué 
dans  une  cour  allez  fpacieufe.  Ce  préau  eft  planté  d’arbres , fable  & garni  de  bancs 
de  pierre.  Dans  une  partie  des  bâtimens  qui  environnent  ce  préau  , ell  diftribué 
un  periftile  a un  feul  étage , couvert  en  terralfe  & percé  d’arcades  toutes  ouver- 
tes au  rez-de-chaufiee , afin  de  s’y  mettre  à couvert  en  cas  de  pluye.  Ces  galle- 
nes  font  interrompues  dans  un  des  angles  de  cette  cour , la  Compagnie  des  Indes  , 
qui  eft  logee  fort  a letroit,  ayant  eu  befoin  de  cette  partie  de  gallerie  à laquelle 
elle  communique , auffi-bien  que  dans  le  préau  , par  la  porte  marquée  Q , pour  y 
faire  un  magafin  ou  dépôt  pour  le  caftor.  1 r ' 

Ces  gallenes  qui  femblent  avoir  été  érigées  depuis  peu  d'années , font  d’une  dé- 
coration allez  bien  entendue  ; mais  je  remarquerai  que  pour  avoir  voulu  éviter  la 
depenle  des  colonnes , & procurer  cependant  beaucoup  d’air  à ces  périftiles  , on 
a pratique  des  arcades  en  plein  ceintre  de  huit  pieds  de  largeur , feparées  & foûte- 
nues  par  des  piédroits  de  aj  pouces  de  largeur  fur  iS  d’épailTeur  qui  paroilTent 
trop - fragiles  , malgré  leur  folidité  réelle  ; tant  il  eft  vrai  que  la  yraifemblance 
eft  dune  neceffite  mdiipenfable  dans  la  conftruétion  des  édifices.  Cependant  , 
maigre  cette  confideration , j’ai  crû  devoir  faire  obferver  cet  exemple  , non  com- 
me une  autorité  à fuivre  indiftinétement,  mais  comme  une  conftruétion  la  plus  lé- 
gere  qu’il  fait  poffible  de  mettre  en  œuvre  dans  ce  genre  , eu  égard  au  poids  des 
baluitrades , des  planchers  & des  combles  en  terralfe  que  ces  portiques  foutien- 
nent,  & qui  tendant  à pouffer  au  vuide,  ne  fe  démentent  point  depuis  qu’ils 
font  eleves  ; deforte  que  fi  d un  côté  l’ordonnance  paraît  contraire  aux  principes 
de  la  décoration  , de  l’autre  cette  hardielfe  rélative  à la  nécelîîté  & à i’oeconomie  , 
fait  honneur  a 1 induftrie  de  l’Entrepreneur. 

A l une  des  extrémités  de  ce  périftile  eft  un  perron  marqué  R , par  lequel  on 
entre  a découvert  dans  une  première  piece  fervant  de  bureau  , & dans  la  gallerie 
de  la  Bourfe , qui  anciennement  étoit  une  des  galleries  du  Cardinal  Mazarin.  Cette 
gallerie  a été  interrompue  fur  fa  longueur  pour  procurer  quelques  bureaux  à la 
Compagnie  des  Indes , qui  par  ce  moyen  a une  ilfiie  libre  dans  cette  Bourfe  par 
une  antichambre  commune  à ces  bureaux  & à la  gallerie.  La  décoration  de  cette 
derniere  confifte  en  une  ordonnance  d’Architeéfure  & de  Sculpture  de  relief 
accompagnée  de  peintures  à frefque  faites  par  Giimaldi  Bolognefe.  On  remarqué 
de  la  purete  dans  les  profils  de  l’Architedlure  de  cette  gallerie , du  choix  dans 
les  compartimens , & une  allez  grande  quantité  de  figures  de  marbre,  dont  quel- 
ques-unes font  antiques , mais  la  plûpart  fi  mutilées  quelles  n’intérelfent  que  fai- 
blement. On  voit  dans  le  bureau  qui  occupe  une  des  extrémités  de  cette  grande 
piece , auffi-bien  que  dans  l’antichambre  , la  même  décoration  dont  nous  venons 
de  parler  , d’ou  il  eft  aifé  de  concevoir  la  dégradation  de  ce  monument , qui  à bien 
des  égards  , mentoit  d’être  confervé. 

L entree  principale  de  la  Bourfe  donne  du  côté  de  la  rue  Vivienne  ; elle  s’ouvre 
le  matin  certains  jours  de  la  femaine  , aux  Marchands  & aux  Banquiers , pour  le  com- 
merce de  1 argent  & des  billets.  Cette  efpece  de  bâtiment  s’appelle  affez  communé- 
ment Place , à Lion  Loge  ou  Change  , à Londres , à Anvers  , à Amfterdam , Bourfe , 
mais  par  ces  différens  noms  on  entend  toujours  des  édifices  deftinés  aux  mêmes  ufa- 
ges.  Ces  bâtimens , comme  nous  l’avons  déjà  remarqué  , doivent  être  fitués  avan- 


Bibliothè- 
que duRoi, 


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A RlHITECT  U R E F R A N Ç O I S E , L i v.  V. 

Bibüothe-  tageufcmcnt,  avoir  des  iffues  libres  & commodes  pour  le  décernent  des  équipa- 
ge uuftoi.  ges^  jes  cours  d’une  certaine  grandeur  , des  veftibules  ou  des  pénibles  couverts , des 
galleries,  des  bureaux,  enfin  une  promenade  particulière  , s’il  eft  poffible,  en  ob- 
fervant  que  fi  l’on  bâtit  dans  un  lieu  vafte , ces  bâtimcns  fcient,  autant  que  faire 
fe  peut  , tous  pratiqués  au  rez-de-chauflee , pour  procurer  un  accès  plus  facile  aux 
différentes  perfonnes  que  le  commerce  met  en  liaifon  les  unes  avec  les  autres. 

’ Eijlributioti  au  yez-de-chaujjee  des  bcitimcns  de  la  Bibliothèque  du  Roi, 

La  cour  de  cet  édifice  eft  affez  ccnfidérable  , mais  fa  proportion  vicieufe  & le 
peu  de  fimétrie  de  les  bâtimens  ne  peuvent  etre  autorifes.  Les  piédroits  marques 
A annoncent  cependant  qu’on  avoit  voulu  continuer  un  mur  de  feparation  pour 
divifer  fa  grande  longueur,  8c  faire  un  jardin  de  la  plus  grande  partie  , 8c  une 
cour  principale  de  la  plus  petite  5 mais  la  décoration  difïemblable  de  fes  murs  de 
face  eft  un  défaut  qui  ne  peut  fe  tolérer  dans  un  édifice  d importance , a moins 
que , comme  nous  l’avons  déjà  obferve  , la  neceflite  de  faire  de  cette  maifon  un 
bâtiment  public  , en  attendant  une  cccafion  plus  favorable , ne  puilïeici  fervir  d ex— 
eu  fie.  Aufîi  fans  avoir  égard  aux  défauts  que  nous  ferions  obligé  de  remarquer  dans 
ce  bâtiment , par  rapport  à l’ordonnance , la  fimétrie  , la  proportiqn  8c  la  diftri— 
buticn  , nous  nous  attacherons  feulement  à donner  une  idée  des  differens  départe- 
mens  qui  font  néceilaires  à une  Bibliothèque,  8c  dont  la  plus  grande  partie  fe  trouve 
dans  ce  bâtiment  avec  beaucoup  de  grandeur  8c  de  magnificence. 

Tout  ce  rez-de-chauffée  eft  deftiné  à différentes  pièces  fervant  à des  bureaux , 
magafins , atteliers , 8c  à d’autres  ufages  du  reffort  d’un  bâtiment  de  cette  efpece. 
Deux  grands  efcaliers  marqués  B,  C,  précédés  de  veftibules , montent  au  premier 
étage  8c  font  fitués  de  maniéré  que  chacun  communique  à l’ extrémité  des  galle- 
ries , dans  lefquelles  font  placés  les  livres , au  premier  étage.  Les  pièces  D renfer- 
moient  ci-devant  les  cabinets  des  eftampes , mais  ils  viennent  d’être  diftribues  en 
e itrefols  (y)  au-deflus  des  pièces  marquées  E , 8c  l’on  y monte  par  l’efcalier  F. 
Ces  pièces  D contiennent  aujourd’hui  les  preffes,  les  papiers  d’imprelïïon , les 
doubles  des  épreuves,  8cc. 


(c)  Voyez  la  diftribution  de  ces  cabinets  donnée  répa- 
re ment  Figure  II.  fur  la  planche  dont  nous  parlons,  & 
leur  développement  intérieur  dans  la  planche  IV, coupe  F, 
où  ces  pièces  font  marquées  A.  Ces  cabinets , comme  nous 
l’avons  déjà  obfervé , font  fous  la  garde  de  M.  l’Abbé 
Joly  , homme  de  beaucoup  de  mérite  & d’une  affabilité 
dont  il  feroit  à fouhaiter  que  toutes  les  perfonnes  chargées 
de  dépôts  femblables  fuffent  pourvues.  Ils  contiennent 
4000  volumes  divifés  en  12  claffes , dans  lefquelles  font 
compris  les  eftampes  du  cabinet  de  M.  de  Marolles , 
acquifes  parle  Roi  en  1667,  celles  du  cabinet  de  M- 
le  Marquis  de  lieringhen  , acquifes  par  le  Roi  en  1730, 
celles  du  cabinet  de  M.  de  Guigneres , léguées  au  Roi 
en  17..  Ces  claffes  font  défignées  par  autant  de  lettres 
de  l’Alphabet. 

La  première  claffe , ou  lettre  A , comprend  les  œuvres 
des  Peintres , Sculpteurs  , Architeétes  , Ingénieurs  , Gra- 
veurs , & des  recueils  d’eftampes  en  livres  , ou  en  porte- 
feuilles rélati.'s  aux  œuvres. 

La  fécondé  claffe , ou  lettre  B , contient  des  livres 
d’eftampes  de  piété, de  morale, emblèmes  5c  devifes  facrées. 

La  troifieme  claffe  , ou  lettre  C,  contient  des  livres  qui 
traitent  de  la  fable  Ôc  des  antiquités  Grecques  & Romai- 
nes , &c. 

La  quatrième  claffe  , ou  lettre  D , renferme  des  livres 
qui  traitent  de  la  généalogie , chronologie , blafon  ôc 


armoiries , médailles  & monnoyeS. 

La  cinquième  claffe  , ou  lettre  E , comprend  des  fê- 
tes publiques , entrées  de  villes  , cavalcades  , tournois 
& caroufels  qui  fe  font  donnés  en  divers  pays. 

La  fixieme  claffe  , ou  lettre  F , contient  des  pièces  qui 
traitent  de  la  Géométrie  , des  machines  , des  Mathémati- 
ques, des  exercices  militaires  de  terre  ôc  de  mer,  & d’autres 
pièces  touchant  les  arts  & métiers. 

La  feptieme  claffe  , ou  lette  G , contient  quelques  ro- 
mans Ôc  porte-feuilles  de  facéties , plaifanteries  & bouf- 
foneries. 

La  huitième  claffe  , ou  lettre  H , contient  des  livres  d’A- 
natomie  & autres  parties  de  l’Hiftoire  naturelle.  On  a fait 
un  Catalogue  a part , fuivant  le  fyfléme  de  Tourne  fort , des 
‘ volumes  de  plantes  peintes  en  mgnuture , attendu  qu'ils 
augmentent  d’année  en  année. 

La  neuvième  claffe  , ou  lettre  I , eft  formée  par  une 
fuite  de  porte-feuilles  de  Géographie. 

La  dixième  claffe  , ou  lettre  K , contient  une  fuite  de 
porte-feuilles  remplis  de  pièces  Topographiques  gravées 
ou  defîinées  à la  main. 

La  onzième  claffe  , ou  lettre  L , comprend  une  collec- 
tion de  portraits , divifée  par  pays. 

La  douzième  ôc  derniere  clafle  , ou  lettre  M , contient 
un  recueil  de  modes , ou  d’habillemens  de  la  Monarchie 
Françoife  depuis  Clovis. 

Les 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  Y. 

Les  pièces  marquées  G , H , font  les  atteliers  occupés  ci-devant  par  Mrs.  Nat-  Bibüothçi 
tons  & Boucher,  & aujourd’hui  par  Mrs.  Pierre  & liejlout , Peintres  de  S.  M.  ^ sueinRou 
de  l’Académie  Royale  de  Peinture  & de  Sculpture.  Les  pièces  I fervent  de  bu- 
reaux , c’ell  où  l’on  compofe  les  Catalogues , où  fe  tiennent  les  Commis , Scri- 
bes , &c. 

Dans  l’une  de  ces  pièces  on  a vu  pendant  long-tems  les  modèles  des  differens  bâti- 
naens  faifant  l’objet  del’Archite£lureNavale(d),exécutés  fous  la  conduite  de  M.  Duha- 
mel, & qui  aéluellement  font  tranfportés  au  Louvre,  attenant  l’Académie  des  Sciences. 

La  piece  K eft  une  Chapelle  où  l’on  dit  la  Meife  feulement  les  Dimanches  & les 
Fêtes.  Sa  décoration  eft  fort  fimple , elle  eft  , ainft  que  toute  cette  aile  de  bâtiment, 
voûtée  en  ceintre  furbailfé  avec  des  arcs  doubleaux , foûtenus  à leur  naiifance  par 
de  fort  greffes  corniches  d'un  profil  très  pelant , mais  correél.  ( Voyez  la  coupe 
d’une  de  ces  pièces  marquée  B dans  la  Planche  III.  ) La  piece  qui  précédé  cette 
Chapelle  eft  une  antichambre  qui  a fa  principale  ilfue  parle  Dallage  L,  qui  don- 
ne entrée  à tout  cet  édifice  , & dont  la  porte  , qui  eft  d’une  alfez  belle  ordonnan- 
ce , eft  placée  rue  de  Richelieu. 

La  piece  marquée  M fut  conftruite  en  1731  , pour  y placer  deux  globes  com- 
pofés  & exécutés  par  le  Pere  Coronelli , qu’on  a vus  long-tems  à Marly , & qui  fu- 
rent confacrés  a.  Louis  le  Grand  par  le  Cardinal  d’Eftrée  1.  Ces  globes,  qui  ont  ir 
pieds  1 1 pouces  & demi  de  diamètre  , feront  placés  de  maniéré  que  les  pieds  & 
un  des  hemifpheres  doivent  être  vûs  dans  la  hauteur  de  la  piece  dont  nous  par- 
lons , & l’autre  hemifphere  dans  la  piece  de  delfus , les  planchers  étant  percés  cir- 
culairement  & horizontalement  (e)  , afin  que  ceux  qui  voudront  examiner  ces  glo- 
bes , puilfent  les  voir  commodément  ; mais  depuis  qu’on  les  a apportés  de  Marly  , 
ils  font  reliés  encaiftes  , & ne  font  point  encore  expofés  à la  vue  des  Connoiifeurs , 
quoique  Butterfield  ait  conftruit  de  grands  cercles  de  bronze  de  r 3 nieds  de  diamètre, 
qui  en  font  les  horizons  & les  méridiens , lefquels  font  dépofés  féparement  dans  la 
piece  marquée  S,  attenant  la  Chapelle.  Sans  doute  on  ne  privera  pas  encore  longtems 
le  public  d’une  curiofité  fi  peu  commune  , & qui  ayant  coûté  tant  de  dépeniè  , mé- 
rite bien  qu’on  en  rende  l’accès  facile.  Cette  piece  eft  éclairée  aux  deux  extrémi- 
tés par  des  croifées  qui  donnent  fur  des  cours  particulières,  dont  les  murs  peu  éle- 
vés procureront  une  lumière  favorable  à l’étude  qu’exige  cet  examen  important. 

Les  bâtimens  dont  nous  venons  de  parler , font  terminés  à gauche  par  la  rue 
Colbert , qui  traverfe  de  la  rue  de  Richelieu  dans  la  rue  Vivienne.  De  l’autre 
côté  de  cette  rue  , eft  un  bâtiment  particulier  appartenant  à S.  M.  dans  le  pre- 
mier étage  duquel  cil  placé  le  cabinet  des  médailles , auquel  on  monte  par  l’efi- 
calier  N.  Nous  parlerons  de  ce  cabinet  en  expliquant  la  planche  fuivante  ; nous 
dirons  feulement  ici  que  pour  rendre  ce  cabinet  de  plain-pied  avec  la  Bibliothèque, 
au  premier  étage  , on  a voûté  un  grand  arc  en  plein  ceintre  dans  la  rue  Col- 
bert. Cet  arc  procure  une  communication  de  niveau  à ces  deux  bâtimens.  Dans  la 
même  rue  , & à côté  de  ce  petit  bâtiment  en  eft  un  autre  fervant  de  logement  pour 
M.  l’Abbé  Joly , garde  du  cabinet  des  eftampes , pour  M.  l’Abbé  Barthelcmi , garde 
du  cabinet  des  médailles , & pour  M.  de  la  Cour  , Tréforier  de  la  Bibliothèque 
du  Roi. 

Le  logement  de  M.  Bignon,  Maître  des  Requêtes  & Bibliotequaire  de  S.  M. 
eft  compris  dans  les  bâtimens  qui  environnent  la  cour  T.  Cette  cour  a fa  prin- 
cipale entrée  par  la  rue  Neuve  des  Petits-Champs,  & une  communication  avec  la 
cour  V , qui  dégage  par  l’efcalier  F , fervant  à monter  au  cabinet  des  eftampes , & qui 
donne  dans  le  velïibule  du  grand  efcalier  B , qui  conduit  à la  Bibliothèque. 

(J)  Nous  parlerons  de  ces  modèles  dans  le  Chapitre  I.  (e)  Voyez  l’intérieur  de  ces  pièces  marqué  A dans  la 
duQuatrieme  Volume,  en  décrivant  le  Louvre.  coupe  , Planche  111, 

Tome  III,  T 


Bibliothè- 
que duRoi. 


74  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

Ces  bâtimens  contiennent  auffi  des  appartemens  pour  M.  l’Abbé  Sallier  &fM.  Me- 
lot  , gardes  de  la  Bibliothèque  du  Roi , pour  M.  Le  Febvre  , qui  en  eft  le  Se- 
crétaire , &c. 

Flan  du  premier  étage  de  la  Bibliothèque  du  Roi.  Planche  II. 


On  arrive  au  premier  étage  par  le  grand  efcalier  A ( marqué  B dans  le  plan 
du  rez-de-chauflee).  Cet  efcalier  eft  fpacieux , commode  & bien  éclairé.  Le  pla- 
fond a été  peint , a ce  qu’on  m’a  alluré  , par  M.  Dullin , Peintre  , frere  de  l’Archi- 
tefte , dont  nous  avons  parlé  , Tome  I.  pag.  215,  note  b.  Ce  qu’il  y a de  certain  , 
c’eft  que  cet  ouvrage  de  peinture  eft  d’une  grande  maniéré  ; mais  on  en  a fi  peu 
de  foin  , qu’à  peine  y voit-on  les  beautés  de  détail  qu’il  contient.  Au  relie  la  dé- 
coration des  murs  de  cet  efcalier  eft  allez  bien  entendue  , quoique  fimple  , elle'  eft 
entièrement  de  maçonnerie.  Cette  conlideration  , comme  nous  1 avons  déjà  remai - 
qué  plus  d’une  fois , auroit  dû  faire  fupprimer  les  fujets  coloriés  dans  fon  plafond 
pour  "y  fubftituer  des  grifailles , ou  de  la  Sculpture,  parce  qu’ordinairement  les 
fujets  peints  & coloriés  font  tache  & fe  découpent  trop  fur  des  murs  d’une  ma- 
tière blanche  ; il  faudroit  alors  les  peindre  en  marbre  de  couleur , ou  les  conf- 
truire  réellement  de  cette  matière  , ce  qui  coûteroit  confidérablement  & rendroic 
ces  fortes  de  pièces  d’une  magnificence  qui  exigeroit  dans  les  appartemens  une 
richefle  prodigieufe  , qui  ne  convient  que  dans  les  Palais  des  Rois  & rarement  dans 
les  édifices  publics. 

De  cet  efcalier  on  entre  dans  une  première  grande  gallerie  de  neuf  croifées  de 
face,  de-là  dans  un  fallon  de  quatre  croifées,  & enfin  dans  une  autre  gallerie 
formant  deux  retours  d’équerre,  & qui  eft  éclairée  par  trente-trois  croifées.  Tou- 
tes ces  ouvertures  donnent  fur  la  cour , & fur  les  murs  oppoles  font  diftnbues  des 
corps  d’armoires  dans  toute  la  hauteur  du  plancher.  Cette  hauteur  eft  divifée  par 
un  balcon  en  faillie , qui  continue  horizontalement  dans  toute  la  longueur  de  cet- 
te Bibliothèque  ; deforte  que  par  de  petits  efcaliers  marqués  * , on  eft  à portée  de 
tous  les  livres  qui  y font  arrangés  avec  beaucoup  d’ordre  , & qui  font  communi- 
qués au  Public  avec  une  politelfe  & une  complaifance  qui  fait  honneur  à la  Nation 
Françoife  (/■). 

A l’égard  de  l’ordre  des  matières , les  livres  de  Théologie  occupent  la  première 
pièce  marquée  B ; ceux  de  Jurifprudence  , les  deux  pièces  C , D ; ceux  d’Hiftoire  , 
le  retour  E : ceux  des  fciences  & arts , la  moitié  de  la  gallerie  F : dans  l’autre  par- 
tie font  diftribués  les  livres  concernant  les  belles  lettres. 

La  porte  G donne  entrée  au  cabinet  des  médailles  ; mais , comme  le  foin 
de  ce  riche  dépôt  regarde  M.  l’Abbé  Barthekmi , on  y entre  communément 
par  l’efcalier  N , qui  donne  dans  le  bâtiment  particulier  dont  nous  avons  parlé  en 
expliquant  la  Planche  précédente.  Ce  cabinet,  qui  en  1684  avoit  été  tranfporté  à 
Verfailles,  & qui  en  1748  fut  rapporté  ici,  fait  aujourd’hui  une  des  principales 
curiofités  de  la  Bibliothèque  du  Roi  (g).  Cette  piece  eft  très-bien  décorée  par 


(/)  Nous  avons  déjà  dit  que  c’étoit  M.  l’Abbé  Sallier 
qui  avoit  la  garde  des  livres  imprimés  & des  manuferits. 
Nous  remarquerons  ici  que  c’eft  lui  qui  a l’attention  de 
fe  trouver  les  Mardis  & les  Vendredis  à la  Bibliothèque  , 
& qui  fécondé  par  Mrs.  Capronier , Boudot , Mallin, 
&c.  y fait  diflribuer  au  public  , par  des  perlbnnes  qui  lui 
font  fubordonnées , tous  les  livres  qu’on  demande  , foit 
pour  les  lire , foit  pour  en  prendre  des  notes  par  écrit  ; 
deforte  que  par  le  bon  ordre  & la  décence  qui  régnent 
dans  cette  Bibliothèque , ( qui  à plus  d’un  titre  peut  être 
appellée  le  Temple  des  Sciences , des  Arts  &#du  goût,)  on 


a la  liberté  d’y  étudier  avec  recueillement  ces  deux  jours 
de  la  femaine  , depuis  neuf  heures  du  matin  jufqu’à  midi. 

(.g)  P°ur  donner  une  légère  idée  de  ce  cabinet , nous 
rapporterons  ici  ce  queM.  l’Abbé  Barthelemi , garde  du 
cabinet  des  médailles,  a bien  voulu  nous  communiquer  fur 
fon  origine  , fon  accroitTement , &c. 

Gaflon , Duc  d’Otleans , avoit  donné  au  feu  Roi  une 
fuite  de  médailles  Impériales  en  or  , & comme  M.  Col- 
bert s'apperfàt  que  S.  M.  fe  plaifoit  àconfulter  ces  refies 
de  l’antiquité  fçavante  , il  n’oublia  rien  pour  fausfaire 
un  goût  fi  honorable  aux  lettres.  Bar  fies  ordres  &fousfes 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V.  75 

un  lambris  enrichi  de  Sculpture  , dont  les  principaux  ornemens  font  dorés.  Cette 
menuiferie  renferme  des  tableaux  peints  par  Mr!.  Vanloo  , Natoire  & Bouclier.  Dans 
les  trumeaux  de  cette  piece  font  diftribuées  des  tables  de  marbre  d’un  plan  chan- 
tourné qui  foûtiennent  des  médailliers  de  menuiferie  dorée  , dans  lefquels  font 
arrangées  & diftribuées  dans  des  tiroirs  les  differentes  fuites  des  médailles  d’or  , 
d’argent , & de  bronze  , qui  compofent  cette  riche  colleélion. 

Les  portes  H doivent  donner  entrée  au  cabinet  des  globes,  lorfqu’ils  feront  en  état 
d’être  rendus  publics.  Celle  I donne  fur  un  fécond  grand  efcalier  marqué  O,  dont 
nous  avons  parlé , pour  le  dégagement  de  la  Bibliothèque  , mais  dont  la  commu- 
nication n’eft  libre  , fans  doute  , que  lorfque  quelque  perfonne  de  la  première  con- 
lîdération  vient  vifiter  ce  vafte  édifice , & qu’on  ne  veut  pas  lui  donner  la  peine  de 
retourner  par  l’efcalier  A.  Cet  efcalier  O eftaftez  bien  éclairé,  doux,  commode 
& terminé  avantageufement  dans  fa  partie  fupérieure  par  une  belle  corniche  or- 
née de  Sculpture  , & par  une  calotte  en  voûte  furbaiffêe. 

La  gallerie  marquée  K , de  23  toifes  deux  pieds  fur  trois  toifes  quatre  pieds,  eft 
deftinée  aux  manufcrits  ; on  l’appelle  communément  Gallerie  Mazarine  , parce  qu’el- 
le faifoit  anciennement  partie  de  l’Hôtel  Mazarin , étant  placée  au-dellus  de  cel- 
le dont  nous  avons  parlé , en  décrivant  le  plan  du  rez-de-chauflee  de  la  Bourfe. 
Cette  gallerie  eft  éclairée  par  huit  croifées  en  vouffure  , lefquelles  font  ornées  de 
coquilles  dorées.  En  face  de  chaque  croifée  eft  une  niche  aull’t  ornée  de  coquil- 
les , & dont  la  furface  eft  peinte  de  païfages  par  Grimaldi  Bolognefe , mais  qui  font 
mafqués  aujourd’hui  par  les  corps  de  tablettes  qui  reçoivent  les  manufcrits.  Le  pla- 
fond de  cette  gallerie  eft  de  la  plus  grande  beauté  ; il  fut  peint  à frefque , vers  1 6 y 1 , 
par  Romanelli , qui  y a repréfénté  divers  fujets  de  la  fable , avec  un  goût  de  deffein 
exquis  & une  vigueur  peu  commune.  Ces  fujets  coloriés  font  diftribués  dans 
differens  compartimens  très-bien  entendus , mêlés  de  médaillons  ornés  de  camayeux 
& foûtenus  par  des  figures  & des  ornemens  feints  de  ftuc , d’une  beauté , d’une 
entente  & d’une  vérité  qui  n’ont  de  rivales  que  le  plafond  du  Château  de  Vincen- 
nes,  que  l’on  prétend  même  avoir  été  peint  par  Romanelli.  En  un  mot  on  ne  peut  trop 


aufpices  , M.  Vaillant  parcourut  plufieurs  fois  Vltalie  & 
la  G rece  , & en  rapporta  une  infinité  de  médailles  fingu - 
lieres.  On  reunit  plufieurs  cabinets  à celui  du  Roi  : & 
des  Particuliers  , par  un  facrifice  dont  des  curieux  feuls 
peuvent  connoitre  l’étendue  , confacrerent  volontairement 
dans  ce  depot  ce  qu’ils  avoient  de  plus  prétieux  en  ce 
genre.  Ces  recherches  ont  été  continuées  dans  la  fuite 
avec  le  même  zele  Ù“  le  même  fuccès.  Le  cabinet  du 
Roi  a repu  des  accroiJfem°ns  fuccejfifs , & l’on  pour- 
rait dire  a prefent  qu'il  efi  au-dejfus  de  tous  ceux  qu’on 
connaît  en  Europe  , s'il  ne  jouijfoit  depuis  long-tems  d'une 
réputation  Ji  bien  méritée. 

Cette  immenfe  colleélion  efi  divifée  en  deux  clajfes  prin- 
cipales : l’Antique,  & la  Moderne.  La  première  comprend 
plufieurs  fuites  particulières  , celle  des  Rois  , celle  des 
Villes  Grecques  , celle  des  familles  Romaines  , celle  des 
Empereurs  , & quelques-unes  de  ces  fuites  Je  fubdivifent 
en  d’autres  relativement  à la  grandeur  des  médailles  & 
au  métal.  C’efi  ainfi  que  des  médailles  des  Empereurs  , 
on  a formé  deux  fuites  de  médaillons  & de  médailles 
en  or  deux  autres  de  médaillons  & de  médailles  en  ar- 
gent ; une  cinquième  de  médaillons  en  bronze  ; unefixie- 
vte  de  médailles  de  grand  bronze  -,  une  feptieme  de  cel- 
les de  moyen  bronze’,  une  huitième  enfin  de  médailles 
de  petit  bronze.  La  moderne  efi  diftribuee  en  trois  clajfes  , 
l’une  contient  les  médailles  frappées  dans  les  differens 
Etats  de  l’Europe , l’autre  les  monnayes  qui  ont  cours 
dans  prefque  tous  les  pays  du  monde , & la  troifieme 
les  jettons.  Chacune  de  ces  fuites , Joit  dans  le  moder-_ 


ne , foit  dans  l’antique , efi  par  le  nombre  , la  conferva • 
tion  Ù1  la  rarete  des  pièces  qu’elle  contient , digne  de 
la  magnificence  du  Roi  & de  la  curiofete  des  Amateurs. 

Au-deffus  du  cabinet  des  médailles , on  trouve  celui 
des  Antiques.  C’ efi- la  qu’on  voit  le  tombeau  de  i hilderic 
Premier,  Roi  de  France , découvert  a Tournai,  l’an  1 6jÿ  , 
& deux  grands  boucl.ers  d’argent  deftines  a être  Juf- 
pendus  dans  des  temples.  Le  premier  , du  poids  de  42 
marcs  ,fut  trouvé  en  1656  dans  le  Rhône  , & repre/en- 
te  l’a flion  mémorable  de  la  continence  du  jeune  Sci- 
pion.  Le  fécond , qui  pefe  un  marc  de  plus  , fut  décou- 
vert en  1714  fous  terre  dans  le  Dauphiné , & l’on 
croit  avec  beaucoup  de  probabilité  qu'il  appartenait  à 
Annibal  : le  cabinet  des  Antiques  renferme  encore  un 
très-grand  nombre  défigurés  , de  bufies  , de  vafes,  d'inf. 
trumens  des  facrtfices  , de  marbres  charges  d infcnpnons  , 
& enfin  tous  les  monumens  de  cette  efpece  qu’on  a pu  raj- 
fembler  avec  choix  & avec  goût. 

M.  le  Comte  de  Caylus  vient  tout  récemment  d’enri^- 
chir  ce  cabinet  de  nombre  d’antiquités  Egyptiennes  , 
Etrufques , Grecques  & Romaines  en  bronze  , qu’il  avoit 
raflemblées  avec  beaucoup  de  foin  , 6c  dont  il  a donné 
au  public  un  recueil  contenant  2 6 planches , fans  les  vi- 
gnettes & les  culs  de  lampes.  Ce  recueil  eft  accompagné 
de  differtations  & de  notes  d’un  ftile  clair , développe  6c 
plein  d’une  très-profonde  érudition.  Nous  n’entrepren- 
drons point  l’éloge  de  cet  illuftre  amateur  , fes lumières, 
fon  amour  pour  les  Arts  & pour  le  bien  public , étant  au- 
delïus  de  tout  ce  que  nous  pourrions  dire  ici. 


Bibliothè- 
que duRoi 


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' ARCHITECTURE  FRANÇOISE,Liv7 

Bibiiofe-  inviter  lés  ConhoilTeurs  à'vifîter  ce  chef-d’œuvre  de  peinture,  & quoiqu’il  y ait 
s«JuR°i.  environ  un  fiecle  qu'il  eft  exécuté  , & que  fon  entretien  foit  allez  négligé , il 
c^nferve  encore  toute  fa  fraiebeur , & nous  donne  la  plus  liante  idée  du  peintre  cé- 
lébré à qui  nous  le  devons.  Cette  gallerie , comme  nous  l’avons  dit,  ne  contient 
que  des  manuferits , & n’eft  pas  publique  ; mais  l’affabilité  de  M.  Melol , qui  en 
a particuliérement  la  garde  , & qui  en  fait  aduellement  le  Catalogue,  laiffe  voir 
aux  amateurs  ce  chef-d’œuvre  avec  une  complaifance  digne  de  l’amour  qu’il  porte 

aux  beaux  Arts.  . 

La  pièce  L appartient  à la  Bourfe  : on  y arrive  par  1 efcalier  M qui  n a aucune 
communication  avec  le  bâtiment  que  nous  décrivons.  Les  pièces  N fervent  aufli 
de  dépôt  pour  les  manuferits , lefquels , comme  nous  l’avons  obfervé  , fe  montant 
à quarante  mille  volumes,  ne  peuvent  tous  être  contenus  dans  la  grande  gallerie. 
Les  plus  grandes  de  ces  pièces  font  voûtées  en  maçonnerie , & ces  voûtes  font  or- 
nées de  ceintures  dans  le  genre  de  celles  qu’on  remarque  au  grand  efcalier  A.  Enfin 
celles  du  côté  de  la  grande  cour  fervent  de  pallage  pour  parvenir  à la  gallerie  , qui 
aurait  dû  naturellement  avoir  fon  iffue  par  i’efcalier  O,  & dans  la  grande  Biblio- 
thèque par  deux  portes  qui  auraient  pu  être  percées  vers  a b,  fi  la  piece  L ne  falloir 
pas  partie  des  départemens  de  la  Bourfe.  , 

La  diftribution  des  bâtimens  que  nous  venons  de  décrire  dans  leur  état  actuel , 
prouve  alfez  ce  que  nous  avom  dit  au  commencement  de  ce  Chapitre  , en  remar- 
quant que  cet  édifice  n’étoit  récommendable  que  par  le  local  & par  la  nombreuse 
colleétion  qu’il  renferme  ; car  à le  confidérer  du  côté  des  dégagemens , des  if- 
fues  & des  communications,  il  s’en  faut  bien  que  cette  diftribution  puifte  fervir 
d’autorité  pour  un  bâtiment  de  l’efpece  de  celui  dont  nous  parlons  ; mais  certai- 
nement on  ne  peut  difeonvenir  qu’au  moins , avec  les  préceptes  de  la  bonne  Ar- 
chitecture de  les  indications  que  nous  avons  données  ici , cet  édifice  ne  puifte  amener 
à une  composition  plus  heureufement  entendue. 

La  décoration  extérieure  des  bâtimens  dont  nous  venons  de  donner  les  plans , 
n’eft  pas  traitée  avec  plus  de  fuccès  que  la  diftribution.  L’ordonnance  de  la  plus 
grande  partie  des  façades  eft  irrégulière  , elles  n’ont  pour  la  plupart  aucune 
analogie  entre  elles  ; c’eft  pourquoi  nous  n’en  donnerons  que.  deux  élévations 
dans  ce  Chapitre , encore  avertirons-nous  que  c’eft  moins  dans  1 idee  de  prefenter 
aux  yeux  des  Artiftes  une  Architeaure  bonne  à imiter , que  pour  donner  à con- 
noître  l’étendue  de  ce  monument,  qui  par  fon  immenfité  a dequoi  étonner  ceux 
qui  ignorant  les  régies  de  l’ Architeaure  , font  naturellement  portés  à l’admiration 
en  voyant  un  édifice  d une  grandeur  extraordinaire. 

Elévation  du  fond  de  la  cour , avec  Us  coures  des  deux  grandes  ailes  de  bâtiment , prifes 
dans  le  plan  du  rez-de-chaujfée  fur  la  ligne  XY.  Planche  III  , Figure  Première. 

L’ordonnance  de  cette  façade  eft  compofée  de  deux  arriere-corps  & d’un  avant- 
coras  • celui-ci  eft  décoré  de  deux  Ordres  de  pilaftres,  l’un  Ionique  , l’autre  Com- 
pofé  Cet  avant-corps  a trop  peu  de  rélief , fes  extrémités  fur  fa  largeur  font  trop 
maigres , n’ayant  qu’un  pilaflre , au  lieu  qu’on  pouvoit  l’accoupler  fans  relargir  la 
dimenfion  de  cet  avant-corps  ; car  n’ayant  aucune  fujettion  par  rapport  aux  dedans , 
il  pouvoit  être  difpofé  plus  heureufement.  D’ailleurs  on  peut  obferver  que  l’Or- 
dre Ionique  eft  trop  court  par  rapport  à celui  de  deffus.  Nous  avons  remarque 
dans  bien  des  occafions  qne  les  Ordres  fupérieurs  dévoient  avoir  un  demi-diamétre 
de  moins  que  lés  inférieurs , ici  au  contraire  , l’Ordre  Compofé  a un  module  de  plus. 
Cette  irrégularité  vient  fans  doute  de  ce  que  la  hauteur  de  ces  étages  a été  aflujettie  à 
d’anciens  bâtimens  qui  n’étoient  pas  deftinés  extérieurement  à recevoir  des  Ordres; 

car 


ARCHITECTURE  FRANC  ÔTsËTl 


Car  ? eft  ai,fé  d<T  re™arcluer  par  les  murs  de'face  de  la  coupe  B du  côté  de  la  cour , Bibli- 
que le  rez-de-chauffee  ayant  la  proportion  d’un  foubaffement , il  ne  devoir  pas  com- 
prendre  dans  la  hauteur  un  Ordre  Ionique , qui  comparé  avec  l’Ordre  de  deflîis 
ne  pouvoit  avoir  avec  lui  aucune  analogie.  * 

La  forme  des  croifées  du  premier  étage , ornées  de  bandeaux  & accompagnées 
de  larges  piédroits  preiente  une  Architecture  vicieufe.  Ces  piédroits  difputent  de 
largeur  avec  les  pilailres , & les  formes  en  plein  ceintre  doivent  être  deflinées  aux 
portes  & non  aux  croifées.  D’ailleurs  il  faut  préférer  en  général  aux  ouvertures 
en  plein  ceintre  les  impolies , les  chambranles,  ou  les  bandeaux.  On  peut  encore 
remarquer  que  la  proportion  de  ces  croifées  eft  trop  fvelte  , le  focle  , ou  la  retrai- 
te , qui  foutient  l’Ordre  Compofé  étant  trop  peu  élévé.  Cette  retraite,  qui  doit 
avoir  une  hauteur  d appui  dans  tous  les  cas , auroit  nourri  l’ordonnance  de  cet  éta- 
ge , racourci  1 Ordre  que  nous  avons  trouvé  trop  élévé , & procuré  une  meilleure 
Dmnorrinn  nnv  nnuprmrpe  An  t ..  i i m,  , 


proportion  aux  ouvertures  de  cet  étage.  Le  rez-de-chauffée  de  "cet  avant-coïpr 

pris  léparement,  eft  mieux  entendu,  â 1’ ' ’ • - - - ‘ 


1 ‘ , ' 7 “•  l’exception  des  piédroits,  qui  font  beau- 

coup trop  larges  compares  au  diamètre  des  pilailres  Ioniques 

Les.  arcades  des  arrieres-corps  de  ce  rez-de-chauftée , accompagnées  de  petits 
piédroits  poftiches,  ne  font  pas  non  plus  un  bon  effet.  Le  peu  dWerture  de  ces 
arcades  , lepareespar  des  trumeaux  immenfes , compofe  une  Architeélure  péfan- 
te,  qui  ne  va  point  avec  la  petiteffe  desOrdres  de  l’avant-corps.  Les  croifées  du 
premier  etage  des  arrieres-corps  font  d’une  affez  belle  proportion  ; mais  leurs  tru- 
meaux  femblables  a ceux  de  deffous  rendent  l’élégance  de  ces  croifées  chetive 
D ailleurs  il  ferait  a fouhaiter  que  dans  toute  ordonnance  on  s’éloignât  de  la  pré- 
vention des  montons , partout  où  ils  ne  paroiffent  pas  néceffaires.  La  frife  de  l'en- 
tablement qu,  couronne  cette  façade  eft  ornée  de  confoles  qui  foutiennent  la  cor- 
niche.  Cet  ornement  & les  profils  de  ce  couronnement  font  d'une  allez  belle  exé- 
cution  & analogues  à la  compofition  du  chapiteau , qui  n’étant  affujetti  à aucun 
Ordre  régulier,  demandoit  un  entablement  peu  févére.  D’ailleurs  cet  entablement 
etoit  anciennement  exécuté , & il  étoit  d’une  forte  de  néceflité  de  s’y  aiîùiettir  dans 
tout  le  pourtour  de  ce  bâtiment. 

rj-?n  V?f  dans  *es  couPes  B>  C , l'intérieur  des  deux  ailes  en  retour  de  ce  vafte 
édifice.  Dans  ces  ailes  font  comprifes  , au  premier  étage,  les  galleries,  dans  lef-  ’ 
quelles  eft  placée  la  Bibliothèque.  La  gallerie  de  la  coupe  B eft  plafonnée  en  cein- 
tre furbaiffe.  En  1720  , lorfqu’on  plaça  la  Banque  dans  cet  Hôtel , Pellegrin, , Pein- 
tre Vénitien,  qui  avoir  beaucoup  travaillé  en  Italie , en  Allemagne,  & en  Angle- 
terre fut  charge  de  reprefenter  dans  ce  plafond,  par  divers  tableaux  allégoriques, 
les  differens  fucces  de  cette  Banque  & de  la  Compagnie  des  Indes;  mais  cet  ou- 
vrage ne  fut  que  commencé.  Comme  dans  la  fuite  cette  gallerie  fut  deftinée  à un 
autre  ufage , & quelle  n avoir  que  huit  croifées,  on  fût  obligé  de  l’aggrandir 
aiors  on  blanchit  le  tout , & les  Peintures  allégoriques  furent  Iffacées. 

La  gallerie  de  la  coupe  C eft  terminée  par  un  plafond  horizontal , ainfi  que 
toutes  les  autres  pièces  de  ce  premier  étage.  On  a exprimé  ici  dans  ces  deux 
coupes  la  décoration  que  forment  les  tablettes  qui  reçoivent  les  livres , le  bal- 
con dont  nous  avons  parlé  , & les  confoles  qui  le  foutiennent  ; quoique  cet- 
te décoration  foit  affez  bien  entendue,  elle  ne  nous  a pas  paru  néanmoins  exi- 
ger un  deffem  plus  en  grand.  A propos  de  ces  galleries  deflinées  à contenir 
des  livres,  ,e  rappellerai  ce  que  j’ai  dit  ailleurs  touchant  la  maniéré  d’éclairer 
(A)  ces  fortes  de  pièces,  car,  i me  femble  qu’une  pareille  gallerie  ne  devrait  re- 
cevoir le  jour  que  par  en  haut , dans  le  goût  des  deux  cabinets  qui  fe  voyent  au  Pa 


^Tome Ul*  n0U5  aVOI>S  dk  * CC  rU,et  dMS  1,Introdunion  1 Tom  f Pa£-  37.37,  &c. 


Bibliothè- 
que du  Roi. 


78  ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V.  _ 

lais  Royal.  L’avantage  qui  en  réfulte  , eft  de  procurer  plus  de  fùrface  aux  murs 
qui  reçoivent  les  livres , d’apporter  plus  de  fimétrie  dans  la  décoration , & de  pro- 
duire plus  de  recueillement  aux  perfcnnes  qui  y viennent  étudier.  Je  conviens  que 
ce  genre  d’ordonnance  exige  une  décoration  extérieure  qui  réponde  à l’intérieu- 
re ; mais , comme  nous  l’avons  déjà  remarqué , un  édifice  public  doit  annoncer 
par  l'on  afpeét  fa  deilination  : conféquemment  la  principale  attention  d’un  Archi- 
teéle  eft  d’imaginer  des  moyens  de  conciliation,  qui  en  offrant  une  diftribution 
convenable,  préfentent  en  même  tems  une  ordonnance,  qui,  fans  s’écarter  des  préce- 
ptes de  l’Art , peut  néanmoins  fortir  des  formes  ordinaires  , & toûjours  faire  un  bon 
effet.  Les  différentes  études , les  projets , & les  recherches  que  j’ai  faites  à cet  égard , 
me  font  avancer  qu’il  eft  poffiblc  de  réunir  ces  différentes  parties , & fi  on  paraît 
content  de  la  plupart  des  obfervations  que  je  fais  dans  cet  ouvrage , je  n’héfiterai 
pas  de  rendre  publics  un  jour  (i)  les  différens  moyens  dont  j’ai  ufé  pour  parvenir 
à donner  à chaque  bâtiment  l’expreffion  & le  caractère  qui  leur  conviennent  félon 
mcn  opinion. 

La  coupe  A fait  voir  le  cabinet  des  globes  ; fa  décoration  eft  fimple  , mais  cette 
fimplicité  , en  général , eft  nécelfaire  dans  une  piece  confacrée  à l’étude  , la  richef- 
fe  & la  profufion  des  ornemens  devant  être  réfervées  pour  les  appartemens  de  pa- 
rade deftinés  à la  réfidence  des  grands  Seigneurs.  J’eftime  que  rien  d’étranger  ne 
doit  diftraire  dans  les  lieux  publics  : c’eft  une  des  parties  effentielles  de  la  con- 
venance , de  décorer  les  bâtimens  rélativement  à leurs  ufages.  Un  édifice  facré  , ainfi 
que  ceux  où  l’on  rend  la  juftice , à la  vérité  , peuvent  être  fufceptibles  de  dé- 
coration ; mais  il  faut  quelle  foit  grande , noble  & grave.  Les  galleries  de  pein- 
ture , à mon  avis , ne  doivent  avoir  que  des  tableaux , les  Bibliothèques  que  des 
livres , les  cabinets  d’Hiftoire  naturelle  que  des  produétions  de  la  nature.  En  un 
mot  il  n’y  a que  les  fallons,  ou  quelques  pièces  femblables  chez  un  particulier, 
qui  puilfent  raifembler  différens  genres  de  beautés , parce  que  n’étant  pas  allez  opu- 
lens,  & leur  demeure  n’étant  pas  publique,  un  Propriétaire  connoiflèur  & intelli- 
gent peut  recueillir  diverfes  curiofités , telles  que  des  bronzes , des  porcelaines , des 
tableaux , des  livres , des  bijoux  , &c.  ainfi  qu’on  en  voit  dans  les  cabinets  de  nos 
amateurs  , dont  nous  avons  parlé  ailleurs  , & qui  en  petit  mettent  fous  les  yeux 
des  Curieux  ce  que  nos  édifices  publics  étalent  féparement  avec  magnificence. 
De  ce  nombre  font , à Paris , la  gallerie  des  Antiques , au  vieux  Louvre  : le  cabinet 
d’Hiftoire  naturelle  , au  Jardin  du  Roi  : la  Bibliothèque  dont  nous  parlons , le  ca- 
binet des  médailles  & des  eftampes , au  même  lieu  : le  cabinet  des  deffeins  des 
grands  Maîtres , aux  galleries  du  Louvre  : les  tableaux  du  Roi , au  Luxembourg  , &c. 
Car  il  eft  certain  que  l’étude  demande  de  l’ordre , qu’il  faut  éloigner  de  l’efprit 
tout  ce  qui  peut  le  diftraire  , & qu’il  n’appartient  qu’à  un  homme  verfé  dans 
les  fciences  & les  arts,  de  confidérer  tout  à la  fois  ces  différens  genres  de  produc- 
tions. Une  trop  grande  multiplicité  nuit,  & fe  grave  moins  facilement  dans  la 
mémoire.  J’ai  éprouvé  plus  d’une  fois  l’effet  de  cette  diftraétion  dans  l’efprit  des 
perfonnes  que  j’ai  accompagné  dans  ces  différens  monumens.  C’eft:  d’après  l’expérien- 
ce que  je  parle  ici , & je  ne  doute  point  que  la  plupart  des  vrais  amateurs  ne  foienc 
de  mon  avis. 


(i)  Ces  nouvelles  produirions  trouveront  leur  place 
dans  la  fuite  du  Traité  de  la  Décoration  des  Edifices  , 
que  je  mis  au  jour  en  1737  , en  deux  volumes , qui  dé- 
voient être  fuivis  de  deux  autres  volumes  promis  depuis 
long-tems , & que  mes  occupations  gnt  fufpendus  juf- 


qu’à  prefent.  D’ailleurs  l’accueil  favorable  que  le  Public 
a bien  voulu  faire  à ce  premier  fruit  de  mes  veilles,  m’a 
fembléune  raifon  puiflfante  pour  tâcher  à l’avenir  de  méri- 
ter le  fuffrage  des  Connoiifeurs  par  une  étude  refléchie  & 
foûtenue  d’une  expérience  de  30  années. 


79 


ARCHITECTURE 


FRANÇOISE,!,  iv.  V. 


* * * S 

S~IH|«É#SP£"E 

sfiaa 

le  remarquer  dans  les  plans.  Au  refte  nous  ne  rélevons  pasœtte  irXuLté  n ^ 
en  fa.re  la  crmque  : nous  avons  dit  ailleurs  les  raifons  de  ce^ŒT*f|0“ 

Les  arcades  du  rez-de-chauflïe  font  abfolument  femblables  à cdleslnr  “ 
avons  parle  a loccafion  de  la  Fig  I de  laPl  HT  re  n„;  „ • r ■ nous 

que  ces  deux  façades  font  du  mêmf  Architecte.  Du  moins 

Mt  h' Banque.111  ^ “ Mtiment*  Iorf<lUe  dans  ie  «®*  ^u  fy^me  on\  éta! 

Nous  avons  fait  plufieurs  recherches  pour  connoître  les  noms  des  differens  Ar 
chi  eaes  qu,  ont  travaillé  à ces  édifices,  mais  elles  ont  étTfoutMes  I pltl 
fans  doute  étonnant  que  dans  le  même  fiecle  , au  milieu  des  Sciences  A A 

*“zïr d"  « A^X-p?* 

#ilgilpS5Sï= 

Cette  a^^EeftS^nà>3lleS  a™“S  bâ™e"s  de  l’Hôtel  de  Nevers. 

bien  intérelîànt  à remarquer  for  fa  décoLtfon^  laT^"'  NoUS,  "avons  rien  de 

trop  courte,  l’efpece  de  baluftrade  qui  eft  au-d’eiLP  pTffichT  k o 

traite  avec  troD  de  o,  p .œ  lus  > poltiche , le  premier  etage 

exécution  fort  médiocre.  P * & 1 amoruirement  du  cadran , fans  goût  & d’une 


Bibliothè- 
que duRoi. 


Maifon  d« 

M.de  Se* 
nozan. 


go  ARCHITECTURE  F R A N ÇO I SE , L i v.  V. 

La  coupe  F fait  voir  le  développement  intérieur  du  corps-de-logis  fitué  en 
face  de  la  Bibliothèque , dans  lequel  font  placés  en  entrefols  les  cabinets  des  ef- 
tampes  marqués  A , dont  nous  avons  parlé  , & au-deifus  les  pièces  contenant  une 
parcie  des  manufcrits , dont  nous  avons  aufïï  fait  mention  plus  haut. 


CHAPITRE  XIV. 

Defcription  de  la  Maifon  de  M.  le  Prefident  de  Seno&an , fitaû  rue  de 

Richelieu. 

CETTE  maifon  fut  bâtie,  vers  i6jo  , fur  les  delfeins  de  François  Manfard , 
pour  François  de  Rochechouart  de  Jars  , Chevalier  de  1 Ordre  de  S.  Jean  de  Jerufa- 
lem  & Commandeur  de  Lagny.  Elle  a appartenu  depuis  au  Cardinal  de  Coijlm  , Pre- 
mier Aumônier  du  Roi , enfuite  au  Duc  de  Coijlin  , Evêque  de  Metz  , qui  la  vendit , 
en  1714  , à M.  Olivier  de  Senozan  , Receveur  Général  du  Clergé  de  France.  El- 
le appartient  aujourd’hui  à M.  fon  fils , Préfident  au  Parlement  de  Paris. 

Les  Planches  de  cette  maifon 'font  tirées  des  Œuvres  de  Marot , & fe  trou- 
vent par  conféquent  dans  le  cas  de  celles  dont  on  nous  a plus  d une  fois  fait 
reproche  de  les  avoir  inférées  dans  ce  Recueil , par  la  raifon  qu  elles  font  mal 
gravées  pour  la  plûpart , & quelles  n’offrent  que  des  maifons  particulières.  Cette 
remarque  , qui  ne  peut  venir  que  de  perfonnes  qui  ne  s’intérelfent  que  légèrement 
aux  progrès  de  l’Architeaure  & qui  fe  contentent  d’une  leéture  fuperficiel- 
le  de  celivre  , ou  tout  au  plus  d’en  examiner  les  Planches  pour  en  faire  la  critique, 
ne  nous  a pas  paru  d’un  alfez  grand  poids  pour  nous  empêcher  de  mettre  fous 
les  yeux  des  amateurs  une  des  plus  belles  maifons  de  Paris  pour  certaines  parties 
de  la  décoration  des  façades , la  richelfe  des  dedans  & la  magnificence  des  ameu- 
blemens.  Peut-être  nous  dira-t’on  que  dans  ce  cas , il  falloit  faire  graver  de  nou- 
velles Planches  ; mais  indépendamment  de  ce  que  la  gravure  n’auroit  rendu  qu  im- 
parfaitement les  beautés  de  détail  de  cette  maifon , c eft  que  tels  ont  ete  les  en- 
gagemens  du  Libraire  avec  le  Public  , & que  les  frais  immenfes  dans  lefquels  jette 
une  pareille  entreprife  , n’ont  pas  permis  de  faire  de  nouvelles  dépenfes.  Pour  ce 
qui  me  regarde  , j’ai  crû  qu’il  vailoit  mieux  faire  connoître  une  belle  maifon , 
quoique  gravée  avec  une  forte  de  négligence  & fort  en  petit  , que  de  laijfer 
ignorer  un  de  nos  édifices  qui  portant  le  nom  de  François  Manfard , pouvoit  feul 
exciter  l’attention  des  Connoilfeurs , de  indiquer  une  nouvelle  occafion  d etude  pour 
nos  jeunes  Architeéïes. 

Flan  au  rez-de-chaujfée , & élévation  du  corps-de-logis  donnant  Jùr  la  rue  de  Richelieu . 

Planche  Première. 

La  Figure  première  donne  en  petit  le  plan  de  tous  les  bâtimens  de  cette  mai- 
fon , au  rez-  de-chauffée  , tel  que  François  Manfard  l’avoit  fait  executer..  En  1738  y 
M.  Olivier  de  Sénozan  y fit  faire  quelques  changemens  dans  la  diftribution.  La 
falle  à manger  A a été  aggrandie  , elle  eft  éclairée  par  deux  croifées.  La  falle  de 
compagnie  B eft  réduite  au  même  nombre  de  croifées,de  maniéré  qu’on  a pratiqué  une 
chambre  C , avec  des  garderobes  derrière  , qui  dégagent  par  le  grand  efcalier.  Ce 
dernier  peut  être  confidéré  comme  une  des  plus  belles  parties  de  cette  maifon  ; 
il  eft  fpacieux  ; commode  Sc  décoré  d’une  maniéré  très-convenable  , quoiqu  avec 


PJ.nI N Zllr  RK  Z DK  C KLAJJSSKK  des  Balimens  de  /s  Bi/dwt/iecjue 
du  Roy,  de  /u  Bourse , e/  de  /a  .Compagnie  des  Indes, si/ues  rue  i le 
rue  Jivienne,e/  r ue  Neuve  des  petits  c/amps, pris  /a  iP/aee  des  Ptcfoires. 


No  (a . Tiu/.e  /-.e  /i„/i,,if/is  t/n/iw  </  t/f/t.r  àt ///■.'•  ,yy>,i///r/tivi/  ,/  /t  Jii/>/n  d/u  y //s  ,///  Tiy  /, , 


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ARCHITECTURE  FRANÇOISE.  L iv.  V.  Sr 

d’wferTVmreUa  elt  g-a"de>  elle  “«ntede  foid,  & eft  dïftribuêe  avec 
nobleffe.  Cet  efcalier  eft  termine  par  une  calotte  formant  lunette.  Les  pannaclies 
de  cette  calotte  font  Contenues  fur  des  pans  coupés  qui  defcendent  jufqu’au  rez- 
de-chaulTee,  & qui  donnent  une  grande  idée  de  l'efprit  de  convenance  que 
Manlard  fçavoïc  répandre  dans  toutes  Tes  produirions.  * 

La  pièce  D eft  une  chambre  à coucher  : celle  E ,'un  très-beau  cabinet  décoré 
avec  goût  & magnifiquement  meublé.  Toutes  ces  pièces  ont  des  garderobes  & d ! 
degagemens  mgemeufement  diftnbués,  qui  concourent  à former  de  cette  maifon 
une  des  plus  commodes  & des  plus  mtérelfantes  du  quartier  de  Richelieu. 

n a lupprime  les  colonnes  pratiquées  devant  les  pavillons  marqués  F , G • elles 
formoient  de  trop  petites  parties  dans  les  déhors , & obfcurciffoient  l’intérieur  des  an 
partemens , & au  lieu  du  perron  H,  on  a fait  en  face  de  tout  le  bâtiment  régné r un 
grand  pallier  qui  conduit  a cinq  marches,  par  lesquelles  ondefcend  dans  le  jardin 
Ce  jardin  a de  longueur  31  toifes.  Il  eft  terminé  par  une  grande  allée  de  nwo- 
niers  qui  procure  du  couvert  Entre  cette  allée  & la  façade  eft  un  grand  parte  re 
de  broderie  entoure  de  platebandes  de  fleurs,  &c.  ë parterre 

Le  premier  étage  de  ce  bâtiment  que  nous  ne  donnons  point  ici , eft  diftribué 
.dans  le  meme  goût  que  le  rez-de-chauflée  : l’un  & l’autre  font  fort  ornés  & en! 
nchis  de  fculptures,  de  dorures  & de  peintures  d’une  aiTez  grande  beauté.  Enfin 
cette  maifon,  quoiqu  on  n y trouve  pas  une  multiplicité  de  commodités  & cette 
prodigalité  d ornemens  fi  fort  en  régné  aujourd’hui , eft  peut-être  une  de  celles 
qui  mente  le  plus  d ette  examinée  avec  foin  par  nos  Architeéfes , pour  appren- 
dre a decorer  avec  bienféance  la  maifon  des  perfonnes  confacrées au  biiîT  pu- 
blic _,  qui  veulent  quon  obferve  dans  la  décoration  du  lieu  de  leur  réfidence  cet 
leu”emplorVenanC9  & r6tenUe  ^«igent  leur  dignité  & l’importance  de 
La  Figure  II.  offre  l’élévation  du  côté  de  la  rue.  Voyez  les  deffeins  de  la  porte 

' * k ***— ‘ * p.incip.ux  U 

La  Figure  III.  préfente  l’élévation  du  côté  de  la  cour  du  corps-de-logis  don- 
nant fur  la  rue,  avec  la  coupe  du  bâtiment  en  aile.  Cette  élévation  confifte^n  deux 

ferr  d’aT'~C°T  & ^ U"  grand,  arriere-corPs  percé  de  trois  arcades,  dont  l’une 
feit  d entree  a la  grande  cour  & les  deux  autres  de  remifes  , au-deffus  defquelles 
font  des  entrefols  ; fur  ces  derniers  font  pratiqués  des  greniers.  d 

Elévation  du  côté  de  la  cour,  du  côté  du  jardin,  & coupe  fur  la  longueur  de  tout  le  bâtiment. 

Planche  II. 

La  Figure  première  fait  voir  l’élévation  du  principal  corps-de-logis  du  côté  de 

fiin  a^âi?  des  Ie  cU  ’ 7 “ P°r‘7  df,cllangemens  ’ à Exception  d ï combles  , où 
qt!ée!  A,  B P “ COnliderables ’ & ™ a fupprimé  les  lanternes mar- 

La  Figure  IL  préfente  la  façade  du  côté  du  jardin  , dans  laquelle  on  a fuppri- 
me,  comme  nous  lavons  déjà  remarqué,  les  colonnades  placées  au  rez-de-chauf- 

r T,’  î d£Vant  l£S  d£UX  P™11™5  » & -^vant  defquels  on  a fait 

régner  dans  toute  la  longueur  un  grand  perron  continu.  On  a fait  auffi  de  nouvel- 

a nr7i!m “ T ’ & détruIt  les  internes  marquées  A , B : à leur  place  on 

- -P  q,f  ’ dans  “ute  la  longueur  , un  faux  comble.  Il  aurait  été  facile  d’exorimer 

ManfardC^ngeln'eu’'TS  °r  3 crû  étoit  mieux  de  laiffer  ce  bâtiment  tel  que 
Manlard  1 avoit  eleve  dans  Ion  origine,  ayant  d’ailleurs  alfez  d’occafions  dansée 
Recueil  de  préfenter  les  bâtimens  de  nos  Architeétes  modernes,  quTfowent  fa!! 

aYOTomeUIU  lmS  d“  Pr0pnétaireSj  femblent  les  «iger  tous  pour  la  même  fin. 

X 


Maifon 
de  M,  d* 
Senozan, 


Maifon  de 
M.  de  Se- 
nozan. 


82  ' ARCHTTECTURE  FRANÇOISE, Liv.V. 

La  Figure  III.  indique  la  coupe  du  corps-de-logis  fur  la  rue  , marquée  A , l’élé- 
vation de  l’aile  en  retour  fur  la  cour , marquée  B , & enfin  la  coupe  du  principal 
corps-de-logis  entre  cour  & jardin , marquée  C.  La  décoration  intérieure  de  ce 
corps-de-logis  a été  toute  changée,  c’eft  de  la  nouvelle  dont  nous  avons  fait  l’élo- 
ge , avec  d’autant  plus  de  raifon , quelle  tient  un  jufte  milieu  entre  la péfanteur  des 
membres  qu’on  affecftoit  aux  lambris  du  fiecle  patte,  & la  trop  grande  légèreté  de 
ceux  qui  font  en  ufage  aujourd  hui. 

Elévation  & Profils  en  grand  de  la  Porte  d’entrée.  Planches  III  & IV. 

L’extérieur  du  bâtiment  dont  nous  venons  de  parler , eft  décoré  avec  beaucoup 
de  fagettë  , les  proportions  des  croifées  font  belles , & les  profils  excellens  , enfin  on 
y reconnoît  partout  la  main  d’un  grand  maître  ; auffi  François  Manfard  peut-il  être 
regardé  comme  le  plus  habile  Architeéle  que  la  France  ait  poifedé.  Il  eft  aifé  de 
remarquer  cette  pureté  & cette  févérité  qui  accompagnoient  toutes  les  produirions 
de  cet  homme  illuftre  , dans  les  Planches  III  & IV  , dans  lefquelles  on  voit  en 
grand  l’élévation  de  la  porte  du  côté  de  la  rue  avec  les  développemens  particu- 
liers. Peu  d’Artiftes  à la  vérité  font  frappés  de  ce  genre  de  perfection  ; n’étant 
point  dans  l'habitude  d’approuver  les  formes  naïves , ils  regardent  même  pour  la 
plupart  avec  une  forte  d’indifférence  ce  beau  fimple  & ce  repos  fi  ingénieufement 
mis  en  œuvre  par  nos  grands  Architectes , & parodient  peu  touchés  en  général  de 
cette  correction  qui  fixe  notre  raifon  , fatisfait  notre  intelligence , & nous  infpire 
une  vénération  raifonnable  & refléchie  pour  tout  ce  qui  porte  le  caractère  du  beau. 

Qu’on  y prenne  garde  : on  cherche  peut-être  un  peu  trop  aujourd'hui  l’effet  gé- 
néral d’un  bâtiment  dans  des  diffonances  & dans  des  ornemens  mal  entendus , de- 
forte  que  ce  qui  s’éloigne  le  plus  de  la  vraifemblance , nous  paraît  le  plus  agréa- 
ble. On  envifage  comme  un  effort  de  génie  , une  variété  infinie  dans  les  for- 
mes & une  frivolité  paffagere  qu’on  appelle  un  beau  défordre.  Sans  doute  no- 
tre vanité  ne  trouve  pas  fon  compte  à avouer  le  beau , parce  qu’il  eft  fimple  & 
naturel.  On  préféré  le  difficile , le  fingulier  , l’extraordinaire  : on  prétend  par  là 
fe  donner  un  air  de  Scavant.  Quel  abus  ! L’Architecture  n’eft-elle  pas  de  tous  les 
Arts  le  moins  fufceptible  de  variété  ! La  folidité  des  bâtimens,  dont  le  propre 
eft  d’être  durables , ne  doit-elle  pas  préfenter  dans  fon  ordonnance  des  beautés 
confiantes  8c  immuables  ! C’eft  donc  la  fource  du  vrai  beau  qu’on  doit  chercher, 
& il  faut  fe  reffouvenir  que  les  bâtimens  anciens  ne  fe  font  acquis  l’immortalité 
que  parce  qu’on  y a reconnu  des  beautés  univerfelles , qui  feront  eftimées  dans 
tous  les  âges  par  les  perfonnes  d’un  vrai  mérite  & qui  fçauront  fe  préferver  de 
toute  prévention. 


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ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E,  L i v.  V. 


«3 


CHAPITRE  XV- 

Dejcription  de  l'Hôtel  de  Louvois , faite’  rue  de  Richelieu. 


LH  O T E L dont  nous  allons  parler  ell  contigu  avec  celui  du  Chapitre  pré- 
cédent. Il  fut  bâti  vers  1680,  fur  les  deffeins  & fous  la  conduite  du  fleur 
Chamois , Architefte , pour  François  - Michel  Le  Tellier  , Marquis  de  Louvois , Mi- 
nillre  , Sur-Intendant  Sc  Ordonnateur  Général  des  bâtimens  , jardins , Art  8c 
manufaétures  de  France  , & c.  Il  eft  occupé  aujourd’hui  par  M.  le  Marquis  de  Cour- 
tenvaux , Colonel  des  cent  Suiifes , l’un  des  Defcendans  de  ce  Miniftre  : par  Mada- 
me & M.  le  Comte  d ’EJlre'es , Lieutenant  général  des  Armées  du  Roi  : par  Mada- 
me de  Mancini , & par  M.  le  Marquis  de  Montmirel. 

Cet  Hôtel  ell  peut-être  un  des  plus  confidérables  de  Paris  par  l’étendue  & la 
hauteur  de  fes  bâtimens  & par  l’emplacement  dans  lequel  il  eft  contenu.  Un  jar- 
din d’environ  40  toifes  de  profondeur , orné  de  bofquets  , de  parterres  & de  pa- 
lilfades , procure  beaucoup  d’agrément  aux  appartemens  qui  jouilfent  de  fa  vûe. 
Au  relie  cet  Hôtel  n’a  rien  de  fort  intérelfant  que  fon  immenfité.  Je  m’étois  formé 
une  toute  autre  idee  d un  édifice  éleve  pour  un  Miniftre  , qui  pouvoit  employer 
ce  qu  il  y avoit  de  plus  habile  dans  les  Arts.  La  décoration  des  façades  eft  fans 
beaute  8c  les  diftributions  font  fort  ordinaires  , l’intérieur  des  appartemens  eft 
décoré  d’une  maniéré  très-fimple , la  fculpture  en  général  eft  médiocre  , il  n’y  a 
pas  un  excellent  tableau , enfin  , excepté  quelques  emmeublemens  d’un  certain 
prix,  rien  ne  peut  y attirer  l’attention  des  Connoilfeurs  que  l'affabilité  des  Proprie- 
taires. r 

Peut-être  dira-t’on  que  puifque  nous  n’avons  rien  trouvé  de  fatisfaifant  dans 
cet  Hôtel,  il  etoit  inutile  de  l’inférer  dans  ce  Recueil;  mais  comme  lès  Plan- 
ches en  ont  été  gravées  long-tems  avant  qu’on  eut  formé  le  deffein  de  faire  un 
livre  des  principaux  édifices  de  cette  Capitale  8c  de  fes  environs , & que  ces 
planches  font  dans  les  mains  de  tout  le  monde , ayant  été  débitées  féparement  , 
nous  avons  crû  que  c’étoit  une  raifon  fuffifante  pour  prendre  occafion  de  réle- 
ver les  licences  répandues  dans  ce  batiment , perfuadés  que  quelques  obferva- 
tions  fevéres  font  fouvent  intéreffantes  pour  le  progrès  des  Arts.  En  effet  combien 
d édifices  jouifient  aujourd  hui  chez  le  plus  grand  nombre  d’une  réputation  qu’ils 
n ont  jamais  meritee  , que  parce  que  quelques  parties  hazardées  y font  un  genre  de 
beaute,  auquel  le  vulgaire  applaudit,  & que  les  gens  de  goût  ne  fe  donnent 
pas  la  peine  de  relever!  Or  il  s’agit  ici  de  fe  rendre  compte  du  vrai  beau,  par  oppo- 
lition  au  médiocre.  Pour  y parvenir  il  n’eft  guéres  que  trois  moyens  , la  com- 
paraifon  des  parties  avec  le  tout , le  parallèle  d’un  édifice  avec  un  autre  du  même 
genre  , & la^difcuflion  des  préceptes.  La  comparaifon  , il  eft  vrai , demande  beau- 
coup d expérience:  le  parallèle,  une  grande  impartialité  : la  difeuffion  des  pré- 
ceptes, une  profonde  théorie;  mais  quiconque  veut  s’inftruire,  ne  doit  pas  fe  re- 
buter , les  principes  des  excellens  Maîtres  peuvent  mener  loin  un  homme  intelli- 
gent  & le  conduire  au  moins  à des  préceptes  généraux  & à une  théorie  particulière 
qui  lm  donne  1 efprit  de  combinaifon.  Je  conviens  que  ces  connoiftànces  coûtent 
aacqueiir,  & qu  il  eft  plus  commode  pour  la  plûpart  d’apprecier  leurs  obferva- 
uons  par  l’effet  quelles  produifent  fur  eux,  fans  fe  rendre  raifon  de  la  caufe. 
Oui  lans  doute  : par-là  on  eft  plutôt  quitte  de  fes  études , & la  pareffe  y trouve 


Hôtel  de 
Louvois. 


84  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Li  v.  V. 

fon  compte.  Mais  de  cette  négligence  naic  la  honte  qui  réjaillit  fur  l’Architeéle 
& fur  le  Propriétaire  ; fur  le  premier  pour  avoir  abufé  de  la  confiance  publi- 
que , fur  celui-ci  pour  avoir  dépenfé  des  fommes  immenfes  fans  précaution  & 
fans  difcernement.  Afin  donc  de  remedier  à ces  abus , il  eft  à propos  qu’un  Recueil 
tel  que  celui-ci , contienne  un  petit  nombre  de  bâtimens  qui  s’éloignent  des  pré- 
ceptes de  l’Art , puifque  les  obfervations  que  nous  y joignons  tendent  à rélever  les 
écarts  où  font  tombés  les  Architeéles  qui  les  ont  fait  ériger , & qu’ils  feront  autant 
de  leçons  qui  apprendront  à nos  jeunes  Artiftes  à les  éviter  ; je  fuis  même  per- 
fuadé  que  les  perfonnes  de  goût  me  fçauront  quelque  gré  de  mon  entreprife,  & 
applaudiront  à la  droiture  de  mes  intentions. 

Plan  du  rez-dc-chaujfée.  Planche  Première. 

Ce  plan  ne  préfente  que  la  plus  grande  partie  des  bâtimens  de  cet  Hôtel.  Une 
aile  affez  confidérable , donnant  fur  le  jardin  , & faifant  retour  d’équerre 
avec  le  mur  de  face  vers  A , contient  de  fort  grands  appartemens.  Au  bout  de 
cette  aile  en  retour  en  eft  une  autre  de  la  même  longueur  , en  face  de  l’arriere- 
corps  AB.  Nous  ne  donnons  point  ces  ailes  de  bâtiment , elles  font  décorées  avec 
tant  de  négligence  & diftribuées  de  maniéré  que  nous  avons  crû  qu’il  n’étoit  pas 
intéreftânt  d’ajoûter  ce  fupplement  aux  anciennes  Planches , qui  font  déjà  afiez  in- 
différentes d’elles-mêmes. 

Le  principal  corps-de-logis  eft  fitué  entre  le  jardin  & une  cour  de  moyenne 
grandeur.  L’entrée  des  appartemens  du  rez-de-chauffée  eft  à la  droite  & à la  gau- 
che de  cette  cour.  Le  grand  efcalier  eft  ce  qu’il  y a de  plus  intéreffant  dans 
ce  bâtiment.  Les  appartemens  en  général  font  fans  commodité  , d’ailleurs  les  pro- 
portions des  pièces  n’ont  aucun  rapport  entre  elles , ni  avec  la  hauteur  du  plan- 
cher qui  leur  eft  commun.  Les  baffe-cours  font  trop  fubdivifées  & trop  petites , 
l’air  y eft  étouffé  , toutes  ces  différentes  parties  femblent  avoir  été  faites  à plu- 
fieurs  reprifes  ; cependant  depuis  que  cet  Hôtel  a été  bâti , on  n’y  a rien  ajoûté 
que  quelques  garderobes , & l’on  n’a  reftauré  que  quelques  pièces  dans  l’intérieur. 
Il  eft  donc  évident  qu’on  pouvoir  faire  un  meilleur  ufage  de  ce  terrain  , & fi 
l’on  compare  les  Hôtels  du  préfident  Lambert , de  Matignon,  de  Noirmontier, 
&c.  avec  celui-ci , on  s’appercevra  aifément  que  , quoique  conftruits  dans  un  terrain 
moins  vafte , ces  Hôtels  font  diftribués  avec  plus  de  grandeur  & de  commodité  ; 
tant  il  eft  vrai  qu’il  importe  beaucoup  de  faire  choix  d’un  Architeéle  intelligent , 
la  dépenfe  étant  toûjours  la  même , & le  fuccès  bien  différent. 

Plan  du  premier  étage.  Planche  II. 

Ce  plan  a le  même  défaut  du  précédent , il  manque  par  les  garderobes.  Chez 
les  grands  Seigneurs,  qui  ont  beaucoup  d’Officiers  & de  domeftiques , un  Archi- 
teéle  doit  infifter  fur  la  néceflité  de  pratiquer  un  certain  nombre  de  pièces  defti- 
nées  aux  perfonnes  qui  font  au  fervice  du  Maître.  Dût- on  en  facrificr  une  ou 
deux  principales  du  côté  des  cours , il  faut  des  chambres  fubalternes , fans  quoi 
le  Propriétaire  eft  bien  logé , à la  vérité , mais  faute  des  dégagemens  néceffaires 
pour  fes  gens,  il  eft  fervi  avec  trop  de  lenteur  : enfin  il  faut  Içavoir  que  la  com- 
modité dans  un  bâtiment  eft  la  première  loi  de  la  diftribution. 


Elévation 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


Elévation  du  côté  de  la  rue.  Planche  III. 

Cette  Planche  nous  donne  la  façade  de  cet  Hôtel , du  côté  de  la  rue  de  Ri-  nstei  Je 
chelieu.  C’eft-là  que  fe  trouve  placée  la  porte  d’entrée  ; l’ordonnance  de  cette 
porte  eft  tout  à fait  à rejetter.  Un  «fronton  circulaire  foutenu  par  un  corps  d’Ar- 
chiteéhire  trop  délié  , de  petites  confoles , auffi  inutiles  que  de  mauvaife  forme , 
enfin  une  ouverture  à platte-bande , enfermée  dans  une  porte  en  plein  ceintre , 
accompagnée  d’un  bandeau  fans  proportion  , compofent  la  décoration  de  ce  frontif- 
pice  ; deforte  qu’il  annonce  plutôt  l’entrée  d’un  Monaftere , élévé  dans  un  Bourg 
à trente  lieues  de  Paris , que  l’Hôtel  d’un  grand  Seigneur.  ■ 


Elévation  du  principal  corps  - de  - logis 
Planche  IV. 


du  côté  de  la  cour  '. 


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Nous  n’entrerons  pas  dans  un  long  détail  fur  la  décoration  de  cette  façade  ; le  peu 
de  proportion  qu’on  remarque  entre  fes  maffes  & fes  parties , fon  exécution  négligée, 
le  mauvais  choix  de  fes  profils  , enfin  une  Àrchiteélure  fans  relief,  fans  goût , fans 
génie  & fans  invention  , eft  la  feule  chofe  que  nous  puiffions  faire  obferver  ici.  En 
effet  un  petit  Ordre  Ionique  placé  fur  un  grand  foübafîètnent , & couronné  d'un  en- 
tablement mefquin , forment  les  parties  effentielles  de  cette  ordonnance.  Que  fi- 
rnifie  d’ailleurs  la  proportion  élancée  de  l’avant-corps  qui  difpute  de  largeur  avec 
es  arriere-corps  , & qui  étant  terminé  par  un  fronton  triangulaire  élévé  fur  un 
Attique  , compofe  un  tout  mal  entendu  ? Nous  conviendrons  cependant  que 
les  croifées  de  l’Ordre  Ionique  font  d’une  affez  belle  proportion , excepté  celles 
de  l’avant-corps , qui  font  mal  imaginées , tant  dans  cet  étage , qu’au  rez-de-chauf- 
fée,  auffi-bien  que  dans  l’ Attique  f & dont  les  grandeurs  & les  formes  diffem- 
blables  préfentent  toujours  un  effet  contraire  aux  régies  de  l’Art. 

Les  pavillons  des  extrémités  de  cette  façade  font  encore  moins  tolérables  ; 
ils  ont  un  caraélere  de  péfanteur  dans  les  maffes  , qui  s’accorde  mal  avec  la  mai- 
greur de  leurs  encoignures , principalement  lorfqu’on  compare  ces  dernieres  avec  les 
trumeaux  qui  font  d’une  trop  grande  largeur , fans  aucune  néceffité  pour  la  dis- 
tribution intérieure.  Ajoûtons  à cela  les  frontons  circulaires  qui  couronnent  ces 
avant-corps  d’une  maniéré  vicieufe , & les  combles  extravagans  qui  terminent  toute 
la  partie  fupérieure  de  ce  corps-de-logis , & l’on  fentira  fans  peine  , combien  il  eft 
efîèntiel  d’éviter  un  pareil  défordre  dans  l’Architeélure , furtout  lorfqu’il  s’agit  de 
l’édification  d’un  bâtiment  de  quelque  importance. 

Elévation  du  côté  du  jardin.  Planche  V. 


Cette  façade  différé  de  la  précédente  en  ce  que  l’Ordre  Ionique  embrafîè  les 
deux  étages  fupérieurs  , ce  qui  contribue  peut-être  à rendre  les  trumeaux  de  cet- 
te élévation  trop  fveltes , & fernble  mettre  tout  à jour  ce  mur  de  face  , vu  la 
grande  ouverture  des  croifées  , défaut  encore  moins  tolérable , que  d’admettre 
trop  de  plein  dans  une  décoration  extérieure  ; car , félon  la  convenance  du  bâti- 
ment, les  grands  trumeaux  expriment  fouvent  une  virilité  eftimable.  Nous  re- 
marquerons auffi  que  la  proportion  des  pavillons  eft  trop  élancée , que  les  tru- 
meaux du  milieu  font  abfolument  condamnables , & que  la  faillie  de  ces  avant- 
corps  eft  trop  peu  reffentie , qu’enfin  les  chaînes  de  refends  des  encoignures  font 
auffi  de  beaucoup  trop  maigres , deforte  que  toutes  ces  inadvertances  nous  por- 
Tome  III.  Y 


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86  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

iiSidde  tent  à croire  que  l’Architeéle  étoit  peu  inftruit  des  régies  de  fon  Art,  d’où  nous 
Louvois.  conc|uons  que  quiconque  s’annonce  pour  tel , doit  fçavoir  que  pour  s’attirer  le 
fùffrage  des  ConnoilTeurs , il  faut  être  pourvu  d’une  profonde  théorie  & d’une 
expérience  qui  ne  s’acquiert  que  par  une  longue  fuite  d’années. 

Elévation  dune  des  ailes  , & coupe*du  principal  corps  de  logis. 

Planche  VI. 

Après  avoir  trouvé  fi  juftement  à rédire  à la  compofîtion  en  général  de  cet  Hôtel , 
nous  obferverons  néanmoins  que  la  décoration  de  la  porte  d’entrée  du  côté  de  la 
cour  , eft  beaucoup  moins  vicieufe  que  celle  du  côté  de  la  rue.  Son  ordonnan- 
ce , fes  profils  & les  fculptures  qu’on  y remarque , parodient  même  être  d’une 
main  habile.  On  n’en  voit  ici  que  la  coupe  marquée  A ; mais  il  eft  certain  que 
fi  tout  ce  bâtiment  avoit  été  traité  de  la  même  maniéré,  nous  n’aurions  eu  qu’à 
ap  plaudir.  Nous  n’en  pouvons  dire  autant  de  la  décoration  du  mur  B , ni  du  pa- 
villon en  retour  du  côté  de  la  cour , marqué  C.  A l’égard  de  la  coupe  D , non- 
feulement  les  décorations  intérieures  en  font  fort  négligées  , mais  il  eft  aifé  de 
s’appercevoir  du  mauvais  effet  que  produit  la  grandeur  des  combles  élevés  fur  l'Atti- 
que  , & combien  ils  parodient  anéantir  la  hauteur  de  cet  étage  , aulîi-bien  que  toute 
celle  du  bâtiment. 


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élévation  ail  principal  carpe  c/elcpùj  el du pavillon  en  aile  i/e  //20 tel  e/e L-t 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE.  L i vTvT 


§7 


CHAPITRE  XVI. 

Defcription  de  la  Maifon  de  Al.  Sonning,  rue  de  Richelieu  ', 

"'ETTE  maifon  fût  bâtie  vers  1704,  furies  deffieins  de  M.  Dullin  (a) 
ÇT  ^■rSonnwë  > Receveur  des  Finances  de  la  Généralité  de  Paris.  M 
KoUand  de  Fonferriere , Fermier  Général , l’acheta  en  1740  , & y fit  faire  quelques 
augmentations  fur  les  delfems  & fous  la  conduite  de  M.  lamevot , dont  nous 
parlerons  dans  le  Chapitre  XXIV  de  ce  Volume. 

Flan  au  rez-de-chauffée.  Planche  Première,. 

,.(?'a/.^lftjlt3ut!on  de  ce  Plan  eft  b!cn  entendue.  Lepériftile&  le  veflibule  font 
dilpoles  dune  maniéré  ingénieufe  , ainfi  que  le  grand  efcalier  placé  au  fond  de 
la  cour,  & qui  fait  partie  du  principal  corps-de-logis  : mais  nous  remarquerons 
que  pour ^ une  maifon  particulière,  cet  efcalier  occupe  trop  de  terrain.  D’ailleurs 
il  elt  fitue  a gauche  , ce  qui  n’eft  fans  doute  tolérable  que  parce  qu’on  a voulu 
procurer  une  expofition  convenable  à l’aîle  droite  qui  donne  fur  le  jardin,  & dont 
M.  Rolland  de  Fonfernere  a fçu  tirer  parti.  Précédemment  l’endroit  marqué  A 
etoit  un  portique  ouvert  de  toute  part  & fervant  d’abri;  on  en  a fait  une  galle- 
rie  en  bibliothèque  , précédée  de  l’arriere  cabinet  qu’on  a aggrandi  & décoré  d’un 
lit  en  niche  accompagné  de  garderobes  commodes  & bien  dégagées  , placées 
vers  B.  Cette  augmentation  compofe  un  appartement  très-logeable^,  bien  diftribué 
arciitemenc  décoré  <§c  meublé  avec  allez  de  goût. 

A la  place  de  la  chambre  C , on  a fait  un  office  qui  manquoic  dans  cette  maifon; 
a cuiline  n apu  etre  aggrandie  , non  plus  que  fes  dépendances  ; nous  avons  cepen- 
dant remarque  ailleurs  combien  il  étoit  important  dans  un  bâtiment  de  pourvoir 
aux  pièces  deftinées  au  fervice  des  domeftiques.  Faute  de  cette  prévoyance , com- 
îen  de  maifons , en  changeant  de  Maîtres,  exigent  des  réparations  confidérables  ! 
Combien  en  voit-on , qui  par  leur  peu  de  commodité,  relient  fans  locataires,  la' 
depenfequ  on  ferait  obligé  de  faire  pour  s’y  loger  rébutant  les  plus  opulens!  On  veut 
aujourd  nui  des  diftnbutions  commodes , & certainement  toutesles  maifons  en  font 
plus  ou  moins  fufceptioles  , il  en  faut  feulement  ufer  avec  prudence  ; par  exemole  , 
dans  une  maifon  particulière  il  n’eft  pas  à propos  de  mettre  tout  fon  terrain  en 
al  e cours,  ou  en  pièces  perdues,  la  convenance  doit  guider  dans  ces  occafions , 
e ?re  a de  lart  de  bâtir  ; fans  elle  les  bienféances  font  née;l i crées  les 
maifons  bourgeoifes  , les  Hôtels,  les  Palais  , les  édifices  publics  font  diftribués 
lans  Choix.  On  donne  aux  uns  ce  qui  convient  aux  autres,  de-la,  fans  contre- 
dit, 1 origine  du  defordre  & l’oubli  des  principes  de  la  bonne  Architecture. 

A ces  observations  nous  ajoûterons  qu’il  ne  faut  pas  donner  un  trop  grand  dia- 
mètre aux  pièces  d un  petit  bâtiment.  Cette  grandeur  exige  une  élévation  de  plan- 
cher qu,  nuit  a 1 économie.  Un  feul  fallon  fuffit  ordinairement,  on  tâche  alors  de  le 
placer  de  manière  que  fon  diamètre  n’exige  pas  que  le  niveau  de  tous  les  planchers 
des  autres  pièces  fort  commun  avec  lui.  Des  pavillons  en  retour  qui  ne  montent 
pas  de  fond,  le  fallon  fitue  au  premier  étage,  enfin  d’autres  moyens  que  fournie 
le  tenam  procurent  les  expédiens  néceffaires  pour  ne  mettre  qu’une  lèule  piece 
lpacieule  dans  une  maifon  particulière , fans  être  obligé  de  donner  au  hafard  une 
grandeur  mconfideree  a toutes  les  pièces  d’un  appartement.  Si  donc  on  a foin 

(a)  Voyez  ce  que  nous  avons  die  de  cet  ArchiteSe  , Tome  I.  Page  2 1 y.  Note  ( b ). 


Maifon  de 
M.  Son* 
ning. 


gg  'ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

d’emploveTTeTfoi^rconvenables  à l’ufage  de  chaque  piece  : fi  on  les  diftribue 
de  maniéré  que  celles  qui  font  deftinées  à la  réfidence  du  Maître  l’emportent 
en  grandeur  fur  celles  qui  leur  fervent  d’entrée;  fi  l’on  évite  de  placer  alterna- 
tivement de  petites  pièces  avec  des  grandes,  dans  une  même  enfilade,  on  eft  sur 
de  réuffir  dans  la  diftribution  d’un  plan.  Au  contraire , pour  avoir  néglige  la  plus 
grande  partie  de  ces  régies,  lors  de  la  conftruélion  delà  ma.fon  dont  nous  par- 
lons elle  occupe  beaucoup  de  terrain  , & ne  contient  que  fort  peu  de  logement. 

En  1740  lorfqu’on  reflaura  cet  Hôtel , on  augmenta  la  petite  cour  à fumier , 
marquée  D ’&  le  logement  E du  Portier , ainfi  que  l’expriment  les  lignes  ponctuées. 
Enfin  on  fit  aufli  quelques  autres  légers  changemens  dans  ce  qui  regarde  le  loge- 
ment des  Domefliques  , mais  comme  ils  font  peu  confidérables , & qu  ils  n ont  rien 
qui  puiffe  fervir  d’autorité  , nous  ne  les  rapportons  point  ici. 

Plan  du  premier  étage.  Planche  IL 

Les  pièces  qui  compofent  ce  premier  étage  font  un  peu  trop  vaftes  pour  une 
maifon  particulière,  étant  encore  plus  grandes  que  dans  le  plan  précédent.  Nous 
obferverons  à cette  occafion  que  les  bâtimens  Amples  ont  cela  d incommode 
qu’il  n’eft  guéres  poflible  d’y  ménager  des  garderobes  & des  dégagemens,  qui 
ordinairement  gâtent  les  murs  de  face  , & nuifent  à la  forme  des  pièces , a cau- 
fe  des  efcaliers  dérobés  qu’on  eft  obligé  de  pratiquer  pour  la  communication  du  pre- 
mier étage  avec  le  rez-de-chauffée.  D’ailleurs  ce  moyen  réufîit  beaucoup  plus  diffici- 
lement que  les  corridors,  les  couloirs,  ou  les  petites  pièces  que  procurent  les  ba- 
timens  rémi-doubles,  lorfqu’on  ne  veut  pas  faire  la  dépenfe  d’un  logis  double, 
ce  qui  demande  néanmoins  à être  difeuté  avant  l’édification  d un  batiment.  En 
effet  les  murs  de  face  font  ordinairement  ce  qui  coûte  le  plus  dans  la  maçonnerie. 
Les  cloifons  de  refend  d’un  rémi-double  coûtent  peu , & procurent  une  corn- 
modité  qui  doit  les  faire  eftimer.  Ce  n’ell  donc  que  dans  le  cas  d un  terrain  b or- 
né  qu’on  doit  fe  déterminer  à employer  les  bâtimens  fimples  , de  meme  qu  il  n y 
a que  quelques  confidérations  particulières  qui  doivent  empêcher  qu’on  n’eleye  plu- 
fieurs  étages  les  uns  au-deffus  des  autres,  la  dépenfe  des  couvertures  étant  la  me- 
me pour  tous  les  genres  d’édifices  en  particulier.  A l’égard  de  la  maifon  dont  nous 
parlons , le  terrain  étant  peu  fpacieux , on  a préféré  avec  raifon  les  bâtimens  fim- 
ples, autrement  le  jardin,  qui  n’a  que  12  toifes  de  profondeur  , aurait  ete  trop 
diminué  , ou  la  courferoit  devenue  trop  petite  ; cependant,  cette  maifon  pouvant 
être confidérée  comme  particulière,  cette  cour  aurait  pû  etre  réduite  a lept  toifes 
fur  dix , & alors  les  baffes  cours  auroient  été  plus  fpacieufes  3 le  corps  de-logis 
plus  commode , & le  logement  des  Domefliques  plus  abondant. 

'Elévation  du>  coté  de  la  cour.  Planche  III. 

La  décoration  extérieure  des  façades  de  cette  maifon  eft  en  général  d une  ri- 
cheffe  affez  analogue  à l’efpece  du  bâtiment.  La  proportion  des  croifees , celle 
des  arcades,  les  profils  des  entablemens  & les  rapports  des  pleins  avec  les  vuides , 
prouvent  l’expérience  de  l’Architeéle  qui  en  a donné  les  deffeins.  Cinq  arcades 
en  plein  ceintre  , dont  trois  font  réelles , & des  trumeaux  chargés  de  refends , dé- 
corent le  rez-de-chauffée  du  principal  corps-de-logis.  Ces  arcades , qui  régnent  fur 
l’aile  de  la  cour  & fur  le  mur  qui  eft  oppofé  , ralfemblent  les  parties  du  pourtour 
de  cette  cour , & concourent  à former  une  maffe  totale  qui  fait  toujours  bien  , 
& qui , comme  nous  nous  l’avons  dit  ailleurs , eft  le  feul  moyen  de  réuffir  dans 
un  édifice  de  peu  d’étendue. 

Le  pavillon  qui  donne  fur  la  baffe  cour  , eft  tenu  plus  fimple.  Cette  economn 
r 1 etoit 


Jparùrehati  •JûMBBILT,  rue  Dauphine  . 


JPla  slclu  re^ede  ch.  au.sse'e  cùin.  eAla  /.ton  scisc  nie 'c/eJZt c/ie/icu,  |f 
apparten  an  r à.  l 4 C Sennin y receveur  dejiF/riancej,  c/e  /a  Gen  er alité 
de /Paru;  appartenant  apres ent  aJI‘. Rolland  deFtmJiriere  Fermier 'général , 
bâtie  sur  les  desseins  deÆtJDulin  rdrc/utecte  . 


Gr~a  m/e  G ou  r 


cQtuj-e  . O ou  r 


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1.1V.  y.  N°.  :x.Vl  ,Pt  .2 


Elévation.  d£  la^  façade  du  caste  du  fardin  delhctel  S onrdrnf!'  r ^ ^d / 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L i v.  V.  Sp 

étoit  nécelfaire , non-feulement  pour  éviter  la  dépenfe , mais  pour  donner  à con- 
noître  que  cette  partie  du  bâtiment  n’avoit  rien  de  commun  avec  la  principale  fa- 
çade du  côté  de  la  cour. 

Elévation  du  cité  du  jardin.  Planche  IV. 

Cette  élévation  eft  percée  de  huit  ouvertures  à chaque  étage.  Le  rez-de-chauf- 
fée  eft  orné,  d'arcades  en  plein  ceintre  feintes  , dans  lefquelles  font  des  portes , 
ou  des  croifées  , fuivant  le  befoin  des  diftributions.  Les  quatres  arcades  donnant 
fur  le  perron,  auraient  dû  être  toutes  ouvertes,  ce  qui  aurait  donné  une  autori- 
té à toutes  celles  de  ce  foubaffement.  Les  croifées  du  premier  étage  font  les  mê- 
mes que  celles  du  côté  de  la  cour  , & d’une  bonne  proportion.  L’Attique  qui 
les  couronne  eft  d une  belle  fimplicité.  La  décoration  du  pavillon  au-deflus  de  la 
terrafle  eft  beaucoup  moins  eftimable  ; il  femble  avoir  été  fait  après  coup  & oar 
un  autre  Architefte.  Un  trumeau  dans  le  milieu  , de  trop  petits  corps  de  refends  , 
une  platebande  lourde  & maffive , font  toujours  des  chofes  à éviter , quand  on 
veut  mettre  en  œuvre  les  loix  du  bon  goût , & faire  ufage  des  principes  de  la 
bonne  Architeélure. 

Coupc  &•  pr-ojil  du  principal  corps-de-logis.  Planche  V. 

Cette  Planche  nous  fait  voir  le  développement  du  principal  corps-de-lcgis  A , 
Sc  les  deux  ailes  de  bâtiment  placées  à la  droite  de  la  cour  & du  jardin  , mar- 
quées B , C.  Ces  deux  ailes  font  ornées  d’arcades  en  plein  ceintre , & leurs  pié- 
droits font  chargés  de  refends.  Ces  piédroits  en  général  font  un  peu  trop  fvel- 
tes , mais  depuis  que  du  côté  du  jardin  on  a pratiqué  , en  B , une  gallerie  à la  pla- 
ce des  portiques  qui  fe  voyent  ici  , & depuis  qu’on  a rempli  ces  arcades  par  des 
croifees , ils  paroilfent  moins  légers , & femblent  porter  avec  plus  de  folidité  la 
terraftê  qui  eft  au-delîùs.  Les  piédroits  des  arcades  du  côté  de  la  cour  paroiftènt 
au®  moins  grêles  qu’ils  ne  le  font  dans  cette  Planche , depuis  qu’on  a bouché  ces 
arcades  pour  ne  les  faire  que  feintes  , à l’exception  de  celle  marquée  C , qui  eft 
réelle  , & qui  fert  d’entrée  à la  balle  cour. 

La  coupe  du  principal  corps-de-logis  A exprime  avec  alfez  de  juftelfe  la  dé- 
coration intérieure  de  ce  bâtiment,  qui , pris  en  général , indique  l’efprit  de  con- 
tenance qui  doit  prefider  dans  1 édification  d une  maifon  particulière  , principa- 
lement par  la  retenue  qu’on  a obfervée  dans  fes  élévations.  Nous  remarquerons  mê- 
me , qu’à  l’exception  de  la  grandeur  de  la  plupart  des  pièces  qui  compofent  ce  bâ- 
timent , fa  diftribution  eft  fort  ingénieufe , & qu’elle  peut  fervir  de  modelé  dans 
un  édifice  de  quelque  importance , où  le  terrain  & la  dépenfe  font  ordinairement 
moins  limités* 


Maifon 
M.  Son- 
ning. 


T-me  III. 


Z 


..  • 


J Ig;, 

m 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


I T R 


XVII. 


Defcription  de  la  Mai  fort  de  M.  du  Chat  cl , rite  de  Richelieu. 

\ E T T E maifon  fut  bâtie  en  1704 , fur  les  deffeins  de  M.  Cartaud  (a)  , 
Architeéle  du  Roi , pour  M.  Crozat  le  Jeune  : elle  a enfuite  appartenu  à feu  M. 
Te  Marquis  du  Chdtel,  Lieutenant  Général  des  Armées  du  Roi , qui  y fit  faire  des  aug- 
mentations & des  embelliffemens  allez  confidérables , par  M.  Le  Carpentier  (b)  , Ar- 
chitecte. Elle  eft  occupée  aujourd’hui  par  Madame  du  Chdtel  & par  M.  de  Gon- 
taud,  fon  gendre  , Lieutenant  Général  des  Armées  du  Roi. 

Plan  général  des  jardins , bâtiment  & dépendances.  Planche  Première. 

Cette  Planche  préfente  le  plan  des  jardins  de  cette  maifon  ; la  diverfité  de 
fes  formes  nous  a porté  à en  donner  les  deffeins.  Le  jardin  de  propreté  eft  fépa- 
ré  du  potager  par  le  boulevard , par  deflous  lequel  on  palfe  pour  communiquer 
de  l’un  à l’autre  , & qui  étant  plus  élévé  que  le  rez-de-chaulfée  de  ce  bâtiment , 
procure  à fon  premier  étage  un  afpeét  d’autant  plus  riant , que  cette  promenade  eft 
aujourd’hui  très-frequentée. 

Ces  deux  jardins  contiennent  environ  huit  arpens  , terrain  allez  confidérable 
pour  une  maifon  particulière  , furtout  dans  un  quartier  auffi  habité.  Le  potager  eft 
comoarti  par  neuf  triangles,  compofes  de  planches  pour  les  légumes  & entoures 
de  plate-bandes  qui  contiennent  des  arbres  fruitiers.  Au  milieu  d’une  étoile  que 
forment  ces  triangles , il  y a un  balfin  qui  fournit  de  l’eau  à ce  jardin.  Les  lignes 
ponéluées , marquées  A , indiquent  le  chemin  couvert  qui  palfe  fous  le  rempart. 
Ce  chemin  donne  dans  une  ferre  B conftruite  & voûtée  en  pierre , qui  tient  lieu 
d’orangerie.  Le  jardin  de  propreté  eft  divifé  en  un  très-beau  boulingrin  C de  for- 
me variée  & placé  en  face  du  bâtiment , en  un  malfif  de  bois  de  haute  futaye , au 
milieu  duquel  eft  un  bofquet  de  verdure  D , & en  deux  parterres  à l’Angloife  de 
p azon  découpé  E,  entoures  de  plate-bandes  de  fleurs.  Les  taluds  F fervent  a racheter 
les  différentes  inégalités  du  terrain  de  ce  jardin.  Ces  inégalités  font  un  très-bon  effet 
par  la  diverfité  des  pentes  & des  points  de  vues  doit  cette  verdure  eft  apperçûs^ 
Vers  G , en  face  de  la  Maifon  , eft  un  frontifpice  d’ Architecture  réelle  qui  fem- 
ble  annoncer  l’entrée  d’un  fallon,  mais  qui  eft  feulement  adoffé  à un  mur  qui 
fépare  ce  jardin  d’avec  celui  de  l’Hôtel  de  Grammont.  Le  pavillon  marqué  H eft 
le1  logement  du  Jardinier , avoifiné  de  deux  cours  qui  dégagent  par  le  eul-de-fae 
de  la  Grange-Bateliere.  Les  bâtimens  du  principal  corps-de-logis  & fes  dépen- 
dances font  marqués  ici  par  malles  , on  en  va  voir  les  diftributions  dans  les  Plan- 
ches fuivantes. 


(a)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  ce  célébré  Ar- 
chitecte , T.  I.  page  222.  no:e  (a). 

(b)  M.  le  Carpentier  elt  un  des  Architectes  modernes  qui 
eft  le  plus  occupé  aujourd’hui  à Paris.  Sa  capacité  lui  a ac- 
quis la  confiance  d’une  grande  quantité  de  perfonnes  de  la 
première  confidération.  On  peut  dire  de  cet  Artifte , que 
non-feulement  il  eft  habile  Architefte  & de  beaucoup 
d’expérience,  mais  qu’il  entend  très-bien  la  diftribution  & 
la  décoration  des  appartemens;  ce  qu’il  a fait  executer  dans 
ce  genre  à l’Hôtel  de  Luxembourg , eft  une  preuve  de 
ce  que  j’avance.  Il  vient  de  faire  auffi  éléver  un  Hôtel , 
rue  du  Regard , pour  Madame  la  Comtejfe  de  Lajfai.  Cet 


Hôtel  eft  très-bien  entendu  , & lui  fait  beaucoup  d’hon- 
neur auprès  des  Connoilfeurs  & des  perfonnes  impartia- 
les. Il  bâtit  aétuellement  pour  M.  Bouret  une  maifon  , 
dont  la  terrafle  donne  fur  les  jardins  potagers  de  celle 
que  nous  décrivons  ; enfin  il  a fait  une  jolie  maifon  de 
plaifance  près  Montmartre  , pour  M.  de  la  Boiffiere  , la- 
quelle eft  peut-être  une  des  plus  ingénieufes  qui  fe  voyent 
à Paris  & aux  environs.  Nous  paffons  fous  filence  une 
infinité  d’autres  ouvrages  d’importance , tels  que  l’Hôtel 
de  Ville  de  Rouen  , dont  il  vient  de  faire  le  projet  , 
l’Abbaye  de  Clairvaux  qu’il  a fait  bâtir , le  College  de 
Bourgogne  & Ion  Eglife  , a Paris,  &c. 


Flan  du  rez-de-chaujjce.  Planche  II. 

La  Figure  Première  donne  le  plan  du  rez-de-chauflee.  Le  corps-de-logîs  de  ce  MalrollJe 
batiment  efl  triple  fur  fa  largeur  , & quadruple  fur  fa  profondeur  • comme  il  efl  M'duC^- 
ifolé  de  toutes  parts , cela  a donné  occafion  à cette  diftribution , auiïi  ingénieufe  ' 
que  nouvelle.  Une  cour  quarréede  17  pieds,  au  milieu  du  maffif  de  ce  bâtiment, 
éclaire  avec  fuccès  le  grand  efcalier  & les  garderobes  qui  font  comprifes  dans  lé 
corps-de-logis.  Cette  cour , qui  ailleurs  feroit  blâmable  , efl  ici  un  coup  de  gé- 
nie , non-feulement  parce  que  les  bâtimens  étant  fort  peu  élévés , elle'  efl  aïfez 
eclairee , mais  parce  qu  elle  dégage  avec  beaucoup  d’induftrie  les  petits  corridors 
& les  efcaliers  des  entrefols.  Aux  deux  côtés  du  vellibule  font  deux  antichambres 
qui  conduifent  chacune  à une  chambre  à coucher  & à deux  cabinets.  Ces  deux 
pièces  donnent  entree  a une  gallerie  qui  a de  longueur  toute  la  façade  du  bâti— 
timent  & de  largeur  environ  le  tiers  de  fa  longueur.  De  grandes  glaces  placées 
en  face  des  croifées  y répètent  le  fpedacle  du^jardin  ; fur  fa  longueur  , vis-à-vis 
de  la  porte  , elt  une  cheminée  de  marbre  ornée  d’enfans  de  bronze  doré  d’or  mou- 
lu , portant  des  girandoles.  La  voûte  de  cette  gallerie  efl  peinte  par  La  EoJJè  : 
il  y a reprefcnte  la  naiflànce  de  Minerve  fortant  du  cerveau  de  Jupiter , &c.  Cet 
ouvrage  efl  très-eflimé  des  Connoiffeurs. 

' a manger  efl  fituée  du  côté  du  jardin  , dans  l’aîle  de  bâtiment  pla- 

cée a la  droite  de  la  cour.  Cette  fàlle  , depuis  quelques  années , a été  augmentée 
de  douze  pieds , comme  on  le  voit  par  les  lignes  ponéluées  A.  On  entre  dans 
cette  falle  par.  l’antichambre  , au  lieu  qu’auparavant  on  y entrait  par  le  tambour 
circulaire  B qui  fe  voit  ici.  Cette  augmentation  régné  dans  toute  la  hauteur  du 
bâtiment , de  maniéré  qu’au  premier  étage  au-defTus  de  cette  l'aile  , on  a pratiqué 
un  fort  beau  fallon  (r)  vers  l’endroit  marqué  A , Figure  II.  Ce  fallon  commu- 
nique au  principal  corps  - de  - logis  par  la  porte  B,  même  Figure.  Le  rez-de- 
chauffée  de  cette  aile  efl  occupé  par  différentes  pièces  pour  le  fervice  de  la 
maifon.  Au-deflus  de  ces  pièces  font  des  entrefols  auxquels  on  monte  par  l’ef- 
calier  C ; on  en  a confirait  un  nouveau  (dj  vers  D , pour  monter  au  premier  éta- 
ge de  cette  aile,  dans  laquelle  font  diftribués  des  appartemcns  qui  répondent  à 
a magnificence  du  fallon  dont  nous  venons  de  parler.  Dans  l’enclave  E on  a mé- 
nagé de  nouvelles  commodités  à l’ufage  des  baffes  cours , mais  comme  ces  augmen- 


- „ , augmen- 

tations font  peu  înterelîantes  & que  ce  plan  a été  anciennement  gravé  , on  ne  les 
a pas  ajoutées  ici. 

Elévation  des  façades  du  côté  de  la  cour  & du  côté  du  jardin.  Planche  III. 

La  Figure  Première  donne  la  façade  de  ce  batiment  du  côté  de  la  cour.  L’avant- 
corps  efl  décoré  au  rez-de-chauffée  de  pilaflres  Ioniques  & d’un  Ordre  Attique 
au-defTus  , couronne  d un  fronton.  Nous  avons  remarqué  ailleurs  combien  il  étoit 
important  de  ne  pas  faire  ufage  d’Ordres  d’Architeélure  dans  un  petit  bâtiment , 
dans  la  crainte  que  la  divifion  de  leurs  parties  ne  produifit  un  mauvais  effet  : on  les  a 
cependant  rifqué  ici , quoiqu’il  foit  aifé  de  fe  convaincre  que  l’élévation  répréfentée 
par  la  Fig.  III,  fait  un  meilleur  effet  fans  cette  richefTe  indifbrete  qu’on  remarque  dans 
celle  dont  nous  parlons , la  fimplicité  étant  préférable  à tous  les  membres  d’Archi- 
teaure  qu’occafionnent  les  Ordres , qui  n’ont  été  imaginés  dans  leur  origine  que 
pour  les  grands  édifices , Sc  non  pour  les  maifons  des  particuliers. 

VÆ>Y  Tl  P d&0r,a:bn  de  ce  fallon  dans  le  ftprieme  ( i ) Toutes  ces  nouvelles  augmentations  ont  été  faites 

Volume  de  ce  Recueil.  fir  les  déteins  & fous  la  conduite  de  M.  k cJpemkT 


«Kl, 

f J'  \ 
àyV 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E,  L i v.  V. 

Mairon  ds  L’élévation  principale  du  côté  du  jardin  ( Figure  II.  ) n’a  point  d’Ordres  d’Ar- 
MjduChâ-  cllite(fture  ^ mais  eHe  n>en  eft  pas  plus  eftimable.  Un  petit  fronton  triangulaire  en- 
fermant une  niche  circulaire  , fans  autre  néceiïité  que  de  recevoir  une  coquille,  la- 
quelle produit  un  ornement  déplacé  , termine  un  avant-corps  fort  étroit  pour  fa  hau- 
teur. Cet  avant-corps  eft  flanqué  de  chaines  de  refends  qui  paroiffent  poftiches , 
quoiqu’elles  fimétrifent  avec  celles  des  extrémités  de  la  façade  tenues  trop  élan- 
cées, & qui  n’ont  aucune  analogie  avec  lapéfanteur  des  trumeaux,  tandis  que  ceux-ci 
par  un  contrafte  outré  font  furchargés  de  tables  à oreilles  , qui  ne  devraient  jamais 
trouver  place  dans  une  décoration  en  pierre,  ni  dans  les  façades  extérieures  d’un 
bâtiment. 

La  Figure  III  eft , comme  nous  l’avons  déjà  remarqué  , d’une  ordonnance  plus 
régulière  & mieux  entendue.  Si  les  chaînes  de  refends  des  extrémités  des  avant- 
corps  étoient  plus  nourries  , les  portes  qui  defcendent  fur  les  perrons  moins  fvel- 
tes , & les  trumeaux  de  fes  pavillons  moins  larges , il  n y a point  de  doute  que 
cette  élévation  ne  fut  un  modèle  à fuivre  dans  toutes  les  ordonnances  des  bâti- 
mens  de  peu  d’importance.] 

Coupe  du  principal  corps-de-logis  & élévation  de  Halle  fur  la  cour.  Planche  IV. 

Cette  coupe  montre  le  développement  intérieur  du  principal  corps-de-logis , 
au  milieu  duquel  fe  voit  la  cour  marquée  A , dont  nous  avons  parlé , Planche  I. 
Lors  de  la  reftauration  de  cette  maifon , pour  rendre  cette  cour  plus  fpacieufe  & 
la  préferver  de  toute  humidité  , on  a fupprimé  les  petits  corridors  du  rez-de- 
chauffée  qui  la  rétreciiïoient  ; par  ce  moyen  elle  eft  très-falubre  & d’une  grande 
commodité.  Sous  l’efcalier  à droite , marqué  B,  on  a pratiqué  une  pompe  & un 
réfervoir  qui  contribuent  à la  propreté  de  cette  cour,  & fourniflent  de  l’eau  aux 
garderobes  qui  lui  font  adjacentes.  Le  veftibule  C eft  revêtu  de  maçonnerie  & 
décoré  d’ allez  bon  goût.  Les  pièces  D font  des  entrefols  pour  les  garderobes  , 
qui  ont  leur  dégagement  par  la  cour  & par  le  grand  efcalier.  Enfin  la  piece  E 
eft  la  gallerie  dont  nous  avons  parlé  avec  éloge , tant  en  faveur  de  fa  décoration  , 
que  de  fa  fituation  avantageufe. 

L’aîle  de  bâtiment  F a été  élévée  d’un  étage , auquel  on  monte  par  un  nou- 
vel efcalier  fitué  à la  place  marquée  D , dans  le  plan  du  rez-de-chaulfée  , Planche 
Première.  C’eft  dans  ce  premier  étage  qu’on  a diftribué  l’appartement  & le  Tal- 
ion dont  nous  avons  fait  mention  ; mais  comme  la  décoration  extérieure  de  ce 
premier  étage  eft  d’une  ordonnance  affez  fimple  & d’une  exécution  médiocre  , 
nous  ne  l’avons  point  donnée.  L’extrémité  de  cette  façade  , marquée  G , indique  le 
mur  de  la  cour  principale  qui  la  fépare  d’avec  l’avant-cour,  & dont  on  n’a  pas 
continué  la  décoration  dans  cette  Planche  , parce  qu  elle  eft  peu  intereftànte. 


Jlf'ijtv 

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,'lPl 

IflHli.K'n  V 


CHAPITRE 


PLAN  GENERAL 

Des  JaJ’dins  Baûmens  ef  dépendances 
de  la  Maison  de  M\  le  M a repu  s 
Du  Cliafel 

Lieutenant  general  LenaL  innés  Lu  .l'in y . 
DParL  Lier  JoMBERT,  rue  Dauphine 


EcLelle  de  So  Toises. 


T ^ ^ I 

■I 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S Ê , lT^TC 


CHAPITRE  XVIII. 

Description  dune  Maifon  fife  rue  de  Richelieu,  près  le 
Boulevard. 

' E„TTE,ma,f°n  3 été  connue  Eng-tems  fous  le  nom  d’Hôtel  Des  Chiens  ■ Ma:r°." 
— i elle  fut  bâtie  vers  1710  , fur  les  delfeins  du  fieur  Levé  (a)  , Architeéle.  El-  chdi™.R‘' 
le  appartient  aujourd’hui  à M.  le  Marquis  de  Creil , Gouverneur  de  Thionville  en 
Flandres , qui  1 a louee  depuis  environ  neuf  ans  pour  en  faire  les  écuries  de 

Madame  la  Dauphine  Le  principal  corps-de-logis  au  rez-de-chauflee  eft  occupé 
par  M.  le  Comte  de  Mailly  , Premier  Ecuyer  de  cette  Princelfe  , & Lieutenant 

C^tif&nEpoufe  = “ P"™1"  ’ **  iaPPart“  ^e  Madame  la 

Plan  du  rez-de-chaujfée . Planche  Première. 

Cette  Planche  ne  donne  que  le  plan  du  principal  corps-de-logis , celui  de  la 
grande  cour  & quelques  dépendances  : les  balfe-cours  qui  font  à gauche  ne  font 
point  exprimées  ici  , étant  bâties  alfez  irrégulièrement  ; nous  dirons  feulement 
quelles  contiennent  environ  douze  remifes  & des  écuries  pour  40  chevaux,  y 
compris  celles  qui  fe  remarquent  dans  cette  Planche  1 

Les  appartemens  du  principal  corps-de-logis  font  diftribués  doubles,  entre  cour 
, ,ard'n  ’ * de“res  avec  ftu,e%e  magnificence.  Le  grand  efcalier,  placé  à gau- 
cie,eft  vafte  & bien  termine  dans  fa  partie  fupérieure.  Ce  corps-de-logis  a deux 
etages  & une  manfarde  , les  ailes  de  la  cour  n’en  ont  qu’un  formant  terralfe  & 
lont  decorees  a arcades  couronnées  d’une  balultrade  d’une  comnofition  qui  n’eft 
pas  fans  mente.  x ^ 

On  n’avoit  point  gravé  le  plan  du  premier  étage,  & comme  il  eft  diftribué  fur 
les  memes  murs  de  refends  que  le  principal  corps-de-logis  au  rez-de-chauffée , nous 
n avons  pas  cru  devoir  le  donner  ici,  non  plus  que  les  jardins,  qui  d'ailleurs 
lont  fort  pe.a  de  chofe  & mal  entretenus.  i 

Elévations  du  côté  de  la  cour  & du  côté  du  jardin. 

Planche  II. 

Les  décorations  des  façades  font  fort  fimples  : deux  étages  & une  manfarde 
en  déterminent  la  hauteur.  Les  croifées  pêchent  contre  les  régies  de  la  propor- 
tion, dont  il  n eft  pas  permis  de  s’écarter  dans  quelque  efpece  de  bâtiment  que 
ce  ioit , ainfi  que  nous  nous  l'avons  déjà  obfervé  ; d’ailleurs  les  tables  affeftées 
dans  les  trumeaux,  les  corps  de  refend  trop  fveltes  , & les  parties  anguleufes  des 
avant-corps  qui  terminent  l’élévation  du  côté  de  l’entrée  , préfentenfune  Archi- 


(a)  Cet  Architeéle  eft  peu  connu,  nous  le  croyons 
éleve  de  M.  Dullin.  Il  a bâti  à Paris  plufieurs  mai- 
ions  allez  confidérables  , entr’autres , vers  1707,  l’Hô- 
tel du  Duc  d’si  min  , pour  François  Ma  mien  de  la 
tour  , connu  fous  le  nom  de  De  la  Cour  des  Chiens  , fa- 
meux  Traitant.  Cet  Hôtel  eft  vafte,  mais  fitué  de  ma- 
niéré qu  il  a porté  long-tems  le  nom  d’Hctel  de  Tra- 
rers^En  1710,  le  Roi,  créancier  de  Mamie  et , prit 
Tome  111, 


entrée  3 préfentent  une  Archi- 

cet  Hôtel  en  payement , & en  1712,  il  le  céda  ô M. 
le  Comte  de  Touloufe.  Ce  Prince  le  vendit  en  1713  , 
* Louis  Antoine  Pardaillan  de  Gondrin  , Duc  d’ An- 
tm , qui  y fit  faire  des  augmentations  confidérables. 

aui°urd  hui  M.  Paris  de  Montmartel  qui  occupe 
cet  Hôtel.  Nous  n’en  donnons  point  les  delfeins  dans 
ce  Recueil , a caufe  de  fon  irrégularité  ; les  jardins  ce- 
pendant ont  des  beautés  qui, méritent  quelque  attention. 

A a 





HW 


94 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


M; 

rue  de 


rriieuî  teélure  peu  refléchie.  Nous  remarquerons  cependant  que  les  profils  de  ces  faça- 
cî'iita."  des  paroiflent  d’aflez  bon  goût  fur  le  lieu,  ce  qui  fuppofe  quelque  théorie  dans 
l’Architeéle  ; mais  l’exécution  de  ce  bâtiment  en  général  eft  fi  médiocre , qu’el- 
le  annonce  peu  d’expérience , & fa  conftruétion  , quoique  folide , laiffe  entrevoir 
la  négligence  de  l’appareil. 

L’élévation  repréfentée  par  la  Figure  II,  quoique  de  la  même  ordonnance  que 
celle  du  côté  de  la  cour , a quelque  chofe  de  moins  mefquin , par  rapport  à la 
largeur  de  fes  trumeaux , mais  fa  fimplicité  eft  trop  outrée  pour  une  façade  du 
côté  des  jardins , furtout  appartenant  à un  bâtiment , qui  dans  fon  origine  fut  éri- 


III; 


t!;-  t 

tt,  i ■ 


[’efprit  de  convenance  que  de  préférer 
ration  fufceptible  de  quelque  agrément , lorfqu’il  s’agit  d’ériger  un  édifice  pour 
la  demeure  d’une  perfonne  au-delfus  du  vulgaire.  Cependant  comme  ces  Planches 
étoient  gravées  anciennement , que  d’ailleurs  la  diftribution  de  cet  Hôtel  a quel- 
ques parties  intéreflantes , & qu’enfin  ce  Recueil  doit  naturellement  contenir  des 
bâtimens  de  tous  les  genres , celui-ci , quoique  trop  fimple  dans  fes  façades , fer- 
vira  à prouver  combien  il  eft  effentiel  d’éviter  les  reproches  que  nous  nous  fommes 
trouvé  forcés  de  faire  à l’Architeéle  qui  en  a donné  les  defleins. 


Chambre 


Garder etc 


Alanacr \ 


Gardercpe\ 


Grand 


Cornu  n 


cour 


Cuisine 


Remises 


de/ -ri’  . 
Ha.rn.pts 


Perde/ 


j Plan  au  rez,  de  chaussée  duize  nz  oison  S cixdz  rue  et  porte,  > 
ct<_^>  Richelieu  cl  Paru  du  dessein,  dué ‘Lève Architecte  , 


darchn. 


Cour 


Petit  jardin 


A R C i 1 1 T E C TU  R É~F  R A N Ç O I S Ë , L^VT 


95 


•CHAPITRE  XIX- 

Dcfcription  de  l' Hôtel  Dejmarets , rus  S.  Marc. 

1 f I H°teI  ^5.  bâM  ^ 1704,  furies  delTeins  de  M.  De  Lajfarmce , Archi- 
-J  tede  , Controlleur  des  Batimens  de  Sa  Majefté  (Y)  , pour  M.  R,vié , Secrétaire  D f’e 
du  Roi , qui  en  1711,  le  céda  à M.  N, colas  Déferas  Contrôleur  Général  des 
Finances.  Apres  fa  mort  il  fut  vendu  à M.  Ic  Duc  de  Lueccndourg  : il  appartient 
aujourdhmàM.le .Duc  de  Luxembourg , fon  fils,  Chevalier  des  Ordres  du  Roi 

te°dted(i)bleS  ^ kS  dCfldnS  & f°US  k C°nduite  de  M-  Lc  Carfenuer]'  Archi- 

Les  jardins  de  cet  Hôtel  font  aflèz  fpacieux  ; ils  fe  terminent  au  boulevard 
dont  les  allées  femblent  fe  reunir  à celles  de  ce  jardin , ce  qui  lui  procure  un 
coup  dœil  fort  agréable  Nous  n’en  donnons  point  ici  les  plans  ; ceP  genre  de 
beauté  eft  peu  touchant  dans  la  plupart  des  delTeins , & l’alpeâ  des  lieux  peut 
prcfque  feul  mfpirer  & fertilifer  le  génie  dans  cette  partie  de  l’Architeâure  PUn 
grand  parterre,  de  belles  paliiflades,  des  terralfis  de  forme  variée,  des  boulin- 
grins, des  bofquets  , &c.  veulent  erre  examinés  de  près  ; comme  la  nature  fait  la 
p us  grande  partie  des  frais  du  jardinage  , c’eft  elle  qu’il  faut  confulter  l'Art 
vient  enfuite  & alors  l'homme  de  génie  fçait  tirer  aLtage  du  tS  le  pts 
ingrat  Cependant  pour  fitisfaire  les  amateurs , nous  avons  inféré  dans  ce  Recueil 
les  jardins  qui  nous  ont  paru  plus  compliqués  que  celui  dont  nous  parlons  & 
qui  appartiennent  d avantage  à l’Art.  P ’ ** 

Flan  du  rez-de-chaujjie.  Planche  Première. 

Sans  avoir  égard  aux  augmentations  qui  ont  été  faites  à cet  Hôtel , comme  fupole- 
ment , ni  a quelques  changeons  arrivés  dans  ce  plan , dont  nous  pa  lerons  ci-après 
nous  obferverons  que  fa  diftribution,  telle  que  M.  De  LaJfurL  l'a  fait  etécû’ 
ter,  eft  affez  mgemeufe.  Ilferoit  cependant  à délirer  que’ la  forme  du  fallon  fot 
au  moins  quarree  encore  eft-il  mieux  en  général  qu’il  fe  préfente  fofi  pro- 

ce"' c’eft  ordinai2memCr[e  T fcrllPule,u*  1 a proportion  d'une  pareiliepie- 

diuernom  I r I1  ,eUrIep  US  °?e  du  bâtiment>  & l’°n  "e  doit  rien  né- 

fetfeoiece  do  r l°nner  Z35  tOUtes,1“  a«res  Par««  de  la  diftribution  ; auffi 
cettepiece  dont  la  cage  eft  ancienne  , a-t’elle  été  magnifiquement  décorée  en  1740 

Zlïtîdt no?  de,M-/f  Cart'ati?r-  Cî0mme  «s  delTeins  fe  trouveront  dans  l’£: 
cyciopeciie , nous  ne  les  donnons  point  dans  ce  Recueil. 

Le  grand  efcalier  eft  placé  à droite  de  l’entrée  "du  bâtiment,  & ne'femhle 
ane  quun  tout  avec  le  veftibule,  ce  qui  le  rend  fpacieux , & procure  une  entrée 
magnifique  a tous  les  appartemens. 

memeureUfnrld’rnf  a‘rezbelle  Pr0P°«;°"  J elle  auroit  néanmoins  acquis  une 
meUeuie  lorme , fi  les  pavillons  du  principal  corps-de-loifts , marqués  A B n’euf 

fent  pas  été  auffi  faillans.  Ils  relTerrent  trop  l’élévation^u  c&f de  k Cour  nui 
fent  a la  lumière  du  grand  efcalier  & de  la  fille  à manger,  & rendent  la’cour 
Tro°femePar  “ “ °°P  marqU&  V°yeZ  la  %^e  Première  de  la  Planche 

0)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Archir',fl-f>  ( ?,\  Tf_.  ...  . 

Tome  I.  page  232.  note  m ' ' "ous  avons  dlt  d?  cet  Architecte  ; 

' ^nap.  a Vil.  de  ce  Volume, 


H 


96  ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E,  L i v.  V. 

HM  Les  changemens  faits  dans  la  diftribution  du  principal  corps-de-logis  confident 
Defmaas.  principalement  dans  une  porte  qu’on  a percée  à la  place  de  la  cheminée  ; dans 
la  falle  à manger , dont  on  a fait  une  antichambre  : de  la  chambre  à coucher , 
on  a fait  une  falle  d’aifemblée , & d’un  cabinet  à gauche  , une  chambre  à cou- 
cher cour  M.  le  Duc  de  Luxembourg , avec  les  dégagemens  & les  garderobes 
qui  conviennent  à un  appartement  de  Maître.  Le  grand  cabinet  à droite  eft  au- 
jourd’hui la  chambre  de  Madame  la  Ducheffe  , & l’arriere-cabinet  eft  une  toilette , 
derrière  laquelle  font  des  garderobes  qui  dégagent  dans  de  très-grandes  baffe  - 
cours  placées  en  C , que  M.  le  Duc  de  Luxembourg , pere  de  celui  d’aujourd’hui , 
fit  conftruire , quand  il  eût  acquis  des  héritiers  de  M.  Defmarets  cet  Hôtel  tel 
que  nous  le  donnons. 

A ces  augmentations  confidérables , qui  font  tout  le  mérite  des  dépendances  de 
cet  Hôtel  J on  a ajouté  en  1749  , fur  les  deffeins  de  M.  Le  Carpentier , un  nou- 
veau pavillon  du  côté  du  jardin,  de  12  toifes  de  face  fur  cinq  de  profondeur , y 
compris  un  avant-corps  à pans.  Ce  pavillon  renferme  une  falle  à manger  de  forme 
elliptique , décorée  avec  beaucoup  de  goût  & accompagnée  d’un  buffet , précé- 
dée d’un  petit  antichambre  qui  communique  à la  toilette  par  une  porte  à côté 
de  la  cheminée  , vers  D.  Le  mur  latéral  de  ce  pavillon  commence  en  E , & faille 
dans  cet  endroit  de  19  pieds  fur  le  jardin.  De  l’autre  côté  de  la  falle  à manger, 
on  a pratiqué  une  falle  des  bains  à deux  baignoires  , avec  un  lit  en  niche  au 
milieu  & des  garderobes  décorées  8c  meublées  avec  beaucoup  de  goût  & d in- 
telligence. 

Le  relie  de  ce  bâtiment  n’a  pas  fouffert  de  grands  changemens , à l'exception 
des  cuifines , que  l’on  a aggrandies  8c  qui  étoient  renfermées  dans  un  trop  pe- 
tit elpace. 

Elévation  du  côté  de  la  rue , & plan  du  premier  étage  de  cet  Hôtel. 

"DlonoUo  TT 


Le  premier  étage  (Figure  I.)  eft  occupé  par  M.  le  Duc  de  Montmorenci.  Le  diamè- 
tre des  pièces , étant  aflujetti  aux  murs  de  refend  du  plan  précédent,  n’a  pas  fouffert  de 
grands  changemens  , & à l’exception  de  quelques  portes  qu’on  a percées  & de  quel- 
ques commodités  formées  par  des  cloifons , ce  plan  eft  relié  tel  que  nous  le  don- 
nons. Nous  obferverons  feulement  en  général  que  la  forme  des  chambres  à coucher 
n’eft  pas  à imiter  , leur  proportion  n’étant  pas  indifférente  à caufe  de  la  place  du  lit , 
qui  exige  que  ces  fortes  de  pièces  ayent  une  profondeur  convenable.  Voyez  ce 
que  nous  avons  dit  à ce  fujet  dans  notre  Introduction , Tome  I.  page  34. 

La  Figure  deuxieme  donne  la  façade  de  cet  Hôtel  du  côté  de  la  rue.  Au  mi- 
lieu eft  la  principale  porte  d’entréê  ; cette  porte  eft  en  voulfure  , & eft  ornée  de 
colonnes  accouplées  d’Ordre  Compofite  : ces  colonnes  font  engagées  dans  le  mur , 
élévées  fur  un  focle , & couronnées  d’un  entablement  terminé  en  plein  ceintre. 
Nous  avons  déjà  blâmé  ce  genre  de  corniche  circulaire  ; fa  péfanteur  & fon  diamètre 
anéantirent  toujours  l’Ordre  qui  la  foutient.  D’ailleurs  la  fuppreffion  de  la  frife  & de 
l'architrave,  dans  cette  corniche  en  plein  ceintre,  compofè  une  Architecture  vi- 
cieufe  , qu’on  ne  doit  point  imiter  ; l’efpece  de  comble  à la  manfarde  qui  couronne 
cette  porte , produit  dans  cet  amortilfement  une  obliquité  qui  ne  fait  pas  un  bon 
effet,  non  plus  que  les  couvertures  interrompues  de  cette  façade;  elles  compofent  au- 
tant de  parties  féparées , qui  nuifent  à l’unité  , fi  neceftàire  à obferver  dans  la  dé- 
coration d’un  édifice.  Ce  même  défaut  fe  remarque  dans  les  combles  de  cet 
Hôtel , 8c  loin  de  faire  un  genre  de  décoration  convenable , dans  un  bâtiment  de 
quelque  importance  ils  devroient  toujours  être  mafqués  , ou  lorfque  la  neceffite 


- . AIiCHITECTURE  FRANCOISK.  r.,,,  y rj„ 

les  amene  naturellement,  du  moins  faürlil  lec  ^ — Z : *■*,.,  ' 

foit  de  quelque  utilité  défaire  pyram.der , “dôme  ^rVé  “u  & 

lenes  , &c.  Enfin  les ; arnere-corps  & les  pavillons  de  cette  faea  de  font  déco 
” m£fqU,ne’  lES  croifé«  font  fans  proportion  J lesptfiw" 

Elévations  du  cité  de  h cour  & du  cité  du  jardin.  Planche  III. 

fcïasaKtts  SfSürfV' la  —, -r"f  > *»  k h» 

terminer  les  ailes  de  la  cour  dont  on  voit  icil  A r ’ “’T  * 

sk.  o j oc  ne  le  relient  point  de  cette  fermeté  Ci  défirahlr» 

?4 "erP"r  zrf4us  *?/.»-*«-  * A‘4Sï 

,»  WL,™.  ssw  p.»  ,ti  d«  'à  r ,r d n"  r d,ifci  î"  i"1- 

néLâSî  âfllcSZ'  ïî  * “f  * 

nmiere  dp  ita  ZS-Zn  hiZ™'  r*  le  rfî  de  tdlévatiod.  Ce,« 
du  déréglementé  ^du'définrdre^q1  ' ma’S  ^ qui  la  c°mP°ftnt,  tiennent 

SKu' f ” ‘«r  «».Sp«p , ZÏZZf  ïïî” 

Mres r ^ nUk  à k ^«e  intérieure:  des  pi- 
donnarice  de  cette  Architeélure^o^5  ^ “ & corre<aion  » forment  l’or- 

fi  Ton  avoir  fupprimé  ces  Ordr^dWantT'  “S"6  eJxPreffion  Plu*  convenable  , 

quelque  chofedans  h P ’ ■’  dauta™  Plus  qu  ds  ne  devraient  jamais  entrer  pour 

LirZ  c“„  dLL*fi,e  “ Sùtrmens  particuliers,  icf,,,»  „«  pJ„, 

JïfSS  îsSrA'r  t*r  r k-  »>»•**. 

Un  bâtiment  de  ifà  “ toifes  de  ft,  dT  °n  ^ db>  milieu, 

étendue  par  trois  avant-corns  & deu  ' -E  ^ 01t  lamaIS  etre  fubdivifé  dans  fon 
petites  parties , & détruit  l’effet  générXTJTeft  k' nm  d-Vifi°n  77°^  "°P  ^ 

" " d“  “ bi”“  b-iie- ce,  p.w,iiZ”zr"”?r; 

sras^sMsi--’ 

Bb 


r-Sr-t  . .--â  .: 


a 


„ • 'f|l! 
IM; 


ARC  H ITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v.  V. 

Hôtel  d’une  Architecture  fi  médiocre , qu’il  n’eft  guéres  polfible  d’imaginer  rien  de  fi 
Def.narets.  mef„u;n.  L’entablement  Ionique  efl  auffi  fans  correction  & enrichi  de  moulures 
fans  choix , fans  pureté  Sc  fans  goût. 

Ma  fincerité  me  fufcitera  peut-être  des  contradicteurs  & des  ennemis  ; on  me 
fera  fans  doute  un  crime  de  m’éiéver  contre  le  préjugé  dominant.  Cependant 
ralfuré  fur  l’équité  de  mes  obfervations , & fans  avoir  égard  à la  jaloufie  des  gens 
du  métier , je  crois  ne  devoir  pas  paifer  fous  filence  des  inadvertances  qui  pour- 
raient fervir  d’autorité  , fi  elles  n’étoient  pas  relevées , & qui  ne  manqueraient 
point  d’être  très-préjudiciables  dans  la  fuite  aux  progrès  de  l’ArchiteCture. 

Je  le  répété , je  voudrais  avoir  autant  de  lumières  que  de  zele  pour  donner  à 
nos  jeunes  Artiftes  un  jufte  mépris  pour  le  médiocre , & pouvoir  leur  indiquer 
où  ils  doivent  puifer  le  beau.  Il  eft  vrai  que  la  comparaifon  fait  beaucoup  ; 
mais  j’ajouterai  qu’outre  cet  efprit  de  comparaifon,  il  eft  néceffaire  de  concilier  les  ré- 
gies avec  le  génie,  les  préceptes  fervant  certainement  de  frein  au  feu  déréglé 
d’une  imagination  bouillante.  Mais , me  dira-t-on , les  régies  produifent-elles  des 
beautés  réelles  I Oui  fans  doute , quand  elles  font  fondées  fur  la  nature  & diri- 
gées par  un  Artifte  dont  le  travail  & l’étude  fçavent  embellir  toutes  les  produc- 
tions ; en  un  mot  il  faut  tout  voir , tout  examiner , approfondir  tout , fe  rendre 
compte  de  tout,  après  cela  ne  pas  imiter  les  ouvrages  défectueux,  fe  modeler 
fur  ceux  qui  font  les  plus  univerfellement  approuvés  , ne  pas  prendre  les  écarts  de 
l’imagination  pour  l’Art  même , l’Artifan  pour  l’Artifte  , & le  métier  pour  la  feien- 
ce.  Avec  cette  retenue,  fi  l’on  n’arrive  pas  à l’excellent,  on  parviendra  du  moins 
à compofer  du  bon , du  palfable , qui  ne  révoltera  pas  les  Connoiifeurs , & l’on 
rencontrera  moins  de  pièges , où  fe  perdent  tous  les  jours  ceux  qui  dans  leur  dé- 
but prennent  l’ombre  pour  la  réalité , & produifent  des  compofitions  monftrueufes  , 
qui  annoncent  en  même  tems , & leur  ignorance  & l’aveuglement  des  perfonnes 
qui  les  mettent  en  œuvre. 


Chamh 


Salle  n 


Vestibule 


\Garcterobe 


Chambre  a.  Conclu 


Comun 


R omises 


rHarnois 


Passacre 


Va/;  a;.  Je  g a.  liaussee  Se  cRâiel  Dcsuxircsts  à Paris  du  dessein  de  Aff  L assurance  ê<  ZJorbay 


Chambre  itu 


C/iamhrc  a 
Coucher 


Cabinet* 


: ci  A ntic  h ambre 


Coucher 


Comun 


Gardercbe 


IpB^S 


rcrnier- 


Gran  d 
Escalier 


Chambrc 

Coucher' 


Antichambre 


C/iamht 


/•v 


Elévation  de  iHotel  Desmarejtr  du  cote  de  la  Rue. 


Fui. U. 


Plan  du ye  r envier  Etaye 


SSo 


7 iamb 


AR£HITE^nJFKFRANCOT?irTTr7r-  . 


CHAPITRE 


X x. 


Defcription  du  Portail  de  l'Edi  Te  de  r 1 

la  Place  de  Louis  le  Grand;  & de  celui  de  1 Edile  f Ii°n0r*>  Prh 


D E s C R 


1 P T I O N 


Du  P o 


R T A I L DE  l’E  G 


lise  des  F 


Planche  Première. 


E U I L L A N S. 


L coniîdérable  pour  la  conftruaion  *-* 

M Ma’^d  (*) . & ce  fufdÏon'  le  coui  d^"  ^ ^ deffeins  de 

fmre  devint  ü célébré  qu’il  peut  être  regardé^  ^ "*  f-rch}ce6ie  ’ <lui  dans  la 

nos  Arcldteaes  François.  Ce  Portail  eft  comnoâ  ri  P “ babile  de  tous 

Ionique , l’autre  Corinthien.  Celles  de  l’avanr  m £ a™*  ?rdrei  de  color>nes , l’un 
les  des  extrémités  de  ce  frontifnire  Font  ?S  du  milieu  font  ifolées , & cel 
retourne  (iir  Am,,»  i.  P , . engagees ; 1 entablement  de  rr.  nj„. 


les  des  extrémités  ^ 

chaque  accouplement  de  colonnes  fan!  ,maMemenc  ,de  ces  Ordres 

“ r”“  - — i-  * * 1 


retourne  fur  cuaque  accouplement  de  colonnes"  f 

donnance  de  ce  Portail  un  caraélere  de  léué ■ ~i~  r”“‘ 11  lor- 

sûts  ■ p“duift“  * s ?«::  je 

fûtLd?cdese SK,eL^LbdïCt^S,,  b“  chrr,eau.x  & les  ornemens  du 
paroiiîênt  trop  recherchés,  lorfqu’on  les^om^  beaUteS  de  detad  ’ mais  ces  détails 
Manfird  a voulu  imiter  en  cela  ce  qut  PhiliberFnl  aVecfC.eux  l’Ordre  fupérieur. 
mais  un  pareil  exemple  ne  peut  fervir  T Palais  desThuilleries; 

réferver  a prodigalité  des  ornement  pont Tollé  C parCe(3u'on  dofl 

d°"  ™" 

lues  de  la  colonne^  & eft' Couronné  7nnîmabl  ^ * de.hauteur  le.s  deux  feptie- 

Cet  entablement  eft  denticulaire  ,&  fa  frife  pflh  3 envlron  un  quart. 

proportion  trop  courte  rélativemêmà  cehd  d^deffiiii^^^i^^^  Pup>^”eUr  ed:  d’une 
ne  qu  un  module  de  moins  de  hauteuV"  o™™*'  °rdinaif ment  on  ne  lui  don- 
perieur  de  l’Ordre  d’en  bas  pour  confluer  le  di  ' °"  P/“d  le  diamëtre  du  fût  fu- 
fus.  Ici  la  colonne  Corinthienne a de}’°^  de  def- 

cet  Ordre  chétif  & contraire  à la  proerelîîon  rT’ ””  J6”  de  m°lns)  ce  qui  rend 
dres  qu  on  veut  éléver  les  uns  au-deffif  des  qU  °\folt  obferyer  entre  les  Or- 
des  moyens  les  plus  certains  d’arriver  à c^tre  N/?US  T rffervons  de  parler 
lume,  enfaifant  la  comparaifon  des  Ordres  d Progreffinn  dans  le  huitième  Vo- 
& en  donnant  en  particulier  le  développemenVdëVacunÎ^ Te ^ * 


,n  ™rCfte  &t  cc™mencée  en  i ffo r.  Henri  TV  1 

MaïS  de  MPirierepierLe  'eFerfL,t  achdv&  iïo»; 

6 e Wnhl  a C»°,n“bua  à fon  ^bellifliment , & fi  Æ"'  deNano,  qu,  mérite  quelque  eftime  au|l 

Ie  ré,rable  d“  Maître-Autel , qui  eft  orné  d’un  , a ' que  leS  pelntures  fur  d"  ■>-  — - ~ - 

& de“ SSte™  ^ti0n’P““ 

«feïrtE5®æ 


ri-bien  nn/r  • anrC1’  **  mérite  S^lque  eftime.aüf- 
fp  -i  • r «peintures  fur  verre  du  cloîrre  de  cette  E^li- 

partir  feZ/rande  beauté;  elles  lc“  ftftes 
^ ...  P ’ flamand,  furies  delfeins  d ’Elie. 

T.  II.  p n°US  aVOns  ^ic  cec  Ârchiteàe 


mi 


1 

k'../:  i 


A R C H I T E C TURE  FRANÇOISE,  Liv,  V. 

Portail  de*  Le  piédeftal  de  l’Ordre  fupérieur  a le  tiers  de  l’Ordre,  & l’entablement  en  a 

Fouillant.  je  quart-  Cet  Ordre  fupérieur  eft  couronné  d’un  fronton  circulaire  dont  la  forme 
péfante  eft  élégie  en  apparence  par  une  vouflure  auffi  circulaire.  Sur  ce  fronton 
font  deux  figures  alTifes  d’une  proportion  trop  forte  ; défaut  qui  fe  remarque  au  Pa- 
lais du  Luxembourg  , & au  Portail  de  S.  Gervais , dont  nous  avons  parlé  dans  le  Vo- 
lume précédent. 

En  général  on  peut  obferver  que  les  pyramides  , l’amortiftement  au-deflus  du 
fronton  , les  confoies  renverfées , ou  arcboutans , les  cartels  du  défiais  des  portes  , 
&c.  fe  reifentent  un  peu  dans  leur  compofidon  du  goût  Gothique  & de  l’ignorance 
où  l'on  étoit  au  commencement  du  fiecle  dernier  à l’égard  de  la  Sculpture.  Les  figures 
de  ce  Portail  font  même  d’une  médiocre  éxécution,  quoique  de  la  main  de  Guillin , 
qui  depuis  a fait  dans  nos  édifices  François  quelques  ouvrages  palfables. 

Vevelopement  du  Portail  des  Feuillant.  Planche  II. 

Cette  Planche  donne  plus  en  grand  les  principaux  membres  d’Architecture  du 
Portail  de  l’Eglife  des  Feuillans  ; nous  en  rapporterons  certains  détails  dans  le  hui- 
tième Volume  , particulièrement  le  chapiteau  Ionique  , dont  la  compofidon  n’eft 
pas  fans  mérite , & que  nous  comparerons  avec  celui  du  Château  des  Thuilleries , 
lequel  eft  regardé  par  les  Connoiiïeurs  comme  un  chef-d’œuvre  dans  fon  genre. 

Au  bas  de  cette  Planche  fe  trouve  le  plan  du  Portail  que  nous  venons  de  dé- 
crire , & les  échelles  propres  à vérifier  les  mefures  qui  fe  voyent  ici  & que  nous 
avons  trouvées  alfez  exactes , quoique  lévées  & gravées  anciennement. 

Defcription  de  la  Porte  d’entrée  du  Monaflere  des  Feuillans , en  face  de  la  Place  de  Louis 
le  Grand.  Planche  III. 

Ce  Frontifpice , qui  fut  élévé  en  1 6j6,  nous  a paru  d’une  fi  belle  proportion , que 
nous  avons  crû  devoir  lui  donner  place  dans  ce  Recueil , d’autant  plus  qu’il  n’a 
jamais  été  gravé.  On  prétend  que  François  Manfard,qui  avoit  reconnu  lui-même 
quelques  défauts  dans  l’exécution  de  celui  dont  nous  venons  de  parler  , voulut  les 
éviter  dans  celui-ci  par  une  ordonnance  plus  fimple  , plus  grave , & plus  régulière. 
En  effet,  malgré  fon  peu  d’étendue  & le  nombre  confidérable  d’édifices  élévés 
dans  le  même  genre  en  France , cette  Porte  m’a  toujours  fait  un  plaifir  que  je 
ne  me  fuis  point  Me  de  faire  reffentir  à ceux  que  mon  état  m’a  obligé  de  con- 
duire à nos  plus  beaux  monumens , pour  y puifer  les  principes  de  la  bonne  Ar- 
chitecture. . 

Les  hommes  peu  verfés  dans  l’Art  auront  fans  doute  de  la  peine  a concevoir 
qu’une  porte  quarrée  , quatre  colonnes  Sc  un  fronton , ( compofition  en  apparence 
allez  ordinaire  ) puilîènt  mériter  1 éloge  qu  on  fait  ici  de  ce  frontifpice.  Quelle 
différence  cependant  entre  un  ouvrage  d’Architecture  élévé  par  un  homme  d un 
vrai  mérite , & un  autre  du  même  genre  érigé  par  certains  Architectes  ! Com- 
bien n’en  remarque-t’on  pas  même  entre  une  colonne  Sc  une  autre  colonne , 
dont  la  beauté  ne  confifte  pas  toûjours , comme  quelques-uns  fe  l’imaginent , à 
obferver  les  dimenfions  générales  preferites  par  les  Anciens,  mais  a lui  donner  un 


: galbe  & cette  grâce  1 
attachent  les  regards , & procurent  une  vraie  fatisfaction  aux  Artiftes  du  premier 
Ordre.  Qu’on  y prenne  garde  8i  l’on  verra  que  certainement  il  n eft  pas  d autre 

moyen 





ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L i y.  V.  Ior 

moyen  de  plaire  dans  la  décoration  d un  édifice  qui  n’a  pas  une  grande  étendue  • 
j’avance  même  que  dans  cette  occafion  il  y a peut-être  plus  d'art  à s’écarter  des 
régies  ordinaires , fans  néanmoins  blefler  la  vraifemblance , que  de  les  fuivre  exac- 
tement dans  toutes  fes  compolîtions , par  le  feul  motif  d’une  imitation  fervile.  Il 
faut  cependant  convenir  qu’on  doit  être  muni  d’une  très-grande  expérience  pour 
ofer  prendre  fur  foi  ces  altérations  qui  ne  peuvent  devenir  des  fautes  beureufes  qu’en- 
tre les  mains  d’un  homme  du  premier  mérite. 

Au  relie  cette  digreffion  n’a  rien  de  commun  avec  l’ordonnance  de  la  Pqrte 
dont  nous  parlons , qui  eft  exaélement  régulière  ; elle  n’a  trouvé  fa  place  ici  que 
pour  faire  remarquer  que  tres-fouvenc  il  n y a point  de  comparaifon  à faire  entre 
deux  édifices  du  meme  genre,  élevés  pour  la  même  fin  & de  la  même  dimenfion , 
lorfque  lun  aura  été  ordonné  par  un  grand  Maître , & l’autre  par  un  homme  d’un 
mérité  fut) alterne  î celui-ci  lans  doute  doit  fuivre  aveuglement  la  route  qui  lui 
ell  prefcrite , 1 autre  peut  a fon  gre  ajoûter  Sc  fouflraire  , parce  que  certai- 
nement il  aura  pour  objet  dans  ces  innovations  l’afpe&  de  l’édifice  , fon  im- 
menfité , fon  point  de  diftance , Sc  que  guidé  par  les  régies  de  fon  Art,  toutes 
fes  differentes  produirions  annonceront  fon  génie  Sc  fa  capacité. 

Au-defius  de  cette  porte  a platte-bande  eit  un  bas-rélief  enfermé  dans  une  ta- 
ble quarree  qui  fait  un  bon  effet.  Ce  bas-rélief,  d’une  affez  belle  exécution  , reoré- 
fente  Henri  III  qui  reçoit  1 Abbe  Dom  Jean  de  La  Barrière  Sc  fes  compagnons  y 
dont  la  vie  eft  peinte  fur  verre  dans  le  cloître,  par  Sempi,  Peintre  Flamand , donc 
nous  avons  parlé  au  commencement  de  ce  Chapitre  , Note  a. 

m £*ans  Ie  timpan  du  fronton  font  les  Armes  de  France  Sc  de  Navarre , qui  in- 
diquent que  cette  Maifon  eft  de  fondation  Royale.  A chaque  côté  de  ce  frontif* 
pice  eft  une  porte  ; l’une  Sc  l’autre  donnent  entrée  à des  maifons  particulières  ap- 
partenant aux  Feuillans. 

Au  bas  de  cette  Planche  on  a marqué  le  plan  de  cette  Porte  : on  peut  y ob- 
ferver  que  les  colonnes  ifolées  du  nud  du  mur  n’ont  point  de  pilaftres  , parce  que 
fans  doute  on  n’a  pas  voulu  trop  embarraiîer  la  voye  publique  ; moyen  moins 
vicieux  que  d avoir  engagé  les  colonnes  dans  les  murs  de  face , ou  bien  d’avoir 
employé  des  colonnes  ovales , comme  on  le  remarque  à la  Merci , à la  culture 
Sainte  Catherine  , &c  ; ce  qui  doit  toujours  s’éviter  dans  une  ordonnance  régulière , 
principalement  lorfqu’on  fait  ufage  de  l’Ordre  Corinthien. 

Dans  i intérieur  de  la  Cour  Sc  en  face  du  frontifpice  dont  nous  venons  de  par- 
ler , eft  une  porte  en  voufïùre  Sc  ornée  de  refends  d’un  deffein  affez  élégant. 

DESCRIPTION 
DU  PORTAIL  DE  L’EGLISE  DES  CAPUCINES, 

Situe  en  face  de  la  Place  de  Louis  le  Grand.  Planche  IV. 


Comme  nous  ne  donnons  que  le  Portail  de  cette  Eglife  (a)  , Sc  qu’il  eft  en  face  des 
deux  que  nous  venons  de  décrire,  nous  avons  crû  devoir  comprendre  cette  Planche 
dans  le  meme  Chapitre.  Ce  Portail , d’un  genre  bien  inférieur  en  beauté  aux  précé- 
dens , fut  érigé  en  1722,  on  ignore  fur  les  defteins  de  quel  Architeéle  ; car  ceux  à qui 
nos  defcriptions  de  Paris  1 ont  donné  jufqu’ici , le  défavouent.  Ce  qu’il  y a de  cer- 


(fl)  Cette  Eglife  fut  bâtie  en  1686  , fur  les  deffeins  de 
Trar.çoxs  Dorbay  , Architeéle  du  Roi  ; elle  eft  peu  fpa- 
cieule , mais  les  chapelles  qu’elle  contient , font  d’une 
grande  magnificence  & ornées  de  tombeaux  d’une  belle 

Tome  III, 


exécution  : elles  font  auflï  enrichies  de  tableaux  de  prix.  Il 
y en  a un,  fur  le  Maître-Autel , qui  eft  de  Jouvenet,&C 
qui  eft  fort  eftiraé , quoique  bien  endommagé. 

Ce 


Portail  ac* 
Feuillans* 


■ ^ » 
m, 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, 


Portail  __ — 

^t<CaP“-  tain  c>eft  que  la  fculpture  a été  faite  par  Antoine  Vajfê , & que  cet  ouvrage,  qui  a 
quelque  mérite , a fait  jufqu’à  prefent  toute  la  réputation  de  ce  Portail,  fon  Archi- 
teélure  & fa  compofition  en  général  étant  mal  entendues  & peu  correétes.^ 

Un  Ordre  de  pilaftres  Doriques, quoique  de  proportion  Tofcane,furmonté  d'un  en- 
tablement gigantefque , dont  la  frife  la  corniche  s’élèvent  circulairement  dans  le 
milieu , forment  en  général  une  malle  péfante  & dont  le  plein  ceintre  de  la  corniche 
s’accorde  mal  avec  l’archivolte  de  la  porte  ; deforte  que  malgré  l’élégance  & le  con- 
trafte  heureux  delà  fculpture(é)  placée  entre  ces  deux  courbes, on  ne  peut  applaudir 
à la  compofition  de  ce  frontifpice.  Non-feulement  il  a trop  peu  de  relief  pour  le  lieu 
où  il  eft  fitué  ; mais  fon  ordonnance  totale  eft  contraire  aux  principes  de  l’Art  & aux 
loix  de  la  convenance, qui  exige  que  le  frontifpice  d’un  Temple  annonce  par  le  carac- 
tère & l’expreffion  de  fes  Ordres  l’ufage  intérieur  du  monument.  Or  il  eft  certain  ici 
que  l’efpece  d’Ordre  Tofcan  qu’on  y remarque  , la  péfanteur  du  claveau  , la 
forme  maflive  de  la  corniche  circulaire , auiïi-bien  que  celle  du  comble , paraît 
peu  propre  à exprimer  la  délicatelfe  du  fexe  renfermé  dans  ce  Monaftere  , 
qui  fembloit  exiger  dans  l’ordonnance  de  fon  Portail  une  Architecture  plus  con- 
forme  à la  virginité  (c)  ; attention  obfervée  trop  fcrupuleufement  par  les  Anciens 
& trop  négligée  par  nos  Modernes.  (Voyez  ce  que  nous  avons  dit  à ce  fujet  en  dé- 
crivant le  Portail  de  la  culture  Sainte  Catherine,  Tome  II.  page  151  ). 


(I)  Cette  fculpture  confifte  dans  un  grand  cartel  foute- 
tenu  par  des  Anges  portés  fur  des  nuages.  Au  milieu  eft 

l’infcription  fuivante. 

r P AV ETE  AD 

SANCTUARIUM  MEUM, 

EGO  DOMINUS. 


Scamozzi  appelle  l’Ordre  Dorique , l’Ordre  Maf- 
culin  ou  viril , ou  l’Ordre  d’Hercule  ; l’ionique , l’Ordre 
Féminin  ; 6c  le  Corinthien,  l’Ordre  des  Vierges,  ou  l’Or: 
dre  Virginal. 


58  5. 


Lin . f'.  N X X ,Pl. 2 


1 n/dr  e/iprand  de.r p/innn/mcc 
Fci/Mu/w . 


membres, dXrc/iûreâtre  du  Portaddetjiç/ùrc  Je- 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S~ËTl  r y.  V. 


CHAPITRE  XXI. 

Defcription  de  la  Place  de  Louis  le  Grand,  près  la  Porte  Saint 

Honore'. 

CV-nTf  pPlaC£  ^ V dfÙdiam£tr<;  75  toifts  fur  7o;  elle  fut  bâtie  par  la  lou'm/* 
V 11  a£  ’ Versi  an,1 6ct9  ’ fur  leS  de/reins  de  Jules  Hardouin  Manfard  (b)  e'“d- 
yuoique  vafte  & d une  alTez  belle  ordonnance , elle  a le  défaut  d’être  mal  percée 

IVC  cTap13  XIlT  Royale5dontnous  avons  parlé  dans  le  deuxieme  Volume  , Liv. 

Nous  obferverons  cependant  que  le  principal  objet  qu’on  doit  fe  propofer  dans 
une  Place  publique,  eft  quelle  foit  munie  d’ilTues  qui  la  falTent  découvrir  de 
tres-lom  , & qu  elle  fort  fituée  de  mamere  qu’on  puilTe  la  traverfer  fréquemment 
pour  aller  d un  quartier  de  la  Ville  à l’autre.  Telle  eft  la  Place  des  Viéloires  qui 
a tous  ces  avantages , au  lieu  qu’il  faut  venir  exprès , dans  celle  dont  nous  parlons  > 

ChampsPPerCeVOIr  5 °U  b,En  Pairer  danS  ^ mC  S’  Hon°ré  ’ ou  dans  celle  des  Petits- 

Le  motif  de  reconnoilfance  qui  détermine  ordinairement  le  Corps  de  Ville  à 
elever  au  Prmce  un  monument  de  cette  efpece  > devroit  naturellement  indiquer 
la  fituation  dune  Place  qui  outre  l’agrément  qu’elle  procure,  quand  elle4  eft 
s un  lieu  frequente , forme  toujours  un  objet  de  décoration  fi  intéreffant 
quon  ne  don  rien  épargner  pour  la  mettre  à la  portée  des  Citoyens  & des 
Etrangers  Nous  avons  vu  nos  Architeéles , depuis  qu’on  fe  propofe7  d’ériger  à 
Louis  XV  une  Place  qui  reponde  à l’amour  du  Peuple  pour  ce  Monarque  fmet- 

nir  T Prouver  dans  cette  Capitale  une  fituation  avantageuse.  Le 
nombre  des  projets  qui  ont  été  faits  à ce  fujet , eft  prodigieux,  & l’on  peut  dire 
que.  la  plûpart  font  fentir  ce  que  peuvent  les  Artiftes  de  riotre  fiecle  / lorfqu’il 

rfif'i  A*  “amfefter|eu;  zele  P™r  les  beaux  Arts  & pour  la  gloire  d’un  Prince  lî 
cheii  des  François  8c  fi  eltime  des  Nations  Etrangères. 

La  Planche  que  nous  donnons  ici  en  trois  parties  qui  fe  collent  enfemble  pour 
ne  faire  qu  une  feule  eftampe  , montre  toute  l’étendue  d’un  des  côtés  de  1a  Place 
de  Louis  le  Grand  (r)  & la  décoration  des  deux  rues  qui  y aboutirent  Un grand 
Ordre  Corinthien  eleve  fur  un  foubaffement , qui  a de  hauteur  les  cinq  huitie- 
mes  decet  Ordre,  forme  la  décoration  des  façades;  au-deftiis  de  l’entablement 
Corinthien  font  des  lucarnes  en  pierre  de  forme  alternativement  variée. 

r “ ’ de  3 dl™enflon  de  laquelle  nous  avons  parlé  , eft  à pans  dans  les 
g es.. Ces  pans  coupés  font  compofes  d’un  avant-corps  de  trois  arcades  & de  deux 


Du  rems  de  M.  de  Louvois,  Sur-Intendant  des 
batimens  & Miniftre  de  la  guerre  , vers  l’an  i 687  , on 
commença  au  haut  de  la  rue  S.  Honoré  , une  Place 
fur  le  terrain  de  l’Hôtel  de  Vendôme  & des  Capucines, 
dont  le  Couvent  fut  rebâti  dans  la  rue  Neuve  des  Petits- 
Champs  , où  il  eft  aujourd’hui.  Cette  Place  devoir  avoir 
86  toifes  fur  78  , & être  toute  ouverte  du  côté  de  la  rue 
S.  Honoré.  On  avoir  projetté  d’y  conftruire  une  Biblio- 
theque  Royale,  un  Hôtel  pour  y raflembler  toutes  les 
Academies  , un  pour  la  Monnoye  , & un  pour  les  Am- 
balTadeurs  Extraordinaires.  La  mort  de  M.  de  Louvois,  ar- 
rivée en  1 (5p  1 , fit  difcontinuer  ce  projet.  On  démolit 
les  bâti  mens  commencés.  Le  Roi  céda  les  matériaux  & 

1 emplacement  a la  Ville  de  Paris,  à condition  de  faire 


conflruire  au  FauWg  S.  Antoine  un  Hôtel  pour  la  fe- 
coude  Compagnie  des  Moufquetaires , & au  Quartier  S. 
Honore  une  Place  publique  , qui  eft  telle  dont  nous  par- 
lons. r 

(b)  Voyez  Ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architefle  , T 
II.  page  141.  not.  a. 

(r)  Cette  Place,  nommée  de  Louis  le  Grand  , à caufe 
des  principales  conquêtes  de  Louis  XIV  , reptéfentées  en 
bas-rélief  fur  le  piéaefbl  qui  foûtient  la  figure  de  ce 
Monarque  , eft  appellee  vulgairement  Place  de  Vendôme  , 
par  1 habitude  qu  a eu  le  peuple  de  nommer  ainfi  la  pre- 
mière place  dont  nous  avons  parlé  , & qui  fut  érigée  en 
1687  > a caufe  que  ces  bâtimens  furent  élévés  pour  la 
plus  grande  partie  furie  terrain  de  l’Hôtel  de  ce  Nom. 


J 

1 


H 

■1 

M 


arriere-corps  qui  eiT^Tchacun  une.  CeT^Tcorps , adh-bien  que  les  pans, 
comparés  avec  le  diamètre  de  la  Place , lent  trop  peurs  ; d ailleurs  les  pans  cou- 
pés Font  un  effet  défogréable , & devroient  toujours  erre  exclus  des  grands  edr- 
fices  ou  du  moins  îaudroit-il  les  faire  précéder  de  corps  qui  formaffent  des 
angles  droits  ; autrement  les  angles  obtus  rentrans  rendent  camus  les  profils 
des  entablemens  & des  corniches  , ce  qui  ôte  a l’ Architecte  ce  caradtere  fier, 
toujours  défirable  , & que  les  plus  grands  Maures  ont  affedte  dans  leurs  edt- 

fiCAu  milieu  de  cette  façade  s’élève  un  grand  corps  d’Architeélure  qui  fait  un 
affez  bel  effet.  U comprend  cinq  ouvertures , une  de  chaque  cote  en  arriere-corps 
& trois  en  avant-corps.  Celui-ci  eft  couronné  d’un  fronton  de  meme  grandeur 
que  ceux  des  pans  coupés.  Il  eft  orné  de  colonnes  engagées , & elles  auraient 
dû  Être  ifolées  : 1°.  parce  qu’on  n’étoit  pas  gêné  par  1 elpace  du  heu  ^2  . parce 
quelles  font  un  meilleur  effet,  & que  c’eft  le  propre  dune  colonne  dette  telle  ; 

parce  que  fi  quelque  confidération  particulière  ne  permet  pas  d lfoler  les 
colonnes,  les  pilaftîes,  affez  univerfellement  reçus  dans  Architeétee , doivent  en 
tenir  lieu.  Un  défaut  d’ailleurs  qui  n’eft  pas  pardonnable  dans_  la  décoration  dont 
nous  parlons , eft  d’avoir  introduit  des  colonnes  jumelles , qui  par  leur  pénétra- 
tion & celle  de  leur  chapiteau,  préfentent  une  idee  monftrueufe  ce  quil  faut 
toujours  éviter , malgré  l’exemple  que  nous  en  avons  dans  la  cour  du  Vieux  Lou- 
vre , & dont  nous  parlerons  dans  fon  lieu.  . 

Les  combles  qui  couronnent  ces  bâtimens , & les  lucarnes  qui  en  eclairent  1 in- 
térieur, font  dans  le  meme  genre,  & produifent  le  même  défont  que  nous  avons 
remarqué  en  parlant  de  la  Place  des  Viétoires , Chapitre  VIII  de  ce  Volume , 
page  27,  avec  cette  différence  cependant  , qu’ici  il  nyapoint  de  cheneaux  , & 
que  les  lucarnes  Portent  de  l’égoût  fait  d’ardoifes,  qui  pafie  deffous , ce  qui  eft 
d’autant  plus  condamnable,  que  l’entablement  Corinthien  divife  de  moulures  & 
orné  de  modillons , fembloit  exiger  pour  amortiffement  un  focle  de  pierre , ou 

du  moins  un  cheneau  de  plomb.  , , , „ 

Deux  étages  font  auffi  compris  dans  la  hauteur  de  1 Ordre  , comme  a la  place 
des  Viétoires.  Les  croifées , les  corniches  & les  ornemens  (d)  font  a peu  près  les 
mêmes.  C’eft  pourquoi  nous  renvoyons  aux  obfervations  que  nous  avons  faites  ci- 

devant  à l’occafion  de  cette  Place.  . nia  ’ r 

Au  milieu  de  la  Place  dont  nous  donnons  la  defcription , elt  la  ltatue  equel- 
trede  Louis  le  Grand.  Cette  ftatue  a 21  pieds  de  haut,  elle  a été  faite  par  Fran- 
çois Gmndon  , (e)  célébré  Sculpteur,  & fondue  d’un  feul  jet  le  premier  Décem- 
bre 1692,  fous  la  conduite  de  Jean  Balthazar  Keller , Suiffe  de  Nation , & fort  ex- 
périmenté dans  les  ouvrages  de  fonte  (/). 


"ÀTCÏÏÎTËC  T U R E FRANÇOISE, Liv. 


V. 


Place  de 
Louis  le 
Giand. 


(d)  Ces  ornemens  ont  été  éxécutés  & conduits  par 
Jean-lSaptifle  Poultier , Sculpteur,  de  l’Académie  Royale, 
mort  en  171p. 

(r)  Français  Girardon,  Sculpteur  , naquit  a iroyes 
en  Champagne  , en  1627.  Après  avoir  appris  les  pre- 
miers élémens  de  fon  Art  de  Laurent  Magnier  & de  Fran- 
çois  Anguier , il  fut  envoyé  en  Italie , par  ordre  de  S.  M. 
avec  une  penlîon  de  mille  écus  pour  s y perfectionner  dans 
la  Sculpture.  A fon  retour  ilf.it  extrêmement  occupé  par 
les  ouvrages  que  le  Roi  faifoit  faire  alors  pour  l’embellifTe- 
ment  de  (es  Palais.  Après  la  mort  de  M.  Le  Brun  , arrivée 
en  1 65,0  , Louis  XIV  , qui  faifoit  un  cas  particulier  des 
talens  de  ce  grand  homme  , le  nomma  Infpeéleur  general 
de  tousfes  ouvrages  de  Sculpture,  & il  n’y  eut  que  le  cé- 
lébré Puget , qui  ne  voulant  point  dépendre  delui,fe  retira 


à Marfeille.  En  1 69  y, il  fut  choifi  pour  remplir  la  place  de 
Chancelier  de  l’Académie  Royale  de  PeintureÔc  de  Scul- 
pture, vacante  parla  décès  de  M.  Mignard.  Ses  ouvrages 
qui  font  en  très-grand  nombre,font  admirables  furtout  pour 
la  beauté  de  l’ordonnance  & la  correftion  du  delTein.  Pour 
s’en  convaincre , il  fuffit  d’en  citer  deux  , fçavoir  le  ma- 
gnifique maufolée  du  Cardinal  de  Richelieu  , érigé  dans 
l’Eglife  du  College  de  Sorbonne , dont  il  eft  parlé  dans  le 
II.  Volume  de  cet  Ouvrage  , page  77  , & la  Statue  équef- 
tre  élévée  dans  la  Place  de  Louis  le  Grand  , dont  il  eft  ac- 
tuellement queftion  dans  ce  Chapitre.  Girardon  mourut  a 
Paris,  en  1715-,  âgé  de  88  ans.  . 

(f)  Voyez  dans  les  Œuvres  de  M.  Boffrand , impri- 
més en  174.2  , la  defcription  des  opérations  de  ce  célébré 
Ouvrage. 


Cette 


UtPdriJ 


architecture  FRANÇOIsËnTTTv: 


Cette  ftatue  pefe  environ  60  milliers;  pour  la  faire  on  a fondu  8370  livres  pi,«* 
de  matière:  j/jj 

Sçavoir , en  lingots  provenant  de  l'épreuve  du  fourneau,  compofée 

moitié  de  cuivre  rouge  & moitié  de  cuivre  jaune  . . _ IÇ 

En  culalfes  de  vieilles  pièces  de  canon  . . , /V  IV"‘ 

En  lingots  compofés  de  deux  tiers  de  cuivre  rouge  & d’un  tiers  1 
de  cuivre  jaune  ......  ° Q 

En  lingots,  moitié  cuivre  rouge  & moitié  cuivre  jaune.  ’ . ’ 

En  métal  rouge  . . ....  y* 

En  métal  jaune.  . . ’ , 3539- 

En  lingots  provenans  de  la  fonte  de  Sex tus  Marius,  faite  à l'Âr-  35 °° ’ 

ienal  de  Paris ç 

Et  en  étain  fin  d’Angleterre.  . . . a - 2 20 ' 


2002. 


Total 


Ce  monument  &t  pofe  le  1 3 Août  1 69p.  fur  un  piédeftal  de  marbre  blanc 
de  30  pieds  de  haut  (*)  ftr  M de  long  & 13  de  large.  Ce  piédeftal  efl  o né 
de  carteis  , de  bas-rélrefs  & de  trophées  de  bronze  doré.  Sur  lés  faces  font  de! 
mfcnptions^iatines^e  la  compofition  de  l’Académie  Royale  des  Infcriotion 
& Belles-Lettres.  Elles  donnent  a connoître  ce  que  fit  Louis  Je  Grand  pour  1?Ë! 
glife , pour  la  France  ,,en  general , & pour  la  Ville  de  Paris  en  particulier.  F 


(gO  piédeftal  de  la  Statue  pédëftre  qui  eft  au  mi- 
lieu de  la  Place  des  Vi&oires  a 21  pieds  de  hauteur, 
y compris  le  focle  d’en  bas  & l’amortiflèment  fupérieur , 
quoiqu’il  foit  dit  ci-devant,  page  34. , qu’i  ln’en  a que  12  j 


c’en  une  faute  d’impreffion  qu’il  faut  corriger. 

(*)  Voyez  ces  lufcr.ptions  dans  Pigaoioi , Tome  IL 
pag.  qoy. 


Tome  III. 


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ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v. 

XXII 

Defcription  de  la  Maifon  de  feu  M.  le  Prefident  de  Tunis , & de  celle 
J de  M.  le  Baron  de  Thiers  , Maréchal  General  des  Logis  b Bri- 
gadier des  Armees  du  Roi  Jituees  Place  de  Louis  le  Grand. 


D E 


S C R I P T I O N 


DE  LA 


de.  M. 

Tunis* 


MAISON  DE  FEU  M.  LE  PRESIDENT  DE  TUNIS. 

E T T E Maifon , bâtie  fur  les  deffeins  de  Bullct  (a)  , Architeéfe  , eft  une  des 
premières  qui  ait  été  élévée  dans  la  Place  de  Louis  le  Grand  : elle  fut  achevée 
en  1702,  & habitée  par  Antoine  Croznt.  En  1724  , elle  fut  pre  que  c îangee  o 
talement , & a été  encore  augmentée  & embellie  confiderablement  en  1747 , par  . 
le  Préf.dent  de  Tunis  qui  Poccupoit  alors,  & qut  choifit  M.  (é)  , Archt- 

teéle  du  Roi,  pour  donner  les  deffeins  de  ces  embelhffemens.  Aujourd  hui  cette 
maifon  eft  occupée  par  M.  le  Duc  de  BrogUe  , gendre  de  M.  le  Baron  de  rhiers , 
à qui  elle  appartient  par  la  fucceffion  de  M.  le  Préfrdent  de  Tunis , fon  frere. 

Flan  du  rez-de-chaujfée.  Planches  Première  & deuxieme. 

Cette  maifon,  fituée  dans  l’un  des  angles  de  la  Place  de  Louis  le  Grand  , con- 
tenoit,  comme  on  le  voit  dans  la  Planche  Première,  un  principal  corps-de-lo- 
gis  & deux  ailes,  dans  lefquelles  étoient  diftribuées  des  ecunes  & des  remifes. 
En  1724,  à leur  place  , on  pratiqua  des  appartemens  tels  qu  ou  les  volt  dans  la 
Planche  IL  Les  baffes  cours  furent  tranfportées  alors  au  fond  du  jardin  , que  i on 
traverfe  fur  une  chauffée  de  pavé  pour  y arriver.  Les  batimens  de  ces  nouvelles 
baffes  cours  donnant  fur  la  rue  Neuve  de  Luxembourg,  font  du  deffein  de  M. 
Tanevot , Architeéfe  du  Roi , qui  les  fit  pour  M.  de  Tunis , aux  frais  de  M.  de  Ca 
tanier  , celui-ci  ayant  échangé  avec  le  Proprietaire  de  la  maifon  dont  nous ^par- 
lons , un  terrain  qui  étoit  contigu  à fa  maifon  , & ou  etoient  placées  les  baffes 
cours  de  l’Hôtel  de  Tunis.  M.  de  Caftanier  par  le  moyen  de  cet  échangé  , a 
fait  bâtir  un  nouveau  corps-de-logis  à la  place  de  ces  anciennes  baffes  cours , ain  1 
aue  nous  le  remarquerons  dans  le  Chapitre  fuivant.  _ 

1 Nous  ne  donnons  pas  le  plan  des  changemens  faits  en  1747 , ni  celui  des  nou- 
velles baffes-cours , ils  nous  auroient  conduit  à une  multiplicité  de  Planches  déjà 
affez  réitérées  pour  cet  Hôtel , nous  remarquerons  feulement  que  dans  le  nombre 
d»s  maifons  particulières  inférées  dans  ce  Recueil , celle-ci  eft  peut-etre  une  des 
plus  intéreffantes  qui  fe  voyent  à Paris,  non-feulement  en  faveur  de  fafituation, 
mais  encore  parla  richeffe  de  fa  décoration  intérieure,  1 elegance  des  ornemens , 
la  magnificence  des  meubles  , & la  colleéUon  des  tableaux  de  prix  que  fes  apparte- 
mens renferment.  , , , . „ „ 

Les  efcaliers  de  cette  maifon,  ainfi  qu’on  peut  le  remarquer  dans  les  plans  que 
10  JS  donnons , ont  toûjours  été  affez  confidérables.  Celui  d aujourd  hui , tout-a-fai 
différent  & d’une  compofition  fmguliere  , mérite  neanmoins  quelque  attention.  A 
eft  du  deffein  de  M.  Contant , ainfi  que  les  autres  changemens  des  appartemens  faits 

en  1747- 

(.7)  Voyez  ce  que^  nous  avons  dit  de  cet  Architeéfe 

(T)  VÔyezg dfns'ce  Recu'eil  les  différer*  bâtiment  élé-  vaux  confidérables  qu’il  fait  faire  aftuellement  au  Palars 
vés  fur  les  deffeins  de  cet  Architefte  , dont  nous  avons  Royal. 


, Il  V.  PTJS  . XL  x II. 

ne  Seize  place  de  Va  ndmne  aParià 


\Plan  du  premier  eiaye  de  La  Mali  on  de  JVt'Crdinatldu. 

Jardin 


(eAer-vcnr 


Teraàse 


G-Luxterolt 


Cabinet 


Chamber  a Coucher 


Andclianib  re 


Conclu 


CabuieC 


CeAtibule 


Grand  Cab  inet 


xGarderobe 


Ariere  Cabinet 


/d 


SS 


<?chclU 


■ w 


ARCinTECTURElRANÇ'CHil7L~ 


V. 


107 


Vlan  du  premier  étage.  Planches  III  & IV. 


Ces  deux  plans  font  dans  le  cas  des  précédens , c’eft-à-dire  que  quoique  diffe- 
rens  entre  eux , ils  ne  reffembient  prefqu’en  rien  à la  diftribution  d'aujourd’hui , 
a 1 exception  du  mur  de  face. 

Lagallene  qui  le  voit  dans  ces  Planches,*  qui  a été  peinte  en  1725  par  Paul 
Mattéi , a ete  racourcie  de  deux  croifées  & convertie  en  bibliothèque.  Toutes  les 
autres  pièces  , a l’exception  de  celle  A , font  abfoluraent  changées  & décorées 
avec  une  magnificence  extraordinaire , particuliérement  un  fallon  éclairé  par  les 
croilees  marquées  B & dont  les  angles  font  à pans  & ornés  de  glaces,  auffi-bien 
que  les  chemmees,  les  trumeaux,  les  portes  & les  croifées  ; ces  glaces  , en  répé- 
tant les  objets  , procurent  plus  de  grandeur  à ce  fallon  , & forment  un  effet  fur- 
prenant  qui  mente  la  plus  grande  admiration. 

La  Chapelle  eft  placée  en  C , la  falle  à manger  en  D , &c.  Quoique  la  plus 
grande  partie  des  meubles  & des  tableaux  dont  on  a parlé  , ne  fe  voyent  plus  dans 
cette  maifon  , la  décoration  des  lambris  de  ces  appartemens  doit  exciter  la  cu- 
nofite  des  ConnoifTeurs , par  le  choix  & la  richeffe  des  ornemens  que  l’on  y remar- 
que  ; partie  de  1 Architecture  que  M.  Contant  entend  fupérieurement. 

Elévation  du  côté  de  la  cour.  Planche  V. 


Nous  n entrerons  pas  dans  le  détail  de  la  décoration  extérieure  du  principal 
corps-de-logis  de  cette  maifon;  elle  ne  trouve  place  dans  cet  Ouvrage  /ainfi  que 
les  anciennes  diftributions , que  parce  que  ces  Planches  faifoient  partie  de  l’Ar- 
chitecture  Françoife  , avant  qu’on  fe  fut  propofé  d’en  faire  un  livre  ; autrement 
comme  nous  l’avons  dit  plus  haut,  nous  en  aurions  donné  les  plans’,  tels  qu'ils 
font  exécutés  aujourd’hui , avec  celui  des  baltes  cours  & l'élévation  de  leurs  bâti- 
mens , qui  faifant  partie  du  coup  d’œil  des  appartemens  des  Maîtres , font  traités 
avec  une  forte  de  magnificence  & dilpofés  d’une  maniéré  très-ingénieufe.  Nous 
remarquerons  feulement  ici  que  l’élévation  dont  nous  parlons , n'ofifre  rien  de  fa- 
tisfaifant  , les  deux  colonnes  du  rez-de-chaufTée  , ainfi  que  le  fronton  du  "pre- 
mier étage , préfentant  de  petites  parties , quife  trouvent  anéanties  dans  la  tota- 
lité de  cette  façade  ; d’ailleurs  ces  deux  colonnes , d’un  beaucoup  trop  petit  dia- 
mètre , font  imperceptibles  du  point  de  diftance  d’où  l’on  doit  appercevoir  cette 

Coupe  & élévation  d’une  des  ailes.  Planche  VI. 


Tous  les  dedans  de  cette  maifon  ayant  été  changés,  cette  coupe  nous  donne 
une  idee  affez  imparfaite  du  développement  de  l’intérieur  du  principal  corps-de- 
logis  . pris  dans  les  Planches  I & III  fur  la  ligne  E , F ; mais  comme  nous  nous 
propofons  dmferer  dans  le  feptieme  Volume  quelques-unes  des  décorations  du 
dedans  de  ce  bâtiment , nous  n’avons  pas  crû  devoir  les  exprimer  ici  en  petit , 
d autant  plus  que  cette  coupe  alors  n aurait  eu  aucune  analogie  avec  les  plans  que 
nous  donnons.  r -1 

On  voit  fur  la  même  planche  l’élévation  d’une  des  ailes  du  côté  de  la  cour  : la 
décoration  de  cette  aile  eft  allez  bien  entendue , cependant  nous  remarquerons  q ae 
les  arcades  feintes  du  rez-de  chauffée  font  d’une  proportion  trop  fvelte,&  que  le  focle 
deéefius  la  corniche  eft  trop  bas.  On  aurait  dû  éléver  ce  focle  au  premier  étage  fans 
rien  changer  à la  proportion  des  croifées , les  bandeaux  feroient  venus  alors  fe 
repofer  deffus , & cette  élévation  aurait  acquis  par  là  plus  d’élégance. 


Maifon 
de  M.  de 
Tuni*. 


Maifon  de 
M.  de 
Thiers. 


108 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Li  v.  vT 


description 
de  la  maison  de  m.  le  baron  de  thiers. 

Cette  maifon  fot  commencée  en  1707 , & bâtie  auffi  fur  les  .déteins & fous  la 
conduite  de  Bullet.  M.  Antoine  Cvozat  la  fit  achever  pour  M.  le  Comte  d tweux , 
fon  o-endre  : enfuite  cette  maifon,  ou  plutôt  cet  Hôtel,  fut  occupée  par  differen- 
tes perfonnes  de  confidération  , enfin  elle  eft  habitée  aujourdhui  par  M.  d elkers, 
à qui  elle  appartient,  & qui  y a fait  faire  des  augmentations  & des  embelliflemens 
confidérables , en  1747  , fur  les  delfeins  & fous  la  conduite  de  M.  Contant , Archi- 
tecte du  Roi. 

Plan  du  rez-de-c'naujfée.  Planche  VII. 

Cette  Planche  offre  la  diflribution  d’après  les  delfeins  de  Bullet , & telle  qu  elle 
a fubfifté  pendant  quarante  ans.  Nous  ne  donnons  point  ici  les  changemens  qui  y 
ont  été  faits  , quoiqu’affèz  confidérables , nous  nous  contenterons  d engager  les 
perfonnes  qui  s’intéreffent  aux  beaux  Arts  à aller  vifiter  cette  maifon , une  des 
plus  belles  qui  foit  à Paris , & peut-être  une  de  celles  qui  renferment,  apres  le 
Palais  Royal , la  plus  riche  colleéüon  de  tableaux  des  différentes  ecoles,  fans  compter 
un  grand  nombre  de  curiofités  d’un  très-grand  prix , diftribuées  & arrangées  avec  un 
goût  digne  du  Propriétaire  à qui  appartiennent  ces  differentes  merveilles. 
b Dans  l’enclave  marquée  A , qui  précédemment  dépendoit  de  la  maifon  dont 
nous  venons  de  parler , on  a confirait  une  nouvelle  gallerie  ornee  de  tableaux 
& de  glaces  qui  répétant  les  chef-d’œuvres  quelle  renferme  , .fervent  a faire  pa- 
raître ce  lieu  beaucoup  plus  fpacieux.  La  petite  piece  marquée  B eft  devenue  un  ca- 
binet rempli  de  mignatures,  de  bronzes,  de  delfeins  , &c.  Au  bout  de  la  gallerie, 
vers  la  lettre  C,  eft  une  chambre  en  niche,  contenant  des  tableaux  de t Tenter  s, 
de  Wauvermcm  , &c.  Vers  D eft  un  cabinet  à pans  coupés,  orné  de  tableaux  & 
contenant  une  très-belle  fphere  félon  le  fyftême  de  Copernic.  Enfuite  eft  un  pe- 
tit veftibule  qui  conduit  dans  le  périftile  donnant  fur  la  cour  & au  nouvel  efcalier 
qui  a été  reconftruit  tout  à neuf  à la  place  de  celui  E.  La  forme  de  cet  efcalier  au- 
jourd'hui eft  une  demie  ellipfe  : il  eft  à deux  rampes , décore  de  membres  d Vrchi- 
ture  partie  réels , partie  feints , exécutés  par  M.  Piette , Peintre  de  réputation  pour 
ces  fortes  d’ouvrages.  Cet  efcalier  eft  peu  éclairé  , ne  recevant  que  de  faux  jours , 
il  eft  d’ailleurs  d’une  compofition  très-ingénieufe. 

Les  quatre  pièces  qui  donnent  fur  le  jardin,  contiennent  la  plus  grande  partie 
de  la  colle&ion  de  tableaux  dont  on  vient  de  parler , 8c  qui  proviennent  pour  la 
plupart  du  cabinet  de  M.  Crozat. 

Plan  des  entrefols.  Planche  VIII. 

Il  n’y  a d’autre  changement  confidérable  dans  ces  entrefols  qu  un  petit  appar- 
tement vers  l’endroit  marqué  A , & qui  donne  fur  la  Place  de  Louis  le  Grand; 
il  a été  diftribué  8c  décoré  à neuf,  fur  les  delfeins  de  M.  Varrhi , Architecte.  Cet 
appartement  eft  auiTi  rempli  d’excellens  tableaux  8c  meuble  avec  beaucoup  c e goût. 
Au-deifous , au  rez-de-chauftee , eft  une  petite  falle  des,  bains  8c  une  gai  iciooe 
qui  procure  à ce  petit  appartement  toutes  les  commodités  défirables  , ce  qui , jojpt 
à fon  expofition , en  fait  un  lieu  de  préférence  pour  la  retraite  du  Maître  de  ^a 

maifon.  ^ , 

Plan 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  l777v~ 


Flan  du  premier  étage.  Planche  IX. 

. .îf  Prl’ncjpal  corps-de-logis  de  ce  bâtiment,  fitué  entre  cour  & jardin  , n’a  pas  Miir™ 
laide  que  de  recevoir  auffi  quelques  changemens  au  premier  étage.  Dans  le  vef-  ds 
ubule  en  galkrie , on  a pratiqué  une  falle  à manger  & un  cabinet  : à la  place  de 
1 ancienne  la,  a “anger  > eft  une  chambre  à coucher , auffi-bien  qu’à  la  place  de 
1 antichambre  du  coté  du  jardin , avec  une  garderobe  entre  deux.  On  entre  de  cette 
derniere  chambre , par  une  porte  percée  dans  le  mur  mitoyen , dans  la  gallerie  en  Bi- 
, n ,3,  6 a malPon  voifine , occupée  par  T»L  le  Duc  de  Broglie,  que  M.deThiers 
s elt  reiervee.  Les  trois  pièces  donnant  fur  le  jardin  font  reliées  à peu  près  les  mê- 
mes , a 1 exception  de  la  tranfpofition  des  portes  & des  cheminées , & de  la  dé- 
coration qui  a été  faite  à neuf  fur  les  delTeins  de  M.  Contant , & qui  eft  traitée  avec 
beaucoup  de  noblefle  & de  magnificence. 


Elévation  du  coté  de  la  cour.  Planche  X. 

Cette  élévation,  prife  dans  le  plan  du  rez-de-chaulfée  fur  la  lime  FG , nous 
lait  voir  la  décoration  extérieure  du  périllile  en  colonnade.  Cette  décoration  , d’un 
a ez,  on  goût  de  de/fein  , eft  d Ordre  Dorique  , couronnée  d’une  corniche  archi- 
travee.  Au-defius  s’élève  un  Ordre  de  pilaftres  Ioniques.  Entre  ces  pilaftres  font 
des  croiiees  a platte-bande , qui  ont  pour  claveaux  des  médaillons  & des  trophées. 
Cet  Ordre  eft  terminé  par  un  entablement,  au-delfus  duquel  eft  un  focle  orné  de 
a?  CS  up6  mu^es  Yon  > & couronné  de  vafes  qui  lui  fervent  d’amortilîément. 
Nous  obierverons  que  les  piédroits  des  croifées  qui  répondent  fur  le  vuide  des  er  - 
trecoionnemens  font  des  porte-à-faux  qu’il  faudroit  toujours  éviter  dans  l’Architec- 
ture ce  qui  aurait  été  facile  ici  en  fubftituant  aux  colonnes  du  rez-de-chaulfée 
des  piédroits  qui , obviant  à ce  porte-à-faux  , auroient  fimétrifé  avec  ceux  des  ailes 
de  la  cour,  ainfi  que  nous  le  remarquerons  en  parlant  de  la  Planche  fuivante. 

. °n  vo,c  aux  deux  extrémités  de  cette  élévation  la  coupe  des  deux  ailes  de  bâ- 
timent, qui  régnent  fur  la  longueur  de  la  cour.  A droite  eft  le  développement 
intérieur  de  l’ancien  efcalier  qui  étoit  éclairé  en  lanterne  : façon  d’éclairer  que 
nous  avons  defire  plus  d’une  fois  que  l’on  pût  imiter  dans  ces  fortes  de  pièces.  Ce- 
pendant on  a fupprimé  cette  lanterne  en  conftruifant  le  nouvel  efcalier , qui  aurait 
eu  d autant  plus  befom  de  ce  genre  de  lumière  , que  nous  avons  déjà  remarqué  qu’il 
etoit  oblcur  , & qu  il  ne  recevoit  que  de  faux  jours.  1 a 

A gauche  eft  la  coupe  de  l’aile  oppofée  , dont  les  décorations  intérieures , auffi- 
bien  que  les  diftnbutions , ont  été  changées  , ainfi  que  nous  venons  de  le  remarquer. 

Coupe  du  principal  corps-de-logis,  & élévation  des  ailes  du  côté  de  la  cour. 

Planche  XI. 

rPfette  PknChei  faî/Varr  ^ C°Upe  du  Princ'Pal  corps-de-logis,  dans  laquelle  Ce 
emarque  celle  du  penllile  au  rez-de-chaulTée  , le  veftibule  en  gallerie  au-deffus , 
& la  décoration  des  pièces  du  côté  du  jardin,  avant  qu’on  eut  fait  dans  ce  bâti- 
men  les  changemens  dont  nous  avons  parlé.  Attenant  cette  coupe  , on  voit  la  dé- 
cora ion  extérieure  d une  des  ailes  du  côté  de  la  cour , prife  dans  la  Planche  VII, 
lur  la  ligne  HI.  Cette  aile  eft  compofée  au  rez-de-chauffée  d’arcades  feintes  en 
éleXéeTTl’  -ieftlUelieS  f°n'renfermëes  des  croifées.  Ces  arcades  font  trop 
chétif  l’oÎd!ee^Pon?qrdeU^fleS-  ° allW  la  de  cet  étage  rend  trop 

Tome  CJ1I'‘XS  ^ Preierer  des  croifees , qui  auroient  produit  une  bien  moins 

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A R C H I T E C T U RE  FRANÇOISE,  L iv.  V. 


M :iüu  grande  Architeélure  , & auraient  laiflTé  dominer  celle  du  premier  étage;  ce  qui 
î,.“l de  fe  p0uvoic  d’autant  mieux  , que  la  colonnade  du  fond  de  la  cour  étant  fans  arca- 
des , n’exieeoit  aucune  relation  avec  le  relie  de  fon  pourtour.  Sans  doute  1 arcade 
réelle  du  porche  & celle  qui  donne  entrée  dans  la  baffe-cour , ont  lait  loi  ; mais 
alors  on  devoir  fe  retourner  différemment  pour  éviter  ce  défaut  d’union  , ayant  dé- 
montré ailleurs , comme  un  principe  reconnu  nécelfaire  , qu’il  falloir  que  les  mailes 
produifilTent  nécelfairement  de  belles  parties  pour  former  un  beau  tout. 


Elévation  du  côté  du  jardin.  Planche  XII. 


Cette  élévation  eft  d’une  ordonnance  bien  plus  fimple  que  les  précédentes.  Elle 
eft  compofée  d’un  avant-corps , de  deux  arrieres-corps  & d un  feul  pavillon.  Ce 
dernier  qui  eft  un  défaut  de  fimétrie  , doit  être  corrigé  un  jour , & 1 on  le  propoie 
de  conftruire  une  gallerie  de  tableaux  dans  le  jardin,  qui  occupera  la  largeur 
de  ce  pavillon.  Les  arrieres-corps  font  d’une  inégale  largeur  , & 1 on  remarque  des 
trumeaux  partout  où  il  faudroit  des  vuides  ; négligence  impardonnable  dans  un 
édifice  tel  qu’il  puifTe  être.  Cependant  l’on  peut  convenir  en  general  que  la  dé- 
coration extérieure  & la  diftribution  de  cette  maifon  eft  fupérieure , a bien  des 
égards  à celle  de  la  précédente  , quoique  toutes  deux  bâties  fur  les  defleins  du 
mêmelÂrchiteéle.  En  effet , l’ordonnance  des  façades  eft  mieux  compofée  & les  dé- 
dans  font  bien  mieux  entendus  ; le  porche  entr  autres , la  forme  de  la  cour , le  pé- 
riftile  & les  pièces  du  principal  corps-de-logis  font  difpofes  avec  beaucoup  plus 

d’intelligence.  , . „ , 

L’élévation  de  la  principale  entree  de  ce  batiment  étant  la  meme  que  celle  de 
la  Place  de  Louis  le  Grand,  nous  ne  la  donnons  point  ici.  Voyez  le  Chapitre  pré- 
cédent où  l’on  a eu  foin  de  marquer  dans  le  plan , par  la  lettre  A , la  porte  de  cette 
maifon  qui  fait  partie  de  celles  du  foubaffement  de  cette  place  , comme  on  a marque 
B celle  de  la  maifon  voifine. 


C/ui mbrc  ./<• 


Chambre  a coucher 


Cabinet 


et nti  c/i  ambre 


Gariterobc. 


a/nam/i 


Chape/be 


{ c/iefl c t/e/mif  te 


Gre/uet'6 


Gardemeul 


W&-. 


X/?>,^N0xxii,/J4o, 

Plan  au premiar.  efru/e  d'un  hôtel  appartefiant a Jll  ' Cro^aâ 


■ . 


l-vat'on  Je.  laJacaJe  Ju principal  cor a*  Je  toge ï me  jind  Je  ta  cour  Jim  hôtel eU*c  Jeuu  la, place 

louùs  leqrand  appartenant  a C-rozaà 


il  r 


architecture  "Fr  a n ç ü i s e , lTvTvT 


CHAPITRE  X XI  I I- 

Defcription  de  deux  Maijons , fautes  rue  des  Capucines,  près  la  Placé 
de  Louis  le  Grand,  lune  appartenant  à Ad.  Des  Fieux , Fermier 
Générât , l autre  a M.  de  Cajtanier , Directeur  de  la  Compagnie  des 


MAISON  DE  M.  DES  VIEUX 

CETTE  Maifon , ainfi  que  celle  de  M.  de  Caflanier , fut  bâtie  vers  l’an  r7aô 
furies  deffetns  de  M.  Tannevot  (a) , Architecte  du  Roi,  deforte  qu’on  a af- 

fnnT  ri  rrS  deCOra“°"S  dansales  dehors  du  côté  du  jardin  de  ces  deux  mai- 
fons.  Celle  dont  nous  parlons , eft  occupée  aujourd’hui  par  Madame  Des  Cmix 
veuve  du  Fermier  Général  de  ce  nom,  qui  l’a  fait  bâtir.  ’ 

Flan  au  rez-de-chau]Jee.  Planche  Première. 

Les  bâtimens  marqués  fur  ce  plan  font  fimples  : le  principal  corps-de-logis  eft  entre 
cour  & jardin,  & contient  un  appartement  à coucher  , accompagné  déboutés  es 
commodités  qui  lu,  conviennent.  La  cour  eft  très-peu  fpacieufe  ; mais  la  néceffité  de 
pratiquer  des  pièces  un  peu  vaftes  dans  un  terrain  fort  borné,  n’a  pû  permettre 
de  la  fane  plus  grande.  D’ailleurs  il  faut  confidérer  que  nous  parlons  ëci  d’une 
maifon  particulière  , & qu’en  pareil  cas  on  ne  doit  pas , comme  quelques-uns  l’ont 
fai  , donner  tout  aux  dehors , & rendre  les  dedans  fi  peu  commodes4,  quë  toude 
batiment  ftmble  ne  confifter  que  dans  des  murs  de  face.  Les  pans  coupés  qu’on 
cette  cour , font  autant  de  reflources  pour  éclairer  d’une  pK  2 
caliers  de  1 autre  les  degagemens  nécelTaires  pour  le  fervice  des  appartenons 
Nous  obferverons  cependant , en  général , qu’il  n’en  faut  Pas  faire  un  trop  fiS 
ufage  , quils  réuffiffent  mal  dans  un  grand  édifice,  & qu’ils  forment  dePtropq  pe- 
tites parties  dans  une  maifon  peu  confidérable.  D’ailleurs  ces  ouvertures  dam  l’al 
gle  d un  efcalier  1 éclairent  imparfaitement,  & rendent  les  palliers  obfcurs , à moins 
que  la  cage  de  cet  efcalier  ne  foit  circulaire  & fes  rampes  en  face  des  croifées 
Le  pan  coupe  du  cote  du  jardin  n’eft  pas  plus  tolérable  pour  les  déhors  ; mais  la  l'allé 
a manger  quil  eclaire  étant  auffi  à pans,  une  feule  cïoifée  femble  lui  fuffire  Au 
relie  il  faut  convenir  que  a neceffité  de  tirer  parti  d’une  infinité  de  commodités 
dans  une  maifon  de-peu  d’étendue,  porte  fouvent  un  Architeéle  habile  à hëzard 
des  licences  quil  ne  fe  permettant  pas  dans  toute  autre  occafion,  & fi  nous  re- 
levons ceües  qui  fe  remarquent  ici,  c’eft  pour  donner  à connoîtré  qu’on  ne  doit 

IdérSion?  761  "y  ^ pas  forcé  par  J mêmes  con- 


M M.  Tannevor  ; Ardiitefte  duRoi.&dela  pre- 
mière claffe  de  fon  Académie  , cil  un  de  nos  Architec- 
tes qui  a pouffi  le  plus  loin  l’art  de  la  diftribution.  Nous 
avons  de  cet  habile  homme  une  grande  quantité  de 
maifons  particulières  bâties  avec  beaucoup  de  goût , & 
qui  réunifient  toutes  les  commodités  poffibles.  La  déco- 
ration intérieure  lui  doit  auffi  beaucoup.  Son  amour  pour 
le  travail,  fon  zele  infatigable,  & fon  aûivité  peuvent 


Tervir  d exemple  a nos  jeunes  Architeaes , & leur  don 
ner  de  1 émulation.  Ils  apprendront  en  le  Clivant  dans  fe' 
differentes  operations , combien  il  eft  elfentiel  que  le  che 
du  batiment  Cuve  de  près  les  entrepreneurs  dans  leur' 
• travaux  , prenne  foin  du  détail,  & fe  rende  compte  de 
plus  petites  parties  pour  fe  diftinguer  avec  honneur  dan< 
la  profeffion  d Architede , & s’atm-cr  le  fuffiage  des  Cou- 


Maifon 
de  M.  Des 
Vieux. 


1 12 


ARCHITECTURE  F RA  N Ç O I SE,  L i v.  V. 


Plan  du  premier  étage.  Planche  II. 

Maire  La  diftribution  de  ce  premier  étage  contient  trois  _ appartenons  à coucher  & 
Je  m Des  pjufieurs  pièces  de  fociété  , toutes  d’une  belle  proportion,  dune  hauteur  de  plan- 
V 'UX'  cher  convenable  & décorées  avec  goût.  Plufieurs  efcaliers  de  dégagement  don- 
nent differentes  iffues  à ces  appartemens , & communiquent  aux  manfardes  & aux 
entrefols , dans  lefquels  on  a pratiqué  des  garderobes  qui  procurent  un  fervice  fa- 
cile aux  domeftiques , corrigent  la  trop  grande  hauteur  des  plus  petites  pièces , &. 
fervent  quelquefois  de  ferre-papiers  aux  Maîtres , de  falles  des  bains , de  chambres 
privées  , &c. 

Elévations  du  côté  de  l’entrée  & du  côté  du  jardin.  Planche  III. 

La  Figure  Première  nous  fait  voir  la  façade  du  cote  de  la  rue , ou  eft  placée 
la  porte  d’entrée , & au-deffus  de  laquelle  fe  remarque  l'élévation  du  principal 
corps-de-logis  dans  le  fond  de  la  cour.  Nous  obferverons  en  général , qu’il  n’y  a 
pas  allez  de  lévérité  dans  l’ordonnance  de  ce  bâtiment.  En  effet,  le  ceintre  de  la 
porte  dont  nous  parlons , fa  corniche  circulaire  foutenue  par  de  petites  confoles , 
le  fronton  au  fommet  de  l’avant-corps  de  la  façade  du  côté  de  la  cour , dont  la  cor- 
niche horizontale  eft  interrompue  , la  croifée  gigantefque  de  deffous , enfin  les 
ornemens  répandus  dans  cette  élévation,  font  autant  d exemples  a éviter.  Ce  peu 
de  févérité  vient  fans  doute  de  ce  que  la  plupart  de  nos  Architeâes , quoique 
habiles  d’ailleurs  , facrifient  la  décoration  des  déhors  en  faveur  des  dédans , & qu’ils 
regardent  comme  indifférent  de  foumettre  aux  régies  de  l’Art  les  façades  des  mai- 
fons  particulières.  Mais  en  fuppofant  qu’on  fe  puiffe  permettre  quelques  libertés 
en  pareille  occafion,  du  moins  ne  doit-on  pas  alors  faire  parade  d’ornemens  dans 
ces  genres  de  bâtiment,  & il  faut  au  contraire  y affeéter  une  grande  fimplicite  • 
car  autrement  c’eft  mal  fe  rendre  compte  de  l’efprit  de  convenance  qui  doit  fe 
faire  fentir  au  premier  alpeél  d’un  édifice.  Nous  avons  cite  dans  le  premier  Cha- 
pitre de  ce  Volume , page  3 , une  maifon  bourgeoife  fituée  rue  S.  Martin , fort 
au-deffous  en  apparence  de  celle  dont  nous  parlons , néanmoins  tout  y eft  fournis 
aux  loixdubon  goût;  cette  autorité  eft  d un  poids  confiderable,parcequ  on  ne  fçauroit 
concevoir  combien  il  eft  important  de  ne  rien  offrir  aux  yeux  de  nos  jeunes  Ar- 
tiftes  qui  ait  l’apparence  du  vice.  Le  défordre  gagne  infenfiblement , on  s’accou- 
tume aux  licences , le  chemin  paroît  facile  , on  n’a  plus  de  retenue , aucune  bien- 
féance  n’eft  gardée  , & enfin  il  eft  à craindre  , fi  l’on  continue , qu’avant  trente  ans  on 
ne  méconnoiffe  la  route  du  vrai  beau.  Le  déréglement  de  l’imagination  & l’oubli 
des  régies  fondamentales  de  l’Art  fe  remarquent  jufques  dans  nos  Sanétuaires , ou 
des  décorations  triviales  & des  formes  chimériques  & bizarres  tiennent  déjà  lieu 
delà  nobleffe , de  la  majefté  , & du  grand  qui  y devraient  être  obfervés , & dont 
nos  anciens  Architecles  nous  ont  laiffe  des  exemples  li  admirables.  ^ 

Qu’on  ne  me  fçache  pas  mauvais  gré  , fi  l’amour  du  bien  public  m emporte 
quelquefois  , ce  n’eft  jamais  fur  les  Architeétes  que  portent  mes  obferva- 
tions.  Je  les  eftime  tous , il  n’en  eft  pas  de  même  de  la  plûpart  de  leurs  Ouvra- 
ges. D’ailleurs  je  loue  le  vrai  beau , & j’applaudis  à l’excellent  avec  autant  de 
chaleur  que  je  me  récrie  ouvertement  fur  les  médiocrités , & principalement  fur 
celles  qui  tendent  à détruire  le  goût,  & a donner  une  mauvaife  idee  de  notre 
Nation  : autrement  il  eut  été  mieux  que  je  ne  me  fuife  pas  charge  de  cette  entrepnfe. 
Maintenant  que  la  carrière  eft  ouverte,  je  ne  puis  fans  manquer  au  Public,  me  lervir  de 
modifications,  qui  non-feulement  font  contraires  à ma  façon  de  penfer,  mais  qui 

lerviroient 


9 


Maifoa 
M.  De 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

ferviroient  à perpétuer  l’erreur.  J’avouerai  que  j’ai  quelquefois  une  forte  de  cha-  hni 
grin  de  convenir  de  notre  négligence  à Lien  des  égards , mais  en  bon  citoyen  je  rou-  Îî™ 
gis  fouvent  auffi  d’être  obligé  d’offrir  aux  yeux  de  l’Europe  des  bâtimens  qui 
ne  font  pas  à beaucoup  près  aulh  réguliers  qu’ils  devroient  l’être , furtout  dans  un 
tems  où  il  ne  nous  femble  pas  permis  de  faire  du  mefquin , après  les  exemples 
célébrés  que  nous  a laiffé  le  fiecle  précédent.  ‘ 

L’élévation  du  côté  du  jardin , repréfentée  par  la  Fig.  II , n’eft  pas  traitée  avec  plus 
de  fuccès.  Un  avant-corps  élancé,  terminé  par  un  fronton  corrompu,  & foutenu,  corn* 
me  le  précédent,  par  de  petites  confoles,  dont  le  timpan  eft  chargé  d’ornemensfrivo- 
les  & fans,  choix , préfentent  une  ordonnance  blâmable.  D’ailleurs  quelle  néceffité 
d'avoir  élévé  la  croifée  du  premier  étage  plus  que  les  autres  ? i°.  C’eft  cette 
élévation  outrée  qui  a contraint  d’interrompre  l’entablement  horifontâl.  a».  Cette 
croifée  en  plein  ceintre  & beaucoup  plus  élévée  que  celles  des  arrieres-corps  qui 
font  bombées , caufe  un  défaut  de  fimétrie  dans  la  décoration  intérieure  de  la 
chambre,  à,  coucher  du  premier  étage  ; défaut  qu’il  faut  toujours  éviter , parce 
qu’en  général  , on  ne  doit  jamais  fe  permettre  aucune  licence  dans  les'déhors 
quelle  ne  produife  un  très-grand  bien  dans  la  diftribution  des  dedans , ou  que 
la  néceffité  de  la  folidité  n’y  contraigne  ; encore  cela  ne  peut-il  être  autorifé 
que  dans  des  occafions  de  peu  d’importance.  Ce  même  défaut  fe  remarque  du  cô- 
té de  la  cour , Figure  Première  , & nuit  confidérablement  à la  décoration  du 
fallon. 

Les  pans  coupés  qui  fe  remarquent  dans  ces  deux  élévations,  & que  nous  avons 
déjà  dit  que  l’on  doit  éviter  autant  qu’il  eft  poffible , font  ornés  de  croifées  au  premier 
étage  & de  portes  au  rez-de-chauffée.  Toutes  ces  ouvertures  font  en  plein  cein- 
tre , cependant  il  convient  de  diftinguer  d’une  maniéré  fenfible  i’ufage  d’une  por- 
te d’avec  celui  d’une  croifée.  Cet  ufage  doit  être  annoncé  diverfenaent , à moins 
qu’une  grande  quantité  de  portes  dans  un  bâtiment  ne  donne  le  ton  à quelques 
croifees  pour  empecher  la  defuniondes  parties  d avec  le  tout. Nous  remarquerons  auffi 
que  lorfqu’on  fe  trouve  obligé  de  faire  des  arcades  en  plein  ceintre,  il  faut  préférer  les 
impolies  & les  archivoltes  aux  chambranles  continus , parce  que  les  impolies  ré- 
parent la  rétombée  de  l’arc  d’avec  le  piédroit , & empêchent  le  jarret  prefqu’inévita- 
ble  dans  l’autre  cas.  Une  des  raifons  elfentielles  qui  nous  porte  à confeiller  d’éviter 
les  pans  coupés  dans  un  mur  de  face  , vient  de  ce  que  les  entablemens  fe  profilent 
toujours  camus  dans  la  rencontre  des  angles  ; deforte  qu’à  moins  qu’il  ne  foit  pof- 
fible  d’accompagner  ces  pans  coupés  de  relfauts  formant  des  angles  droits  , il 
Faut  s’éloigner  de  ce  genre  d’ordonnance  qui  exprime  une  Architeélure  effeminée 
ce  qu’on  doit  toujours  éviter  lorfqu’on  a fait  choix  d’une  expreffion  fîmple  & vi- 
rile ; feul  caraétere  dont  on  devroit  faire  ufage  dans  la  décoration  des  façades  d’un 
bâtiment  particulier. 

Coupe  Ù*  élévation  des  ailes.  Planche  IV. 

La  décoration  de  l’aile  marquée  A , eft  de  beaucoup  trop  (impie , eû  égard  à 
celle  du  principal  corps-de-logis  du  côté  de  la  cour  : comme  les  pans  coupés  fem- 
blentles  unir  l’une  avec  l’autre,  il  falloit  du  moins  un  avant-  corps  pour  autorifer  cette 
différence  , encore  ne  devroit-elle  avoir  lieu  qu’en  fuppofant  que  ces  ailes  renfer- 
ment des  pièces  fubalternes  ; mais  comme  le  premier  étage  eft  occupé  par  des 
pièces  de  Maître  , il  falloit  faire  ufage  de  la  même  richefle  , ces  bâtimens , qui 
ont  peu  d’étendue , en  auroient  paru  plus  confïdérables.  D’ailleurs  il  faut  remar- 
quer que  la  face  oppofée  à cette  aile  , eft  occupée  au  rez-de-chauiïee  par  de  gran- 
des ouvertures  fervant  aux  remifes,  & que  ces  ouvertures  n’ayant  aucune  relation 

Tome  II  h p f 


i 


Mai  (on 
à ? M.  Des 
Vieux. 


114  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv^V. 

avec  la  décoration  de  ce  bâtiment  , il  en  réliilte  une  confufion  de  parties  qui 
n’annonce  rien  de  régulier  & de  réfléchi  au  premier  afpeél  de  ce  bâtiment,  & 
qui  nuit  à l’idée  qu'on  doit  prendre  de  fa  diftribution  intérieure , qui  certainement 
n’eft  pas  fans  mérite. 

L’aîle  B du  côté  du  jardin  eft  plus  analogue  à la  façade  du  principal  corps-de- 
logis , pour  ce  qui  regarde  la  forme  & la  proportion  des  croifées  ; mais  la  différence 
de  largeur  des  trumeaux  de  cette  aile  avec  celle  des  trumeaux  de  la  principale  façade 
(Voyez  le  plan  , Planche  Première)  eft  choquante.  Regardera-t-on  toujours  com- 
me indifférent  de  mettre  fi  peu  de  rélation  entre  l’ordonnance  des  ailes  & les  fa- 
çades d'un  bâtiment  érigées  lôus  une  hauteur  commune  ? Suffit-il  de  convenir 
qu’on  n’a  pû  faire  autrement  ? N’eft-ce  pas  renoncer  à la  profeffion  d’Architccle 
pour  n’exercer  qu’un  art  mécanique , que  de  ne  pas  fe  fervir  de  tous  les  moyens 
poffibles  pour  concilier  d’une  maniéré  louable  la  décoration  extérieure  avec  les 
dedans , & ces  deux  parties  avec  la  conftruélion  ? Je  fuis  fâché  que  ces  refléxions 
tombent  fur  un  bâtiment  qui  d’ailleurs  a des  beautés  de  détail , & qui  a été  éle- 
vé par  un  homme  de  mérite  ; mais  d’un  autre  côté , fi  nos  Architeéles  qui  à la 
connoiffance  des  principes  de  leur  Art  joignent  une  expérience  confommée  , 
tombent  dans  des  inadvertances  auiïi  blâmables , que  pouvons-nous  exiger  de  nos 
jeunes  Artiftes  , furtout  fi  on  leur  met  continuellement  fous  les  yeux  des  exemples 
fi  contraires  au  progrès  des  Arts  ? Dira-t-on , comme  quelques-uns  le  publient , 
que  les  bâtimens  particuliers  ne  font  pas  faits  pour  fervir  de  régie  , ni  d’autorité  ? 
On  fe  trompe  : une  maifon  neuve , quelle  quelle  foit , attire  l’attention  de  la  mul- 
titude , fouvent  même  au  préjudice  des  anciens  édifices  de  réputation.  En  la  voyant 
on  fe  forme  involontairement  une  idée  d’imitation , de  là  la  fource  du  dérégle- 
ment dans  l’Architeélure  ; fource  d’autant  plus  dangereufe  , encore  une  fois , qu’el- 
le remonte  à des  hommes  qui  ont  une  réputation  acquife  , & de  qui  nous  de- 
vrions attendre  beaucoup  plus  de  retenue  8c  de  circonlpeclion  que  des  autres  , 
parce  qu’ils  fervent  en  quelque  forte  de  modèles  , & qu’ils  donnent  le  ton  au 
plus  grand  nombre. 

MAISON  DE  M.  DE  CASTAN1ER. 

Cette  maifon  a été  auffi  bâtie  par  M.  Tantievot  ; les  dedans  fe  reffentent  de  la 
perfeétion  que  cet  habile  homme  fçait  donner  à toutes  fes  diftribudons.  Nous  en  ex- 
pofons  ici  les  plans  comme  la  partie  la  plus  intéreffante , & dans  l’état  quelle  fut 
érigée  en  17 26,  quoique  M.  de  Caftanier  y ait  fait  faire  depuis  pêu  des  augmen- 
tations confiderables  fur  les  deffeins  & fous  la  conduite  du  même  Architeéle  ; mais 
comme  ces  additions  font  dans  le  même  genre  que  les  diftributions  précédentes , 
nous  nous  contenterons  d’en  dire  quelque  chofe  fans  en  donner  les  plans.  On  n’en 
trouvera  point  non  plus  les  élévations , étant  les  mêmes  que  celles  de  la  maifon  de 
M.  Des  Vieux  & fufceptibles  des  mêmes  obfervations. 

Flan  du  rez-de-chaujjee.  Planche  V. 

La  cour  de  cette  maifon  eft  petite  pour  l’étendue  des  bâtimens , mais  comme 
elle  eft  accompagnée  de  deux  baffes  cours  , l’une  pour  le  département  des  écuries 
& des  remifes , l’autre  pour  celui  des  cuifines , elle  paroît  fuffifante.  Au  refte , 
comme  nous  l’avons  remarqué  plus  haut , il  faut  éviter  de  faire  les  cours  trop  fpa- 
cieufes  dans  des  maifons  particulières , elles  refferrent  trop  les  bâtimens , 8c  occu- 
pent un  terrein  qui  fouvent  pourroit  être  mieux  employé. 

Dans  un  grand  veftibule  placé  à droite  & au  fond  de  la  cour  , eft  un  affez  bel 


n^rt 


'•v.-j 


P Uni  cvu.  I\ctL.-dc  chiiujscc  de  lu  d'fiLiJ'o/L  de  J\1 . JD  es  XJicilcc  F crm  ter  Cx  en  c rci  l 

, cite  rue  des  Capucines ,'a  Paris  , bâtie,  sur  les-  desseins  du  Sr  T a-newot  Architecte  duRoi u Jsbv.TA 

7 N°  -x-XIIl 

PLP'P 


-d Paru  c/te^i  TOAIRERT f rue  Dauphine  . 


ARCHITECTURE 


efcalier  qui  monte  au  premier  étage.  Ce  veilibule  a deux  principales  ouvertu- 
res, l’une  du  côté  de  la  cour,  l’autre  par  le  paflige  A . où  l’on  arrive  à couvert:  i'“\De 

i-  / rr  ■ U ^ La-  r0  f , . . Caitamer. 

commodité  ellentieile  dans  un  batiment , & qu  on  ne  devroit  jamais  négliger.  Cette 
piece  donne  entrée  à un  appartement  double , compris  dans  le  principal  corps-de- 
logis,  & à un  autre  en  aile,  donnant  fur  le  jardin.  Cette  allé  eft  fimple  ici , elle  vient 
d’être  augmentée  dans  la  partie  du  terrain  marquée  B , par  un  nouveau  bâtiment  de 
onze  croifées  de  fàce  , d’alignement  au  mur  C , deforte  que  la  falle  à manger  qui 
fe  voit  ici , eft  à prefent  à la  place  du  cabinet  ; & au  lieu  de  la  Bibliothèque  & 
du  petit  efcalier  qui  la  fuit , on  a pratiqué  un  fallon  fort  orné  , dont  le  plafond  eft 
peint  par  M.  le  Lorrain  (a).  Ce  fallon  forme  un  angle  droit  avec  la  nouvelle  aile , 

& s’enfile  avec  elle  par  une  porte  vers  D , le  mur  de  face  E ayant  été  prolongé 
jufqu’en  F.  On  a pratiqué  derrière  cette  nouvelle  aile  de  bâtiment  une  cuifine  belle 
& fpacieufe  , accompagnée  de  toutes  les  commodités  nécelfaires , & d’une  cour 
qui  a une  iflue  par  la  baffe  cour  de  ce  plan  & une  entrée  de  dégagement  dans  la 
rue  Neuve  de  Luxembourg,  pour  les  provifions  des  cuifines  & offices.  Cette  nou- 
velle cour , les  cuifines , l’aîle  de  bâtiment  dont  nous  venons  de  parler , & l’ag- 
grandiftèment  du  jardin  de  cette  maifon  fe  trouvent  placés  aujourd’hui  dans  le  ter- 
rain où  étoit  autrefois  la  baffe-cour  de  la  maifon  de  M.  le  Baron  de  Thiers , & 
qui  a été  échangé  avec  M.  de  Caftanier , à condition  par  celui-ci  de  faire  bâtir  les 
bafîès  cours  dont  nous  avons  parlé  dans  le  Chapitre  précédent. 

Dans  la  baffe-cour  à gauche , du  côté  de  la  rue , font  encore  pratiquées  des  cui- 
fines pour  les  Domeftiques , lorfque  les  Maîtres  font  à la  campagne.  Attenant  le 
principal  corps-de-logis  eft  un  fécond  efcalier,  précédé  d’un  veftibule.  Cet  efca- 
lier qui  eft  aftez  fpacieux , étoit  néceffaire  pour  arriver  commodément  aux  appar- 
temens  du  premier  étage.  Le  cabinet  marqué  G,  eft  abfolument  trop  petit  pour 
être  placé  dans  l’enfilade  du  côté  du  jardin.  Il  femble  qu’on  auroit  pû  fupprimef 
la  cour  qui  eft  derrière  , fon  extrême  petiteffe  lie  peut  que  caufer  une  humidité  con- 
fidérable  aux  pièces  qui  l’environnent , étant  entourée  de  batimens  d’une  grande  élé- 
vation. Il  auroit  été  plus  à propat  de  ne  donner  que  des  jours  louches  dans  les  dé- 
gagemens  , les  aifances  & les  garderobes  ; car  il  eft  certain  que  cette  cour  ne  pro- 
cure pas  plus  de  lumière  dans  ces  petites  pièces  , que  n’en  auraient  donnés  de  faux 
jours  , pris  par  le  deflùs  des  portes  & au  travers  des  cloifons.  Par  ce  moyen  on 
auroit  procuré  plus  d’efpace  au  cabinet , plus  de  grandeur  aux  dégagemens  & plus 
de  falubrité  en  général  aux  pièces  attenantes.  Au  relie  les  principales  en- 
filades des  appartemens  font  bien  obfervées , la  proportion  des  pièces  & leur  fi- 
métrie  eft  exaéte  , & l’on  peut  dire  que  leur  décoration  intérieure  , fans  être 
riche , eft  traitée  avec  goût  & avec  élégance.  Dans  la  grande  falle  de  com- 
pagnie l’on  voit  de  fort  bons  tableaux  de  Mrs.  Carie  Vanloo  , Natoire  & Bou- 
cher. Les  lambris  font  vernis  dans  la  couleur  naturelle  du  bois , ce  qui  rend  ces  ap- 
partemens un  peu  trilles , principalement  quand  on  les  compare  avec  ceux  qu’on 
a nouvellement  conftruits  en  aile  àu  rez-de-chauffée  & au  premier  étage , & qui 
font  imprimés  de  diverfes  couleurs,  rechampis  ou  dorés , & ornés  de  tableaux  peints 
par  Mrs.  Vien  ( h ) , Challes  (c)  , & Le  Lorrain , Peintres , de  l’Académie  Royale  de 
Peinture  & de  Sculpture. 


(a)  Louis  Le  Lorrain  , Peintre  , né  à Paris  en  171  y i 
apprit  de  M.  Dumons  les  premiers  élémens  de  fon  Arc. 
Après  fon  retour  de  Rome  il  fut  agréé  à l’ Académie  Roya- 
le dePeinture  & de  Sculpture,  en  Janvier  I7J2. Outre  le 
genie  & l’invention  qu’on  remarque  dans  les  fujets  d’Hif- 
toire  de  lacompofition  de  cet  Artifte , il  excelle  auffi  dans 
l’Architeélure  &les  Perfpeétives  .propres  aux  Décorations 
des  Théâtres,  Fêtes  publiques , &c. 

(b)  Jofepk- Marie  Vien  , Peintre,  né  à Nifmes  en  1718. 
fut  éléve  de  M.  Natoire,  6c  agréé  en  1 7 y 1 , à l’Académie 


Royale  de  Peinture  & de  Sculpture.  Les  tableaux  de  fa 
compofition  qui  ont  été  vus  cette  année  ( I7J3  ) au’ 
fallon , ont  réuni  généralement  en  fa  faveur  le  futfrage  des 
Connoiffeu  rs  , qui  tous  conviennent  qu’on  a lieu  de  fon- 
der les  plus  grandes  efpérances  fur  cet  Artifte  , foit  pour 
la  fécondité  de  fon  génie , foit  pour  la  correétion  du  def- 
fein , foit  enfin  pour  la  beauté  de  l’éxécution. 

(c) Michel- Ange-Charles  Challes , Peintre , éléve  de  YZ 
Boucher  , fut  reçu  cette  année  ( 17^3)  à l’Académie 
Royale  de  Peinture.  Son  morceau  de  réception  eft  un  pla- 


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ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E,  L i v.  V. 

Plan  du  premier  étage.  Planche  VI. 

^îairon  Fa  diflribution  de  cet  étage"  efl  aflujettie  aux  mêmes  murs  de  face  & de  refend  que 
Casanier,  le  rez-de-chauflee.  C’eft  dans  ce  plan  que  l’on  fent  la  néceflîté  d’avoir  pratiqué  deux 
grands  efcaliers  dans  ce  bâtiment , qui  procurent  une  entrée  libre  & particulière 
aux  deux  principaux  appartemens  diftribués  ici , & qui  femblent  féparés  par  le  pe- 
tit arriéré  cabinet,  fans  néanmoins  que  l’enfilade  continue  du  côté  du  jardin  foit  inter- 
rompue. Ces  appartemens  font  d’une  belle  proportion  , bien  percés  , & chaque  piè- 
ce efl  aflez  régulièrement  diftribuée.  L’on  voit  trois  petites  cours  dans  ce  plan  , il 
efl  aifé  de  remarquer  leur  peu  d’utilité  , & combien  il  aurait  été  facile  de  les  fup- 
primer , fans  nuire  aux  commodités  néceflaires  aux  pièces  des  Maîtres. 

L’aîle  du  côté  du  jardin  communique  auffi  avec  les  nouveaux  bâtimens.  Ces 
derniers  contiennent  autant  de  pièces  qu’au  rez-de-chauffée , & font  même  déco- 
rés avec  encore  plus  de  magnificence , ainfi  qu’une  bibliothèque  affez  confidéra- 
ble  qu’on  y prépare.  Toutes  ces  pièces  donnent  fur  les  jardins , qui  font  fort 
agréables , quoique  peu  fpacieux  ; ils  font  ornés  de  berceaux  de  treillage  d’un  goût 
élégant,  de  parterres  de  fleurs,  de  terraffes,  &c.  & contribuent  à rendre  cette 
maifon  une  des  plus  belles  qui  foit  dans  tout  le  quartier  de  la  Place  de  Louis  le 
Grand. 

Nous  ne  parlerons  point  du  pan  coupé  qui  éclaire  la  fécondé  antichambre.  Nous 
en  avons  blâmé  l’ufage  au  commencement  de  ce  Chapitre.  Nous  remarquerons 
feulement  qu’il  a été  pratiqué  pour  donner  du  jour  à cette  piece  , & en  même  tems 
pour  fimétrifer  avec  celui  qui  fe  trouve  dans  l’angle  de  la  maifon  voifine  ; comme 
elle  n’eft  féparée  de  celle-ci  que  par  un  mur  de  clôture  d’une  moyenne  élévation , 
ces  deux  maifons  femblent  n’en  faire  qu’une  feule. 

fond  de  forme  circulaire  , placé  dans  une  des  falles  de  a fait  une  grande  réputation  à*  cet  Artifle  ; il  fe  diftinguè 
l'Académie  , & qui  repréfente  l’union  des  Arts  de  Pein-  auffi  dans  divers  genres  d’Architeélure  & de  Perfpeélive  , 
ture  8c  de  Sculpture  par  le  génie  du  Deffein.  Ce  tableau , qui  prouvent  l’étendue  de  fon  génie  & la  fertilité  de  fon 
qui  eft  compofé  d’une  maniéré  fçavanre  8c  ingénieufe  , imagination. 


CHAPITRE 


J' econde. 
\u4nticJiatnJrri 
eu  J" allen 


Chambre 


Cabnnet- 


shiticJuunlr 


Chambr 

[h  ceuchet 


VtnUckamire 


S econde 
sfntic/ui  mire 1 


Chambre 


Chambre > 

coucher 


des  Domesiùfi 


: 


Wm 


M 


- 


Plan  du  premier  etzufc  de  la  maison,  de  Mr  Castanier 


Lm  r.  X°  XXI ThPl.t 


Jbtblwaietru 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,!,  i y.  V, 


ïi? 


CHAPITRE  XXIV. 

Defcription  de  la  Maifon  de  M.  Le  Gendre  d.' Armini , rue  des  Capucines  , 
proche  la  Place  de  Louis  le  Grand. 


CETTE  maifon  fut  bâtie  , en  1713  , fur  les  deiïeins  de  M.  de  Cotte  (a)  , pour 
M.  Le  Gendre  d’ Armini , Ecuyer  du  Roi.  En  1740 , elle  fut  acquife  par  M.  le 
Marquis  d’Antin , & en  1748,  M.  de  Meulan , Receveur  Général  des  Financés, 
1 acheta  de  Madame  la  Comtefle  de  Touloufe , comme  héritière  de  M.  le  Mar- 
quis dAntin,  fou  fils.  Ceft  toujours  M.  de  Meulan  qui  l’occupe  aujourd’hui,  Sc 
qui , en  1749  ? Y des  augmentations  confidérabies , fur  les  deifeins  Sc  fous 

la  conduite  de  M.  Roujfit , (JY)  Architecte» 

ij  Phn  au  rez-de-chaujfee.  Planches  I,  II  & III. 

La  diftributipn  que  nous  offrons  ici , Planches  Première  & fécondé , eft  telle  que 
M.  Le  Gendre  d’ Armini  l’a  fait  exécuter , fur  les  deffeins  de  M.  de  Cotte.  M.  de  Mcu- 
hn , lorfqu’il  fit  l’acquifition  de  cette  maifon , l’augmenta  fi  confidérablement , com- 
me  nous  venons  de  le  remarquer,  que  cela  nous  a engagé  à en  donner  les  nou- 
velles diftnbuuons,  Planche  III;  mais  avant  que  de  parler  de  celles-ci,  nous  al- 
Ions  examiner  les  premières. 

La  Planche  Première  comprend  une  avant-cour,  fix  remifes,  deux  écuries  ' 
deux  cours  a fumer,  une  cuifine,  un  garde-manger  & différens  efcaliers  pour 
monter  aux  chambres  des  Domeftiques  placées  fur  ces  divers  bâtimens  ; commo- 
dites  eiientielles  Sc  diftribuées  d’une  maniéré  convenable  dans  un  terrain  qui , fur 
une  largeur  de  io  toifes  2 pieds  dans  œuvre , a beaucoup  de  profondeur.  Au-bas 
de  cette  première  Planche  , fe  voit  la  décoration  de  la  porte  d’entrée  de  cette 
maifon , dont  l’ordonnance  & la  proportion  font  alfez  bien  entendues.  Cette  porte 
fe  trouve  renfoncée  dans  une  tour  creufe  qui  racheté  l’obliquité  de  la  rue , & 
rend  fon  axe  perpendiculaire  avec  la  direaion  du  principal  corps-de-logis  ; pré 
caution  dont  on  ufe  ordinairement  dans  cette  circonftance  , quoiqu’elle  foit’con 
traire  à la  régularité  des  façades  des  bâtimens  formant  la  décoration  des  rues  d’une 
Capitale.  On  a mis  en  œuvre  le  même  expédient  aux  Hôtels  de  Soübife , de  Rohan  , 
&c  ; mais  il  y eft  plus  tolérable  en  quelque  forte  qu’ici , parce  que  le  plan  de  ces 
tours  creufes  fe  trouve  parallèle  à l’alignement  des  rues.  Cette  porte  a été  démolie 


(a)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architeéle , 
.1.  I.  page  230. Note  (u'). 

0)  Pierre  Noël  Rouffit , Architecte,  des  Académies 
de  P lorence  8c  de  Bologne  , né  à Paris  en  i 7 1 2 , eft 
peut-erre  un  des  Architectes  de  nos  jours-  le  plus  labo- 
rieux & le  plus  rempli  du  génie  de  fa  profeflion. 

Indépendamment  de  la  maifon  que  nous  donnons  ici. 
Planche  III , cet  Architeéle  en  a fait  bâtir  une  autre , 
rue  Vivienne  , pour  M.  Boucher  , Secrétaire  du  Roi.  Ce 
batiment  eft  diftribué  très-commodement  8c  décoré  de 
fort  bon  goût,  quoique  fimple;  c’eft  auffi  lui  qui  a fait 
conftruire  les  cuifines  du  Château  de  Livry  : ouvrage 
très-important  par  la  coupe  des  pierres  , l’ordonnance  de 
fa  décoration  8c  la  commodité  de  fes  diftributions.  11 
travaille  aéluellemenr  à la  décoration  intérieure  de  l'E- 
glife  de  la  Sainte  Chapelle,  à Paris,  qui  s’exécute  fous 
les  ordres  ; fans  parler  d’une  infinité  d’aurres  projets  pour 
différens  Particuliers  , dont  j’ai  vû  les  deffeins  , qui  an- 
noncent le  feu  8c  l’invention  de  cet  Artifte.  Mais  ce  qui 

Tome  III. 


lui  fait  le  plus  d honneur  , à mon  avis , ce  font  les  projets 
des  Places  publiques  , qu’il  a fait  par  ordre  de  M.  k fre^- 
vot  des  Marchands  dans  les  divers  quartiers  de  cette  Ca- 
pitale , lorfque  le  Roi  ordonna  un  concours  pour  fe  dé- 
cider fur  la  fituation  la  plus  avantageufe  de  ce  monu-1 
ment,  & dans  le  nombre  defquels  deux  pour  le  Carrefour 
de  Buffi  , & deux  pour  la  Place  de  Grève  . ont  été  pré- 
lentes  à Sa  Majeilé  par  M.  de  Maurepas  & par  M.  le 
Prévôt  des  Marchands  , 8c  ont  reçus  dans  leur  tems  les 
applaudiffemens  de  la  Cour  8c  de  la  Ville,  étant  com- 
pofes  d une  grande  manière,  deffinés  avec  goûr , 8c  diftr:« 
bues  avec  une  convenance  rélarive  à ce  genre  d’édifi- 
ce.  Nous  aurions  défiré  pouver  donner  ici  une  légère 
defcription  de  ces  magnifiques  projets  ; ma.s  la  loi  que 
nous  nous  fommes  preferite  de  ne  parler  que  à,  s édifices 
qui  font  exécutés  , ne  nous  permet  pas  de  nous  étendre 
fur  les  diverfes  productions  de  nos  Architectes  François. 
Nous  nous  contentons  feulement  d’indiquer  leurs  princi- 
paux ouvrages,  lorfqu’ils  parviennent  à notre  connoiffance» 

Gg 


Mnifoïi  <bs 

M LtG*.a- 
dre. 


Maifon  de 
M.LeGen- 
dre. 


n8  ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v.  Y. 

& reconftruite  à neuf,  fuivant  la  direction  du  mur  de  face.  Son  ordonnance  aétuelle 
eft  d’une  Architecture  plus  ferme  & d’une  proportion  moins  fvelte.  ( V oyez  le  plan 
de  cette  porte , Planche  III.  ) 

La  Planche  fécondé  comprend  la  grande  cour  qui  eft  d’une  forme  prefque  quar- 
rée , contre  toute  idée  des  régies  de  l’Art , & eft  fuivie  d’une  autre  cour  à pans. 
Cette  fécondé  eft  incommode  en  ce  que  les  équipages  ne  peuvent  arriver  au 
pied  des  bâtimens , à caufe  des  deux  marches  qui  en  interrompent  les  fols.  Le 
pavillon  B , qui  fe  trouve  feul  au  rez-de-chauffée , fait  ici  un  mauvais  effet.  Au  relie 
la  diftribution  du  principal  corps-de-logis  eft  affez  bien  entendue  ; mais  les  pièces 
font  trop  fpacieufes  , & le  percé  du  milieu , qui  eft  mafqué  par  la  cheminée  pla- 
cée fur  le  mur  de  refend  qui  fépare  la  falle  à manger  d’avec  la  chambre  , eft  un 
défaut  dans  la  difpofition  d’un  plan  ; défaut  que  nous  avons  blâmé  au  Palais  Bour- 
bon, à l’Hôtel  de  Touloufe  , &c.  Les  petits  pans  coupés  du  côté  de  la  cour  doi- 
vent auffi  être  rejettés  par  les  raifons  dont  nous  avons  parlé  dans  le  Chapitre  pre- 
cedent. 

La  Planche  III  donne  les  nouvelles  diftributions  de  cette  maifon.  Nous  venons  de 
remarquer  à l’occafion  de  la  Planche  précédente  que  la  grande  cour  étoit  d’une  forme 
peu  approuvée  , fe  trouvant  prefque  quarrée  ; celle-ci  a le  défaut  d être  trop  lon- 
gue pour  fa  largeur  , mais  du  moins  eft-elle  régulière  , & l’on  peut  arriver  en  voi- 
ture jufqu’au  pied  de  l’édifice.  On  a pris  foin  de  marquer  fur  cette  1 lanche , par  une 
feule  taille , toutes  les  nouvelles  diftributions , deforte  qu’il  fera  facile  de  connoî- 
tre  ce  qu’on  a confervé  de  l’ancien  bâtiment  par  ce  qui  eft  gravé  à deux  tailles. 
Nous  n’avons  point  donné  les  plans  des  étages  fupérieurs  , ayant  voulu  feulement 
faire  connoître  la  grandeur  du  terrain  que  cette  maifon  occupe  aujourd  hui , en 
comparaifon  de  ce  quelle  en  occupoit  précédemment.  On  rencontre  affez  fouvent 
de  pareilles  additions  dans  les  bâtimens  dont  nous  parlons , mais  nous  ne  les  donnons 
que  lorfque  nous  les  croyons  affez  importantes  pour  mériter  une  place  dans  ce  Re- 
cueil , ainfi  que  nous  en  avons  averti  ailleurs. 

Elévations  du  côté  de  la  cour  & du  coté  du  jardin.  Planche  IV. 

La  Figure  Première  donne  l’ancienne  élévation  du  cote  de  la  cour , prifè  dans 
la  Planche  II  fur  la  ligne  EF.  On  y voit  la  façade  du  principal  corps-de-logis  , 
les  pans  coupés  & le  retour  des  pavillons  B , C.  Ce  dernier  eft  flanqué  d’une  aile 
de  bâtiment , dans  laquelle  font  compris  les  offices , & dont  la  hauteur  mafque 
le  pavillon  auquel  elle  eft  adoffée , deforte  que  celui  B paroit  feul  au  tez-de- 
chauffée , ce  qui  produit  un  défaut  de  fimétrie  dont  nous  avons  parlé  plus  haut.  Ce 
bâtiment  a deux  étages  terminés  par  une  manfarde.  Sa  décoration  en  general  eft 
limple  , mais  d’une  proportion  convenable  & profilée  d affez  bon  goût.  ^ 

La  Figure  fécondé  préfente  l’ancienne  élévation  du  cote  du  jardin,  compofee 
d’un  avant-corps  couronné  d’un  fronton , 8c  de  deux  arriere-corps  qui  fe  trou- 
vent affez  en  rapport  avec  l’avant-corps  8c  avec  1 etendue  8c  la  hauteur  du  bati- 
ment. La  fimpiieité  de  cette  façade  eft  louable , bien  entendue  & très-bonne  à 
imiter  dans  une  maifon  du  genre  de  celle  dont  nous  parlons.  La  proportion  des 
croifées , la  largeur  des  trumeaux , la  dimenfion  & la  forme  de  1 avant-corps  le  ref- 
fentent  de  la  capacité  de  l’Architeéle  qui  en  a donne  les  defleins,  8c  qui.agiilant 
à cet  égard  comme  Mrs.  Boffrand  & Cartaud  , n’a  pas  dédaigné  de  donner  fes  foins 
dans  plus  d’une  occafion  pour  l’édification  des  maifons  des  particuliers  ; cette 
confidération  doit  faire  fentir  à la  plûpart  des  Proprietaires  la  neceffite  d avoir  re- 
cours aux  hommes  du  premier  mérite  , lorfqu’il  s’agit  de  mettre  la  main  à 1 œu- 
vre dans  quelque  occafion  que  ce  puiffe  être. 


ToitfeUe 


Cabinet 


r. Inltc/uun/v 


Chambre 


Va/le  a manaer 


/JnticJa/nlre  ' 


Cabinet 


Ji  en u Je 


K en  u Je 


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H eau  Je 


cl  Cm  J me 


CutJuie 
ibu  Lïujhei 


Grarae  ma/iaer 


Bûcher 


’ une 


Ge  cour 


Nouvelle  dutribution  de  laÆcuoon  dedlrle  Gendre  d lArnum,  appartenant  aujourd'huy 
àÆr de  dieu /an , Receveur general des  Puiances  de /a  Lrenendite  de  Paru  . 

Jardin  , 

’ÏT 


Ba/Je 


Setter/e 

B I 

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Ecurie 

S - 

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Por  elle 

.Echelle  île  c 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.V.  irp 

Nous  ne  donnons  point  les  additions  de  ces  façades , ayant  été  continuées  dans 
le  même  genre  que  celles  que  nous  offrons  ici , à l’exception  cependant  des  croi- 
fées  qui  ont  été  baillées  partout , afin  de  donner  plus  d’air  dans  l’intérieur  des  ap- 
partenons ; deforte  qu’on  a pratiqué  des  banquettes  de  fer  pour  fervir  d’appui  à ceS 
croifées,  ce  qui,  en  général,  procure  à ce  bâtiment  plus  d’élégance  dans  fa  dé*, 
coration , mais  peut-être  moins  de  févérité  dans  fon  ordonnance. 


CHAPITRE  XXV- 

Defcription  de  1 Eglife  Paroifjlde  de  S.  Roch , rue  S.  Honore 

CETTE  Eglife  fut  commencée  au  mois  de  Mars  1653,  furies  deffeins  de  EgiiCe  d« 
Jacques  Le  Mercier  (a)  , un  des  Architeéles  de  fon  tems  qui  a le  plus  érigé  S"  i4'JCh‘ 
d’édifices  facrés.  Louis  XIV  pofa  la  première  pierre  de  cette  Eglife  qui  a été  depuis 
plufieurs  fois  difcontinuée  & reprife  ; fon  portail  fut  confirait  en  173  6 , fur  les  def- 
feins de  Robert  de  Cotte  (b) , premier  Architeéle  du  Roi , & continué  par  J,  les 
Robert  de  Cotte , fon  fils , aujourd'hui  Intendant  & Controlleur  des  Bâtimens  de 
Sa  Majefté. 

Plan  de  l’Eglife  de  S.  Roth.  Planche  Première. 

Cette  Eglife  peut  être  regardée  comme  une  des  mieux  diftribuées  & dès  mieux 
percées  qui  fe  voye  à Paris.  Elle  eft  moins  grande  que  celle  (c)  de  S.  Suloice,  (la  feule 
de  nos  Eglifes  Paroiffiales  modernes  avec  laquelle  nous  puifîions  la  comparer)  mais 
elle  l’emporte  de  beaucoup  fur  toutes  les  autres  de  Paris  par  fon  élégance , & par  la 
maniéré  ingénieufè  avec  laquelle  elle  eft  décorée  intérieurement,  quoiqu’en  général, 
nous  ne  puiflïons  applaudir  à la  plûpart  des  ornemens  qu’on  y remarque , ainiï 
que  nous  l’obferverons  en  fon  lieu. 

La  largeur  de  cette  Eglife,  hors  oeuvre,  eft  de  17 toifes , prife  dans  la  croi- 
fée , fa  longueur  totale  eft  de  5 3 toifes  & demi , la  longueur  de  la  nef,  y com- 
pris le  choeur,  eft  de  33  toifes  dans  oeuvre  & fa  largeur  de  3 toifes  3 pieds,  fur 
9 toifes  3 pieds  de  hauteur  fous  clef.  Il  eft  aifé  de  voir  par  ces  mefures  totales 
que  ce  vaiflèau  eft  plus  petit  que  celui  de  S.  Sulpice , dont  nous  allons  répéter 
les  melures  pour  en  faciliter  la  comparaifon. 

La  largeur  de  l' Eglife  'de  S.  Sulpice  Ims  œuvre,  eft  de  23  toifes  & demi , fa  lon- 
gueur totale  de  6 O toifes.  La  longueur  delà  nef,  y compris  le  chœur,  ejl  de  41  toifes  & 
fa  largeur  de  7 toifes  , fur  13  toifes  de  hauteur  fous  clef.  Cependant  il  faut  convenir 
que  la  Chapelle  de  la  Vierge  de  l’Eglife  dont  nous  donnons  ici  la  defcription  , 
eft  beaucoup  plus  grande  que  celle  de  S.  Sulpice  , quelle  eft  entourée  de  bas-côtés 
qui  fe  lient  d’une  maniéré  intéreflànte  avec  ceux  de  la  nef,  & qui  en  multipliant 
la  furface  pour  les  Paroilîîens,  communiquent  très-ingénieufement  avec  la  Cha- 
pelle de  la  Communion  , placée  derrière  celle  de  la  Vierge , & qui  fe  préfente 
en  face  de  l’alignement  donnant  dans  toute  la  profondeur  de  l’Eglife  jufqu’au 
Portail. 

Les  bas-côtés  de  cette  Eglife  ont  ici  1 6 pieds  & la  nef  33  , contre  l’ufage  or- 
dinaire , qui  eft  de  leur  donner  la  moitié  , ainfi  qu’on  l’a  obfervé  dans  la  fameufe 

(tf)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Archite&e  , Tome  I.  pag.  230.  Note  (à). 

T0™1.1*  ^a£e  76-  Note  (b).  (c)  Voyez  le  plan  de  cette  Eglife  , Tome  II.  Chapitfe 

(b)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architc&e  , V. 


120 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

^Rach  Cathédrale  de  Londres , quoiqu’à  l’Eglife  de  S.  Pierre  de  Rome  ils  l’oient  moin- 
dres , la  nef  ayant  1 3 toiles  & demi  & les  bas-côtés  y toifes  & demi , ainfi  qu’à 
Notre-Dame  de  Paris , dont  la  nef  eft  de  6 toifes  4 pieds , & les  bas-côtés  , 
de  17  pieds,  mais  qui  à la  vérité  font  doubles.  (Voyez  dans  le  fécond  Volume,  Livre 
IV,  la  Planche  Première  du  Chapitre  III.)  Cependant  à S.  Sulpice  les  bas-côtés 
font  plus  larges  ayant  24  pieds  de  largeur  , & la  nef  41  , ainfi  que  l’Eglife  Cathé- 
drale de  Strasbourg,  dont  la  nef  a de  largeur  40  pieds  & les  bas-côtés  33  , 
&c.  (d). 

La  nef,  proprement  dite,  eft  ouverte  de  chaque  côté  par  cinq  arcades  féparées 
par  des  piédroits  dont  la  largeur  eft  à celle  des  arcades  , comme  2 eft  à y. 
A l’extrémité  de  cette  nef  eft  la  croifée  de  l’Eglife , dont  les  deux  parties  colla- 
térales font  arrondies  par  leur  plan  & voûtées  en  cul  de  four.  Ce  genre  de  voûte 
fimétrife  avec  l’entrée  de  la  nef  & en  quelque  forte  avec  le  rond-point  du  chœur , 
où  eft  placé  le  Maître-Autel.  Cet  Autel  eft  conftruit  à la  Romaine  , deforte  qu’au- 
dellùs  & par  l’arcade  au-bas  de  laquelle  il  eft  pofé , on  découvre  dès  l’entrée  du 
Portail  de  l'Eglife  les  Chapelles  de  la  Vierge  & de  la  Communion  placées  der- 
rière. Nous  parlerons  de  la  décoration  de  ces  Chapelles  en  expliquant  la  Plan- 
che fuivante.  Nous  remarquerons  feulement  quelles  furent  bâties,  en  1709,  par 
le  fecours  d’une  Lotterie  que  le  Roi  accorda  à la  Fabrique  de  cette  Eglife.  Nous 
obferverons  auffi  que  lorfqu’on  bâtit  le  portail , on  préfera  de  placer  la  tour  qui 
contient  les  cloches  , à droite,  vers  le  rond  point  de  l’Eglife  , parce  que  , félon  le 
fentiment  de  plulieurs  , il  n’y  a que  les  Cathédrales  qui  puillent  en  avoir  deux  (c)  , 
malgré  l’exemple  de  la  Paroifle  de  S.  Sulpice  , où  une  lèule  tour  aurait  nui  à 
la  fimétrie  du  portail,  ainfi  qu’on  le  remarque  àlaplûparc  de  nos  Eglifes  Paroiffia- 
les  Gothiques , bâties  à Paris. 

Cette  Eglife  étant  lituée  fur  un  terrain  d’une  pente  afiez  confidérable,  on  s’eft 
déterminé  à racheter  ce  talud  , en  élévant  le  fol  de  la  nef  dé  beaucoup  au- 
delfus  de  celui  de  la  rue  S.  Honoré , afin  de  conferver  une  aire  horizontale  à tout 
le  plain-pied  de  l’Eglife  , ce  qui  fait  par  rapport  à l’ordonnance  du  portail  un  fort 
bon  effet , qu’il  conviendrait  de  procurer  à toutes  nos  Eglifes.  On  aurait  pû  cepen- 
dant donner  une  élévation  moins  confidérable  au  fol  de  l’Eglife  dont  nous  parlons , & 
partager  cette  nouvelle  hauteur  en  deux  dans  la  longueur  intérieure  de  ce  mo- 
nument , pour  éléver  le  fol  du  Sanéluaire  au-delîus  de  celui  de  la  nef,  com- 
me ce  dernier  doit  l’être  à l’égard  de  celui  de  la  rue.  En  effet  les  inégali- 
tés du  fol  que  nous  defirons  ici , pourraient  caraélérifer  en  quelque  forte  d’une 


(d)  Nous  avertiffons  que  les  mefures  que  nous  donnons 
ici  de  ces  différentes  Eglifes  ne  s’accordent  pas  toujours 
avec  les  échelles  qui  lont  au  bas  des  plans.  Comme  la 
plupart  de  ces  Planches  ne  font  pas  toujours  deflinées  bien 
fidèlement , elles  ne  doivent  pas  fervir  de  régie.  D’ailleurs 
les  différentes  qualités  des  papiers , fur  lefquels  font  tirées 
les  épreuves , font  qu’ils  s’étendent  plus  ou  moins  lors 
de  l’impreffion.  Pour  éviter  ces  erreurs  , nous  donnons  la 
plus  grande  partie  de  ces  dimenfions  d’après  les  cottes 
des  anciens  livres  & d’après  les  mefures  prifes  fur  les  lieux 
qui  fe  font  trouvés  à notre  portée. 

(e)  Nous  avons  confulté  fur  cette  matière  non- feule- 
ment prefque  tous  lesAuteurs  qui  ont  écrit  fur  la  forme  des 
Eglifes  , mais  encore  différentes  perfonnesque  nous  avions 
crû  pouvoir  nous  donner  les  lumières  néceffaires,  mais  mal- 
gré nos  recherches , nous  n’avons  pû  rien  apprendre  de 
fatisfaifant  fur  l’ufàge  , où  l’on  femble  être , de  ne  met- 
tre deux  tours  qu’aux  Eglifes  Cathédrales.  On  prétend 
en  général  que  les  deux  tours  marquent  la  fupériorité  de 
ces  fortes  d’Eglifes  fur  les  autres.  Mais  S.  Sulpice  , dont 
nous  venons  de  parler,  S.  Jean  en  Grève,  6c  quelques- 


autres,  tant  dans  Paris,  que  dans  les  Provinces  , dé- 
montrent affez  évidemment  que  cette  opinion  a paru  in- 
différente. Au  relie  fi  l’ufage  ne  permet  qu’une  tour  aux 
Eglifes  Paroifliales , ne  feroit-il  pas  naturel,  pour  éviter  le 
défaut  de  fimétrie , de  placer  la  tour  ou  le  clocher  fur  le 
milieu  du  frontifpice  ; il  ferviroit  alors  à le  faire  pyrami- 
der , ôc  «endroit  lieu  des  dômes  qu’on  introduit  quel- 
quefois dans  les  monumens  de  l’efpece  de  celui  dont  nous 
parlons,  6c  qui  devroient  être  refervés  pour  les  coupoles, 
tels  qu’à  Paris  au  Val-de-Grace , aux  Invalides , à la  Sor-, 
bonne  , aux  Quatre  Nations , Ôcc. 

Si  quelqu’un  eft  plus  inftruit  que  nous  fur  l’origine 
des  tours  8c  fur  la  néceffité  d’en  admettre  deux  aux  tgli- 
fes  Cathédrales  8c  feulement  une  pour  les  Eglifes  Pa- 
roiffales , nous  l’invitons  avec  quelque  forte  d’emprel- 
fement  à vouloir  bien  nous  communiquer  fes  lumiè- 
res fur  ce  fujet  , notre  deffein  étant  de  nous  appro- 
cher , dans  la  compofition  de  nos  édifices , des  ufages  6c 
de  l’efprit  de  convenance  fans  lequel  l’Architeélure 
la  mieux  entendue  d’ailleurs , ne  fçauroit  s’attirer  lefuffra- 
ge  des  Connoiffeurs. 


manière 


BSI 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  y~ 


PfUS  C°nvenable’  ^ divers  ufages  & les  différentes  cérémonies  qui  doivent  ïsIir"f 
fe  paO-er  fur  chaque  aire.  Par  exemple  le  fol  de  la  rue,  deftiné  aux  affaires  des  S'“'' 
Citoyens  & a des  aérions  mondaines,  doit  naturellement  être  au-deffous  du  Temple  • 
e ui  de la  nef,  defline  aux  Fideles , doit  tenir  le  milieu  entre  celui  de  la  rue  & œlui 
du  Sanfluaire  ; ce  dernier  enfin  doit  être  le  plus  élévé  de  tous.  Il  eft  vrai  que  ces 
differentes  élévations  du  terrain  s’obfervent  affez  généralement  dans  nos  Tc?nples 
mais  on  le  fait  avec  trop  peu  de  «vérité , foit  parce  que  l’on  paffe  trop  légére- 

rion  d"k  Xâm  dUOnS  T V T imp°mmeS  qu’elles  foienc’  fo«P^ce  que  la  La- 
° j de  T PpPa  J df  nos  ESllfes  n,e  Pe™ec  pas  cette  inégalité  de  niveau.  A fé- 

LrrbitJl  ? ^ d°nt  n°“  ,parlons  ’ cette  idée  devoit  venir  naturellement  à 

firln  d ae’  "tpar  raPP°rta  la  fituation  naturelle  du  terrain,  que  parla  difpo- 
dée  nd  p£rCfSrqUe  laous  ^ons  déjà  «marqué  dans  fa  diftribution  (/).  Cette 
idee  nous  partit  fi  conforme  à celle  qu’on  doitfe  former  d’un  lieu  Saint  qufil  eft 
étonnant  qu  on  n ait  pas  cherché  jufqu’à  prefent,  même  dans  un  terrain  horizon- 

midale  danTf te  fLL/T  pluS  impoftn“  -tte  élévation  py- 

réxemnt  de  crtrZ  f Uffée  m°nUmenS  d°nt  ™us  parl°ns'  Nous  avons 

FauxbomVslacn  ^ ’ qu°T  e"  Petit  > dans  l’Eglife  des  Carmélites  du 

Fauxbourg  S.  Jacques , qui  employé  artiftement  dans  un  vaiffeau  fpacieux,  feroit 

ïa  CbSeîleTv6^  ^ ^ U%e  d’un  poubaffemPent , comme  à 

la  Chapelle  de  Verfailles,  fur  lequel  s eleveroit  un  grand  Ordre  de  colonnes  au-bas 

duquel  feraient  placées  des  tribunes  ou  baluftrades , dont  le  plain-pied  égalerait  celui 

UnP^jet  fci-nt  ce  fyftême  , il  m’a  para  faire  très- 

rinn  inl  ' q T determme  a engager  1 Auteur  à donner  au  Public  cette  compofi- 
frage  adkell“P°-  * -ndre  digne  du  Tuf- 

Coupe  fur  la  longueur  de  l’Eglife,  prife  dam  le  plan  far  la  ligne  AB „ 

Planche  II. 

irli^de TUr  ^ V°!r  k développement  intérieur  d’un  des  côtés  de  Ï’E- 
g , I Ro.ch  > fur, fa  longueur.  Un  Ordre  de  pilaftres  Doriques  , couronné  d’un 
entablement  denticulaire  , décore  le  pourtour  de  la  nef  & de  la  croifée  : cet  Or- 
dre  eft  exécuté  avec  allez  de  pureté.  Il  eff  élévé  fur  un  focle  ou  retraite  de  7 

Fn  dÎT°n  5 h"troP  oonfidérable,  qui  porte  à croire  qu’on  a déterré 
Eglife  de  3 ou  4 pieds  depuis  fon  édification.  Il  eft  vrai  que  cette  difformité  n’a 
paru  telle  que  depuis  qu  on  a fupprimé  les  bancs  qui  occupoient  la  plus  grande 
parue  de  1 aire  (g)  ; deforte  que  loin  que  ce  lût  une  inadvertance  de  la  prt  de 

vSf}0*  a marqué  dans  la  diftribution  de  ce  plan  : 

1 ianche  Première, le  nom  des  principales  Chapelles  diftri- 
buees  le  long  des  bas  côtés  de  cette  Eglife  ; il  en  eft  peu 
dont  la  décoration  foit  intéreffante  , à l’exception  de  cel- 
les de  S.  André  6c  de  S.  Louis.  Elles  font  pour  la  plûpart 
concédées  a differentes  Familles  du  premier  ordre , telles 
que  celle  de  Court  env  aux , de  Pom-Chartrain , du  Pré- 
iident  de  Senozan  , Sic.  Cette  Eglife  renferme  auffi  quel- 
ques épitaphes  & tombeaux  d’un  certain  mérite  , mais  en 
tfès-pent  nombre,  quoique  plufieurs  grands  hommes  v 
ayent  leur  fepulture.  De  ce  nombre  font  les  célébrés  Scul- 
preurs  , François  Sc  Michel  Anguierre , dont  nous  avons 
pade  , Tome  II.  p.  72.  Not.  (e).  Pierre  Mignard  , mort 
premier  Peintre  du  Roi  en  1 6py  , dont  nous  avons  par- 
lé, Tome  II.  page  70.  Not.  (d  ) Pierre  Corneille  , né 
à Rouen  , mort  en  1(184,  &c.  La  facriftie  qui  fe  re- 
marque auffi  dans  cette  Planche  vient  d’être  changée  de- 
puis la  gravure  du  plan.  De  la  cour  qui  eft  à côté;  l’on  a 

Tome  111, 


fait  une  facriftie , ayant  couvert  cette  cour  à une  certai- 
ne  hauteur  par  une  lanterne,  delorte  que  cette  nouvelle 
piece  , avec  un  retranchement  pris  vers  E , détermine  la 
grandeur  de  la  Sacriftie  pour  les  meffes  , & toute  la  par- 
tie F eft  deftinée  pour  la  facriftie  des  ornemens.  Nous 
obferverons  ici  que  la  Chapelle  des  fonds  & celle  des  maria- 
ges marquées  a Sel,  font  trop  petites  pour  une  Paroiffe  auffi 
confidérable , & qu’il  feroit  mieux  qu’en  pareille  occafion 
ces  Chapelles  fuflênt  placées  à l’entrée  de  l’Eglife , & 
euflent  une  principale  iffue  par  le  porche  extérieur  , afi.v 
•Hi \r  P01nr  ^onner  l’entrée  des  Temples  pendant  la  nuit 
indiferetementà  des  perfonnes  de  l’un  & de  l’autre  fexe. 

Or)  ^es  bancs  : etoient  un  abus  qui  s’étoit  introduit 
dans  les  fiecles  précédens  , & qui  empêchoit  les  Fideles 
qui  n en  avoient  point , de  trouver  place  dans  nos  Tem- 
ples , fans  compter  que  ces  bancs  nuifoient  beaucoup  au* 
cérémonies  de  l’Eglife, 

Hh 


jg?y 


it 


122 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

sE|^r'Je  Le  Mercier  (comme  beaucoup  l’ont  penfé)  d’avoir  donné  une  II  grande  hauteur 
à ces  focles , il  étoit  prudent  au  contraire  d’en  ufer  ainfi  ; autrement  ces  parties 
accefloires  auroient  mafqué  les  baies  & une  partie  du  fût  inférieur  des  pilaftres. 
Pour  remedier  à ce  défaut  aéluel,  il  auroit  fallu,  lors  de  la  réparation  totale  de 
ce  monument , convertir  ces  focles  en  piédeftaux  ; alors  on  auroit  tenu  camus  les 
profils  des  corniches  & des  bafes  pour  ne  pas  trop  prendre  fur  la  largeur  de  la 
nef,  & pour  fatisfaire  à la  largeur  des  piédroits  qui  auroient  reçu  le  retour  de 
ces  profils. 

Les  arcades  placées  entre  les  pilaftres  font  d’une  belle  proportion , & décorées 
au-deïïus  des  archivoltes,  de  trophées  dans  la  nef  & de  Figures  dans  le  chœur, 
le  tout  d’une  allez  belle  exécution  ; mais  nous  obferverons  que  cette  richelfe  eft 
trop  recherchée  pour  la  fimplicité  de  l’Ordre , & qu’en  général  il  y a trop  de  fculp- 
ture  dans  cette  Eglife  , que  d’ailleurs  elle  n'eft  pas  d’un  choix  aiïez  refervé  , & qu’el- 
le tient  trop  de  Ta  décoration  de  nos  bâtimens  civils.  On  doit  chercher  dans  les 
ornemens  des  édifices  facrés  des  formes  fimples  & nobles , des  fujets  graves , de 
belles  malfes  & de  grandes  parties.  Le  Val-de-Grace  eft  fort  orné , peut-être  même 
un  peu  trop  ; mais  cette  richelfe  dont  les  allégories  font  rélatives  au  fujet , plaît  & in- 
vite  à la  méditation.  Tout  y eft  grand,  noble,  majeftueux  : ici  au  contraire  les  or- 
nemens font  frivoles  : nos  veftibules , nos  fallons , nos  elcaliers  en  pierre  font  trai- 
tés de  la  même  maniéré , il  n’y  a de  différence  que  les  lymboles , encore  dans 
cette  Eglife  ont-ils  befoin  d’un  examen  réfléchi  pour  y être  remarqués.  Ce  font  les 
fymboles  qui  doivent  impofer  dans  un  Temple  , les  parties  de  détail  ne  font  faites  que 
pour  les  Connoiiïeurs , & toutes  les  fois  qu’on  négligera  la  majefté  dans  les  maf- 
fes , n’efperons  pas  , quelque  profufion  dont  on  falfe  étalage , qu’une  décoration 
puifle  s’attirer  le  fuffrage  des  perfonnes  fenfées.  Nous  l’avons  dit  plus  d’une  fois , 
les  ornemens  doivent  être  employés  avec  ménagement  dans  les  Temples  , il  feroic 
même  à fouhaiter  qu’on  rétranchât  la  plus  grande  partie  des  tableaux  dont  on 
décore  le  Sanéfuaire  & les  nefs  ( h ) ; l’admiration  que  caufent  aux  gens  de  goût 
ces  merveilles  de  l’Art , nuit  fouvent  à la  décence  dûe  à un  lieu  Saint.  Ces  cu- 
riofités  devroient  être  placées  dans  les  facrifties  de  nos  Paroifles , dans  les  cloîtres 
des  Réligieux,  &c.  8c  la  peinture  devroit  être  rélervée  pour  les  voûtes  des  dô- 
mes & pour  les  Autels  de  nos  Chapelles.  Nous  penfons  de  même  des  tombeaux: 
quelques  bien  exécutés  qu’ils  foient , ils  devroient  être  mis  dans  les  charniers  de  nos 
Églifes  Paroifïiales , parce  qu’attirant  naturellement  la  curiofité  des  Amateurs  de 
toutes  les  Nations  , nos  Temples  qui  renferment  le  plus  de  ces  chef-d’œuvres , font 
fréquentés  avec  quelque  forte  d’indécence , & qu’on  s’éloigne  par  une  admiration 
fouvent  involontaire  du  refpeél  dû  à la  demeure  du  Saint  des  Saints.  D’ailleurs 
il  faut  obferver  que  pour  mettre  dans  tout  leur  jour  ces  merveilles  de  l’Art , l’on 
tombe  infenfiblement  dans  le  défaut  de  procurer  trop  de  lumière  à nos  Eglifes , con- 
tre l’ufage  confiant  des  premiers  fiecles , où  elles  étoienr  pour  la  plupart  peu  éclai- 
rées. Trop  d’obfcurité  à la  vérité  eft  nuifible,  mais  trop  de  lumière  dans  un  Tem- 


(/*)  II  eft  vrai  que  dans  la  primitive  Eglife  les  Chré- 
tiens ont  fait  ufage  de  tableaux  dans  leurs  Temples.  Eu- 
febe  dit  qu’on  y repréfentoit  par  des  fujets  coloriés  l’hif- 
toire  des  Martirs  qui  repofoient  dans  chaque  Eglife  & 
celles  de  l’ancien  & du  nouveau  Teftament.  Vrudence 
& AJlerius  confirment  ce  fait  ; mais  il  faut  obferver  que 
ces  peintures  étoient  faites  pour  les  ignorans  à qui  elles 
tenoient  lieu  de  livres  , ainfi  que  le  remarque  Grégoire 
JI.  en  écrivant  à l’Empereur  Leon , Auteur  des  Icono- 
claftes.  Les  hommes  & les  femmes , lui  dit-il , tenant  en- 
tre leurs  Iras  les  petits  enfans  nouveaux  baptifs  leur 
montrent  du  doigt  les  hijîoires  , ou  aux  jeunes  gens  , ou 
aux  Gentils  étrangers  , ainfi  ils  les  édifient , & élévent 


leurs  efprits  & leurs  cœurs  à Dieu.  Mais  aujourd’hui 
que  nous  fommes  plus  inftruits,  & que  l’Art  de  la  Pein- 
ture eft  devenu  plus  féduifant , il  femble  qu’on  en  de- 
vroit ufer  avec  plus  de  retenue  , les  fujets  coloriés  d’ail- 
leurs faifant  prefque  toujours  un  mauvais  effet  dans  des 
monumens  conftruits  tout  en  pierre , à la  place  defquels 
on  devroit  employer  la  fculpture.  On  peut  facilement  fai- 
re la  comparaison  de  l’un  à l’autre  par  les  tableaux  placés 
dans  les  panaches  du  dôme  des  Invalides  , ou  par  les  bas- 
reliefs  placés  dans  ceux  du  dôme  du  Val-de  Grâce  : on 
ne  parle  point  ici  de  l’abus  qu’on  a fait  de  la  Peinture,  de 
la  menuiferie&  de  la  dorure  dans  la  décoration  du  Sanc- 
tuaire de  l’Eglife  de  S.  Jean  en  Grève  & ailleurs. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  Y.  123 

pie  eft  condamnable.  C efl  ordinairement  la  fource  de  la  diftraétion  qu’on  re-  E ,.f 
marque  dans  le  plus  grand  nombre.  Ce  qu’il  y a de  certain , c’eft  que  ce  grand  s-  ^ci». 

au  recueillement.  Le  Val-de-Grace  que  je  ne  puis  trop  citer,  paroît 
éclairé  d’une  maniéré  convenable  , à l’exemple  de  la  plupart  des  Temples  d’Italie , 
tels  que  S.  Pierre  de  Rome , la  Rotonde  , S.  Jean  de  Latran,  &c.  La  Sorbonne,  à 
1 aiis,  au  contraire  eft  fombre  & trille,  le  dôme  des  Invalides  eft  trop  éclairé,  S.  Sulpice 
me  parott  tenir  un  jufte  milieu,  quoique  percé  d’un  même  nombre  de  croifées  que 
lEglile  dont  nous  parlons  ; mais  comme  le  vailîèau  eft  plus  vafte,  la  lumière 
le  répandant  dans  un  plus  grand  efpace  , rend  cet  édifice  plus  conforme  à notre 
“ee  ’ Peut_être  même  feroit-il  encore  un  meilleur  effet  H la  lumière  y étoit  moins 
confiderable. 

. ^ a ^etcre  A indique  la  coupe  du  portail  3c  l’aire  de  la  nef,  qui  eft  élévée  d’en- 
viron fept  pieds  au-deftus  du  fol  de  la  rue  S.  Honoré , comme  nous  l’avons  déjà 
remarque.  Cette  différence  de  niveau  n’eft  pas  exprimée  dans  cette  Planche  à cau- 
le  du  peu  de  grandeur  de  l’échelle,  mais  on  l’apperçoit  mieux  dans  la  Planche 
IV  qui  donne  1 élévation  du  fronti/pice  de  cette  Egli/e. 

On  voit  en  B , la  décoration  de  la  nef  percée  d’arcades , à travers  defquelles  on 
apperçoit  les  Chapelles  (;)  diftribuées  le  long  des  bas  côtés.  Ces  Chapelles  font 
un  peu  petites  en  general , mais  on  obfervera  que  leurs  Autels  font  placés  avan- 
tageu/ement  (k)  pour  être  apperçus  de  la  nef,  & que  cette  fituation  eft  plus  con- 
venable qu  au  bas  des  vitraux , à caufe  du  peu  de  hauteur  que  ces  derniers  lai C- 
lent  au  rétable  d Autel,  ce  qui  gêne  confidérablement  pour  la  forme  de  leur  com- 
polition,  &occafionne  de  petites  parties  qui  ne  conviennent  jamais  dans  un  grand 
vaiifeau , principalement  lorfque  ces  Chapelles  font  partie  de  la  décoration  géné- 
r:!  e a]nc  Eglife  Paroiiïïale  , telle  que  1 Eglile  de  S.  Sulpice  , cù  on  les  a placées 
ainii.  Cette  fituation  d’Autels  n’eft  tolérable  que  dans  la  Chapelle  de  Verfailles , 
qui  eit  un  lieu  bien  moins  vafte  , & dont  les  defleins  d’ailleurs  font  d’un  goût 
exquis  , en  comparaifon  de  la  forme  triviale  de  la  plupart  des  Chapelles  de  S.  Sul- 
pice , dont  on  ne  Içauroit  trop  blâmer  la  compofition. 

La  lettre  C fait  voir  la  forme  d’une  des  extrémités  de  la  croifée  de  l’Eglife  , 
dont  la  décoration  chargée  de  trop  d’ornemens , n’eft  pas  à imiter , ainfi  que  nous 
1 avons  déjà  remarqué.  On  y voit  une  des  portes  collatérales  qui  dégagent  à la 
bute  S.  Roch,  & qui  ne  fervent  que  dans  les  jours  folemnels , étant  trop  reïïèr- 
rees  par  les  bâtimens  voifins.  Au  bas  de  cette  porte  eft  un  tambour  de  menuiferie 
qui  tient  lieu  de  porche  ; piece  qu’il  feroit  toujours  nécelfaire  de  conftruire  aux  prin- 
cipales entrées  des  Eglifes , les  Anciens  eh  ayant  fouvent  pratiqué  de  doubles , 
un  extérieur , 1 autre  intérieur.  Cette  obfervaticn  , que  nous  avons  déjà  faite  dans 
les  volumes  precedens , nous  conduit  infenfiblement  à remarquer  , à propos  des 
mai/ons  trop  voifines  de  cette  ParoilTe , qu’il  feroit  nécefTaire  de  limer  nos  Egli- 
les  de  maniéré  qu’elles  ne  fulTent  pas  adolfées  à des  bâtimens  particuliers.La  première 
depen/e  a laquelle  on  devroit  fonger , feroit  non-feulement  de  dégager  les  environs 
es  Temples  , mais  encore  d’en  défendre  l'approche  par  des  murs  d’appui , ou  par 
des  grêles , ainfi  qu’on  l’a  pratiqué  avec  beaucoup  de  raifon  & de  convenance  à 
lEglile  de  S.  Paul  de  Londres,  & qu’on  fe  propofer  de  le  faire  à Saint  Sul- 
pice, rien  n’étant  plus  indécent  que  d’enclaver  le  Temple  du  Seigneur  au  milieu 


(,)  Les  Chapelles  de  nos  Eglifes  cirent  leur  origine  des 
chambres  ou  cellules  qu’on  plaçoic  autrefois  le  long  des 
anciennes  Eglifes , & qui  étoient  érigées  pour  la  commo- 
dité des  perlonnes  qui  vouloient  méditer  & prier  en  par- 
ticulier. Audi  dans  les  fiecles  précédens  ces  chapelles 
toient-eiles  encore  fermées  par  des  murailles  ou  des  gril- 
es  très-peu  évuidées,  & ce  n’eft  gueres  que  depuis  le 


commencement  de  celui-ci  qu’on  a pratiqué  de  très-gran- 
des ouvertures  à ces  chapelles  , qui  pour  la  plupart  ne 
ferment  plus  à prefent  que  par  des  grilles  baffes,  com- 
me on  vient  de  le  faire  à l’Eglife  de  l'Oratoire  & ail- 
leurs. 

00  Voyez  la  Planche  Première  de  ce  Chapitre. 


124  ARCHITECTURE  FR ANÇOISE,  Liv.  V. 

Igii(èj,  des  maifons  habitées  indiftinélement  par  toutes  fortes  de  perfonnes.  Il  feroit  auflî 
S.  Koch.  à propos  d’éloigner  les  Eglife  du  paifage  des  voitures  & des  cbarois , furtout 
dans  une  grandeVille  comme  Paris , où  ils  interrompent  ordinairement  le  fervi- 
ce  divin  par  le  bruit  & l’embarras  qu’ils  occafionnent , & accoutument  le  peu- 
ple à palier  au  pied  de  ces  monumens  fans  aucun  refpeét  (I).  Les  précautions  né- 
celfaires  pour  remedier  à un  pareil  abus , occuperoient  fans  doute  beaucoup  de 
terrain  ; mais  dans  une  grande  Ville  il  faut  des  places  publiques , des  carrefours 
fpacieux , des  dégagemens  & des  percés  proportionnés  à fon  opulence.  Certainement 
ce  feroit  dans  ces  occafions  qu’on  les  devrait  mettre  enufage,  & préférer  à toute 
autre  circonftance  l’application  de  ces  efpaces , qui  en  décorant  la  Capitale  , four- 
niroient  au  peuple  Chrétien  un  motif  d édification  , 3c  latisleroient  aux  loix  de 
la  convenance. 

La  lettre  D donne  la  décoration  du  choeur  qui  eft  percé  de  neuf  arcades  dans 
fon  pourtour  & fermé  de  grilles , deforte  que  le  fervice  divin  fe  fait  en  preien- 
ce  des  Fideles , ce  qui  eft  contraire  à l’ancien  ufage , le  peuple  réunifiant  aujour- 
d’hui fa  voix  à celle  du  Clergé.  Ce  Chœur  eft  fepare  de  la  croifee  de  1 Eglile 
par  une  grille , au  bas  de  laquelle  font  pofées  les  Halles  qui  forment  un  retour 
d’equerre  de  chaque  côté  au  pied  des  deux  premières  arcades.  Le  coffre  d’ Autel 
eft  placé  en  E , on  en  voit  ici  la  coupe  ( m ).  Il  aurait  pû  être  plus  élévé,  ainfi  que  nous 
l’avons  déjà  remarqué.  Au-deftùs  de  cet  Autel  à la  Romaine,  eft  une  arcade  qui 
laide  appercevoir  dès  l’entrée  de  l’Eglife  les  Autels  des  Chapelles  de  la  Vierge 
6c  de  la  Communion , marquées  H,  K,  3c  qui  par  la  meme  railon  auroient  pû  etre 
plus  élévées  , étant  détachées  du  corps  de  l’Eglife. 

Au-defiùs  de  l’Ordre  Dorique  qui  régné  dans  tout  l’intérieur  de  cette  Eglife  , 
fe  voit  la  coupe  de  la  voûte  en  plein  ceintre  , qui  eft  ornée  d arcs  doubleaux  en- 
tre lefquels  font  des  croifées  formant  lunette.  Ces  arcs  doubleaux  font  enrichis 
d’ornemens  3c  élévés  fur  des  piédeftaux  , interrompus  dans  1 ouverture  des  vitraux , 
afin  de  laiiïèr  plus  d’elpace  à ces  derniers  ; cette  interruption  à la  vérité  don- 
ne une  belle  proportion  aux  croifées , mais  elle  procure  peut-etre  une  lumière  trop 
confidérable  à cette  Eglife. 

Au-deflüs  & au  milieu  de  la  croifée  fe  voit  la  calotte  en  cul  de  four  ; les 
panaches  de  cette  partie  fupérieure  font  ornés  de  bas-reliefs  qui  repréfentent  les 
quatre  Evangeliftes  ; enfin  fur  toute  la  longeur  de  l’Eglife  on  voit  au-defiùs  le  dé- 
veloppement de  la  charpente  du  comble  pratiqué  en  croupe  dans  fes  deux  ex- 
trémités. 

La  lettre  F indique  le  retour  circulaire  des  bas  côtés  qui  régnent  au  pourtour  de  'a 
nef  & du  chœur , & qui  dans  cet  endroit  communique  par  une  grande  ouverture  ce 
28  pieds  dans  la  Chapelle  de  la  Vierge  marquée  G , laquelle  eft  de  forme  elliptique*, 
& qui , comme  nous  l’avons  déjà  dit , fut  bâtie  en  1709'  La  décoration  de  cette  Cha- 
pelle  confifte  en  deux  Ordres  de  pilaftres , l’un  Corinthien , 1 autre  Compofite , éle- 
vés l’un  fur  l’autre.  Ce  dernier,  d’une  proportion  Attique  3c  couronné  d une  corni- 


(1)  Voyez  ce  que  M.  \’ Abbé  Fleury  rapporte  à ce  fu- 
jet  dans  fon  livre  des  mœurs  des  Chrétiens,  pag.  178:  ou- 
vrage excellent , Sc  qu’à  bien  des  égards  on  ne  fçauroit 
trop  lire. 

(w)  Cet  Autel  eft  placé  ici  deforte  que  le  Célébrant 
& le  Peuple  font  tournés  vers  le  Nord, contre  l’ancien  ufa- 
ge , qui  eft  de  le  placer  à l’Crient , ainfi  qu’on  l’a  pref- 
que  toujours  obfervé  dans  nos  Eglifes  Gothiques  , telles 
que  font  S.  Paul,  S.  Gervais,  S.  Jean  en  Grève , S. 
Euftache,  les  Carmélites,  & S.  Sauveur;  confidération 
pour  laquelle  fans  doute  on  a adoffé  le  chevet  de  cette 
derniere  Eglife  au  principal  portail  de  cette  Paroifle.  Il 
eft  vrai  que  dans  plufieurs  autres  Eglifes  anciennes  & mo- 


dernes , il  femble  qu’on  ait  négligé  cette  fituation  ; car 
l’Autel  de  l’Eglife  de  S.  Jacques  du  haut  Pas  eft  expofé 
au  couchant , celui  des  Invalides  & des  grands  Jéfuites 
au  midi , les  Minimes  au  Nord , comme  l’Eglife  dons 
nous  parlons,  & c.  quoique  les  rits  des  Anciens  ayent 
prononcé  d’une  maniéré  confiante  à cet  égard.  La  dif- 
pofition  des  rues  peut  avoir  contribué  à cette  négligence  ; 
mais  , ainfi  que  nous  venons  de  le  remarquer  , comme  il 
feroit  à défirer  que  nos  Eglifes  fulTent  environnées  de  pla- 
ces qui  lailfaffent  un  libre  efpace  autour  d’elles,  ce  moyen 
fi  néceffaire  &fi  utile  par  lesraifons  que  nous  avons  rap- 
portées, fourniroitl’occafion  de  fituer  convenablement  les 
rétables  d’ Autel. 

clie 


ÀRCHITECTUR  E F R A N Ç O ISË , L , 

che  archîtravée  , reçoit  urnTgrande  voûte  conftruite  en  charpente  , recouverte  de 
plâtre  que  Ion  décoré  aujourd'hui  de  peintures  («).  Le  rétable  d’Autel  de  cette  S’Roch' 
Chapelle  va  etre  reconftruit  à neuf  : plufieurs  habiles  Sculpteurs  en  ont  fait  des 
modèles,  &il  paraît  que  l'on  va  choifir  celui  qui  aura  le  plus  d’analogie  avec  le 
Vierge!16  P ’ a“  plaf°nd  » & 4“  ^préfente  l’Affomption  de  la 

La  lettre  I fait  voir  la  décoration  intérieure  de  la  Chapelle  de  la  Communion 
qm  eft  d un  plan  prefque  fpherique.  On  y arrive  par  les  bas  côtés  circulaires  pra- 
tiques autour  de  la  Chapelle  de  la  Vierge  * qui  ont  leur  ilTue  par  ceux  qui  Ré- 
gnent autour  de  la  nef  & du  chœur.  ( Voyez  le  Plan  , Planche  Première  de  ce 

SmÏefi?ueLefe  r ^ deCOrée  de  P'laftres  d’0rdre  Compofite  > 

entre  lefquels  font  places  trois  vitraux  , qui  lui  procurent  un  très-grand  jour 

quoique,  relativement  a fon  ufage  particulier,  elle  eût  dû  être  moins  e'clairéfr.  Au’ 

dellus  des  pilaftres  rogne  une  corniche  Compofée  & ornée  de  modillons  : au-deff 

fus  de  cette  corniche  eft  un  plafond  en  calotte  très-furbaiffée.  Ce  plafond  doit 

etre  auffi  peint,  lorfque  celui  de  la  Chapelle  de  la  Vierge  fera  achevé. 

Coupe  de  l'Eglife  de  Saint  Roth  , prife  dans  le  plan  fur  la  ligne  CD, 

Planche  III. 

^Cette  coupe  eft  delà  même  ordonnance  que  la  Planche  précédente.  Elle  offre 

r0nd~P01,nt  de  lEglife>  °ùeftplacé  le  Maître-Au- 

lf  cLeûf  dëSL  C 61  ^T.  Mde  ouverte’  qui  ^ voir  le  vitrail  de 

la  Chapelle  de  la  Communion  placée  a l’extrémité  de  cette  Eglife  • c’eft  nOUr 

cet  e raifon  que  nous  avons  déliré  plus  haut  qu’on  eut  élévé  pyramidalement  non- 
feulement  le  coffre  d Autel  de  cette  Chapelle  , mais  auffi  celui  de  la  Chapelle  de 
la  Vierge,  lime  entre  le  retable  du  Maître-Autel  & celui  du  S.  Sacrement  afin 
que  des  1 entre  du  portail,  on  eut  apperçû  d'un  feul  coup  d’œil  ces  trois  Autels 
ce  qui  auroit  produit  un  effet  bien  pluscapable  d’infpirer  delà  contemplation  aux  Fi- 
dèles , & d exciter  en  eux  le  defir  d'aller  vifiter  ces  monumens  divers  qui  faute 
d’être  apperçus , font  ignorés  par  la  plupart.  ’ q » taMe 

ies  Piédroits  5“  f°ûd,e™ent  les  panaches  de  la  voûte  de  la  croifée 
de  1 Eglife,  & aux  deux  cotes  de  la  grille  qui  donne  entrée  au  chœur,  font  de 
petites  Chapelles  qu  on  va  enger  à neuf,  & pour  lefquelles  on  a déjà  fait  plu! 
fleurs  modelés  qui  font  aélueliement  expofés  en  place.  Au  refte , en  fuppofant  qÜ’on 
faffe  choix  des  meilleurs,  il  eft  a craindre,  quelque  bien  qu'on  faffe  ceSP  Chapelles 
quelles  ne  forment  de  trop  petites  parties,  quelles  ne  nuifent  à l’effet  total  & 
qu  elles  ne  mafquent  une  des  pairies  inférieures  del’Ordre  Dorique,  appliqué  comœ 
les  piédroits  qui  portent  le  dôme.  Bien  loin  de  multiplier  ces  Chapdlel  comm! 
on  les  a marquées  dans  le  plan , Planche  Première  , il  feroit  à défirer  au  co“ 
le  qu  on  les  y fupprimat.  On  doit  s'apercevoir  de  leur  peu  de  fuccès  dans  f 
que  toutes  nos  Eglifes  de  Paris  : Notre-Dame,  S.  CernTain  l'AuxÜrois , S.  £< 


(n)  Ce  grand  morceau  s’éxécute  usuellement  par  M. 

, o"  ’ ^ ,Académle  R°yal=  . & premier  Peintre  de  M. 
le  Vue  d Orléans  qui  en  a déjà  fait  une  efquilTe  en  petit 
& des  Etudes  de  la  grandeur  de  l’exécution,  lefquelles' 
je  font  attirées  le  fuffhge  des  hommes  du  premier  mérite. 
Néanmoins  la  modeltie  de  ce  célébré  Artifle  l’a  fait  s’op- 
poier  a 1 envie  que  nous  avions  de  parler  avec  éloge  , 
non-feulement  de  cet  ouvrage  important  , mais  enco- 
re de  les  autres  gavantes  produétions  ; deforte  que 
lemelll. 


nous  nous  trouvons  forcés , par  égard  pour  lui,  d’attendre 
a une  autre  occafion  pour  nous  étendre  fur  le  fume  & fur 
les  beautés  de  détail  des  Peintures  de  cette  voûte.  Nous 
ne  pouvons  cependant  nous  empêcher  d’àllurerque  lorf- 
que  ce  grand  Ouvrage  fera  achevé,  à en  juger  par  eu 
qu  il  y en  a déjà  de  fait , il  ne  cédera  en  rien  J ce  qui  fe 
trouve  d execuce  dans  ce  genre  par  nos  plus  habiles  Pein- 
tres h rançois. 


: - ... ' 


» ; 
ah 

"’t  Li 


W 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 


Sgiifede  tache , &c.  font  autant  de  preuves  de  ce  que  j’avance.  Il  n’y  a guéres  que  S.  Sul- 
pice  où  l’on  n’ait  pas  fuivi  ce  mauvais  exemple  : il  eft  vrai  que  le  Maître-Autel 
de  cette  ParoifTe  eft  à l’entrée  du  chœur,  & qu’il  n’auroit  pas  été  convenable  de 
placer  de  petites  Chapelles  fi  près  du  principal  Autel , mais  en  général  je  perfifte 
à croire  que  dans  quelque  occafion  que  ce  puifte  être , il  ne  faut  pas  embarralfer 
l’entrée  du  Sanétuaire  , & que  les  Chapelles  rangées  le  long  des  bas  côtés  d’une 
Eglife  , fuffifent;  encore  faudroit-il  prendre  foin  de  pratiquer  des  corridors  parti- 
culiers ou  des  couloirs , comme  on  l’a  obfervé  dans  l’Eglife  des  Prêtres  de  l’Ora- 
toire , pour  le  dégagement  des  Chapelles  & la  communication  des  perfonnes  à qui 
elles  appartiennent.  (Voyez  ce  que  nous  avons  dit  à ce  fujet  au  Chapitre  X.  de 
ce  Volume  , page  y J.  ) 

Portail  principal  de  l’Eglife  de  Saint  Poch  du  côté  de  la  rue  Saint  Honoré. 
Planche  IV. 

Ce  Portail  eft  élévé  de  quatorze  marches  au-dellùs  du  fol  de  la  rue  Saint 
Honoré  : ce  feroit  un  avantage  confidérable  pour  ce  frontifpice  , s’il  avoit  un 
point  de  diftance  plus  éloigné.  Les  Connoiffeurs  font  partagés  fur  l’ordonnance 
de  fa  décoration  & fur  l’eftime  qu’ils  en  doivent  faire.  Les  uns , à la  faveur  du 
mouvement  qu’on  remarque  dans  Ion  plan , le  regardent  comme  un  des  beaux 
ouvrages  modernes  qui  foient  à Paris  dans  ce  genre.  Les  autres  le  rangent  au 
nombre  de  ces  produélions  qui  font  trop  peu  févéres  pour  le  frontilpice  d un  édi- 
fice facré  , & trouvent  qu’il  eft  d’ailleurs  chargé  d’ornemens  aifez  mal  entendus. 

Nous  allons , rélativement  aux  obfervations  qui  accompagnent  les  monumens  dont 
ce  Recueil  eft  compofé  , expofer  auffi  notre  fentiment , fans  prétendre  cependant , 
comme  nous  l’avons  dit  ailleurs  , qu’il  falfe  loi , & fans  aucune  intention  d afïoi- 
blir  la  réputation  de  l’Architeéle , n’ayant  pour  but , dans  les  obfervations  que  nous 
allons  faire , que  d’inlpirer  un  véritable  amour  pour  les  beautés  répandues  dans 
ce  Portail , & d’avertir  en  même  tems  des  licences  qu’on  doit  éviter  dans  la  com- 
pofition  de  l’ordonnance  d’un  pareil  édifice. 

Il  eft  certain  que  l’Ordre  Dorique  eft  employé  avec  convenance  dans  ce 
frontifpice.  Sa  virilité  eft  du  reiïort  des  édifices  facrés , & il  eft  toujours  bon  de 
l'annoncer  dans  l’ordonnance  de  la  décoration  extérieure  d’un  monument  tel  que 
celui  dont  nous  parlons  ; car  il  eft  à remarquer  qu’il  ne  fuffit  pas  de  lui  donner  une 
fclidité  réelle , mais  il  faut  encore  qu’elle  foit  vifible  & apparente.  La  forme  en  plein 
ccintre  de  la  porte  principale  au  rez-de-chaulfée  eft  auflî  préférable  aux  portes 
quarrées  ou  bombées  qu’on  voit  dans  la  plupart  de  nos  Eglifes , tant  anciennes  que 
modernes.  Nous  ajouterons  que  les  pilaftres  placés  à l’entrée  de  ce  Portail,  font 
imités  des  anciens  Temples , & qu’ils  peuvent  réufhr  dans  bien  des  occafions.  Nous 
nous  réfervons  cependant  de  difcuter  dans  Ion  lieu , leur  application  8c  la  manié- 
ré de  les  mettre  en  œuvre  : enfin  nous  obferverons  que  le  fronton  triangulaire  de 
l’extrémité  de  ce  frontifpice  eft  placé  convenablement , & que , comme  nous  1 a- 
vons  remarqué  ailleurs , on  ne  devroit  jamais  les  multiplier  dans  un  même  Portail 
d’Eglife. 

Après  avoir  fait  l’éloge  de  toutes  les  parties  qui  condiment  les  beautés  de  ce 
frontifpice , examinons  préfentement  quelles  font  les  licences  qu’il  auroit  fallu  y 
éviter.  Ce  fronton , dont  nous  venons  de  louer  la  fituation , a le  defaut  d etre  ce 
qu’on  appelle  à reflàut  : il  n’y  a que  le  larmier  & la  cimaife  de  fes  corniches  ram- 
pantes , qui  foient  direétes , l’entablement  horizontal  faifant  retour  fur  1 entre- 
du  milieu  , deforte  que  d’en  bas  la  faillie  du  fommet  de 
ce  fronton  paroît  énorme  , le  point  de  diftance  étant  très  - peu  confidérable. 


ARCHITECTURE  ERA  NÇOISE,  Liv.  V.~ 


Ï27 


Cette  grande  faillie  ne  doit  fe  bazarder  que  dans  le  cas  où  l’on  peut  apperce-  EEiir'  <■' 
voir  de  fort  loin  la  partie  fupérieure  d’un  frontilpice;  encore  eft-il  contre  l’ori- 
gine  des  frontons  Sc  la  fèverite  des  réglés  de  1 Art  de  découper  un  couronnement 
de  cette  efpece  par  fon  plan , malgré  l’exemple  de  plulieurs  anciens  édifices  Sc 
le  fentiment  de  quelques  modernes  qui  les  ont  imités.  ( Voyez  ce  que  nous  avons 
dit  à propos  des  frontons  dans  notre  Introduction  , Tome  I.  page  104.  ) D'ailleurs 
les  armes  que  le  tirnpan  de  ce  fronton  renferme , font  maffives  à l’excès  3 & fer- 
vent à rendre  tous  les  autres  ornemens  de  ce  Portail  d’une  petitclfe  extrême  , étant 
en  outre  mal  imagines  , poftiches  Sc  fans  beaute.  Nous  avons  déjà  remarqué  dans 
le  premier  Volume,  page  i9i , qu’il  ne  faut  faire  parade  qu’avec  beaucoup  de 
circonlpeéfion  des  armoiries  dans  le  frontifpice  d’un  édifice  facré,  parce  qu’on 
ne  doit  allier  que  le  moins  qu  il  eft  poflible  les  attributs  de  la  vanité  humaine 
avec  les  fymboles  du  Chiiftianifme.  Nous  ajouterons  ici  que  fur  les  corniches  ram- 
pantes de  ce  fronton  font  placées  des  figures  afiifes , qui  malgré  l’exemple  de  la 
plupart  de  nos  batimens  François , n en  font  pas  moins  contraires  aux  régies  de 
la  convenance.  Ces  ftatues  devraient  être  placées  debout , ainfi  qu’on  le  remar- 
que dans  prefque  tous  les  monumens  antiques  ; d’ailleurs  des  figures  pofées  fur 
des  bafes  inclinées , produifent  toujours  une  fituation  contraire  à la  vraifemblan- 
ce  , quoiqu  on  les  ait  fuppofees  ici  des  Anges  : fiélion  qui  paroît  peu  févére  & 
contraire  à la  majefté  qu  on  doit  obferver  dans  les  parties  accefloires  d’un  édifice 
facré. 

Ce  fronton , ainfi  que  fon  entablement  horizontal,  eft  foutenu  par  des  colon- 
nes Corinthiennes  ifolées.  Cet  Ordre , qui  eft  ici  d’une  afTez  belle  exécution , pa- 
raît oppolé  à la  progreflîon  qu  on  doit  obferver , lorfqu’on  éléve  plufieurs  Ordres 
les  uns  au-defTus  des  autres;  c’eft-à-dire  qu’y  ayant  un  Ordre  Dorique  au-defTous, 

U aurait  fallu  mettre  un  Ordre  Ionique  à la  place  du  Corinthien , les  proportions 
extremes  du  folide  au  délicat  étant  contraires  à l’ordonnance  de  la  bonne  Archi- 
teélure  Sc  aux  loix  du  bon  goût , quoiqu’on  en  ait  ufé  ainfi  depuis  au  Portail  des 
Prêtres  de  1 Oratoire.  Quelquefois  au  lieu  de  l’ionique  , Sc  pour  éviter  l’élégance 
du  Corinthien,  on  employé  le  Cotnpofite  , qui  eft  ordinairement  plus  mâle  &piüs 
nourri , ainfi  qu’on  le  remarque  au  Portail  des  Minimes , au  Château  de  Clagny, 

&c.  D’ailleurs  nous  obferverons  que  les  axes  des  colonnes  de  l’Ordre  Corinthien 
dont  nous  parlons , portent  en  retraite  fur  .celles  de  delfous , principalement  celles 
des  extrémités  qui  font  arriere-corps , deforte  que  lorfqu’on  regarde  ce  Portail 
fur  fon  profil , ce  défaut  d’à  plomb  fait  un  effet  défagréable.  Il  eft  moins  vicieux 
a la  vérité  que  fi  elles  eufient  porte  a faux , mais  c’eft  toujours  une  licence  plus 
ou  moins  condamnable  en  Architeélure , que  de  11e  pas  conferver  une  direélion 
intime  entre  les  parties  fupérieures  & les  inférieures. 

Le  focle  qui  foutient  ces  colonnes  eft  trop  peu  élévé.  Il  auroit  dû  avoir  la 
hauteur  d’une  baluftrade , non-feulement  à caufe  que  la  faillie  de  la  corniche  de 
1 Ordre  Dorique  eft  allez  confiderable  , mais  âuffi  parce  que  l’ouverture  placée  dans 
1 entie-colonnement  Corinthien  a la  forme  d’une  porte  &non  d'une  croifée , qui  pouf 
cette  railon  fembloit  exiger  un  appui  évuidé  en  forme  de  baluftrade. 

Les  confoles  renverfees  qui  tiennent  lieu  d’arcboutans  à cette  partie  fupérieure 
du  Portail  font  d un  goût  mefquin , & s’allient  on  ne  peut  pas  plus  mal  avec 
les  piedeltaux  des  angles  qui  foûtiennent  les  deux  groupes  , repréfentant  les  qua- 
tre, Peres  de  lEglife.  Ces  Groupes,  ainfi  que  les  figures  du  fronton,  font  fcul- 
ptes  de  la  main  de  Claude  Francin  , de  l’Académie  Royale  de  Peinture  & de  Sculp- 
ture. D’ailleurs  la  hauteur  de  ces  piédeftaux  fert  à anéantir  celle  du  focle  qui 
foutient  les  colonnes  , & forme  un  mauvais  effet  dans  les  retours  collateraux  de 
frontilpice, 


<* 


I2g  ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 

ïgUfed»  a 1 egard  de  l'Ordre  Dorique , le  mouvement  du  pian  que  nous  avons  dit  être 
S Rod’'  applaudi  par  plufieurs , apporte  ici  une  irrégularité  dans  la  diftribution  des  mutules 
& des  métopes  , dont  la  fimétrie  néanmoins  fait  un  des  principaux  mentes  de  1 en- 
tablement de  cet  Ordre.  C’eft  pour  cette  raifon  que  les  Anciens  obfervateurs  feru- 
puleux  des  régies  de  l’Art,  n’employoient  cet  Ordre  que  dans  des  plans  de  forme 
reétangle  , ayant  toujours  tâché  d’éviter  les  retours  angulaires  rentrans , a caufe 
des  difficultés  prefque  infurmontables  qui  empêchent  d’ajufter  d une  manière  pre- 
cife  les  intervalles  des  caffettes  & As  mutules,  d’où  dépend  abfolument  la  beau- 
té de  l’Ordre  Dorique,  & fans  laquelle  , comme  nous  l’avons  remarque  ailleurs, 
cette  ordonnance  n’a  aucun  mérite.  En  effet  les  efpaces  inégaux  des  intervalles 
mutulaires  ne  peuvent  donner  qu’une  fauffe  idée  de  la  conftruéhon , & présen- 
tent un  défordre  direélement  oppofé  au  mot  d’Ordre,  qui  certainement  doit 
offrir  un  affemblage  régulier  de  plufieurs  parties  , lefquelles  reunies  enfemble 
foient  capables  de  compofer  un  tout  fimétrique  , noble,  majeftueux  & împolanc. 

Cet  Ordre , dans  ce  frontifpice  , préfente  bien  d’autres  licences  que  nous  ne  pou- 
vons rapporter  ici  fans  quelques  figures  particulières  ; nous  n’aurions  pas  négligé 
fans  doute  de  les  donner  dans  ce  Chapitre  , fi,  comme  nous  l’avons  déjà  annonce  , 
nous  ne  nous  étions  refervés  de  traiter  à fond  des  Ordres  dans  le  huitième  Volu- 
me de  cet  Ouvrage,  où  nous  renvoyons.  Nous  y rappellerons  la  négligence  avec 
laquelle  cet  Ordre  eft  exécuté  , non-feulement  dans  ce  frontifpice  , mais  dans  prel- 
que  tous  nos  édifices  d’ordonnance  Dorique.  , „ 

La  porte  en  plein  ceintre  du  milieu  de  ce  monument  au  rez-de-chauflee  eft 
trop  fvelte  pour  le  caraétere  viril  de  l’Ordre  Dorique  qui  y régné.  Le  claveau , au 
contraire  , eft  trop  maffif,  & l’efpace  qu’il  contient , eft  mal  rempli  par  les  deux 
petits  Génies  tenant  lieu  d’agraffes.  Les  arcades  feintes  qui  renferment  dans  une 
portion  elliptique  les  portes  collatérales  , & qui  font  de  la  meme  dimenfion 
que  celle  du  milieu , font  tout-à-fait  mal  imaginées , aulli-bien  que  la  Sculptu- 
re placée  fur  les  impolies,  qui  non-feulement  font  compofees  de  trop  pentes  par- 
ties pour  occuper  un  auflî  grand  efpace , mais  qui  font  poftiches , mal  amenées , Sc 
qui  ne  fe  fentent  point  du  tout  de  ce  caraétere  noble  qui  doit  annoncer  le  ffon- 
tifpice  d’un  Temple.  Les  trophées  des  petits  entrecolonemens  de  1 Ordre  luperieur 
& de  l’inférieur  font  dans  le  même  cas , auffi-bien  que  le  couronnement  de  l’arcade 
Corinthienne  , les  candélabres , les  fleurons,  les  confoles  renverfées,&c  , tous  ces 
ornemens  , quoique  d’une  affez  paffable  éxecution  & fculptés  par  Louis  do  Mon- 
tsan  , Sculpteur  de  l’Académie  de  Saint  Luc  , étant  placés  fans  choix  fans  prudence 
& fans  aucun  rapport  avec  l’Architeélure.  _ 

Les  pilaftres  Doriques  des  extrémités  de  ce  Portail,  & qui,  comme  nous  1 a- 
vons  remarqué , font  placés  dans  le  goût  des  Anciens , différent  cependant  des 
exemples  qu’ils  nous  en  ont  donnés,  en  ce  qu’il  n’admettoientees  pilaftres  qu  aux  par- 
ties angulaires  de  la  muraille  qui  fermoit  l’intérieur  du  Temple , qu  ils  appclloient 
Colla , & qui  pour  l’ordinaire  étoit  entourée  de  plufieurs  colonnes  ifolees  , formant 
des  ailes  ou  galleries.  (Voyez  Vitruve  & les  Temples  différens  qu’il  décrit,  page 
6o  , jufqu’à  la  72  , fécondé  Edition.  ) D’ailleurs  comme  ici  ce  pilaftre  eft  extérieur, 
& qu’il  fe  trouve  feul  à chaque  extrémité  & accouplé  d’une  colonne  , quoique 
naturellement  les  pilaftres  femblent  mieux  porter  l’entablement  dans  fon  retour  , 
il  convient  de  mettre  toûjours  deux  pilaftres  enfemble , ou  enfin  deux  colonnes 
accouplées , lorfque  dans  toute  une  ordonnance  on  en  a fait  choix  de  preference. 
En  effet  les  colonnes  réufliffent  mieux  que  les  pilaftres , ces  derniers  compoient 
une  Architeélure  moins  avantageufe  que  les  colonnes , à en  juger  par  la  façade 
du  Louvre  du  côté  de  la  riviere , comparée  avec  le  pénftile  du  meme  batiment 
du  côté  de  S.  Germain  l’Auxerrois.  C’eft  donc  avec  juftice  que  plufieurs  blâment 

1 accouplement 


**»»*«>«  .1—, 


Lio.  T ' N û.  XX  T^f  P 1,^ 


Pian,  et  Elévation.-  chc  Portail  de  tEqiure  de  S -Ho ch, , 
et  soiur  ia,  conduite  dco  J\Tono'icur'~ 


ba-ty  en,  J J O)  1 • •ruf'  l&r  deto-eui+r  de  Eforuneur  de  Costco 
Gabriel yremiem -d rchitectei  du,  P oy  . 


A R C H I T E G T U R E F R A N Ç O I S E , L i v. 


l'accouplement  du  pilaftre  avec  la  colonne  qu’on  voit  ici  ; cette  demiere  étant  en- 
gagée , & autorifant  par  là  le  retour  de  l’entablement , qui  annonçant  un  corns 
léparé , devoir  être  abfolument  compofé  de  deux  pilaftres  ou  de  deux  colonnes  , 
mais  plutôt  de  deux  pilaftres  dans  ce  frontifpice , parce  que  par  là  on  aurait  laifle 
dominer  l’avant-corps , & l’on  aurait  évité  le  reflaut  dé  l’entablement  des  extré- 
mités de  ce  Portail.  Il  s’enfuivroit  peut-être  de  cette  obfervation  qu’on  aurait  dû. 
fupprimer  les  colonnes  placées  à chaque  côté  de  l’avant-corps  ; mais  comme  elles 
régnent  dans  toute  la  hauteur  de  l’édifice  , & quelles  fervent  à nourrir  cette  par- 
tie dominante  du  Portail , qui  fans  elle  ferait  devenu  trop  haut  pour  fa  largeur , 
il  convenoit  de  les  y laiifer , mais  de  fouftraire  feulement  celles  des  angles , mal- 
gré la  fimétrie  quelles  procurent  aux  portes  collatérales,  qui  par  ce  moyen  font 
accompagnées  de  chaque  côté  par  une  colonne.  Cependant  comme  ces  pilaftres 
propofés  dans  les  angles  forment , pour  aïnfi  dire , des  corps  féparés  , pour  éviter 
ces  retours  d’entablement  & l’accouplement  d’une  colonne  avec  un  pilaftre , il 
aurait  été  préférable  qu’ils  eulfent  formé  un  arriere-corps  , qui  aurait  procuré  plus 
de  repos  à toute  cette  ordonnance  ; trop  de  mouvement  dans  l’Architeélure  n’étant 
pas  en  général  du  raifort  d’un  frontifpice  du  genre  de  celui  dont  nous  parlons. 

Nous  finirons  en  obfervant  qu’à  propos  de  ce  mouvement , il  eut  été  aufii  plus 
convenable  de  fupprimer  le  renfoncement  du  milieu  de  l'entablement  Dorique  ; 
une  platebande  fans  renfoncement  eût  été  plus  fiera  & plus  conforme  à la  virili- 
té de  l’Ordre  , & aurait  empêché  l’étranglement  que  forment  les  deux  retours  de 
fa  ^corniche.  D’ailleurs  parce  moyen  cet  arriere-corps  n’auroit  pas  monté  de  fond 
julqu’au-deiïous  des  cimaifes  angulaires  du  fronton  , qui  par  là  paraît  trop  étroit, 
& qui  auroit  réuffi  beaucoup  mieux  s’il  eut  feulement  pris  nailfance  fur  l’enta- 
blement Dorique  , n’approuvant  les  reffauts  que  dans  l’entablement  Corinthien  , 
parce  qu’ils  lui  appartiennent  comme  à un  Ordre  délicat , ou  dans  un  Ordre  Compo- 
fite  que  nous  avons  déliré  plus  haut  que  l’on  fubftituât  au  Corinthien. 

Nous  ne  donnons  point  dans  ce  Chapitre  les  élévations  des  Portails  collatéraux 
de,  cette  Eglife.  Il  n’y  a guéres  que  celui  du  côté  de  la  rue  neuve  S.  Roch  qui 
mérite  quelque  attention,  celui  du  côté  du  clocher,  prefque  enclavé  dans  les  maifons 
particulières  qui  font  près  de  cette  Eglife  , eft  très-peu  de  chofe , & n’eft  pas 
meme  fini.  Un  grand  foubalfement  couronné  d’un  plinthe , forme  tout  le  rez-de- 
chauffée  de  ce  frontifpice.  Au-defliis  s’élève  un  Ordre  de  pilaftres  Corinthiens 
dont  les  chapiteaux  ne  font  pas  encore  fculptés.  Cet  Ordre  eft  couronné  d’un  en- 
tablement d’un  profil  affez  médiocre  ; au-delfus  eft  un  chéneau  de  plomb  , &c. 

A l’égard  de  celui  du  côté  de  la  rue  neuve  S.  Roch  , il  eft  compofé  de  deux 
Ordres  d’Architeélure , l’un  Dorique,  l’autre  Ionique.  Les  chapiteaux  de  celui- 
ci  font  d’une  compofition  plus  finguliere  que  belle  & imitent  trop  la  me- 
nuiferie.  Au-deflus  régné  une  corniche  architravée  d’un  aifez  beau  profil  & cou- 
ronnée d’un  fronton  triangulaire  ; l’Ordre  Dorique  eft  diftribué  avec  beaucoup 
d’exaéhtude  , aulfi  a-t’on  évité  les  accouplemens.  D’ailleurs  fa  corniche  eft  fans  mu- 
tules  , ni  denticules , & eft  profilée  très-camus.  La  frife  eft  néanmoins  enrichie  de 
triglifes  & de  métopes  bien  fimétriques.  Enfin  cet  Ordre , quoique  peu  févére  , 
n’eft  pas  fins  mérite,  & nous  n’héfiteronspas  d’avancer  qu’à  certains  égards,  il  nous 
paraît  préférable,  malgré  fa  fimplicité  , à toute  la  richelfe  du  frontifpice  principal  de 
cette  Eglife.  c L 


Tlçli/c  cî* 
S.  Roctn 


Tome  111; 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 


I 


130 


CHAPITRE  XXVI. 

Defcrip'tion  de  V Hôtel  de  No  aille  s , rue  .V.  Honore 


Hotd  je  E T Hôtel  fut  bâti , fur  les  deffeins  de  M.  De  Lajfurance  ( a ) , pour  Henri 

iwies.  Pujfort , Confeiller  d’Etat , Oncle  du  célébré  M.  Colbert.  A fa  mort , en  1 697 , 

ce  fut  Pierre  Vincent  Berlin,  Receveur  général  des  parties  cafuelles,  qui  l’acheta.  Après 
le  décès  de  ce  dernier , arrivé  en  1711  , fes  héritiers  le  vendirent  à Adrien  Maurice , 
Duc  de  Noailles , Maréchal  de  Wance , qui  l’occupe  aujourd’hui , & qui  y a fait 
faire  quelques  changemens  dans  les  bâtimens , & replanter  à neuf  le  jardin , fur  les 
delfeins  de  M.  Charpentier , Architeéle  ( b ). 

Flan  du  rez-de-chaujfée.  Planche  Première. 


Cet  Hôtel  eft  peut-être  un  des  plus  grands  bâtimens  que  nous  ayons  à Paris 
dans  ce  genre,  fans  excepter  l’Hôtel  de  Touloufe  , celui  de  Soubife,&  même 
celui  de  Louvois , dont  nous  avons  parlé  précédemment.  De  grandes  pièces  ma- 
gnifiquement décorées , ornées  de  tableaux  & richement  meublées  , compofent  les 
principaux  appartemens  du  rez-de-chaufiee  , dillribués  dans  un  corps-de-logis 
femi-double  entre  cour  & jardin.  Du  côté  de  la  rue  font  difpofées  les  dépendan- 
ces de  ce  vafte  Hôtel  , aufiî-bien  qu’aux  deux  côtés  de  la  grande  cour.  Sur  la 
droite  elt  un  bâtiment  particulier , nommé  le  petit  Hôtel  de  Noailles , dans  lequel, 
au  rez-de-chauflee  , fe  trouve  un  appartement  privé  qui  communique  au  grand 
Hôtel.  Quelques  obfervations  que  nous  allons  faire  , donneront  à'  connoître  les 
parties  qui  peuvent  être  admifes  dans  la  diftribution  en  general , & celles  qu  il 
faut  éviter  dans  la  difpofition  du  plan  d’un  Hôtel  de  l’importance  de  celui  dont 
nous  parlons. 

La  cour  principale , de  dix  toifes  & demi  fur  douze  toifes  cinq  pieds , paroît 
trop  petite  pour  une  aullt  grande  maifon.  Cet  efpace,  qui  dans  toute  , autre  occa- 
fion  feroit  fuffifant , ne  l’eft  pas  ici , non-feulement  à caufe  de  la  trop  grande 
élévation  du  bâtiment , mais  à caufe  de  la  forme  variée  de  fon  plan  qui  ne  doit 
jamais  être  imitée , un  grand  bâtiment  devant  s’annoncer  par  des  déhors  réguliers , 
vaftes,  aérés  & d’une  heureufe  difpofition.  Il  étoit  aifé  cependant  d’éviter  ce  dé- 
faut , ou  en  donnant  moins  de  profondeur  au  porche  A , ou  en  avançant  le  prin- 
cipal corps-de-logis  de  quelques  toifes  fur  le  jardin  qui  eft  affez  fpacieux  ; il  eft 
d’ailleurs  diftribué  ingénieufement , & orné  de  bofquets , baffins,  treillages,  parterres 
ainfi  que  de  quelques  belles  ftatues  de  M.  Falconnet , un  des  habiles  Sculpteurs  mo- 
dernes de  l’Académie  Royale,  j 

A l’égard  de  la  forme  variée  de  la  cour , nous  obferverons  que  les  tours  ron- 


(a)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architeéle , 
T.  I.  pag.  232.  Not.tf. 

(h)  Jean  Charpentier  naquit  en  Brie  , en  17 Indé- 

pendamment de  l’Hôtel  de  Noailles  dont  nous  parlons  , 
& où  il  a fait,  depuis  1740  , des  augmentations  affez  con- 
fidérables,  telles  que  les  jardins  qui  ont  été  plantés  à neuf, 
la  Chapelle  au  rez-de-chaulfée,  le  cabinet  qui  la  précé- 
dé, 6c c , cet  Architeéle  a fait  éléver,  en  1 7 $■  o , un  bâti- 
ment , rue  neuve  S.  Roch,  dont  la  première  pierre  fut 
pofée  le  19  Octobre  de  la  même  année,  & qui  fut  entiére- 
mentnnien  1772; fans  compter  plufieurs exce liens  projets 
pour  cette  Paroiffe , qui  s’exécuteront  dans  la  fuite  ; une 


autre  maifon  particulière  dans  la  rue  S.  Honoré , vis-à-vis 
l’Oratoire  , &c.  Cet  Architeéle  a prouvé  aufli  fon  expé- 
rience & fa  capacité  dans  les  mécaniques  par  un  moulin 
à bled  d’une  conftruétion  finguliere , qu’il  a fait  exécuter 
pour  M.  le  Maréchal  de  Noailles, à fa  terre  de  Maintenon , 
avec  tout  le  fuccès  imaginable.  Il  a de  même  donné  des 
preuves  de  fon  bon  goût  pour  la  décoration  intérieure 
dans  les  revêtiffemens  de  feize  appartemens  de  Maître  , 
qu’il  a fait  conftruire  à neuf  pour  M.  le  Duc  de  La  V nl- 
liere,  dans  fon  Château  de  Champ  , dont  nous  parlerons 
dans  le  fixieme  Volume  de  ce  Recueil. 


ARCHITECTURE  F RAN  ÇOI  SE  , L i v.  V.  ï3t 

des  & la  tour  creufe  qui  s’y  remarquent,  & que  quelques  Architectes  regardent 
comme  une  marque  de  génie , ne  doivent  néanmoins  jamais  être  préférées  aux 
formes  totalement  quadrangulaires  ou  reétangles.  Le  Château  de  Vincennes  , le 
Luxembourg,  à Paris,  les  Invalides , l’Hôtel  de  Carnavalet,  Sic.  font  des  autori- 
tés louables , la  fimplicité  dans  les  formes  & la  proportion  en  général  ayant  feules 
droit  de  plaire  en  Architecture  ; & iï  quelquefois  on  fe  permet  des  formes  circu- 
laires dans  les  cours , ce  ne  doit  être  que  dans  les  côtés  oppofés  au  principal  corps- 
dc-logis , ainfi  qu’on  l’a  pratiqué  par  une  forte  de  nécellité  aux  Hôtels  de  Sou- 
bife  , de  Rohan  , de  Matignon , de  Noirmontier , de  Roquelaure , ou  par  d’autres 
confidérations  particulières,  comme  aux  Hôtels  de  Lambert  , de  Beauvais,  de  Bi- 
feuil , &c.  (Voyez  ces  bâtimens  dans  les  Volumes  précédens.  ) 

Au  fond  de  cette  cour  eft  un  périftile  ouvert  par  cinq  entre-colonneméns.  Ce  pé- 
riflile  donne  entrée  à droite  à un  grand  efcalier , à gauche  dans  une  antichambre  -, 
& par  le  milieu  dans  une  faile  des  gardes , fervant , à proprement  parler  , de  premier- 
ré  antichambre  : défaut  que  produifent  ordinairement  les  bâtimens  fimples , ainfi 
que  ceux  qui  ne  font  que  femi-doubles.  Je  dis  défaut , car  il  eft  certain  , comme 
nous  l’avons  remarqué  ailleurs , que  les  antichambres  , les  falles  des  gardes , les 
falles  à manger  & les  autres  pièces  de  cette  efpece  ne  doivent  jamais  faire  partie 
des  enfilades  principales  d’un  bâtiment , parce  que  celles  des  maîtres  fe  trou- 
vent alors  interrompues  dans  leur  alignement.  Cet  inconvénient  peut  fe  re- 
marquer ici  dans  1 enfilade  BC  , qui  eft  indiftinétemenf  traverfée  par  une  chambre 
à coucher  , des  antichambres  , des  cabinets  & une  Bibliothèque.  A propos  de 
cette  derniere,  nous  remarquerons  qu’il  aurait  été  à délirer  que  cette  enfilade  eut 
pafte  par  le  milieu  de  la  Bibliothèque  , ce  qui  étoit  poftible  en  donnant  à 
cette  piece  ( qui  n’a  qu’un  étage  & qui  a été  bâtie  après  coup  ) moins  de  faillie 
fur  le  jardin , & faifant  la  petite  gallerie  , placée  derrière  , moins  profonde.  En  ef- 
fet , il  n’y  a point  de  doute  que  lorfqu’il  s’agit  de  la  difpofition  des  pièces  d’un 
appartement , la  première  attention  d’un  Architecfte , foit  qu’il  le  compofe  à neuf, 
foit  qu’il  y faffe  feulement  des  additions , doit  être  d’obferver  les  loix  générales  de  la 
diftribution.  Or  certainement  la  première  loi  de  la  diftribution  confifte  non-feu- 
lement dans  les  enfilades  principales , mais  auiïi  dans  la  direétion  régulière  de  ces 
mêmes  enfilades  ; donc  il  auroit  été  elfentiel  que  la  ligne  BC  eut  paifé  par  le 
milieu  de  la  bibliothèque , & que  la  cheminée , au  lieu  d’être  en  face  des  croi- 
fées , fût  à l’extrémité  de  l’enfilade.  Il  eft  vrai  que  ces  fortes  de  pièces  ne  doivent 
pas  effentiellement  faire  partie  de  l’enfilade  d’un  appartement  ; mais  comme  il  fe 
pourroit , ainfi  qu’on  l'a  obfervé  ici , quoiqu’alfez  imparfaitement , que  cette  biblio- 
thèque dans  une  autre  occafion  fervît  de  gallerie  de  tableaux  , &c.  il  étoit  alors  im- 
portant de  la  difpofer  de  maniéré  que  dans  tous  les  cas  fon  axe  répondît  à l’en- 
filade générale. 

Toutes  les  pièces  du  côté  du  jardin,  ainfi  que  nous  l’avons  déjà  remarqué, 
font  grandes , fpacieufes , décorées  avec  magnificence  , & contiennent  des  ta- 
bleaux des  plus  excellens  maîtres  ; mais  comme  ce  corps-de-logis  eft  femi-dou- 
ble , & que  la  dignité  du  Propriétaire  exige  une  fuite  d’appartemens  confidéra- 
ble  , on  n’a  placé  aucune  chambre  à coucher  de  ce  côté  , on  en  a pratiqué 
feulement  de  privées,  l’une  du  côté  du  petit  jardin,  marquée  D,  l’autre  dans 
le  petit  Hôtel  donnant  fur  le  jardin  E.  Cette  derniere  eft  accompagnée  de  piè- 
ces de  commodités , & dégage  dans  le  grand  appartement  par  la'  petite  gallerie 
dans  l’enfilade  de  laquelle  , vers  F , on  a pratiqué  une  nouvelle  Chapelle  dans  une 
partie  de  la  petite  cour  ; deforte  qu’à  la  place  de  la  croifée  G,  on  a ouvert  une 
porte  qui  lait  voir  1 Autel  dans  toute  la  profondeur  de  cet  appartement.  Cette 


13S  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

1 Chapelle  & le  cabinet  font  éclairés  par  des  jours  de  coûtume  fur  le  mur  mitoyen. 
Le  tableau  de  delfus  l’Autel  eft  de  Champagne  , le  plafond  eft  peint  par  Brunetti , 
Sc  les  figures  en  grifaille  font  de  Parocel,  le  Neveu  , le  tout  fous  la  condui- 
te de  M.  Charpentier , Architeéle.  Derrière  ce  petit  appartement  eft  placé  un  ef- 
calier  , où  l’on  entre  par  la  cour  du  petit  Hôtel  de  Noailles  , qui  contient  au  pre- 
mier étage  le  logement  de  M.  Le  Maître  , Treforier  des  fortifications  , & au  rez- 
de-chau(Iee  du  côté  de  la  rue,  une  écurie  , des  remifes , une  cuifine  , &c. 

Du  côté  du  petit  jardin  D , & en  face  de  la  chambre  en  niche , eft  pratiquée 
une  falle  des  bains , que  l’on  a augmentée  d’une  garderobe  aux  dépens  de  la  petite 
cour  H.  Cette  piece  communique  à la  chambre  en  niche,  ou  à découvert  par  le 
petit  jardin  , ou  à couvert  par  la  falle  à manger  des  Officiers  , fervant  d'anticham- 
bre. On  n’a  point  exprimé  ici  cette  nouvelle  garderobe  , ni  les  cloifons  de  la  cham- 
bre en  niche , ces  additions  étant  peu  importantes , & le  plan  que  nous  donnons 
étant  fort  anciennement  gravé. 

Nous  avons  trouvé  dans  ce  plan  la  cour  principale  trop  petite  ; les  baftè-cours 
font  dans  le  même  cas.  Il  en  réffilte  un  défaut  de  falubrité  dans  tout  cet  Hôtel , 
principalement  dans  les  logemens  des  Officiers  de  cette  Maifon.  Sans  doute  que 
par  là  on  a mis  à profit  plus  de  terrain , mais  cette  confidération  n’eft  pas  fuffi- 
fante  , un  grand  Hôtel  devant  fuppofer  un  grand  emplacement , fans  quoi  l’on 
s’écarte  des  loix  de  la  bienféance  , les  dépendances  d’un  grand  édifice  devant  an- 
noncer l’importance  du  Propriétaire. 

Nous  n’entrerons  point  ici  dans  le  détail  des  diftributions  des  bâtimens  des 
cuifines  , ni  des  écuries  : les  noms  écrits  dans  ce  plan  les  indiquent  allez.  Nous 
rappellerons  feulement  ce  que  nous  avons  dit  plus  d’une  fois , touchant  la  néceffi 
fité  de  pratiquer  des  baffe- cours  particulières  pour  les  différens  départemens  d’une 
maifon  confidérable  , en  faifant  enforte  quelles  ayent  des  forties  dans  les  déhors. 
On  n’a  point  obfervé  cette  régie  dans  la  diftribution  de  cet  Hôtel  à l’égard  des 
cuifines  & offices , ce  qui  nuit  confidérablement  à la  propreté  de  la  grande  cour 
& au  coup  d’œil  des  Maîtres , à caufe  du  palfage  continuel  des  gens  fubalternes  qui 
vont  & viennent  de  la  cour  principale  dans  les  cuifines. 

Plan  dit  premier  étage.  Planche  II. 

Le  principal  corps-de-logis  au  rez-de-chaulfée  étant  compofé  , pour  la  plus 
grande  partie  , d’appartemens  deltinés  aux  audiences  publiques  & à la  fociété  , on 
en  a pratiqué  dans  celui-ci  de  propres  à l’habitation  , & d’autres  de  parade.  On  y 
arrive  par  un  allez  bel  efcalier , quant  à la  décoration  , car  nous  ne  pouvons  nous 
difpenfer  d’obferver  qu’il  eft  un  peu  roide  , les  marches  ayant  peu  de  giron  & 
trop  de  hauteur.  D’ailleurs  fa  cage  eft  petite , & fes  quartiers  tournans  produifent 
des  collets  qu’il  faut  fçavoir  éviter  dans  un  efcalier  principal.  A l’égard  de  fa 
décoration,  un  Ordre  de  pilaftres  Corinthiens , difpofé  fimétriquement , fait  fon 
principal  ornement.  Cet  Ordre  eft  couronné  d’un  entablement  régulier , dont  les 
moulures  font  ornées  de  Sculpture  d’un  travail  d’alfez  bon  goût , auffi-bien  que 
les  trophées  & les  agrafes  qui  font  diftribués  au  premier  étage  dans  le 
pourtour  de  fa  cage.  Cependant  comme  cet  efcalier  en  général  eft  peu  éclairé , 
la  beauté  de  fon  exécution  ne  laiffe  pas  que  d’y  perdre  beaucoup  ; de  forte  qu’à 
l’exception  de  fa  fituation  avantageufe  , étant  piacé  à droite  , & de  fa  décoration 
dont  la  richeffe  eft  analogue  à l’importance  du  bâtiment , on  ne  peut  applaudir  à 
fon  peu  d’efpace , ni  à fa  forme , qui  aurait  été  mieux  reétangle.  Cette  figure 
plus  régulière  auroit  auffi  produit  plus  de  grandeur  & plus  de  dégagement  à l’ef- 
calier , & procuré  à la  cour  une  décoration  extérieure  beaucoup.  plus  grave , en 

évitant 


ARCHITECTURE 


évitant  les  tours  rondes , que  nous  avons  déjà  remarqué  apporter  dans  ce  plan  un 
contralto  qui  n’eft  jamais  tolérable  dans  un  grand  édifice'/  où  les  corps  reâilignes 
doivent  être  abfolument  préférés.  1 ° 

Cet  efcalier,  par  un  grand  palier , communique  d’un  coté  à une  terrmTe  prati- 
quée fur  le  périftile  du  rez-de-chauffée  , & de  l’autre  dans  une  grande  anticham- 
bre qui  conduit  à une  falie  du  dais,  de  là  dans  une  chambre  de  parade  fucce 
dee  d’un  grand  cabinet  , nommé  cabinet  des  glaces,  cette  piece  étant  ornée  avec 
une  grande  magnificence,  auffi-bien  que  celles  de  tout  cet  étage.  Nous  obferve- 
rons  cependant  que  la  plupart  pêchent  contre  la  proportion  qui  leur  convient 
i La  grande  antichambre  eft  trop  fpacieufe  pour  la  grandeur  de  l’efcalier  & pour 
celle  de  la  lalle  du  dais  : on  auroit  pû  la  partager  en  deux,  & l’aopartement  de 
parade  en  auroit  paru  plus  vafte.  2”.  La  forme  oblongue  de  la  falie  du  dais  a 
obl.ge  de  pofer  le  dais  au-deffus  de  la  cheminée  fur  un  des  murs  de  refend  ’cê 
qui  paraît  contraire  à la  bienféance , malgré  l’exemple  de  l’Hôtel  de  Soubife  ’ où 
l’on  remarque  la  même  inadvertance.  3°.  La  chambre  de  parade,  nommée  ainil 
parce  que  le  lit  eft  enferme  dans  une  baluftrade , eft  d’une  forme  contraire  à la 
proportion  de  ces  fortes  de  pièces , qui  doivent  toûjours  être  plus  profondes  crue 
larges  & jamais  quarrees.  ( Voyez  ce  que  nous  avons  dit  dans  l 'Introduction , Tome  I. 
concernant  la  dimenfion  des  différentes  pièces  d’un  appartement.)  A l’égard  du  grand 
cabinet,  fa  forme  eft  plus  indifférente  , mais  nous  remarquerons  que  faute  d’avoir 
une  antichambre  qui  donne  entrée  d’une  maniéré  convenable  à la  chambre  à cou 
cher  placée  dans  l'angle  de  ce  bâtiment,  on  eft  obligé  de  paffer  par  cette  belle 
piece  pour  y arriver;  défaut  qu’on  ne  peut  éviter  que  dans  les  bâtimens  doubles 
triples , &c.  , 

Derrière  la  chambre  à coucher  dont  nous  parlons,  eft  une  chambre  en  niche 
femblable  a celle  du  rez-de-chauffée,  Ces  pièces  font  d’autant  plus  néceffaires  à 
ménager  proche  un  appartement  décoré  avec  quelque  magnificence , que  ce  double 
appartement  fert  de  retraite,  & eft  fouvent  habité  de  préférence  , parce  qu’il  eft 
plus, chaud  en  hyver,  & qu’il  conferve  le  grand  appartement  dans  un  état  de  pro 
prete.  On  arrive  a cet  appartement  double  par  un  efcalier  particulier  qui  monte 
de  fond  en  comble  & qui  communique  au  grand  efcalier  de  l’antichambre  A on- 
ia terraffe  du  coté  de  la  cour.  Près  de  la  grande  antichambre  dont  nous 
avons  parlé , eft  pratiquée  une  Chapelle  , & fur  les  bâtimens  des  baffe-cours 
lont  dntribues  des  logemens  pour  les  Officiers  & pour  les  Domeftiques  auff- 
bien  que  dans  les  entrefols,  mais  dont  la  plûpart  font  affez  fombres , ayant  delà 
remarque  que  les  baffe-cours  font  trop  petites  pour  procurer  un  air  falubre  à tous  ces 
difterens  logemens.  Pour  éviter  un  défaut  auff.  effentiel  dans  une  grande  maifon 
d aurait  fallu  fupprimer  ici  le  petit  Hôtel,  qui  compofe  un  petit  bâtiment  parti’ 
effiler  , & dont  le  terrain  auroit  été  mieux  employé  dans  une  toute  autre  dif- 


Elévation  du  côté  de  la  rue.  Planche  III, 


Nous, ne  remarquerons  dans  cette  élévation  que  la  porte  principale  qui  den^ 
ne  entrée  au  grand  Hôtel,  le  refte  de  cette  façade  étant  d’une  Architèéhire 
allez  médiocre,  ce  qui  arrive  ordinairement  dans  nos  plus  belles  maifons  à Paris  , 
depuis  quon  a pris  le  parti  delever  les  principaux  corps-de-logis  entre  cour  & 
jardin,  afin  deloigner  le  Propriétaire  du  bruit  tumultueux  que  produifent  ordi- 
nairement les  grandes  Villes  Cette  confidération  , en  faifant  le  bien  des  Particu- 
liers, nuit  effentiellement  a la  décoration  extérieure,  & produit  un  effet  contrai- 
re a une  forte  de  fimetrie  qu’il  ferait  bon  d’obferver  au  moins  dans  les  rues  pria- 
opales  & dans  les  quartiers  les  plus  fréquentés  d’une  Capital 
Tome  IÎL  1 ' j j 


£6* 


Hôtel  de 
Noailles. 


i34  ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E,  L i y.  V. 

L’ordonnance  de  cette  porte  , qu’on  dit  être  du  deiTein  de  Jean  Richer  ( c ) , eft 
compofée  d’un  Ordre  Ionique , furmonté  d’un  Attique  & couronné  d’un  fronton. 
Cette  porte,  dont  le  fommet  eft  bombé  , eft  accompagnée  de  chaque  côté 
d’une  colonne  formant  avant-corps  , avec  un  pilaftre  qui  lui  fert  d’accou- 
plement. L’architrave  de  deffus  eft  continuée  d’une  colonne  à l’autre  , ce  qui 
donne  à cette  ordonnance  un  caraétere  de  fermeté  que  Jean  Richer  a obfervé 
dans  quelques-unes  de  fes  productions  , ainfi  qu’on  peut  le  remarquer  dans  deux 
maifons  décrites  dans  les  Chapitres  I & V de  ce  Volume.  La  frife  dans  l'éxe- 
cution eft  droite  & non  bombée  comme  elle  fe  voit  ici,  & contient  l’infcrip- 
tion  fuivante  : 

HOTEL  DE  NOAILLES. 


La  corniche  a des  modillons , & eft  profilée  très-correctement  ; on  remarqué 
rarement  cette  correction  dans  les  autres  façades  de  cet  Hôtel , ce  qui  nous  per- 
fuade  en  quelque  forte  que  cette  porte  eft  d’un  autre  Architecte  que  le  refte 
du  bâtiment.  L’Attique  de  delïus  paroît  un  peu  élévé  : fans  doute  ce  qui  a dé- 
terminé à cette  hauteur,  eft  le  grand  intervalle  des  pilaftres  Ioniques  de  delfous  ; 
d’ailleurs  le  fronton  fans  cette  élévation  auroit  paru  trop  écrafé  , de  maniéré  que  ce 
qui  dans  toute  autre  occafion  auroit  été  une  licence  condamnable  , eft  devenu  ici 
une  néceffité  prefqu’abfolue.  On  doit  conclurre  de  là , que  lorfqu’on  examine  un 
bâtiment,  il  eft  bon  de  l’envifager  fous  diftérens  points  de  vue,  & de  penfer 
en  même  tems , qu’un  Architecte  eft  fouvent  forcé  de  fe  prêter  aux  différen- 
tes circonftances  qu’exige  fon  ordonnance  en  général , principalement  lorfqu’il  lui 
en  revient  un  bien  réel  pour  la  dimenfion  des  malfes  de  fon  édifice , & qu’aucu- 
ne des  parties  n’en  paroît  altérée  fenfiblement.  Nous  obferverons  même  que  cet 
Attique  ainfi  élévé  , autorife  en  quelque  forte  le  fronton  qui  le  couronne  ; autre- 
ment ce  genre  d’amortiffement  ne  peut  aller  avec  un  Attique  , que  nous  avons  re- 
connu dans  notre  lntrodutlion  être  un  Ordre  fort  irrégulier. 

Les  croifées  du  rez-de-chauffée  , à côté  de  cette  porte  , font  d’une  bonne  pro- 
portion & d’une  aiïèz  belle  ordonnance.  Il  étoit  feulement  plus  convenable  que 
leurs  fommiers  fuflent  de  niveau  à celui  de  la  porte  principale  ; cette  inégalité  de 
hauteur  étant  toujours  un  vice  plus  ou  moins  condamnable  dans  une  Architeélure 
régulière.  Cette  licence  ne  fe  rencontre  ici  fans  doute  que  parce  que  l’appui  de 
ces  croifées  , qui  éclairent  des  pièces  fubalternes , devoit  être  élévé  un  peu  au- 
delfus  du  fol  de  la  rue  , afin  que  la  vue  des  dedans  fût  défendue  aux  dehors  ; 
mais  cette  confidération  n’eft  que  particulière,  & une  raifon  de  cette  efpece  ne 
doit  jamais  contribuer  en  rien  au  défordre  des  façades.  En  pareil  cas  il  vaut  mieux 
fe  déterminer  à changer  toute  fon  ordonnance , le  grand  art  dans  l’Architeélure 
confiftant  à arranger  d’une  maniéré  convenable  la  néceftité  intérieure  avec  la  décora- 
tion extérieure  , fans  oublier  les  loix  de  la  folidité  , foit  réelle  , foit  apparente.  Nous 
finirons  en  remarquant  que  ce  que  nous  trouvons  de  moins  tolérable  dans  cette 
élévation,  c’eft  la  maigreur  des  corps  de  refends,  l’exceffive  hauteur  delà  baluf- 
trade  qui  couronne  l’ Attique , & au  contraire  le  trop  peu  d’élévation  du  focle  ou 
retraite  qui  le  foûtient. 


(c)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architeéle  au 
commencement  de  ce  Volume  , pages  3 & 1 7.  Quelques- 
uns  prétendent  que  cette  porte  eft  du  deflein  de  Jran  Ma- 
rot  , Archituéte,  qui  avoit , dit-on  , donné  originairement 
les  defteins  de  tout  cet  Hôtel.  Ce  qui  eft  de  certain  , c’eft 
qu’on  trouve  dans  Les  Delices  de  Paris  , Planche  122  , 


une  élévation  de  l’Hôtel  de  Puffort , portant  le  nom  de 
Jean  Marol  ; mais  il  fe  pourroit  bien  que  ce  fut  un  projet 
qui  n’a  jamais  été  exécuté  , ainfi  qu’une  infinité  d’autres 
bâtimens  qui  compofent  fes  œuvres , & qui  font  feule- 
ment de  fon  invention  3 fans  avoir  jamais  été  érigés. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


Elévation  du  cote  de  ta  cour  , oppofée  au  principal  corps-de-logis. 

Planche  IV. 

nns  avoir  égard  aux  façades  des  bafle  - cours  qui  le  remarquent  fur  cette  HéttiJè 
Planche,  ni  à celles  du  petit  Hôtel,  nous  ne  parlerons  que  de  l’élévation  qui  fait 
face  au  principal  corps-de-logis  , & qui  a la  même  ordonnance  que  les  ailes  du 
bâtiment,  fituées  aux  deux  côtés  delà  grande  cour,  celle  des  baiTe  - cours  étant 
d’une  Architedbre  trop  indifférente  & même  d’une  décoration  trop  négligée 
pour  en  faire  mention  ici.  Il  eft  vrai  que  ces  baiTe  - cours  n’étant  pas  vues  de&  la 
principale  entrée  , il  étoit  peu  important  d’affecTer  de  l’uniformité  dans  leurs  fa- 
çades , cependant  cette  raifon  ne  devrait  jamais  faire  qu’un  Architeéte  fe  négligé 
dans  fes  compofitions  : tout  ce  qu’il  produit  devant  fe  reifentir  des  régies  du^  bon 
goût , meme  dans  les  parties  les  moins  apperçûes  en  apparence  de  fon  bâtiment  ; 
mais  revenons  a la  partie  qui  nous  intérelîe.  Nous  ne  pouvons  nous  difpenfer  de 
remarquer  que  rélativement  au  peu  d’efpace  de  la  cour  , cette  façade  eft  trop  élé- 
vee.  Il  eft  important  de  ne  jamais  faire  les  murs  ou  les  bâtimens  en  lace  des  prin- 
cipaux corps-de-logis  d’une  certaine  hauteur , autrement  les  appartemens  font  trif- 
tes,  lorfqu’on  y eft  totalement  privé  de  la  vûe  des  dehors;  en  un  mot  il  faut 
qu’une  manon,  deftinée  à la  réfidence  d’un  grand  Seigneur,  ait  des  cours  fpa- 
cieufes'ou  des  bâtimens  peu  élévés , pour  que  l’air  que  l’on  y refpire  foit  pur; 
cl  ailleurs  cette  grandeur  que  nous  délirons , annonce  d’une  maniéré  plus  pofitive 
la  magnificence  d'un  Proprietaire.  Ce  qui  contribue  ici  à rendre  encore  cette  cour 
fort  reuerree , c eft  la  neceflite  dans  laquelle  on  s’eft  fans  doute  trouvé  d’élé- 
ver  le  mur  A de  toute  la  hauteur  du  bâtiment  , à caufe  de  fa  fimétrie  avec  l’aile 
B . circonftance  allez  embarraftànte , Sc  qui  a dû  coûter  beaucoup  , mais  qui  étoit 
indifpenfable  , vû  la  difpofition  totale  du  bâtiment. 

A l’égard  de  l’ordonnance  de  cette  élévation , elle  n’eft  pas  fans  beauté , étant 
profilée  d’une  aflèz  grande  maniéré,  mais  en  général , on  peut  remarquer  que  l’avant- 
corps  C & les  pavillons  D,D  font  d’une  proportion  trop  fvelte  , pendant  au  con- 
traire que  celles  des  arcades  du  rez-de-chauifée  font  trop  maflives.  Nous  obfer- 
verons  auffi  que  les  piédroits  de  ces  arcades  font  ornés  de  refends , genre  de  dé- 
coration qui  ne  va  point  avec  l’impofte  qui  les  couronne  , ni  avec  les  archivoltes 
qui  retournent  horifontalement  fur  ces  derniers  , & dont  les  intervalles  ornés  de 
tables  rentrantes,  forment  un  contrafte  qui  ne  peut  être  admis  dans  la  bonne  Ar- 
chiteéture.  Cependant  il  faut  convenir  qu’il  régné  un  afTez  beau  fimple  dans  toute 
cette  façade  & un  certain  caraflere  viril , dont  on  jugera  beaucoup  mieux  dans 
la  Planche  fixieme  , parce  qu’étant  de  même  ordonnance  & vûe  de  face , il  fera 
plus  aifé  d’en  comparer  les  rapports  généraux  & la  fubdivifion  des  parties. 

Elévation  du  principal  corps  -de-  logis  du  côté  de  la  cour . 

Planche  V. 

Nous  avons  déjà  blâmé  la  trop  grande  hauteur  des  bâtimens  précédens  eu 
égard  à la  grandeur  de  la  cour.  Celle  de  cette  façade  eft  cependant  encore  plus 
coniide  râble  , ayant  non-feulement  un  étage  Attique  de  plus,  mais  un  comble 
d’une  élévation  outrée  , de  forte  que  ce  dernier  paraît  anéantir  par  fa  capacité 
toute  l’Architeélure  de  deJous  , qui  d’ailleurs  fe  trouvant  compofée  de  beau- 
coup de  petites  parties , ne  femble  avoir  aucun  rapport  avec  les  malTes  de  cet 
édifice. 


Hôtel  de 


arc  II I TECTU-R  E F R AN  Ç O IS  ë,  Liv.  V. 


135  - — 

Ce  n’eft  pas  qu’on  ne  puiife  remarquer  quelques  beautés  de  detail  dans  cet- 
te façade  , mais  comme  le  premier  plaifir  que  doit  faire  un  batiment  confille 
dans  l’enfemble  général  & dans  le  rapport  du  tout  aux  parties  & des  parties  au 
tout,  il  eft  certain  que  c’eft  manquer  ellTentiellement  aux  principes  de  1 art,  que 
de  négliger  dans  un  édifice  cette  analogie  intime  dans  la  fimilitude  des  membres 
d Architecture  qui  le  compofent , & qui  feule  a droit  de  former  cet  unillon , cet 
accord  & cette  harmonie , qu’un  Archite&e  habile  doit  fçavoir  raffembler  dans 

toutes  fes  produirions.  , -,  . 

A propos  de  quelques  beautés  de  détail,  nous  obferverons  que  1 Ordre  Dori- 
que qu’on  voit  ici  eft  exécuté  avec  alTez  de  pureté,  & que  fon  entablement 
compofé  eft  ingénieux  & d’un  allez  bon  profil , mais  les  colonnes  qui  le  foutiennent, 
font  d’un  troo  petit  diamètre  pour  la  hauteur  du  bâtiment  ; on  en  peut  dire  au- 
tant de  rionique  , de  l’Attique  , &c.  D’ailleurs  les  colonnes  Doriques  qui  forment 
le  périftile  ( efpece  d’ordonnance  qui  réullit  toujours  bien  ) fe  trouvant  enclavees 
entre  deux  corps  d’Architeiure  d’un  genre  abfolument  different , ne  peuvent  p ai- 
re à l’examen:  de  maniéré  qu’on  peut  dire  en  général , que  maigre  le  fucces  des 
colonnades  , il  faut  fçavoir  quelquefois  fe  priver  de  cette  décoration , lorlque 
le  refte  de  l'édifice , par  économie  ou  autrement , ne  peut  repondre  a cette  or- 

L’Ordre  Ionique,  comme  nous  venons  de  le  remarquer,  eft  non-feulement 
trop  petit  , mais  la  terralTe  qui  eft  au-devant  mafque  la  plus  grande  partie 
de  fa  hauteur , ce  qui  le  fait  paroître  égal  à l’Attique  de  dcffus , & ccrnp oie  une 
décoration  irreguliere  qui  bien  loin  d’annoncer  une  Arcbitefture  noble  & ma- 
jeftueufe , telle  que  doit  l’être  celle  des  façades  d’un  grand  Hôtel , n eft  pas  me- 
me tolérable  dans  les  façades  d’une  maifon  particulière  L entablement  de 
cet  Ordre  eft  modillonaire , mais  il  eft  profilé  d’un  goût  mefqum  & camus.  En- 
fin  l’ordonnance  de  cette  élévation  a quelque  chofe  de  fec  qui  ne  previem  pas , & 
qui , joint  à fa  hauteur  prodigieufe , détourne  le  fpeélateur  de  1 idee  qu  il^devroit 
fe  former  de  l’importance  de  ce  bâtiment. 

Les  pavillons  A , B , qui  flanquent  cette  façade  , font  d’une  décoration  trop 
étrangère  à fon  ordonnance.  Leurs  amortiflemens  C , C , font  mal  difpoles  & 
chétifs.  Ils  n’annoncent  point  l’ étude  , rien  n’indique  ici  l’etendue  de  I ima- 
gination de  l’ Architecte.  U falloir  des  croifées , on  a percé  les  murs  de  face; 
des  corniches , on  a fait  des  profils.  La  difpofition  du  plan  a détermine  es  for- 
mes extérieures,  on  s’y  eft  aftiijetti  , fans  prévoir  ce  qui  en  refulteroit  : cela  arri- 
ve tous  les  jours.  Je  n’ai  pû  faire  autrement,  dit  on  ; le  Proprietaire,  les  dedans 
m’ont  gêné  : enfin  quelques  confidérations  particulières  fervent  d’autorité.  On  s ex- 
cufe  , on  donne  des  raifcns  , le  bâtiment  s’élève  , & ce  n’eft  que  lorfqu  il  eft 
entièrement  fini  qu’on  s’apperçoit , parce  que  tout  le  monde  le  publie,  qui 
n’eft  bâti  ni  fuivant  les  régies  de  la  convenance  , ni  fuivanf  les  principes  du 

S°Cette  digreflion  fans  doute  ne  fait  pas  l’éloge  de  nos  bâtimens  François  , mais 
il  eft  cependant  certain  qu’elle  convient  à beaucoup  de  ces  erniers , prmcipa 
lement  au  bâtiment  dont  nous  parlons,  qui  exigeoit  que  l’Architeélure  fut  régu- 
lière , refléchie  , & que  l’Architeéle  y fit  de  fon  côté  ce  qu’il  devoit,  pour  repondre 
par  fa  capacité  à la  confiance  du  Seigneur  qui  le  mettoit  en  œuvre. 

Nous  ne  parlerons  point  des  bâtimens  qui  accompagnent  cette  principale  fa- 
çade, ils  font  d’une  Architeaure  trop  négligée,  &,  comme  nous  lavons  remar- 
qué plus  haut,  n’étant  point  apperçus  de  la  grande  cour,  ils  font  en  general  affez 

indifferens.  r . 

Loupe 


ARCHITECTURE 


FRAN  Ç O ! S E , 


Coupe  fur  la  longueur  du  bâtiment.  Planche  VI. 


„ <:e£je  ?lanc!ie,  nous  donne  à connoître  le  développement  extérieur  d’un  des 
cotes  de  la  grande  cour,  l'intérieur  du  corps-de-logis  fur  la  rue,  & celui  du  côté 
du  jardin.  Nous  obferverons , a l'égard  des  dehors , que  les  différens  corps  d’Ar- 
chitecture  qui  compofent  le  pourtour  de  cette  cour,  exigeoient,  à caufe  de  fon 
peu  detendue,  beaucoup  plus  d’uniformité  dans  leur  décoration,  au  lieu  qu’ici 
aile  A , le  pavillon  B & l’avant-corps  C forment  autant  de  morceaux  d’Architeaure 
variée  , laite  pour  aller  d’autant  moins  enfemble  que  plus  la  cour  eft  petite , moins  il 
falloit  s ecarcer  d une  forte  de  fimétrie.  On  a pris  foin  , à la  vérité  , d'annoncer  ces 
differentes  parties  par  des  corps  plus  ou  moins  élévés , qui , en  quelque  forte , don- 
nent un  airpyramidal  a l’édifice  ; mais  comme  il  n’y  a pas  une  diltance  fuffifante  dans 
la  cour  pour  remarquer  ce  genre  de  beautés , ce  qui  feroit  un  mérite  eifentiel  dans 
toute  autre  circonftance  , ne  fert  ici  qu’à  apporter  de  la  confufion  dans  l’efprit  du 
opectateur  ; tant  il  eft  vrai  que  ce  qui  réuifit  bien  dans  une  occafion  , fait  un  ef- 
fet contraire  dans  toute  autre  : raifon  pour  laquelle  il  faut  qu’un  ArchiteHe  foit 
muni  d une  expérience  confommée  pour  appliquer  les  réglés  de  fon  Art  , félon 
la  diverfite  des  batimens  qui  font  confiés  à fes  talens. 

Nous  ne  rappellerons  point  ici  la  forme  des  arcades  de  i’aîle  A , nous  en  avons 
par  e , page  1 3 y.  Nous  ne  dirons  rien  non  plus  de  la  décoration  intérieure  des 
appartemens  de  ce  grand  Hôtel , les  compartimens  des  lambris  n’étant  point  ex- 
primes ans  cette  Planche , mais  l’on  fe  louviendra  qu’en  décrivant  les  plans  du 
rez-ae-chaullee  &du  premier  étage,  nous  avons  annoncé  qu’ils  étoient  d’une 
tres-grande  magnificence,  ornés  de  fculpture,  de  tableaux,  de  glaces,  de  bron- 
zes , de  meubles  de  prix,  &c.  ° 


Façade  du  côté  du  jardin.  Planche  VII. 


. La  Proportion  des  Ordres  de  cette  façade  eft  la  même  que  celle  de  la  Planché 
cinquième , d’où  il  eft  aifé  de  conclure  qu’ils  parodient  encore  plus  chétifs  que  du 
cote,  e a cour  , le  jardin  étant  beaucoup  plus  vafte  Sc  plus  aéré  , de  forte  que  cette 
partie  effentielle  de  l’Architeaure  ne  fe  manifefte  en  rien  ici.  C’êft  pour  cette 
raifon  que  nous  avons  plus  d’une  fois  recommandé  la  fuppreifion  des  colonnes  & 
des  pilaftres  dans  un  édifice  de  moienne  grandeur,  ne  produifant  pour  la  plûpart 
<JUp  c Pet:Ites  parties  , Sc  qui  par  cette  confidération  ne  devroient  être  employés 
raiionnablement  que  dans  les  maifons  Royales , les  monumens  facrés , les  édifices 
publics,  &c. 

Nous  remarquerons  aulfi  que  la  largeur  de  l’avant-corps  eft  de  beaucoup  trop 
conliderable  pour  les  arnere-corps , qu’il  aurait  été  mieux  de  fe  contenter  feulement 
de  celui  qui  foutient  le  fronton.  Par-là  on  aurait  donné  plus  d’étendue  aux  der- 
niers & le  comble  ferait  devenu  moins  large  & moins  élévé.  On  aurait  pii  aufll 
uppnnici  es  mansardes  , genre  d’ordonnance  peu  convenable  à la  décoration 
de  leipece  du  batiment  dont  nous  parlons,  malgré  l’ufage  qu’on  envient  de  faire 
au  faims  Royal  ( ainfi  que  nous  l’avons  remarqué  dans  ce  Volume , pave  4.6.  ) Par 
ces.  differentes  fuppreffions , les  Ordres  dont  il  eft  queftion  auraient  paru  moins 
petits  , la  grandeur  reelle  des  parties  fe  jugeant  ordinairement  par  la  compa- 
rai  on  e ce  e des  malles,  quoiquen  général,  comme  nous  venons  de  le  re- 
marquer , ce  loit  un  abus  plus  ou  moins  condamnable  que  de  faire  ufage  des  Ordres 
XsTr  mtImeM  de  P£U  d’étendue>  Principalement  lorfqu’on  ne  les  rend  paS 
' M m 


|f : " . } 

h:,».’1' 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 

Hoiei Je  continus  dans  toute  fa  longueur,  quelque  raifon  qu’on  prétende  avoir  d’ailleurs 
de  vouloir  marquer  l’avant-corps  par  quelque  richelfe  particulière. 

Nous  ne  pouvons  regarder  d’un  meilleur  œil  la  forme  des  portes  du  rez-de- 
chaulfée  de  l’avant-corps , qui  auroient  dû  être  en  plein  ceintre  & difpofées  dans 
de  plus  grands  entre-colonnemens.  D'ailleurs  ces  portes  font  trop  fveltes  pour  l’Or- 
dre Dorique,  & n’ont  aucune  analogie  avec  la  proportion  des  arcades  du  rez- 
de-chauflee  des  arrieres-corps , qui  n’étant  que  feintes , auroient  dû  être  de  mê- 
me forme  & de  même  grandeur  que  celle  du  milieu.  Il  eft  encore  aifé  de  remar- 
quer le  défaut  d’analogie  qu’ont  enfemble  les  croifées  & les  portes  de  cette  fa- 
çades , lefquelles  étant  toutes  dilfemblables , forment  un  contralle  nuifible  à l’unité 
de  ce  bâtiment. 

Les  profils  de  cette  élévation  font  beaucoup  plus  négligés  que  dans  toutes  les 
autres  parties  du  bâtiment  ; les  ornemens  y font  d’ailleurs  poftiches , placés  fans 
choix  , & bien  loin  enfin  de  pouvoir  être  propofés  comme  une  autorité , ils  doi- 
vent au  contraire  être  cités  comme  autant  d’exemples  à éviter. 

La  façade  de  la  Bibliothèque  marquée  A , quoique  moins  effentielle  ( étant 
entièrement  féparée  de  celle  dont  nous  venons  de  parler  par  une  charmille  de 
douze  à quatorze  pieds  de  hauteur,  ) n’eft  pas  non  plus  à imiter.  Des  croifées 
courtes  , des  tables  chantournées,  des  buttes,  &c.  forment  en  général  une  ordon- 
nance qui  n’eft  pas  recevable  , & qui  annonce  , à plus  d’un  titre  , le  défaut  de  ju- 
gement , de  principes  & de  goût  de  l’Architeéfe  qui  l’a  fait  éléver. 


Cia/n  bre 


Chambres 

acoucher 


CrrcuicL  Cabinet 


AnJÀcJxarnbre 


Cabinet  avec 


en  niche. 


■ll.l/f.l-r, 


I Cabinet 


' C hatnbree 


dnticluimhre 


mec 


Chambre- 


Chambre- 
ci  Coucher 


'hcunbre 


Cabinet 


C namb 


Plan  bu  premier  étaae  de  [Ho-Hel  de-JToa 


TZki’ation  du  câ te  de  la  Caitr,  du  caryrade  tay/ûf  J'u. 
la.  / ~ue,  dit  /relit  Ha  rte  l de  Ha  aille  a . 


Elévation  de  LU d tel  de  NoaiUeo  du  co-fte  de  La 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


CHAPITRE  XXVII. 

Defcription  de  l Eglife  des  Filles  de  l' Ajfomption  , rue  Saint 

Honore'. 

'E  Couvent , de  la  Réglé  de  S.  Auguftin  , fut  fondé  en  1622  , par  l’union  que 
fit  le  Cardinal  de  la  Rochefoucault  des  biens  de  l’Hôpital  des  Audrie'ttes  à cette  r.Aaimf’ 
Mai  Ion.  Pendant  environ  48  ans , ces  Filles  n’eurent  qu’une  petite  Chapelle  dans  ‘ 

1 endroit  ou  ell  iituee  1 Eglife  dont  nous  allons  parler.  Ta  première  pierre  de 
cette  Eglife  fut  pofee  au  mois  dAoût  1670,  & elle  fut  achevée  en  1 C~jC , fur 
les  deifeins  de  Charles  Errard  (a).  Nous  ne  dirons  rien  ici  des  bâtimens  de  l’in- 
térieur de  ce  Couvent,  notre  objet  eft  feulement  de  donner  la  defcription  de 
l’Eglife , dont  l’entrée  eft  libre  aux  Connoiffeurs , & dont  l’Architeaure  & dif- 
ferens  ouvrages  de  peinture  qu’elle  renferme  y méritent  quelque  attention. 

Plan  de  l’Eglife.  Penche  Première. 

Cette  Eglife  confifte  dans  un  dôme  circulaire  de  10  toi fes,  2 pieds  & un  quart 
de  diamètre,  dans  œuvre , fur  17  toifes , 4 pieds  de  hauteur,  fous  clef,  précédé  d’un 
porche  du  côté  de  la  cour.  Ce  monument  peut  être  comparé  à celui  de  la  Vifita- 
tion  , rue  S.  Antoine  , dont  nous  avons  parlé  dans  le  fécond  Volume , page  1 3 1 , 
avec  cette  différence  néanmoins  que  ce  dernier  a été  bâti  fur  les  deifeins  de  Fran- 
çois Manfard,  dont  le  nom  feul  fait  l’éloge,  & qu’il  eft  beaucoup  plus  régulier, 
d une  Architeélure  plus  grave , & d’une  proportion  en  général  beaucoup  plus  fatis- 
inlante  , quoique  d’une  grandeur  moindre  que  celui  dont  nous  parlons , n’ayant 
que  7 toiles,  un  pied  de  diamètre,  fur  13  toifes,  2 pieds  d’élévation.  Ceoen- 
dant , maigre  la  différence  qui  fe  trouve  entre  ces  deux  édifices  , nous  remarque- 
rons les  beautés  qui  fe  rencontrent  dans  celui-ci , en  en  faifant  obftrver  les  médio- 
crités , fans  partialité  & fans  autre  motif  que  la  perfeélion  de  i’Architeélure , à la- 
quelle on  ne  peut  arriver  abfolument  que  par  l’efprit  de  comparaifon. 

Il eut  été  fans  doute  plus  intéreffant , pour  parvenir  à ce  but , que  les  édifices  du 
même  genre  fe  fuffent  trouvés  dans  le  même  volume  de  cet  Ouvrage, mais  nous  avons 
rendu  compte  ailleurs  des  raifons  qni  nous  ont  forcé  d’en  ufer  autrement.  C’eft 
pourquoi  nous  renvoyons  le  Leéteur  aux  autres  Tomes  pour  les  bâtimens  que 
nous  citons,  dans  le  deffein  de  ne  pas  renverfer  l’ordre  des  quartiers  de  cette 
Capitale , & pour  donner  par  là  occafion  de  parcourir  ce  Recueil  avec  plus  de 
fruit  & avec  une  attention  moins  fervile.  r 


(a)  Charles  Errard,  Peintre  & Architefle;  naquit 
a Nantes  , en  1 606.  On  ignore  les  particularités  de 
la  vie  de  cet  Artifle  : tout  ce  qu’on  en  fçait  depo- 
fitif,  c’eft  qu’il  a peint  le  dix-feptieme  May  qui  fut 
donné  à l’Eglife  Cathédrale  de  Paris  , en  1 1545-.  Ce  ta- 
bleau reprélente  S.  Paul  guéri  de  fon  aveuglement , 8c 
baptifé  par  Ananie.  M.  Errard  étoit  un  des  douze  Anciens 
qui  fe  réunirent,  en  1648,  pour  former  l’Académie  de 
Peinture  & de  Sculpture  , que  le  Roi  honora  enfuite  de  fa 
proteélion  en  lui  accordant  un  Reglement  & des  Lettres 
Patentes  pour  fon  établilfement.  Quelque  tems  après,  en 
1 666 , Sa  Majefté  ayant  établi  une  autre  Académie  de 
Peinture,  à Rome  , pour  perfeétionner  les  jeunes  Artilles 
qui  ont  gagné  le  premier  prix  de  Peinture,  de  Sculpture, 
ou  d’ Architeélure  3 dans  celles  de  Paris , M,  Errard , qui 


étoit  alors  Reéleur  de  l’Académie,  furchoifi  pour  être 
le  Direéleur  de  cette  nouvelle  Académie  , à Rome  , & il  y 
pafla  le  relie  de  fa  vie  , à l’exception  d’un  voyage  de  deux 
ans  qu  il  fita  Paris  en  1673.  Ce  fut  pendant  ce  long  féjour 
en  Italie  , que  cet  iiluüre  Artifle  fit  mefurer  8c  deffiner  fur 
les  lieux  les  plus  beaux  morceaux  d’Architeélure  des  Maî- 
tres modernes  de  fon  tems , pour  en  former  une  efpece  de 
fuite  au  Para/le/e  cP  Architecture  deM.de  Chambra v;  mais 
la  mort  le  furprit  avant  qu’il  pût  faire  aucun  ufage  des  ma- 
tériaux qu  il  avoir  amalïes  pour  cette  continuation.  Nous 
donnerons  dans  le  huitième  8c  dernier  Volume  de  cet 
Ouvrage  , une  grande  partie  de  ces  Ordres  d’Architcélu- 
re  , ainfi  que  nous  l’avons  promis  dans  notre  Profpeftus , 
publié  en  1770.  M.  Errard  mourut  Direéleur  de  l’Acadé- 
mie de  Rome  , en  1 68<p  , âgé  de  83  ans» 


140  ARCHITECTURE  FRA  N Ç O I S E , L r v.  V. 

rAiï'o.r'd'  Nous  avons  fait  fentir  ailleurs  lanécelîîté  des  porches  à l’entrée  des  Temples. 

lion.  a'P  L’ufage  qu’en  ont  fait  les  Anciens , ainfi  que  l’exemple  que  nous  en  fourniiTent 
la  Sorbonne  & S.  Sulpice,  à Paris,  nous  ont  fervi  d’autorité.  Ainfi  quand  on 
ne  trouveroit  que  cette  partie  elfendelle  dans  le  monument  dont  nous  parlons , 
il  mériterait  de  la  confédération.  Ce  porche  au  relie  eft  bien  difpofé , d’une  allez 
belle  ordonnance  & d’une  proportion  qui  n’a  rien  de  chétif.  A l’égard  de  l’in- 
térieur de  l’Eglife,  elle  eft  vafte , fimple , noble  & ornée  avec  la  retenue  qui 
convient  : enfin  la  difpofition  extérieure  de  cette  Eglife  ne  laitlè  rien  à défirer 
qu’une  cour  moins  petite  & une  fituation  plus  avantageufe , afin  que  l’entrée  de 
1 Eglife  pût  fe  trouver  en  face  de  celle  de  la  cour.  Mais,  nous  l’avons  obfervé  plus 
d’une  fois , tous  nos  édifices  de  quelque  importance  pèchent  par  la  fituation  (b). 
Les  grandes  Villes  font  fujettes  à ces  inconveniens.  Une  infinité  de  confidérations 
particulières  arrêtent,  déterminent  & font  palfer  par  dellus  cette  première  loi 
de  l’Architeélure.  Nous  remarquerons  même  que  dans  l’état  prefent  où  fe  trou- 
ve cet  édifice , la  cour , toute  mal  difpofée  qu’elle  nous  paroît , eft  encore  plus 
irrégulière , les  murs  A , B , qui  fe  trouvent  ici  parallèles  & ornés  avec  fimétrie 
n’étant  qu’une  fuite  du  premier  projag  qui  n’a  pas  encore  été  exécuté,  & dont 
on  peut  juger  l’ordonnance  de  la  décoration  dans  une  vûe  perfpeétive  faifant  partie 
de  l’Œuvre  de  Marot , dont  les  Planches  que  nous  donnons  ici  ont  été  tirées  ; on 
en  voit  auffi  un  partie , marquée  A , dans  l’élévation  géométrale  repréfentée  fur 
la  Planche  troifieme  de  ce  Chapitre. 

Dans  cette  Planche  I".  eft  exprimée  une  partie  du  chœur  des  Religieufes , qui  a de 
longueur  60  pieds , & dont  le  plafond  a été  peint  par  Charles  de  la  FoJJ'e.  On  y voit  auilî 
les  Sacriflies  intérieure  & extérieure  , & une  tribune  au  rez-de-chauifée  , apparte- 
nante à Mademoifelle  Alexandrine , Fille  de  Madame  la  Marquife  de  Pompadour , 
qui  y eft  aéluellement  penfionnaire  , auffi-bien  qu’un  parloir  particulier  pour  cet- 
te Demoifelle. 

Elévation  extérieure  du  côté  de  la  principale  entrée  de  l’FgliJè.  Planche  II. 

Si  nous  avons  trouvé  matière  à applaudir  dans  la  diftribution  intérieure  de  ce 
monument,  il  nous  fera  moins  aifé  de  faire  l’éloge  defon  ordonnance  extérieure, 
ne  pouvant  diiïïmuler  que  la  partie  fupérieure  de  cet  édifice  eft  tout  à. fait  hors 
de  proportion,  étant  lourde,  péfante  & d’une  forme  auffi  materielle  que  peu  in- 
gënieufe.  Cela  provient  fans  doute  du  grand  diamètre  qu’on  a donné  à ce  dô- 
me , mais  en  ce  cas  fa  hauteur  auroit  dû  être  mieux  proportionnée  pour  làtisfaire 
aux  réglés  de  l’Art  & aux  principes  du  goût.  En  effet  toute  cette  maffe  géné- 
rale anéantit  le  porche  pratiqué  au  rez-de-chauifée  , & rend  les  colonnes  qui  le 
compofent  petites  & grefles , quoique  de  deux  pieds  & demi  de  diamètre.  Il  eft 
vrai  que  le  point  de  diftance  d’où  l’on  apperçoit  ce  monument , eft  fi  proche 
que  l’on  ne  peut  gueres  voir  de  dedans  la  cour  que  ce  feul  porche.  Néanmoins 
lorfqu’on  confédéré  cet  édifice  en  examinateur  éclairé , il  n’en  eft  pas  moins  évi- 
dent qu’on  ne  remarque  aucune  analogie  entre  la  bafe  & le  fommet  du  Dôme , 
& que  même  de  loin  fa  hauteur , quoique  d’environ  Ipo  pieds  au-defius  du  fol , 
paroît  trop  peu  confidérable  eû  égard  à fon  diamètre  ; ce  défaut  de  proportion 
eft  fi  facile  à appercevoir,  qu’il  n’échappe  pas  même  aux  perfonnes  les  moins  ver- 
fées  dans  l’Architeélure.  Nous  obferverons  donc  que  la  hauteur  du  dôme,  qui 
eft  à fon  diamètre  comme  un  eft  à deux  , non  compris  fon  amortiffement , eft  de 
beaucoup  trop  écrafée , que  la  multiplicité  des  yeux  de  bœuf  y eft  défagréable , 

(b)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  à ce  fujet  dans  le  XIII.Chap.de  ce  Volume,  en  parlant  de  la  Bibliothèque  duRoi , 

page  dp. 

que 

# 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 

que  la  péfanteur  des  côtes  de  plomb  qui  le  décorent , fait  un  mauvais  effet  3 & /a!' 
qu’enfin  fon  couronnement  eft  fans  goût,  fans  grâce  & d’une  forme  qui  n’annon- 
ce rien  de  fatisfaifant.  Le  corps  d’Architeélure  qui  foûtient  ce  dôme  eft  traité 
avec  beaucoup  de  (implicite  , d’une  affez  grande  maniéré  & d’une  pronortion  con- 
venable ; mais  comme  ce  font  autant  de  beautés  de  détail , dont  l’enfemble  géné- 
ral ne  fe  relfent  point , de  là  vient  l'impreffion  défagréable  dont  on  fe  prévient  au 
premier  afpeét  de  ce  monument.  Ce  corps  d’Architeélure  eft  couronné  par  un  enta- 
blement compofé  , enrichi  de  confoles  & d’ornemens  qui  font  affez  bien  , mais  fon 
profil  eft  fans  choix  & fa  hauteur  trop  petite , eû  égard  au  corps  d’Architeéturë 
qu’il  couronne  & à la  malle  du  dôme  qu’il  foûtient.  Ce  défaut  d’analogie  eft  con- 
damnable dans  la  compofition  d’un  édifice  tel  qu’il  foit , à plus  forte  raifon  lorf- 
qu’il  s’agit  d’un  monument  facré.  Ce  corps  d’Architeélure  eft  exhaufle  fur  une  ef- 
pece  de  foubaffement  ou  de  ftilobate  continu,  couronné  d’une  corniche  avec  gor- 
gerin  & aftragales , au-deffous  duquel  font  fufpendues  des  têtes  de  Chérubins  & des 
guirlandes , genre  d’ornement  qui  auroit  pû  être  placé  plus  convenablement  partout 
ailleurs. 

L’Ordre  Corinthien  du  portail  qui  eft  au  pied  de  ce  monument , eft  , comme 
nous  l’avons  déjà  remarqué  , d’une  affez  belle  proportion , mais  ce  qui  n’eft  pas 
concevable  ici , c’eft  que  fon  entablement  eft  dépouillé  de  tous  les  ornemens  qui 
lui  conviennent , fa  corniche  n’ayant  ni  modillons  (t) , ni  denticules  , & que  fa 
hauteur  eft  un  peu  moins  du  cinquième  de  la  colonne , d’ailleurs  il  eft  profilé 
très-camus  contre  tous  les  exemples  univerfellement  reçus,  & contre  l’origine  de  ces 
membres  d’Architeélure , qui  en  fervant  de  couronnement  aux  Ordres , doivent 
en  même  tems  préferver  le  pied  de  l’édifice  des  pluyes  du  Ciel.  Le  fronton  qui 
couronne  ce  périftile  eft  trop  peu  élévé , ayant  démontré  ailleurs  la  néceffité  de 
proportionner  la  hauteur  des  frontons  à la  largeur  des  avant-corps.  Le  timpan  de  celui 
dont  nous  parlons , eft  orné  d’une  AJfomption  de  la  Vierge  en  bas  rélief , & non  d’un 
médaillon  avec  des  guirlandes , comme  on  le  voit  dans  cette  Planche,  Cette  Af- 
fomption  eft  d’une  exécution  peu  intéreftànte , aufli-bien  que  les  figures  de  ronde- 
boffe  qui  font  placées  dans  les  niches  au-delîüs , & qui  différent  feulement  de 
celles  qui  font  exprimées  ici , en  ce  qu’elles  font  élévées  fur  un  pié-douche  qui 
rend  leur  proportion  moins  gigantefque. 

Aux  deux  côtés  de  ce  périftile  font  des  portes  collatérales  d’une  Architeéturè 
affez  cotreéle  , diftribuées  entre  des  pilaftres  aufli  d’un  Ordre  Corinthien  , & 
qui  dévoient  figurer  avec  ceux  qu’on  avoir  projetté  de  placer  fur  le  revêtiffemene 
des  murs  intérieurs  de  la  cour.  Au-deftus  de  ces  portes  collatérales  & fur  l’enta- 
blement de  cet  Ordre , s’élève  une  baluftrade  , non-feulement  d’un  profil  mefcfuin 
& fans  goût , mais  dont  les  travées  font  ridiculement  difpofées  fur  les  pilaftres , 
ne  reffèmblant  point  du  tout  au  deffein  que  nous  donnons , ce  qui  provient  fans 
doute  de  l’ignorance  de  ceux  qui  ont  pris  la  conduite  de  ce  monument , étant 
vraifemblable  ( comme  nous  venons  de  le  remarquer)  que  Charles  Errard  n’a  don- 
né que  les  delfeins  de  cet  édifice , & qu’il  n’a  pas  été  chargé  de  l’exécution  , là 
principale  profeflïon  étant  la  peinture.  (Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Ar- 


(c)  On  voit  cependant  fur  cette  Planche  dés  modii- 
lons  dans  la  corniche  de  l’entablement  Corinthien  . mais 
il  n’y  en  a point  dans  l’exécution.  Sans  doute  les  gra- 
vures que  nous  donnons  ici , & que  nous  avons  déjà  dit 
aVoir  été  tirées  de  l’Œuvre  de  Marot , ont  été  faites 
fur  les  premiers  projets  envoyés  de  Rome  par  l’Auteur, 
qui  n’a  pû  veiller  par  lui  même  à l’exécution  de  cet 
édifice , ayant  été  nommé  Directeur  de  l’Academie  de 

Tome  111, 


Peinture,  à Rome,  en  1 666.  Nous  avons  été  obligé 
d’eflàcer  les  profils  en  grand  qui  étoient  fur  cette  Flan- 
che , n’ayant  aucune  rélation  avec  l’édifice.  On  en  aver- 
tit dans  cette  note  , afin  que  lesperfonnes  dans  les  mains 
defquelles  fe  trouvent  les  Œuvres  de  Marot , ne  pren- 
nent aucune  confiance  en  ces  mefures  pour  juger  d’une 
maniéré  précife  des  différentes  parties  de  ce  monument-. 

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FRANÇOISE,  Li  v.  V. 


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ancienne 


ERtiüde  tifte,  au  commencement  de  Ce  Chapitre , note  a.  ) La  coupe  du  bâtiment  A eft 
aile  projettée , celle  qui  fe  voit  aujourd'hui  fur  le  lieu  , étant  fuivant  l’ancie 
difpofition  du  terrain  fur  lequel  ce  monument  a été  érigé. 

Coupe  intérieure  de  l’Eglife , prifi  dans  le  pian  fur  la  ligne  CD.  Planche  III. 

Cette  coupe  nous  fait  voir  la  décoration  des  dedans  de  cette  Eglife  , dont  l’or- 
donnance , en  général,  grave  & impofante , ottre  à l'imagination  l’imprelfion  qu’on 
doit  reifentir  à l’afpeél  de  l’intérieur  d’un  Temple , étant  bon  d’obferver  que  les  guir- 
landes , les  figures  & les  aftragales  des  entre-pilaftres  qui  fe  voyent  ici , font  fup- 
primées , aufli-bien  que  la  richefie  indifcrete  qu’on  s’étoit  propofé  de  mettre  dans 
la  voûte  du  dôme , à la  place  de  laquelle , dans  l’exécution , font  feulement  dit 
tribuées  des  calfettes  oélogonales  de  couleur  d’or , enrichies  de  rofaffes , & au- 
delTus  defquelles , dans  la  partie  fupérieure  de  la  voûte  , eft  un  grand  ouvrage  de 
Peinture  à frefque , par  Charles  de  la  Fojfe , qui  y a repréfenté  t Ajfomption  de  la  Cier- 
ge. Cette  voûte  eft  élévée  fur  un  entablement  dont  les  moulures  font  taillées 
d'ornemens  diflribués  avec  choix , & au-delfous  duquel  font  alternativement  pla- 
cées huit  croifées  & huit  grands  tableaux  repréfentant  des  lujets  pris  de  la  vie  de 
la  Vierge , peints  à l’huile  par  Bon  Boulogne  , par  Stella  & par  Antoine  Coypel.  Sur  le 
fol  du  pavé  de  l’Eglife  s’élève  un  grand  Ordre  de  pilaftres  Corinthiens  accouplés 
Sc  de  trois  pieds  & demi  de  diamètre.  Cet  Ordre  eft  exécuté  avec  pureté  , les  fûts 
des  pilaftres  font  canelés , les  chapiteaux  d’un  travail  recherché , & l’entablement 
profilé  avec  une  élégance  rélative  à la  légèreté  de  l’Ordre  ; mais  ce  qui  fait  beau- 
coup de  tort  à cette  ordonnance,  c’eft  la  diftribution  vicieufe  des  modillons,  dont 
les  axes  ne  répondent  point  à plomb  de  ceux  des  pilaftres , ni  des  arcades  qui  dé- 
corent cette  rotonde.  On  remarque  encore  ici  un  autre  défaut  qui  n’eft  pas  moins 
condamnable , c’eft  la  différence  qui  fe  trouve  entre  l’axe  des  trumeaux  de  l’étage 
fupérieur  & celui  de  l’accouplement  des  pilaftres  de  dellous  ; de  maniéré  qu’il  n’eft 
pas  concevable  comment  cette  inadvertance  peut  fe  rencontrer  dans  une  compo- 
fition  qui  d’ailleurs  annonce  une  connoiiîànce  fuffifante  des  régies  de  la  bonne 
Architeélure. 

L’arcade  marquée  B , fermée  d’une  grille , fait  voir  l’ouverture  du  choeur  des 
Religieufes , en  face  duquel , dans  une  autre  arcade , eft  placé  le  Maître-Au- 
tel ( voyez  le  plan  , Planche  Première  ) lequel  eft  de  menuiferie  , feinte  de  marbre 
de  couleur  variée , & orné  d’un  tableau  repréfentant  la  Nativité  , peint  par  Houajfe. 
Vis-à-vis  de  la  porte  du  porche , eft  une  arcade  feinte  dans  laquelle  on  voit  un 
tableau  alfez  eftimé  de  Noël  Coypel,  repréfentant  un  Crucifix  & la  Vierge  à fes  pieds , 
placé  au  lieu  de  la  colonne  marquée  C.  Enfin  au-deffus  de  la  porte  d’entrée  , 
enfermée  dans  une  quatrième  arcade  feinte  , fe  voit , vers  D , un  morceau  de  pein- 
ture à frefque , par  Antoine  Coypel , d’une  exécution  fort  intérelfante. 

Dans  l’entre-pilaftre  E eft  placée  une  Chapelle  dont  le  tableau  de  l’Autel  eft  peint 
par  La  Fojfe , & dans  celui  F eft  la  tribune  au  rèz-de-chauffée,dont  nous  avons  parlé , 
page  140  de  ce  Chapitre.  Au-delTus  font  placées  des  tribunes  au-devant  defquel- 
les  font  des  baluftrades , & dont  l’ Architeélure , qui  eft  allez  reguliere,  ainfi  que  la 
diftribution  des  pilaftres,  nous  a donné  occafion  d’applaudir  à la  plus  grande  par- 
tie de  l’intérieur  de  ce  monument. 

La  coupe  G donne  le  développement  du  porche  dont  nous  avons  parlé  , & l'élé- 
vation A la  décoration  qu’on  s’étoit  propofé  d’ériger  au  pourtour  de  la  cour  qui 
donne  entrée  à ce  monument. 


te 


A Paris  dte^_  JOAIBF.RT,  rue  Dauphin 


P/an  de.LEa.lise-  c/e<?  Rêlictieu,*e<r  de  iHlLomplion  rue , s*.  Honore . 


Z lu.  y.  "N  °.  XXVil.P/jr' 


mm 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E,  L i v.  V. 


H A 


T R E 


Defcription  de  l’ancien  Hôtel  de  Monbafon,  aujourd’hui  la  Maïfon  de  AL 
Richard , Receveur  General  des  Finances. 

CET  Hôtel  fut  bâti, vers  1718,  furies  deffeins  de  M,  de  Lajfurance  (a)  -,  pour  M,îr,u 
Dame  Louife-Julie  de  La  Tour  d’ Auvergne , Veuve  de  François- Armand  de  Rohan  , A 

Prince  de  Monbafon.  Après  la  mort  de  cette  Dame,  fes  héritiers  le  vendirent  , 
en  Ï7J1  > à M.  Richard,  Receveur  Général  des  Finances,  qui  y a fait  faire  de- 
puis quelques  embellilfemens , fur  les  delfeins  de  M.  Tannevot  (b) , Architecte. 

Plan  du  rez-de-chaujfée.  Planche  Première. 

De  tous  les  bâtimens  particuliers  dont  nous  avons  parlé  jufqu’à  prelènt  dans 
ce  Recueil,  celui-ci  eft  le  moins  confidérable , n’ayant  qu’un  feui  étap-e  au  rez- 
de-chauiïee  & une  manfarde  au-deflus.  Le  principal  corps-de-logis  elt  double  , & 
eft  fitué  entre  cour  & jardin.  Sa  diftribution  eft  allez  bien  entendue,  pour  être 
comprife  dans  un  terrain  de  12  toifes  4 pieds  dans  œuvre,  & compofe  un  bel  ap- 
partement de  parade , une  falle  à manger , une  chambre  particulière  3c  des  gar- 
derobes  , au-deftus  defquelies  lont  des  entrefols , ayant  leur  dégagement  par  l’ef- 
calier  qui  monte  aux  manfardes  , & contenant  des  logemens  d’une  alfez  grande 
etendue.  La  plupart  de  ces  garderobes  font  éclairées  par  une  petite  cour  qui  n’eft 
tolérable  ici  que  par  le  peu  d’élévation  du  bâtiment  & par  la  nécelîité  d’éviter 
les  faux  jours  de  ces  fortes  de  pièces  , lorfqu’on  peut  leur  en  donner  de  plus  conve- 
nables Sc  leur  procurer  un  air  plus  fàlubre.  Nous  avons  dilcuté  précédemment  s’il  étoit 
a propos  de  fuivre  1 opinion  dans  laquelle  font  la  plupart  de  nos  Architeéles  de 
faire  ulage  de  ces  cours , ou  s il  valoit  mieux  les  lupprimer.  ( Voyez  ce  que  nous 
avons  dit  a ce  fujet  Tome  Premier,  page  222,  & dans  celui-ci  en  parlant  de 
l’Hôtel  de  Louvois,  de  la  maifon  de  M.  Crozat,  &c.) 

Vers  l’endroit  marqué  A,  on  a pratiqué  nouvellement,  hors  œuvre  , une  Cha- 
pelle qui  manquoit  à cette  maifon  ; mais,  cette  commodité  intérieure  nuit  à la 
décoration  des  déhors , & paraît  auffi  ridiculement  placée  que  contraire  à la  bien- 
féance. 

Le  corps-de-logis  fur  la  rue  contient  les  cuilines , les  remifes  & les  écuries. 

Pour  augmenter  ces  dernieres,  à la  place  de  l’Office  & delà  falle  du  Commun  , 
qui  fe  voyent  ici , on  a pratiqué  une  écurie  pour  huit  chevaux , & on  a placé  les  Of- 
fices en  entrefols  au-deffus  de  la  cuifine.  (Voyez  les  élévations  de  ces  bâtimens 
du  côté  de  la  rue  , Figure  II  de  la  Planche  IV.  ) 

La  forme  de  la  cour,  en  général,  ferait  un  mauvais  exemple  à imiter.  La  por- 
tion circulaire  du  côté  de  l’entrée  eft  défagféable  , fans  grâce  & de  beaucoup  trop 
faillante  ; de  forte  que  la  partie  reéliligne  de  cette  cour  , qui  eft  barlongue  au  lieu 
d être  oblongue , préfente  un  effet  contraire  à celui  qu’on  doit  attendre  de  la  pro- 
portion de  ces  fortes  de  parties  extérieures.  Il  étoit  plus  convenable  ou  de  rendre 
les  portions  circulaires  plus  courtes , ou  d’avancer  le  principal  corps-de-logis  fur 
le  jardin , qui  ne  laiffe  pas  que  d’être  profond  ; par  ce  moyen  on  aurait  procuré 
une  entree  plus  convenable  a cette  mailon.  Nous  oblèrverons  néanmoins  que  ce 
qui  a peut-être  empêché  de  prendre  ce  dernier  parti , c’eft  que  la  plus  grande 
partie  des  Hôtels  du  Fauxbourg  Saint  Honoré  de  ce  côté  a [été  bâtie  fur  le 
meme  alignement  6c  prelque  dans  la  meme  année  * de  forte  que  l’on  ne  pouvoit 

OO  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architeae  . (b)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architefle  au 

1 . i.  page  23  2.  Note  (rf)*  commencement  de  ce  Volume  , page  22» 


maaaâiiaïâMîÈZ^^ 


Maifon 
M.  Ri- 
chard. 


144  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

guéres  remedier  à la  forme  vicieulè  de  la  cour  qu’en  racourciiTant  les  portions  cir- 
culaires, comme  nous  venons  de  le  remarquer,  mais  alors  les  logemens  fubalter- 
nes  feroient  devenus  trop  peu  confidérables.  Il  paroît  donc  qu’il  étoit  de  toute  néceT 
lîté  pour  conferver  l’alignement  des  façades  du  côté  des  jardins  des  Hôtels  de  ce 
quartier  , & pour  donner  une  proportion  fatisfaifante  à la  cour  dont  nous  parlons , 
de  pratiquer  une  aile  de  bâtiment  dans  l’un  de  fes  côtés , qui  en  lui  ayant  donné 
moins  de  diamètre , l'auroit  rendu  d’une  proportion  plus  convenable , auroit  for- 
mé des  logemens  en  plus  grande  quantité  & procuré  la  commodité  d’une  cour  à 
fumier,  ainfi  qu’on  peut  le  remarquer  dans  le  plan  au  rez-de-chaulfée  de  la  mair 
fon  qui  fait  l’objet  du  Chapitre  fuivant. 

Elévation  du  côté  de  la  cour.  Planche  IL 

La  décoration  extérieure  de  ce  bâtiment  eft  de  l’efpece  de  celles  dont  il  feroit 
à délirer  qu’on  ignorât  le  nom  de  l’Architeéle , l’on  ordonnance  étant  abfolurrient 
contraire  aux  loix  du  bon  goût  & aux  principes  de  la  bonne  Architeâure.  En  ef- 
fet tout  eft  vicieux  dans  cette  façade  , la  hauteur  de  l’étage  eft  trop  confidéra- 
ble,  il  eft  mal  terminé  par  une  manfarde,  l’avant-corps  du  milieu  paroît  ici  pra- 
tiqué fans  aucune  nécelfité  que  celle  de  divifer  l’étendue  de  ce  bâtiment  & de 
compoferde  petites  parties  toujours  condamnables  dans  un  édifice.  Le  milieu  des  pa- 
villons eft  mafqué  par  un  trumeau  , les  croifées  font  fans  proportion , les  ornemens 
fans  choix.  Enfin  les  pilaftres  Attiques  d’une  grandeur  coloflàle , qui  fe  voyent  ici 
contre  toutes  les  régies  de  l’Art , ainfi  que  l’entablement  interrompu  , préfentent 
ce  que  l’Architeélure  a de  plus  condamnable  , & annoncent  vifiblement  le  dé- 
reglement de  l’imagination  de  ceux  qui  ont  été  chargés  de  l’exécution  de  ce  bâ- 
timent : car  certainement  il  n’eft  pas  pollible  qu’un  Architeéle , dont  nous  avons 
vû  précédemment  des  édifices  qui  n’étoient  pas  fans  mérite  , ait  préfidé  a la  conduite 
de  celui  dont  nous  parlons  , & c’eft  la  fource  involontaire  de  la  plûpart  des  défagré- 
mens  de  notre  profelfion.  On  eft  follicité  par  des  perfonnes  de  confidération  de 
donner  des  delfeins  & de  faire  des  projets  pour  un  édifice  : on  fe  rend  à des 
inftances  réitérées  ; occupé  d’ailleurs , on  abandonne  fouvent  le  foin  de  fa  gloi- 
re à des  Entrepreneurs  & à des  ouvriers  mal  inftruits , qui  ne  connoillànt  ni  les 
régies  de  l’Art , ni  les  principes  de  la  convenance , défigurent  des  produélions 
bien  conçues  à la  vérité  , mais  qui  avoient  befoin  néanmoins  d’être  dirigées  dans 
la  fuite  par  l’Architeéle.  De-là  vient  fans  dcute  la  caufe  principale  des  inadver- 
tances que  nous  fommes  obligés  de  relever  fouvent  dans  nos  obfervations , fans  au- 
tre intention , ainfi  que  nous  nous  en  fommes  expliqué  plus  d’une  fois , que  de 
combattre  les  erreurs  fans  attaquer  les  Artiftes. 

Qu’on  nous  permette  donc  d’entrer  dans  quelque  détail  pour  faire  appercevoir 
les  licences  qu’on  remarque  ici , & qu’il  eft  toujours  important  d’éviter  dans  quel- 
que occafion  que  ce  puilfe  être.  De  cette  efpece  eft  l’arcade  feinte  du  milieu , qui 
a amené  nécellairement  l’avant-corps , occafiortné  les  pilaftres  , & qui , par  une 
fuite  ridicule , a fait  imaginer  au-delfus  de  l’archivolte  un  bas  rélief  qui , occu- 
pant un  grand  efpace,  a obligé  de  fupprimer  l’architrave  & la  frife  de  l’entable- 
ment , contre  tout  principe  de  vraifemblance.  Pour  éviter  ce  défordre , il  eut  été 
mieux  de  continuer  les  mêmes  croifées  & de  n’admettre  qu’une  feule  ouverture  à 
chaque  pavillon , par  l’un  defquels  on  auroit  entré  dans  la  première  anticham- 
bre , l’autre  auroit  conduit  au  petit  efcalier , étant  préférable  dans  ce  plan  , pour 
donner  plus  d’efpace  au  milieu  du  bâtiment,  d’entrer  par  les  extrémités  des  pa- 
villons , afin  de  profiter  d’une  plus  grand  furface  pour  la  diftribution  des  ap- 
partemens. 

Nous 


as 


tla  FaJ>°“ry 

A Paru  e/utt^AOJKBRKT  rue  Dauf>l^m 


d/evafionde  ï/wt&l  de  Iftonl'Mon  du  cote  de  U cour 


d fôvatïon  de  C/ofcl  de  /ïïon/hiJon  du  cote  du  Jardin 


Java  Je  Jee  cote  Je  /enfree  Je  f/dte/Je  fl? on/y  a son 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.V. 


Nous  avons  déjà  remarqué  que  les  croifées  étoient  d’une  proportion  trop  fvel- 
te  ; mats  nous  obferverons  que  le  ceintre  qui  les  termine  eft  tout  à fait  condam- 
nable , étant  de  beaucoup  trop  relTenti  pour  être  bombé.  Cet  excès  offre  plutôt 
un  jarret  qu  une  forme  agréable  , c'ell  pour  cette  raifon  que  nous  avons  donné  ail- 
leurs la  manière  de  décrire  ces  fortes  d’arcs.  ( Voyez  {'Introduit, on  , premier 
Volume,  page  no.)  A l’égard  des  tables  placées  au-deffus  des  croifées  & dans 
les  trumeaux , non-feulement  elles  découpent  l’Architefture  , & imitent  la  me- 
nmlerie  , mats  elles  dtvtfent  inconftdêrement  la  largeur  de  ces  mêmes  trumeaux  , 
qm  n ayant  que  les  deux  tiers  des  vuides,  exigeoient  qu’on  les  laiffat  liffes.  En- 
hn  la  leule  chofe  ici  qui  fait  exécutée  avec  une  forte  de  fuccès,  c’efl  l’enta- 
. biement  qui  couronne  ce  bâtiment  ; il  eft  profilé  avec  affez  de  goût  & d’une 
proportion  convenable , ayant  entre  le  quart  & le  cinquième  de  la  hauteur  de  l’éta- 
ge  , non  compris  les  retraites. 

1;P,A/Trd  dr  u Panier  £"Périeure1  de  cette  %ade  » nous  remarquerons  qu’au 
lieu  de  la  manfarde,  il  falloir  une  baluftrade , ainfi  qu’on  en  ufe  ordinairement 
dans  les  batimens  a un  feul  etage , comme  on  peut  le  remarquer  au  Palais  Bour- 
bon, aux  Hotels  de  Laffai,  de  Pompadour,  &c.  On  pouvcit  fe  dédommager  du 
logement  que  procurent  ces  manfardes , en  conftruifant  l’aîle  que  nous  avons  Pro- 
polee  dans  1 un  des  cotés  de  la  cour  , pour  donner  plus  de  grâce  aux  élévations 
«St  tirer  un  meilleur  paru  du  terrain  fur  lequel  cet  Hôtel  eft  élévé. 

Elévation  du  côté  du  jardin.  Planche  III. 

en^rLvnr’011’^1^111™6  ordonnancf  ftue  k précédente,  différé  Cependant 
en  ce  quelle  a moins  d ouvertures,  que  les  trumeaux  font  plus  larges,  & que 
1 arcade  du  milieu  eft  plus  naturellement  amenée,  fans  pour  cela  que  la  déco- 
ration qui  1 environne,  foit  plus  tolérable,  ni  les  combles  en  manfarde  plus  re- 

1a  ni  P mT  remar<luer  la  virilité  que  procure  à cette  façade 

la  plus  grande  largeur  des  trumeaux,  eft  contraire  en  quelque  forte  à l’idée  qu’on 
doit  le  former  d un  batiment  vft  du  côté  des  jardins , à qui  un  air  d 'élégance 
ett  toujours  convenable.  Cette  confidération  doit  déterminer  un  Architecte8  à ne 
nen  produire  au  hazard  , & à raffembler  dans  la  compofition  de  fon  bâtiment 
tout  ce  qui  peut  contribuer  à fa  réputation  & à la  fatisfaftion  des  perfonnes  qui 
le  mettent  en  œuvre.  r ^ 

Coupe  & profils  fur  la  largeur  de  tout  le  bâtiment.  Planche  IV. 

nr;nn-nF|gUrC  . don"e  f comioltre  d’une  part  la  décoration  intérieure  du 

nenr  les1  ™°T' T ' v k de  Ùs  Planchers  & le  logement  qu’occu- 

pent les  manfardes  ; de  1 autre  le  revetiffement  d’un  des  murs  mitoyens  qui  dé- 

écurièsa,C&c:  " Un  d£S  bâdmenS  & c°”  la  les  nouvelles 

La  Figure  deuxieme  offre  la  façade  du  côté  de  la  rue,  au  milieu  de  laquelle 
eft  placée  la  principale  porte  d’entrée  de  cet  Hôtel.  Cette  porte  eft  de  forme 
ombee , ainfi  que  la  corniche  qui  la  couronne , laquelle  eft  foûcenue  dans  fes 
parties  horizontales  par  des  confoles  , & couronnée  par  les  armes  accolées  delà 

mfts°don/l  hl lan  e a Manon  de  La  Tour  d' Auvergne , avec  leurs  fupports  , 

ma^s  doptkbkzon  eft  efface,  depuis  que  cet  Hôtel  a été  vendu  à M.  Richard  à 
qui  il  appartient  aujourd  hui. 


Maifoft 
de  M.  Ri- 
-chard. 


Tome  II I, 


Oo 


146  A R C H ITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


CHAPITRE  XXIX 

D : fcription  de  la  Maifon  de  M.  Blouin  , appartenant  prdfentement  à 
M.  Michel , Directeur  de  la  Compagnie  des  Indes,  rue  du  Faux- 
bourg  S.  Honore'. 

Mai(in  Je  E T T E Maifon  fut  bâtie , en  171 8 , fur  les  defleins  de  M.  Gabriel  ( a ) , pour 

M.Biouin.  Louis  Blouin  , Gouverneur  de  V erfailies.  Elle  a enfuite  appartenu  à Madame 

la  Comtede  de  Feuquieres.  Après  fa  mort , fes  héritiers  la  vendirent  à M.  Saint- 
Amarante,  Receveur  Général  des  Finances  ; celui-ci  l’a  depuis  vendue  àM.  Michel , 
Directeur  de  la  Compagnie  des  Indes , qui  la  fait  embellir  aujourd’hui , fur  les 
defleins  de  M.  Contant  (b)  , Architeéle  du  Roi. 

Flan  au  rez-de-chaujfée.  Planche  Première. 

Le  plan  de  cette  maifon  efl  compofé  d’un  petit  corps-de-logis  fur  la  rue  , d’une 
baffe-cour  , d’une  cour  principale  , d’une  aile  à gauche , enfin  d’un  bâtiment  dou- 
ble entre  cour  & jardin  , de  13  toifes  2 pieds  de  face  , hors  œuvre,  fur  neuftoi- 
fes  un  pied  & demi  de  profondeur.  Cette  diftribution  efl  beaucoup  plus  commo- 
de que  celle  de  la  maifon  précédente  , & cependant  elle  n’a  pas  plus  de  largeur, 
ni  plus  de  profondeur,  fans  compter  que  la  forme  de  la  cour  efl  beaucoup  plus  agréa  - 
ble , & qu’il  y a le  double  de  logement  dans  celle  dont  nous  parlons , plus  que  dans 
l’autre.  Tant  il  vrai  qu’il  n’eft  pas  toûjours  néceifaire  d’avoir  un  grand  terrain  pour  y 
éléver  un  bâtiment  aflez  confidérable  , quand  l’ Architeéle  efl  un  homniè  d’expé- 
rience & qu’il  fçait  faire  mouvoir  les  reflorts  de  fon  imagination.  Nous  convien- 
drons néanmoins  qu'on  a pratiqué  ici  deux  étages  dans  le  principal  corps-de-lo- 
gis , non  compris  la  manfarde  , pour  multiplier  les  logemens , ce  qui  ne  fe  trou- 
ve point  dans  la  maifon  précédente  , mais  ces  étages  ainfi  multipliés  , femblent 
autorifés  dans  un  bâtiment  particulier,  principalement  lorfque  le  terrain  efl:  borné, 
& que  la  perfonne  pour  qui  en  l’éléve , veut  y loger  la  plus  grande  partie  de  fa 
famille.  Ce  font  ces  différentes  confidérations  qui  iournilfent  à un  Architeéle  di- 
vers moyens  de  fe  retourner  dans  la  compofition  de  fes  projets , & il  doit  fçavoir 
s’y  plier  , fans  pour  cela  s’écarter  des  régies  de  la  convenance , ni  des  principes 
de  fon  Art.  Le  point  elfentiel  efl  de  pouvoir  concilier  les  principales  intentions 
de  celui  qui  le  met  en  œuvre  avec  les  préceptes  fondamentaux  de  la  bonne  Ar- 
chiteélure  , autrement  la  moindre  circonftance  arrête.  D’une  part  le  Proprietaire 
exige  des  chofes  contraires  aux  loix  du  bon  goût , de  l’autre  l’Architeéle  fe  laillè 
entraîner,  & s’y  prête  par  complaifance  : le  bâtiment  s’élève,  & cette  Ca- 
pitale , le  centre  des  beaux  Arts  , fe  trouve  remplie  d’édifices  qui , pour  la  plu- 
part indifférens  en  apparence , ne  laiflent  pas  que  de  faire  nombre.  Cette  négli- 
gence gagne  infenfiblement  jufqu’aux  Palais  des  Rois , elle  fe  remarque  dans  nos 
édifices  publics,  & même  très-fouvent  nos  Temples  n’en  font  pas  exempts. 

Nous  avons  déjà  dit  que  la  comparaifon  , en  fait  debâtimens  , étoit  le  plus  fûr 
moyen  d’éviter  ces  abus  ; or  il  efl  certain  que  fi  l’on  veut  confidérer  les  différentes 
maifons  particulières  qui  font  dans  ce  Recueil , telles  que  celle  dont  nous  yenons  de 

(a)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architecte  , (b)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architecte  , 

Tome  I.  rage  241.  Note  ( a ).  Tome  I.  pag.  238.  Note  ( b ). 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v.  V. 


parler  dans  le  Chapitre  précédent,  celles  de  M.  d’Argenl'on,  de  M.  de  Janvri , JkjJj’V* 
de  M.  de  Moras , l’Hôtel  de  Vauvrai , la  Maifon  de  M.  du  Noyer , celle  de  M.  Man- 
fard,  celle  de  Madame  de  Varangeville  , l’Hôtel  du  Ludes , de  Villeroi , l’Hô- 
tel Lambert,  Fauxbourg  S.  Germain,  celui  de  Choifeuil,  &c.  tous  bâdmens 
compris  dans  les  Volumes  précédens  & dans  celui-ci  & conftderés  comme  par- 
ticuliers (c)  , il  fera  facile , aidé  des  obfervations  qui  les  précédent , de  prendre 
d’après  ces  differens  exemples , une  route  fûre  qui  portera  peut-être  à imiter  ce 
que  nous  y avons  approuvé  & à rejetter  ce  que  nous  y avons  remarqué  de  vicieux. 

Je  le  répété,  cette  comparaifon  eft  indifpenfable  & plus  inftruélive  que  ne  le 
pourroient  être  les  dilfertations  les  plus  détaillées , & dans  lefquelies  il  n’ell  pas 
poilîble  d’éviter  des  répétitions  fouvent  ennuyeufes  au  Leélcur,  parce  que  nou»  avons 
prefque  toujours  les  mêmes  licences  à relever  ou  les  mêmes  beautés  à applaudir.C’eft 
pour  cette  raifon  que  nous  nous  fommes  dilpenfés  d’entrer  ici  dans  une  analyfe 
trop  étendue  du  plan  de  cette  maifon.  Nous  remarquerons  feulement  qu’il  auroit 
été  à fouhaiter  que  le  veftibule  eut  communiqué  avec  le  fallon  , au  lieu  de  la  ni- 
che qu’on  y a pratiquée , que  l’efcalier  eut  été  placé  à droite , & qu’on  fe  fût  ar- 
rangé de  maniéré  qu’on  eut  pû  fe  priver  de  la  petite  cour , qui  rélativement  à 
la  hauteur  du  bâtiment , devient  trop  fombre , & occafionne  de  l’humidité  aux  piè- 
ces adjacentes. 

Apres  avoir  obfervé  ce  qui  ferait  à défirer  dans  ce  plan , nous  remarquerons 
l'heureufe  proportion  de  la  cour , la  correétion  de  fa  tour  creufe , la  maniéré  in- 
génieufe  du  porche,  la  commodité  de  la  baife-cour,  & enfin  l’agrément  effentiel 
de  pouvoir  fervir  à couvert  des  cuifines  dans  les  appartemens.  Aucun  de  ces 
avantages  ne  fe  rencontre  dans  l'Hôtel  précédent , quoiqu’il  ait  été  bâti  originai- 
rement pour  une  perfonne  de  la  première  ccnfidération. 

Nous  avons  dit  plus  haut  que  l’on  travailloit  à l’embellifTement  des  apparte- 
mens de  cette  maifon , nous  remarquerons , à propos  de  ces  embellillêmens , que 
1 on  y a fait  quelques  changemens  dans  la  diltribution , mais  comme  nous  les  avons 
reélifies  pour  la  plus  grande  partie  dans  ce  plan , on  n’en  peut  faire  Ja  comparaifon 
que  dans  les  premières  éditions  des  Planches  gravées  de  ce  Recueil , que  M.  Ma- 
riette avoit  commencé  il  y a près  de  20  années. 

Nous  ne  donnons  point  ici  le  plan  du  premier  étage  qui  précédemment 
étoit  peu  de  chofe , 8c  qui  devient  aujourd’hui  beaucoup  plus  intéreiïant  par  la 
décoration  des  lambris  8c  par  la  richefte  des  meubles  qu’on  prépare  pour  ces  nou- 
veaux appartemens  ; mais  comme  fa  diftribution  efl  à peu  près  la  même  que  celle 
du  rez-de-chauftee  , 8c  que  la  grandeur  de  la  coupe , Planche  Troifieme , n’expri- 
meroit  qu’imparfaitement  les  détails  des  ornemens  de  ces  lambris  , nous  nous  con- 
tentons de  les  annoncer , fans  en  donner  les  développemens. 

'Elévations  du  coté  de  la  cour  & du  côté  du  jardin . Planche  II, 

La  Figure  Première  donne  l’élévation  du  côté  delà  cour  avec  la  coupe  de  l’aile 
qui  régné  contre  un  de  fes  murs  mitoyens.  Dans  le  milieu  de  cette  élévation , au 
rez-de-chauftee  , fe  voit  un  avant-corps , décoré  de  colonnes  8c  de  pilaftres  , qui 
procure  une  grande  ouverture  au  veftibule.  Nous  remarquerons  que  ce  genre  de 
décoration  entraîne  après  foi  deux  défauts  eifentiels , l’un  que  i’Architeéhire  de 

0 ) Il  faut  confulter  la  Table  des  Chapitres , placée  à la  vécejjhé , & enfin  ceuxqui  font  conftruits  pour  la  magni - 
tete  de  chaque  Volume,  pour  trouver  facilement  ces  di(Fe-  ficence,  fuivant  les  divifions  que  nous  avons  indiquées  dans 
rens  bâtimens  répandus  dans  le  corps  de  l’Ouvrage.  Il  en  le  nouveau  programme  qui  annonça  cetOuvrageauPublic, 
faur  ufer  de  meme  pour  comparer  tous  les  édifices  érigés  à lorfque  nous  nous  chargeâmes  des  dilfertations  & de  la 
l’ufage  de  la  Société  Civile,  pour  £ utilité,  pour  h fureté  & la  conduite  de  cette  vafte  entreprife. 


148  ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Liv.  V. 

Mairôn  de  deflus  porte  à faux  fur  le  grand  entrecolonnemenc , l’autre  que  cet  entrecolon- 
' a“‘  ' nement  produit  l’hyver  un  froid  ccnfidérable  dans  les  appartemens  au  rez-de- 
chaulfée.  Cet  inconvénient , fans  doute , a fait  boucher  après  coup  la  communica- 
tion du  veftibule  au  fallon , pour  empêcher  la  pénétration  de  l’air  extérieur  dans 
les  dedans.  C’eft  pourquoi  ces  grands  entrecolonnemens  & même  les  portiques 
qui  n’ont  point  de  fermeture  , doivent  être  réfervés  pour  les  Temples , ou  pour  les 
maifons  de  plaifance , qu’on  n’habite  que  dans  la  belle  faifon , & non  pour  celles 
qui  font  élévées  dans  les  Capitales , ainfi  qu’on  en  ufe  inconfidérement  dans  une 
infinité  de  bâtimens  à Paris  , qui  font  autant  d’exemples  à éviter  à cet  égard.  Tels 
font  l’Hôtel  de  Clermont , le  Palais  Bourbon , l’Hôtel  d’Humieres , l’Hôtel  de 
Torcy,  l’Hôtel  du  Préfident  Lambert , dans  fille  , l’Hôtel  de  Soubife,  la  Maifon 
de  M.  Sonning,  celle  de  M.  de  Thiers,  l’Hôtel  de  Noailles , la  Maifon  du  Pré- 
fident Chevalier , l’Hôtel  d’Evreux,  &c.  où  ce  défaut  fe  rencontre  avec  plus  ou 
moins  d’incommodité , félon  que  les  appartemens  de  Maître  font  plus  ou  moins 
proches  de  ces  veftibules. 

Les  colonnes  & les  pilaftres  de  cet  avant-corps  font  Doriques  & couronnés  d’un 
entablement  architravé  ; genre  de  licence  que  nous  avons  blâmé  plus  d’une  fois , 
& qui  à peine  eft  tolérable  dans  une  maifon  particulière , & même  les  colonnes 
ne  devroient  jamais  entrer  pour  quelque  chofe  dans  leur  décoration  , prace 
qu’étant  alors  obligé  de  leur  donner  un  trop  petit  diamètre  , elles  annoncent 
une  Architeéhire  trop  chétive.  Au-defiùs  de  cet  entre-colonnement  s'élè- 
ve un  corps  d’Architeélure  qui  monte  de  fond  , & qui  par  ce  moyen  enclave  d’une 
maniéré  alfez  ingenieufe  les  colonnes  & les  pilaftres  du  rez-de-chaulfée.  Cependant , 
comme  nous  l’avons  remarqué , le  maffif  que  produifent  les  piédroits  de  la  croi- 
fée  du  premier  étage  lùr  le  vuide  de  défieras , eft  toûjours  un  vice  très-condamna- 
ble qui  devrait  déterminer  à fupprimer  totalement  les  périftiles , lorfqu’on  ne 
pratique  pas  derrière  les  colonnes  un  mur  de  face  au  rez-de-chaulfée  qui  paroilfe 
foutenir  celui  du  premier  étage  , ainfi  qu’on  l’a  obfervé  dans  la  plûpart  de  nos  bâ- 
timens les  plus  généralement  approuvés.  La  partie  fupérieure  de  cet  avant-corps 
eft  terminée  par  un  fronton , fous  la  corniche  horizontale  duquel  font  placées , 
alfez  mal  à propos,  des  confoles  qui  femblent  avoir  mis  l’Architeéle  dans  la  né- 
ceffité  de  fupprimer  l’aftragale , ce  qui  diminue  trop  fenfiblement  la  hauteur  de  la 
corniche  déjà  affoiblie  par  la  fuppreffion  inévitable  de  fa  fimaife  fupérieure  , & qui 
pour  cela  avoit  befoin  d’etre  fortifiée  & nourrie  par  ce  membre  d’Architeélure 
dont  la  difeontinuité  d'ailleurs  eft  toûjours  un  défaut  contre  les  régies  du  goût 
& les  principes  de  l’Art. 

Les  autres  parties  de  la  décoration  de  cette  façade  font  d’une  alfez  bonne  Ar- 
chiteéhire  ; fa  fimplicité  eft  louable  & du  raifort  de  la  convenance  d’une  maifon 
particulière,  & fi  l’on  eut  donné  plus  de  largeur  au  corps  de  refend  qui  termine 
les  extrémités  des  avant-corps,  il  n’y  a point  de  doute  que  cette  ordonnance 
feroit  très-bonne  à mettre  en  pratique  dans  une  infinité  d’occafions. 

Lélévation,  marquée  Figure  IL  conferve  la  même  fimplicité  des  arriere-corps  de 
la  façade  precedente  , mais  l’avant-corps  du  milieu  non-feulement  eft  trop  large  par 
rapport  à fa  hauteur  & rélativement  à la  longueur  du  bâtiment  , mais  auïfi  eft 
tenu  trop  fimple  comparé  avec  celui  de  la  cour.  Nous  l’avons  déjà  remarqué , les 
élévations  du  côté  des  jardins  doivent  avoir  quelque  chofe  de  plus  élégant  ; pour 
cette  raifon  il  auroit  fallu  faire  ufage  des  colonnes  de  la  façade  du  côté  de  la  cour 
pour  porter  le  balcon  qui  fe  voit  ici,  & qui  paraît  mal  foûtenu  par  des  confoles  , 
dont  on  ne  fçauroit  trop  blâmer  l’abus.  Nous  obferverons  cependant  que  , comme 
nous  ne  pouvons  en  général  approuver  les  Ordres  dans  un  petit  bâtiment  , au 


Ltv . Tr.  ^ XXIX  Fl 


ôlevaàon,  de  ht  mauonde^lFlBlouin.  ducoté  dujardm 


ttcheüe  de 


4 g e j s Td> 

d'ievaàori  de  lumai^(m^deJflBloiu/i  du.  cote  de  Ul  cour 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v.  V. 

lieu  d’employer  des  colonnes  qui  annoncent  une  décoration  faftueufe , ou  de  fe  M,;ron  lc 
fervir  de  confoles  dont  la  richeiîè  indifcrette  devrait  être  réfervée  pour  l’inté- 
rieur  des  appartemens , il  étoit  plus  naturel  de  former  au  rez-de-chauffée  un  avant- 
corps  dont  la  hauteur  fe  ferait  arrêtée  fous  le  balcon  , ce  qui  auroit  procuré  dans  le 
plan  de  cette  façade  un  mouvement  qui  réuffit  toujours  bien  en  pareille  occafion. 

Les  deux  chaînes  de  refend  qui  régnent  au  premier  étage  dans  le  milieu  de 
l’avant-corps  , font  tout  à fait  hors  de  place  & femblent  avoir  déterminé  la  lup- 
prelfion  des  bandeaux  des  croifées  qui  fe  voyent  aux  extrémités  de  cet  avant-corps. 

Le  timpan  du  fronton  eft  orné  fur  le  lieu  d’un  bas-relief  repréfentant  Flore , ce 
qui  n’eft  point  exprimé  ici , non  plus  que  deux  confoles  poftiches  placées  aux 
deux  côtés  de  la  partie  fupérieure  de  la  croifée  du  milieu  , 8c  qui  y font  tout-à- 
fait  mal.  Malgré  ces  licences , nous  fommes  obligés  de  convenir  que  l’ordonnance 
de  ce  bâtiment  eft  préférable  à celle  de  l’Hôtel  que  nous  avons  décrit  dans  le 
Chapitre  précédent  , ce  qui  nous  porte  à croire  que  dès  le  commencement  de  ce 
lïecle,  la  décoration  des  déhors  a été  facrifiée  aux  commodités  des  dedans  , puifque 
les  deux  bâtimens  dont  nous  parlons , qui  ont  été  élévés  par  deux  Architectes  d’une 
alfez  grande  réputation  , ne  nous  préfentent  rien  de  fatisfaifant , ni  qui  puiife  fervir 
d’autorité  à l’avenir  pour  arriver  à la  perfection  de  bâtir. 

Coupe  du  principal  corpi-de-hgis.  Planche  III. 

Cette  Planche  donne  le  développement  intérieur  du  principal  corps-de-logis 
dont  la  décoration  fe  change  actuellement , fous  la  conduite  de  M.  Contant , ainlî 
que  nous  l’avons  déjaobfervé,  mais  dont  nous  ne  pouvons  donner  ici  les  deflêins, 
cet  Ouvrage  n’étant  pas  encore  fini.  On  n’a  point  non  plus  ajoûté  à cette  coupe 
les  bâtimens  de  la  cour , ni  ceux  de  la  rue , cette  Planche  étant  anciennement  gra- 
vée & leur  décoration  d’ailleurs  étant  peu  intérelfante  ici , quoique  nous  obier- 
vions  que  rien  n’eft  à négliger  dans  la  compofition  d’un  bâtiment , principalement 
lorfque  fes  dépendances  font  partie  du  coup  d’œil  des  Maîtres, 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L i v.  V. 


15° 

CHAPITRE  XXX. 

Defcription  de  deux  Maifons  particulières  , làties  rue  du  Fauxlourg 

S.  Honord. 

M.ûfon  de  ✓'"'lES  deuxMaifons  furentbâties , en  1718,  pourM.  Chevalier  de  Mtmtigny  , Fer- 
M-5fsS-"  \^;mier  Général,  fous  le  nom  de  M.  fon  frere  ,ITéfident  au  Parlement  de  Paris,  fur 
gnac  j &c,  les  delîèins  du  fieur  Grandhomme  , Architeéle  & Entrepreneur.  Celle  qui  eft  à droite 
a paffé  par  fucceffion  à M.  le  Comte  de  Stignac,  qui  a époufé  la  fille  de  M.  de  Mon- 
tigny  ; l’autre  à gauche  ,fous  le  nom  de  MadameLe  Vieux  , Sœur  du  Fermier  Général 
& du  Préfident,  à qui  elle  appartenoit,  fut  donnée  àM.  Le  Gendre , Fermier  Géné- 
ral qui  époufa  fa  fille,  & qui  depuis  cinq  à fix  ans,  l’a  vendue  à M.  Permet , 
auffi  Fermier  Général , qui  l’occupe  aujourd’hui , & qui  y a fait  faire  des  change- 
mens  dont  nous  parlerons  en  fon  lieu , fur  les  delîèins  de  M.  Chevotet  (a) , Ar- 
chitecte du  Roi. 


Plan  au  rez-de-chaujfce.  Planche  Première. 

Cette  Planche  donne  le  plan  général  de  la  dillribution  des  bâtimens  des  deux 
Maifons  dont  nous  venons  de  parler , féparées  feulement  par  un  mur  de  clôture 
de  neuf  pieds  de  hauteur , en  forte  que  le  grand  efpace  qu’occupent  les  deux  cours , 
procure  aux  appartemens  un  air  très-falubre  & une  lumière  fuffifante  , ainfi  que 
nous  l’avons  déjà  remarqué  dans  le  Chapitre  XXXI  du  Premier  Volume  , page 
294.  La  maifon,  cottée  A , de  même  dimenfion  que  celle  B , eft  compofée  d’un 
bâtiment  fimple  fur  la  rue  , d une  aile  double  dans  le  retour  , de  d un  corps-de-logis 
fimple  entre  cour  <3c  jardin.  Elle  n’a  point  fouffert  de  changement  confidérable  depuis 
fon  édification,  au  contraire  de  celle  B , dans  laquelle  M.Perinet , depuis  l’acquifition 
qu’il  en  a faite  , a changé  le  grand  efcalier  qui  fe  voit  ici  pour  le  mettre  à la  pla- 
ce de  la  falle  à manger,  afin  d’avoir  une  antichambre  qui  précédé  les  apparte- 
mens du  côté  du  jardin , telle  qu’on  la  remarque  du  côté  A.  Sans  cette  commo- 
dité , ce  corps-de-logis  étant  fimple  , on  ferait  obligé  d’avoir  des  antichambres  dans 
la  principale  enfilade , comme  on  l’a  pratiqué  en  B , ce  qu’il  faut  éviter  abfolu- 
ment.  Voyez  auffi  , dans  la  Planche  V.  de  ce  Chapitre,  l’ancienne  élévation  en  allé 
du  côte  de  la  cour  , qui  comparée  avec  la  Planche  IV , fait  voir  que  non-feulement 
il  en  réfulte  un  bien  réel  pour  la  dillribution  , mais  auffi  que  la  décoration  exté- 
rieure , en  général , fait  un  meilleur  effet,  ces  deux  façades  étant  aujourd’hui  affez 
femblables  & placées  vis-à-vis  l’une  de  l’autre. 

La  grandeur  de  l’échelle  de  ces  plans , l’indication  des  pièces  & la  fimplicité 
de  leur  dillribution  nous  difpenferont  d’entrer  dans  un  plus  long  détail.  Nous  re- 
marquerons feulement  ici  que  les  pièces  de  Maîtres  font  d’une  proportion  affez 
heureufe,  que  les  départemens  des  Domeftiques  font  commmodes,  & que. s’il 
relie  quelque  chofe  à délirer  dans  ces  deux  maifons , c’eft  d’avoir  des  baffe-cours 


(u)  M.  Chevotet , de  la  première  Claffe  de  l’Académie 
Royale  d’Architeélure  . eft  un  de  nos  célébrés  Architec- 
tes. Non-feulement  il  s’eft  acquis  une  grande  expérience 
dans  l’arc  de  bâtir , mais  il  poffede  les  parties  les  plus  né- 
ceffaires  à un  Arcbiteéle,  telles  que  la  décoration  des 
déhors  & celle  des  dedans , la  dillribution  des  appar- 
temens, celle  des  jardins,  &c.  Ces  connoilïances  di- 
V crfes  , jointes  à la  probité  la  plus  exaéle , lui  ont  attiré 


la  confiance  d’une  infinité  de  perfonnes  du  premier  Or- 
dre. Nous  n’entrerons  point  ici  dans  le  détail  des  bâtimens 
que  cet  Architeéte  a fait  élever , fa  modeftie  nous  em- 
pêche d’en  faire  l’éloge  ; nous  refervons  cet  aveu  public 
lorfque  nous  trouverons  occafion  dans  ce  Recueil  de  pré- 
fenter  à nos  Leéteurs  quelques-uns  des  ouvrages  de  cet  ex- 
cellent Artifte. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L i v.  Y,  IJt 

p!us  lpacieufes , plus  aérées , & qui  ayent  des  dégagemens  fur  la  rue  ; précaution 
que  nous  avons  déjà  recommandée  plus  d’une  fois.  Nous  obferverons  cependant 
pour  la  juftification  des  bâtimens  dont  nous  parlons,  i°.  que  l’on  a voulu  mettre 
le  terrain  à profit  en  pratiquant  beaucoup  de  pièces.  2°.  Que  , comme  maifcn  par- 
ticulière , l’étendue  de  ces  balle-cours  demandoit  une  forte  d’économie , & qu’à 
1 égard  de  1 ilîùe  extérieure  , cette  même  économie  engage  fouvent  le  Maître  du 
logis  à vouloir  être  témoin  de  ce  qui  fe  palfe  dans  les  differens  départemens  de  fa 
maifon , dont  il  n’eft  jamais  plus  certain  , que  lorfque  le  fervice  des  Domeftiques 
fc  pafle  fous  fes  yeux,  & qu’ils  n’ont  qu’une  iilue  commune.  On  voit  par-là  qu’il 
je  î encontre  une  fi  grande  quantité  de  conlidérations  particulières  dans  l’art  de 
bâtir,  qu’on  eft  fouvent  obligé  de  s’écarter  des  régies  générales  pour  fe  confor- 
mer aux  loix  de  la  convenance,  ce  qui  donne  toujours  à un  Architeéte  de  nou- 
veaux moyens  d’exercer  fon  fçavoir  & de  mettre  en  œuvre  les  différentes  ref- 
fources  qu’une  longue  expérience  lui  fuggere. 

Vlan  du  premier  étage.  Planche  II. 


La  diftribution  de  ce  plan  eft  abfolument  aïïujettie  au  mur  de  refend  de  celui 
de  deffous , a l exception  de  quelques  cloifonnages  qui  font  de  peu  d’importance  , 
ôc  qui  lont  lujets  a varier  dans  un  bâtiment,  pour  peu  qu’il  foit  occupé  dans  la 
luite  des  tems  par  différens  Propriétaires.  Ainfi  nous  ne  dirons  rien  de  particulier 
. cette  Planche,  dont  les  diftributions  font  très-bien  entendues,  n'ayant  d’autre 
inconvénient  que  d’être  contenues  entre  deux  murs  de  face:  difpofition  qui  ne 
peut  aller  a tous  les  genres  de  pièces,  étant  éclairées  pour  la  plupart  de  deux 
cotes  autrement  il  faut  feindre  des  croifées  dans  les  dehors  du  bâtiment,  ce  quï 
occa  lonne  non  feulement  une  dépenfe  affez  confidérable , mais  encore  un  défaut 
ue  iimecrie  pour  la  décoration  extérieure. 

Elévations  du  côté  de  U cour  & du  côté  du  jardin.  Planche  III, 


Cette  Planche,  comme  les  précédentes,  raffemble  les  deux  maifons , lefquel 
les  étant  affujetties  à la  même  hauteur  d’étage  & à la  même  ordonnance  ne  diffe- 
rent que  dans  la  décoration  des  avant-corps  des  façades  du  côté  des  jardins les  éléva- 
tions du  cote  de  la  cour  étant  abfolument  fimétriques.  Voye  z les  Figures  I & II 
Nous  obferverons  en  général  que  les  diftributions  de  ces  bâtinfens  font  pré- 
férables a la  décoration  extérieure.  Celle-ci  eft  trop  monotone,  & quoique  ces  édi- 
ficesipuiffentetreconfiderés  comme  des  maifons  particulières  , comme  elles  étoient 
deftinees  a la  refidence  de  perfonnes  de  confidération , il  aurait  été  convenable 
de  les  compofer  dune  maniéré  plus  élégante , foit  en  donnant  plus  de  richeffe  à 
leur  Architecture , foit  en  procurant  plus  de  mouvement  aux  plans  des  arriere- 
corps  & des  avant-corps.  Par  ce  moyen  on  aurait  un  peu  interrompu  l’unité  trop 
régulière  de  la  longueur  de  ce  batiment,  qui  n’eft  bonne  à obferver  que  dans  les 
façades  élevees  dans  les  rues  de  certains  quartiers , où  la  voie  publique  fait  loi 
mais  qmnereufht  jamais  bien  ailleurs,  f,  ce  n’eft  dans  les  hôpitaux , les  feminai- 
res , les  infirmeries , les  cazernes , & c. 


Maifons  rlè 
M.le  Com- 

gftac,  d’C. 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE, Li v.  V. 


i J2 

Coupe  fur  la  profondeur  de  la  cour  & des  bâtimens  marqués  A , dans  la  Flanche  Première. 

Planche  IV, 

Ma;rons Je  Cette  planche  fait  voir  la  coupe  du  principal  corps-de-logis  du  côté  du  jar- 
?e  jê'sT"  din  > l’élévation  en  aile , la  porte  de  la  baffe-cour  & la  coupe  du  bâtiment  lur 

giuc , &c.  la  rue. 

Nous  ne  remarquerons  ici  que  l’avant-corps  pratiqué  dans  l’aile  au  rez-de- 
chauffée  , dont  le  grand  entre-colonnement  eft  d’une  proportion  vicieufe  , d’une  or- 
donnance peu  correéte , affez  mal  profilée  & produifant  un  porte  à faux  confi- 
dérable  à l’étage  de  deffus , dont  nous  avons  déjà  blâmé  l’ufage  dans  le  Chaptire 
précédent. 

A l’égard  de  l’ordonnance  des  autres  parties  de  cette  façade  , elle  eft  la  même 
que  les  autres  élévations  de  ce  bâtiment  dont  nous  avons  déjà  parlé. 

Coupe  fur  la  profondeur  de  la  cour  & des  bâtimens  marqués  B , dans  la  Flanche  Première. 

1 Planche  V. 

Cette  coupe  prëfente  l’ancienne  décoration , avant  que  M.  Permet  eut  fait  tranf- 
porter  le  grand  efcalier , comme  nous  l’avons  remarqué  à l’occafion  de  la  Planche 
Première  , de  forte  que  l’ entre-colonnement  que  l’on  voit  ici  eft  femblable  à ce- 
lui de  la  Planche  précédente  ; mais  ayant  été  refait  depuis  fur  les  deffeins  de  M. 
Chevotet , fon  ordonnance  dans  l’exécution  eft  beaucoup  plus  conforme  aux  régies 
de  l’Art  & d’un  deffein  plus  correét.  En  effet  on  n’y  voit  point  de  colonnes 
engagées,  il  eft  amené  par  un  avant-corps , en  un  mot  il  fe  relient  de  la  févérité 
de  la  bonne  Architeélure  , quoiqu’en  général  on  puiffe  dire  qu’il  eut  peut-être  mieux 
valu  préférer  ici  des  portiques  aux  colonnes , n’y  en  ayant  aucune  dans  tout  ce  bâ- 
timent , dont  la  décoration  d’ailleurs  eft  chétive.  Du  moins  nous  remarquerons  qu’il 
eut  été  plus  convenable  de  placer  ce  périftile  dans  le  milieu  de  la  longueur  de  l’aile 
pour  rendre  fa  dimenfion  plus  régulière , & d'alîûjettir  cette  façade  à une  même  or- 
donnance. Non-feulement  ce  périftile  étoit  poffible  dans  un  auffi  grand  terrain  , mais 
encore  par-là  on  aurait  évité  la  défunion  trop  fenfible  qu’on  remarque  entre  les  parties 
& le  tout.  Il  eft  vrai  que  ce  n’eft  pas  toujours  un  défaut  de  donner  un  air  d’infériorité 
aux  ailes  pour  laiffer  dominer  le  principal  corps-de-logis , mais  du  moins  faut-il  que 
cette  infériorité  foit  amenée  d’une  maniéré  avantageulè , & que  cela  ne  fe  rencontre 
pas  dans  un  bâtiment  fans  aucune  raifon  de  bienféance  & aux  dépens  fouyent  de  l’ac- 
cord général  de  l’édifice. 


CHAPITRE 


Ctlumbrca.  coucher 


Antichambre 


JeconJe  Antichambre. 


Ihimbre  a coucher 


rarderobb  • 


'detvblt 


j cuber  Je 

'eçMici’ien/ 


Petit  te  cour 


■rut.uwer 


Remise 


Remise 


Porte  J entre. 


curies 


J.o  a entent  du 
‘'Portier 


Posément  du 
Portier 


Gratuit  Cour 


lie  a nninjcr 


Plan  au  rente  W Je  Jeux  Mai™  cendg.u-e  Jant  celle  cotte’,  A appartenir  à Meneur  Chrmtier  P, entent  au.Pi 

Paris  t/irr  i. 


Jardin 


I Remises 


chambre  a coucher 


Jliltc  dÀjseml/ec 


Zhambre  de  parade. 


iarderobbe 


tÇ'cuher 


Petite 


Chambre  a coucher 


dictle  de 


'abùiec 


i h ambre  a coucher 


Chambre 


Cabinet 


Plan  ilu  premier  eâu/e  Je  J et  ex  Maure  ne  contâmes  Jenh/iinc  ce  ttee  A.,  appartient* 


Chambre  a coucher- 


Antichiunbre 


arda-o 


Cabinet- 


Chambre  a coucher 


Cabinet 


Chambre  a coucher 


< Tardent  b e 


\irderobbe 


dntic/iambrc 


(•rond 
C\  n/ter 


Chambre 


-arderebbe 


domesbt/ucA 


Chambre  des 


des  dômes  tu]  u ce 


’ i 


L,  o.  N ° x x x . Fl . 2 . 


wiaici/r  /,- P/coiJç-nl  L 'leva  hcr,  et  celle  coltccF-  estr  a Jlfachunc  IcVteuLv  ira  diru/r 


Chambre 


Chambre 


■ ■ ■ 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


*53 


CHAPITRE  XXXI. 

Defcription  de  ï Hôtel  de  Duras,  rue  du  Fauxbourg  Saint 
Honore', 

CETTE  maifon  fut  bâtie  originairement  fur  un  terrain  que  M.  Boffrand  (a), 
Architecte  du  Roi,  acquit  vers  1718.  Après  qu'il  eut  fait  élever  les  bâti- 
mens  dont  nous  allons  parler,  cet  Architecte  les  vendit,  en  1722  , à MtJJire  Jean 
Durfort , Duc  de  Duras , Maréchal  de  France , qui  l’occupe  aujourd’hui. 

Plan  général  des  bâtimens  , jardins  & dépendances  de  cet  Hôtel, 

Planche  Première. 

Le  principal  corps-de-logis  de  cet  Hôtel  eft  triple  & ifolé  de  toutes  parts. 
Nous  donnerons  fa  diftribution  intérieure  au  rez-de-chauifée  , en  expliquant  la  FL 
gure  Première  de  la  Planche  II , nous  parlerons  feulement  ici  de  la  forme  de  fa 
cour  principale  qui  eft  d’une  proportion  affcz  agréable;  elle  eft  fermée  de  murs 
de  onze  pieds  de  hauteur  & percée  de  portes , qui  d’un  côté  conduifent  aux  baf- 
fe-cours , & de  l’autre  au  jardin  potager.  La  baffe-cour , d’une  forme  régulière  , eft 
environnée  de  bâtimens  qui  contiennent  les  écuries  , les  remifes , les  cuifines  , 
offices  &c,  & dont  les  hauteurs  font  inférieures  à celle  du  principal  corps-de-logis, ce 
qui  laiffe  dominer  ce  dernier  fur  tout  le  refte  , & lui  donne  cet  air  de  fuperiori- 
té  que  M.  Boffrand  a fçu  mettre  en  ufage  dans  toutes  fes  produirions.  Les  jar- 
dins de  cet  Hôtel  font  peu  étendus , & leur  diftribution  , en  général , eft  allez  mal 
difpofée , défaut  à la  vérité,  qui  fe  remarque  plus  dans  le  deffein  que  dans  l’exé- 
cution ; c’eft  ce  qui  nous  a fait  obferver  plus  d’une  fois  que  l’oft  ne  pouvoir 
juger  que  très-imparfaitement  de  la  beauté  d’un  jardin  par  fon  plan  , la  nature  ayant 
toujours  de  quoi  plaire , pour  peu  qu’elle  foit  fécondée  par  les  foins  & l’entretien 
d’un  jardinier  intelligent.  Ces  jardins  ont  une  iffue  particulière  par  la  rue.  Il  auroit 
été  à fouhaiter  qu’on  en  eut  pratiqué  une  autre  pour  dégager  les  baffe-cours  dans  les 
dehors  • mais , comme  nous  l’avons  remarqué  dans  le  Chapitre  précédent , ce  dé- 
gagement eft  moins  néceffaire  dans  une  maifon  particulière,  telle  que  l’étoit  celle-ci 
dans  fon  origine  , où  l’on  a toute  liberté  d’ailleurs  d’en  pratiquer  un  lorfqu’on 
le  jugera  à propos , la  diftribution  aéluelle  permettant  ce  dégagement  fans  nuire 
en  rien  à la  difpofition  générale  des  bâtimens  des  baffe-cours. 

( a' ) Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  ce  célébré  Ar-  leur  eft  due , cet  Ouvrage  en  devienne  en  même  tems 
ehite&e  dans  le  premier  Volume  de  cet  Ouvrage  , page  plus  exaét  ; une  colleétion  de  cette  nature  devant  inté- 
242  , 8cc.  Nous  avertirons  que , par  inadvertance  , ( dans  relier  tous  les  hommes  à talens , en  général.  A propos  de 
ce  même  Volume,  note  n , page  235.)nous  avons  avancé  ceci  nous  conviendrons  d’une  inattention  de  cette  efpece 
que  c’étoit  M.  De  La  Maire  qui  avoit  été  l’Archite&e  de  qui  nous  eft  arrivée  concernant  le  grand  Autel  des  Char- 
ce  bâtiment , parla  raifonque  les  Planches  que  nous  don-  treux  de  Lyon  que  nous  avons  attribué  ( Tom:  IL  page 
nons  ici,  & qui  viennent  du  fonds  de  M.  Mariette , nous  37  , note  a ) à M.  Servàndoni , & qui  eft  du  delfein 
l’avoient  annoncé  ici  ; mais  dans  nos  recherches  , nous  de  M.  Souÿiot , Architeéle  du  Roi  , dont  nous  parlerons 
avons  appris  de  M.  Boffrand  lui-même  que  cet  édifice  dans  fon  lieu.  Il  eft  vrai  que  M.,  Servàndoni  a fait  un 
fut  bâti  primitivement  pour  lui  8c  fur  fes  defieins  , quoi-  deffein  pour  cet  Autel , mais  il  n’a  pas,  été  exécuté  : la 
qu’il  n’en  ait  pas  fait  mention  dans  fon  livre  d’Architec-  note  que  cet  Artifte  nous  donna  par  écrit  lors  de  l’im- 
ture  dont  nous  avons  déjà  parlé.  preflîon  du  fécond  Volume  nous  jetta  dans  cette  erreur. 

Nous  prenons  occafion  de  cette  erreur,  pour  réitérer  Nous  ne  pouvons  être  garants  de  pareilles méprïfes  ; c’eft 
nos  inftances  aux  Architeéles  8c  aux  auttes  Artiftes , à pourquoi  , pour  nous  juftifier  à l’avenir  de  telles  inad- 
qui  involontairement  nous  pourrions  avoir  donné  les  vertances , nous  prenons  foin  de  garder  les  mémoires  qu’on 
ouvrages  des  autres,  ou  qui  feroient  en  droit  d’en  re-  nous  envoyé  , 8c  qui  ferviront  dans  la  fuite  à prouver  la 
damer  quelques-uns,  de  vouloir  bien  nous  adreffer  droiture  de  nos  intentions, 
leurs  obfervations  , afin  qu’en  leur  rendant  la  juftice  qui 

Tome  m.  Qq 


Hôtel  fc 
Duras. 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , Li  v.  V. 


*54 


Plan  du  rez-de-chaujpe  & du  premier  étage.  Planche  IL 

>u«s'!  d'  Fa  Figure  Première  donne  la  diflribution  intérieure  du  principal  corps-de-lo- 
gis  au  rez-de-chauffée.  Les  chambres  à coucher  n’ayant  pas  eu  originairement  de 
garderobes , il  paroît  qu’on  en  a ajoûté  dans  la  fuite  à la  faveur  du  nouveau  mur 
de  face  AB  pris  fur  le  jardin , duquel  on  auroit  dû  profiter  pour  procurer  à ces 
garderobes  un  dégagement  extérieur.  Faute  de  ce  dégagement,  on  eft  obligé  de 
traverfer  tout  le  corps-de-logis  pour  y arriver , ou  du  moins  de  paffer  par  la  falle 
à manger,  ce  qui  produit  un  défagrement  confidérable  dans  le  fervice  intérieur 
de  la  maifon  & nuit  à la  commodité  perfonnelle  des  Maîtres.  Au  relie  les  pièces 
qui  compofent  ce  plan  font  d’une  forme  convenable  , bien  difpofées  , décorées  avec 
goût  & d’une  hauteur  allez  rélative  à leur  diamètre  , l’efcalier  fe  préfènte  bien  , il  eft 
heureufement  fitué,  doux,  commode  & néanmoins  fa  cage  occupe  peu  d’efpace. 

La  Figure  deuxieme  , qui  offre  la  diflribution  du  premier  étage , eft  aflujettie  aux 
mêmes  murs  de  refend  que  le  plan  précédent.  Les  logemens  des  Domeftiques  fonc 
pratiqués  dans  les  combles , & l’on  y monte  par  les  efcaliers  dérobés  que  l’on  re- 
marque ici.  On  voit  auiïi  dans  ce  plan  le  nouveau  mur  de  face  AB , dont  nous 
venons  de  parler  plus  haut  , & qui  procure  à cet  étage  les  garderobes  néceflai- 
res  aux  pièces  de  Maîtres  qui  y font  diftribuées.  Ce  nouveau  mur  de  face, 
qui  n’eft  alfujetti  à aucune  fimétrie  , nuit  fort  peu  à la  décoration  extérieure , cette 
derniere  façade  étant  flanquée  d’un  bofquet , entouré  de  maffifs  de  bois  qui  maf- 
quent  fon  ordonnance.  ( Voyez  le  plan  général , Planche  Première.  ) 

Elévations  du  côté  de  la  cour  & du  côté  du  jardin.  Planche  III. 

Cette  Planche  contient  les  deux  élévations  les  plus  intéreflàntes  du  principal 
corps-de-logis , l’une  du  côté  de  la  cour , l’autre  du  côté  du  parterre.  En  général 
la  décoration  de  ce  bâtiment  eft  alfez  fimple  ; mais  il  faut  convenir  que  la  fubdi- 
vifion  des  parties  eft  rélative  au  tout  & que  les  profils  font  d’un  très-bon  choix  & 
analogues  à l’un  & à l’autre.  Cet  accord  ne  fe  rencontre  dans  un  édifice  que  lorf- 
qu’il  eft  élévé  par  un  homme  d’expérience  qui  fçait  tirer  avantage  de  tout , même 
dans  les  bâtimens  les  moins  fufceptibles  en  apparence  d’élégance,  de  goût  & d’in- 
vention. U eft  même  bon  d’obferver  que  la  fimplicité  dont  nous  parlons  ici  étoic 
nécelfaire , puifque  dans  fon  origine  cet  Hôtel  avoit  été  bâti  comme  maifon  par- 
ticulière, laquelle,  en  cette  confidération , ne  devoit  pas  fe  reffentir  de  l’étalage 
des  ornemens , ni  de  l’appareil  des  Ordres  d’Architeélure  , qui  doivent  abfolument 
être  réfervés  pour  les  Palais  des  Rois , les  édifices  facrés , les  Places  publiques  , 
&c.  C’eft  même  un  abus , ainfi  que  nous  l’avons  remarqué  ailleurs , de  faire  ufa- 
ge  des  Ordres  dans  les  bâtimens  de  peu  d’importance,  parce  qu’ils  ne  produifent 
le  plus  fouvent  que  de  petites  parties,  contraires  à l’efprit  de  convenance  qu’un 
Architeéle  doit  obferver  avec  foin  dans  toutes  fes  productions. 

La  Figure  Première  donne  l’élévation  du  côté  de  la  cour,  qui  eft  décorée  d’un 
avant-corps  peut-être  un  peu  trop  fvelte  , mais  dont  la  fimplicité  a de  quoi  plaire. 
Les  croifées  des  arriere-corps  font  d’une  bonne  proportion , leur  forme  grave  & 
régulière  fait  un  bon  effet , & devroit  toûjours  être  imitée  dans  les  bâtimens  de 
l’efpece  de  celui  dont  nous  parlons. 

La  Figure  deuxieme  offre  l’élévation  du  côté  du  parterre  ; fon  expofiticn  l’a 
fait  traiter  avec  un  peu  moins  de  fimplicité , l’avant-corps  du  milieu  étant  couron- 
né d’un  fronton  & orné  d’un  bas-relief  dans  fon  timpan.  Cet  avant-corps  eft  moins 
fvelte  que  celui ducôtédela  cour , & par-là  il  acquiert  une  dimenfion plus  convena- 


Cabinet 


Gzbùtet\ 


Gardera  b c 


Chambre 

a coucher 


Grand  Cabinet* 


d Antichambre 


Girdewbt'A 


Petits  L, 


Cabinet 


Gardera  b l-c 


C h ambre 
a coucher 


Grand  SLnticl amb rc 
•rvantde  Salle  'a  manejer 


Grande  Salle 


Chambre 


Vestibule'. 


Grand  Escalier 


Llv  .rc  N c 


Plan  du  premier  e'bzae  de  llrôtel  de  Duras. 


W- - - •" 

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S -e4 nti  dt  ambre 

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Palier 

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Plan  de  letaae  au  rcz^-de-chaussee d 


4-J6. 


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Elévation  de  la.  façade  de  l'kcte.1  de  Duras,  du.  coté  de  LtCour. 


Elévation  i 


ARCHITECTURE  F R A N Ç O I S E , L i v.  V. 

ble  ; mais  comme  l’étendue  du  bâtiment  n’a  pas  permis  de  le  percer  de  trois  ou-  Hfei  , 
vertures  dans  fa  largeur , il  en  réfulte  un  trumeau  dans  le  milieu.  Une  pareille  li- 
cence  ne  feroit  pas  tolérable  dans  un  bâtiment  plus  confidérable , ni  fi  elle  eut 
été  mife  en  œuvre  par  un  Arcbiteéle  moins  habile.  Il  n’appartient  qu’aux  hom- 
mes du  premier  mérite  de  hazarder  des  fautes  heureufes  dans  quelques  parties  de 
leurs  édifices , parce  qu’ils  fçavent  reparer  les  licences  qu’ils  employent , par  la  di- 
menfion  des  maffes  & par  certaines  beautés  de  détail  capables  de  dédommager  le 
Speélateur  des  inadvertances  qui  leur  devenoient  comme  nécelfaires  dans  l’ordon- 
nance de  leurs  façades.  Cependant  comme  ces  inadvertances  ne  doivent  pas  faire 
loi,  ni  être  indillinélement  imitées  par  de  médiocres  Artiftes , nou^nous  femmes 
déterminés  à traiter  dans  l’ Introduttion  qui  fe  trouve  à la  tête  du  premier  Volu- 
me , page  75 , des  licences , en  général  dont  on  fe  trouve  quelquefois  obligé  de  faire 
ufage  dans  l’Architeélure. 

Coupc  & profils  fur  la  profondeur  du  bâtiment.  Planche  IV. 


Cette  Planche  donne  à connoître  la  décoration  intérieure  du  princiDal  corps- 
de-logis , le  développement  des  différentes  pièces  qu’il  contient  dans  fa  profon- 
deur, la  coupe  de  la  charpente,  les  entrefols , l’élévation  du  grand  efcalier,  Scc 
Par  la  difpofition  de  la  charpente  il  eft  aifé  de  s’appercevoir  que  le  mur  de  face 
À dont  nous  avons  parlé  , a été  reculé  après  coup  , puifque  l’une  des  parties  ram- 
pantes du  comble  femble  porter  à faux  dans  cette  coupe  , mais,  lors  de  la  conf- 
truélion  de  ce  mur , elle  a été  retenue  par  des  entraits  qui  lient  le  tout  enfemble 
avec  affez  d’induftrie.  Les  détails  des  lambris  font  exprimés  ici  avec  une  forte  de 
précifion  ; d’ailleurs  ils  font  affez  peu  intérelfans  pour  ne  pas  exiger  une  deferip- 
tion  plus  étendue.  C’efl  pourquoi  nous  finirons  ce  Chapitre  en  remarquant  que 
quoique  nous  n’ayons  donné  que  deux  élévations  de  ce  bâtiment,  celle  du  côté 
du  jardin  fleurifle  ( voyez  le  plan  général , Planche  Première  ) mérite  quelque  atten* 
tion , étant  de  la  même  ordonnance  que  celle  dont  nous  avons  parlé , & ne  diffé- 
rant que  parce  qu’au  lieu  d’un  avant-corps,  ce  font  deux  pavillons’ qui  forment 
les  extrémités  de  cette  façade  , d’où  il  réfulte  deux  défauts  affez  effentiels  à éviter  - 
l’un  que  le  milieu  de  cette  façade  fait  arriere-corps , l’autre  que  par  le  nombre  pair 
des  croifées  un  trumeau  marque  le  milieu  de  l’arriere-corps  & des  pavillons  de  cet- 
te élévation. 


. 


ij6  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 


Hôtel 

J’Evreux. 


CHAPITRE  XXXII. 


Defcription  de  l’Hàtel  d’Evreux , rue  du  Fauxbourg  S.  Honoré 

CET  Hôtel  fut  bâti  en  1718  , fur  les  defleins  & fous  la  conduite  de  M. 

Mollet,  Architecte  & Controlleur  des  bâtimens  du  Roi  (a),  pour  Henri- 
Louis  de  la  Tour  d’Auvergne , Comte  d’Evreux.  Après  fa  mort,  arrivée  en  1752  , 
cet  Hôtel  fut, acheté  par  Madame  la  Marquife  de  Pompadour , qui  y fait  faire  ac- 
tuellement quelques  changemens  fur  les  delfeins  de  M.  de  LaJJurante , Architecte 
& Controlleur  des  bâtimens  du  Roi  ( [h ). 

Plan  au  rez-de-chaujfée.  Planche  Première.' 

Le  plan  de  cet  Hôtel  eft  peut-être  un  des  mieux  difpofés  & des  plus  réguliers 
que  nous  ayons  décrit  jufqu’à  préfent  dans  ce  Recueil.  Une  grande  & magnifique 
cour  (r)  de  18  toifes  de  largeur  fur  27  de  profondeur  annonce  un  principal  corps- 
de-logis  double  de  2 6 toifes  & demi  de  face,  compofé  dun  rez-de-chaufiee  , 
d’un  premier  étage  & d’une  manfarde.  Aux  deux  côtés  de  cette  cour  principale 
font  diftribuées  fur  fa  longueur  deux  baife-cours  pour  le  departement  des  écuries 
& des  cuifines  & une  troifieme  fur  la  rue,  à droite  , pour  les  rend  es.  ^ette  dei- 
niere  cour  dégage  dans  les  dehors;  commodité  que  nous  avons  ^defirée  plus  dune 
fois  dans  les  bâtimens  précédens , & dont  on  peut  ici  reconnoitre  tous  les  avan- 
tages. On  fe  propofe  néanmoins  de  faire  des  augmentations  confiderables  dans  ces 
baife-cours , telles  que  d’éléver  de  nouvelles  écuries  pour  environ  50  chevaux  ; de 
multiplier  les  remifes , d’aggrandir  les  cuifines  & de  pratiquer  enfin  quelque  loge- 
ment plus  confidérable  pour  les  Officiers  & les  Domeftiques  de  cet  hôtel.  Nous  ve- 
nons de  remarquer  que  le  principal  corps-de-logis  étoit  double  lur  fa  profondeur , 
nous  obferverons  ici  qu’il  eft  ifolé  entre  cour  & jardin  , de  manière  que  les  laces  laté- 
rales ont  vûe  fur  ce  dernier.  Ce  jardin  cR  vafte  , bien  entretenu  , & 1 on  y jouit  du 
fpeélacle  agréable  des  Champs  Elifées  qui  femblent  lui  fervir  de  parc.  Sa  longueur 
eft  aéluellement  de  92  toiles,  a compter  du  mur  de  face  du  batiment  , mais  on 
doit  le  prolonger  d’environ  20  toifes  pour  gagner  les  premiers  arbres  des  Champs 
Elifées , & l’on  a intention  d’y  pratiquer  une  grande  allée  de  traverfe  en  face  de 
l’alignement  AB.  Au  moyen  de  ce  nouveau  percé  , du  principal  corps-de-logis  on 
pourra  découvrir  non-feulement  la  riviere , mais  encore  les  bâtimens  qui  font  de 
l’autre  côté. 

On  fe  propofe  auffi  d’acquérir , attenant  le  mur  de  clôture  LU  , un  marais 
pour  faire  un  potager  , à l’extrémité  duquel  fera  une  iffue  afin  que  des  Champs 
Elifées  on  puiiTe  avoir  une  entrée  dans  les  jardins  de  cet  Hôtel.  _ 

A gauche  du  principal  corps-de-logis  eft  pratiqué  un  jardin  particulier  pour 
des  fleurs,  donnant  entrée  à un  bofquet  avec  portiques  & treillages , mele  de  ver- 
dure , & qui  contient  une  volière , une  grotte  avec  nappes  d eau  , ôte.  Au  pied 


(a)  Le  même  qui  a bâti  l’Hôtel  d’Humieres  , le  Châ- 
teau de  Stain  , &c. 

(b)  Voyez  ce  que  nous  avons  dit  de  cet  Architeéle  dans 
le  premier  Volume,  page  232.  note  n. 

(c)  A l’exception  de  celle  de  l’Hotel  de  Soubife  qui  a 
de  largeur  22  toifes  fur  30  de  profondeur,  on  ne  voit 
point  à Paris  d’Hôtel  qui  foit  pi'ccedé  d une  auffi  belle 
cour.  Les  Hôtels  de  Touloufe  , de  Louvois  , de  Mati- 
gnon , de  Noailles , de  Lambert . &c.  tous  grands  & 


vaftes  en  bâtimens , ont  des  cours  fort  inférieures  a celle 
dont  parlons,  & qui  paroîr  d’autant  ^plus  fpacieu.e  ici  , 
que  fes  murs  collatéraux  font  peu  élevés  , n ayant  au- 
cun bâtiment  qui  leur  foit  adoHTé.  Ce  peu  d élévation  des 
murs  , en  épargnant  une  dépenfe  affez  confiderable  , pro- 
cure au  principal  corps-de-logis  un  air^falubre  qui  eft 
toujours  défirable  dans  un  édifice  élevé  dans  la  Ca- 
pitale. 

du 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  L iv.  V. 


du  bâtiment , du  côté  du  grand  jardin  eft  une  terraffe  que  i’on  lé  propofe  d'élé-  i .^^el 
ver  de  18  pouces,  afin  de  pouvoir  découvrir  avec  plus  de  facilité,  de  defius  cet- 
te éminence  , l’étendue  des  dehors  qui  environnent  cet  Hôtel.  En  effet  il  fe  trou- 
ve fitué  de  maniéré  que , quoique  bâti  à l’entrée  de  cette  Capitale  , il  a tous  les 
avantages  d’une  des  plus  belles  maifons  de  plaifance  des  environs  de  Paris. 

Les  diftributions  du  principal  corps-de-logis  au  rez-de-chauftee  ont  déjà  fouffert 
quelques  changemens  depuis  la  nouvelle  acquifition  de  cet  Hôtel  ; mais  comme 
ils  font  peu  confidérables , nous  en  ferons  feulement  mention,  fans  marquer  ces 
additions  fur  cette  Planche , nous  refervant  d’en  donner  par  la  fuite  un  nouveau 
plan , lorfque  les  augmentations  y auront  été  faites , tant  dans  les  bâcimens  que 
dans  les  jardins.  Ces  changemens  confiftent  aujourd’hui  dans  la  fuppreffion  de  l’ef- 
calier  E , à la  place  duquel  & de  la  piece  F , on  a fait  une  antichambre  qui  pré- 
cédé l’appartement  en  aile  ; à qui  on  a aulfi  ajoûté  des  garderobes  & de  petites  piè- 
ces de  commodité,  dillribuées  avec  beaucoup  d’art  & dégoût.  A la  place  de  la 
garderobe  G , on  a confirait  un  nouvel  efcalier  qui  conduit  aux  entrefols  & qui 
fervira  de  dégagement  au  premier  étage , lorfqu’on  aura  pratiqué  , comme  on  le 
projette  (ci) , un  grand  efcalier  dans  la  falle  H , qui  placé  à droite , s’annoncera 
du  veftibule  , le  mur  de  refend  I devant  être  tenu  ouvert  dans  fa  plus  grande  par- 
tie. Le  refte  de  cette  piece  fervira  de  première  antichambre , & toutes  celles  du 
côté  du  jardin  compoferont  un  appartement  de  parade , étant  déjà  revêtues  de  me- 
nuiferie  ornée  de  fculpture,  de  glaces,  de  dorure  & de  peintures  d’une  aflèz  gran- 
de beauté  (e)  , de  maniéré  que  , lorfqu’elles  feront  entièrement  meublées , tout 
concourera  à faire  de  cet  Hôtel  une  maifon  des  plus  imnortantes. 

Revenons  à la  fuite  des  changemens  faits  dans  ce  corps  de  logis.  On  a fup- 
primé  dans  l’antichambre  la  cloilon  K , pour  aggrandir  cette  piece , à deffein  fans 
doute  d’en  faire  une  falle  à manger  qui  dégage  dans  le  nouvel  efcalier  placé  en 
G.  Cependant  il  eft  à croire  que  dans  la  fuite  on  imaginera  un  moyen  de  prati- 
quer un  dégagement  qui  puiiïê  des  cuifines  faire  lêrvir  à couvert  dans  cette  falle 
a manger , foit  qu’on  la  laifie  où  nous  difons,  foit  qu’on  préféré  de  la  placer  à 
1 extrémité  de  la  grande  lalle  H du  coté  de  la  face  latérale  , ne  convenant  pas , fé- 
lon ce  que  nous  avons  dit  ailleurs,  de  placer  ces  iortes  de  pièces  dans  les  enfilades 
du  côté  du  jardin,  à moins  d’une  fête  extraordinaire  ; & même  en  ce  cas , la  piece 
du  milieu  , telle  que  fe  voit  ici  le  fallon  , peut  lêrvir  de  falle  de  feftin  & les 
pièces  adjacentes  , d’appartement  de  fociété.  La  piece  marquée  L , eft  def- 
tinée  aujourd’hui  pour  une  chapelle.  Enfin  des  portes  de  dégagement , des  che- 
minées , des  entrefols  fupprimés  & reconftruits  à neuf  dans  ce  côté  du  bâtiment 
complettent  les  changemens  dont  nous  avons  voulu  parler  , lefquels,  comme  nous 
en  avons  averti , ne  font  point  exprimés  ici , parce  qu’ils  feront  compris  dans  un 
nouveau  plan  que  l’on  fera  de  cet  Hôtel,  lorfqu’il  fera  entièrement  achevé.  Nous 
en  uferons  de  même  à l’égard  du  plan  du  premier  étage  du  principal  corps-de- 
logis,  dont  on  voit  les  anciennes  diftributions  , Figure  Première,  Planche  II  Du 
tems  deM.  le  Comte  d’Evreux,  ce  premier  étage  n’a  jamais  été  fini , ni  habité , 
mais  on  fe  propofe  d’y  travailler  l’année  prochaine.  Alors  on  conftruira  le  grand 

(d)  Nous  annonçons  ces  additions  & celles  dont  nous 
avons  parlé  d’après  ce  que  nous  en  avons  appris  fur  le  lieu, 
en  vifitant  cet  Hôtel , le  3 Septembre  175-3,  pour  par- 
venir à fa  defeription.  Il  fe  pourroit  bien  qu’on  chan- 
geât d’avis  à leur  égard  , mais  ces  additions  nous 
ont  paru  fi  convenables  & fi  néceflaires  que  nous  avons 
crû  devoir  ajoûter  foi  à ce  qu’on  nous  en  a dit  d’a- 
près les  projets  de  M.  De  Lajfurance  , dont  les  fentimens 
femblent  autant  d’autorités  en  matière  d’Archite&ure. 

Tome  IIL 


grand 

(e)  On  trouvera  dans  le  fixieme  Volume  une  par- 
tie des  lambris  de  l’intérieur  de  ce  bâtiment  gra- 
vés anciennement.  On  donnera  dans  la  laite  de  nou- 
velles planches  qui  comprendront  ce  qui  aura  été  fait  ici 
de  nouveau,  & que  l’on  aura  foin  de  deffiner  & de  faire 
graver  co  reélement  & avec  goût,  afin  de  dédomma- 
ger le  r ubJic  du  peu  d art  qu’on  remarque  dans  les  an- 
ciennes 

Rr 


Hôtel 

d’Evreux. 


i;8  ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V. 

efcalier  dont  nous  avons  parlé , ceux  qui  font  exprimés  dans  ces  plans  ne  s’annon- 
çant pas  avec  une  forte  de  diftinétion  & ne  pouvant  fervir  que  d’efcaliers  de  dé- 
gagement, pour  répondre  à la  magnificence  d’une  auffi  belle  maifon. 

Elévations  du  côté  de  la  rue , du  côté  de  la  cour , & d’une  des  faces  latérales. 

Planche  II. 

La  Figure  I.  donne  la  dillribution  du  plan  du  premier  étage  dont  nous  venons 
de  parler , & ne  diffère  de  l’exécution  que  dans  la  fuppreflïon  de  l’efcalier  A , tranl- 
porté  en  B,  & dans  le  mur  de  refend  C,  à la  place  duquel  on  a pratiqué  une  for- 
te cloifon  de  charpente  , l’ancien  mur  portant  à faux  fur  le  plancher  foûtenu 
par  les  colonnes  de  la  chambre  de  parade  du  rez-de-chaulfée.  Le  relie  ell  abfo- 
lument  le  même,  mais  , comme  nous  l’avons  déjà  remarqué , il  n’a  jamais  été  ha- 
bité , n’ayant  été  jufqu’ici  ni  carrelé  , ni  parqueté. 

La  Figure  deuxieme  préfente  l’élévation  de  la  porte  d’entrée  de  cet  Hôtel  , 
dont  le  plan  ell  retourné  d’équerre  à l’axe  du  bâtiment , malgré  l’obliquité  de  la 
rue  où  elle  ell  fituée.  ( Voyez  le  plan  de  cette  porte.  Planche  Première.)  Sa  dé- 
coration confifte  dans  un  Ordre  de  colonnes  Ioniques  , ifolées  & accouplées , éle- 
vées fur  un  focle  & portant  un  entablement  partie  horifontal  & partie  en  plein 
ceintre.  La  porte  ell  bombée  & ornée  d’un  bandeau , lequel  ell  couronné  d’un 
plinthe  recevant  les  armes  de  feu  M.  le  Comte  d'Evreux  avec  leurs  fupports , a la 
place  defquelles  feront  incelfamment  fubllituées  celles  de  Madame  la  Marquife 
de  Pompadour , qui  ne  different  guéres  que  dans  une  partie  du  blafon.  Nous  ne  di- 
rons rien  de  l’ordonnance  de  cette  porte  , nous  avons  remarque  ailleurs  1 effet  que 
produifent  les  corniches  circulaires  dans  l’Architeélure.  ( Voyez  ce  que  nous  avons 
dit  concernant  les  frontons  de  ce  genre  dans  l’Introduôlion , page  104,  Figure 
douzième.  ) _ . 

La  Figure  troifieme  fait  voir  l’élévation  du  principal  corps  - de  - logis  du  cote 
de  la  cour.  Il  comprend , comme  nous  l’avons  déjà  remarque  , un  rez  de-chaulfee, 
un  premier  étage  8c  une  manlarde.  Cette  élévation  ell  flanquée  a fes  extrémités 
par  deux  pavillons  & décorée  dans  fon  milieu  par  un  avant-corps  dont  le  fol 
ell  orné  de  quatre  colonnes  d’Ordre  Dorique  fans  aucune  fujettion , l’entablement 
qui  les  couronne  n’ayant  ni  triglifes , ni  mutules.  Au-delfus  s’élèvent  quatre  pi- 
lallres  d’Ordre  Corinthien  qui  foûtiennent  un  entablement  terminé  par  un  fron- 
ton triangulaire.  ( Voyez  ce  que  nous  avons  dit  dans  le  Chapitre  XXIX  de  ce 
Volume , concernant  les  murs  de  face  élevés  fur  des  entre  colonnemens.  ) 

Les  arriere-corps  de  cette  élévation  font  percés  chacun  de  quatre  croifées  à 
chaque  étage  : celles  du  rez-de-chaulfée  font  bombées , celles  de  deffus  , à piate- 
bande  , & dans  les  manfardes  font  autant  de  lucarnes  terminées  en  ceintre  furbailfé 
Sc  peut-être  un  peu  trop  ornées  pour  la  fimplicité  des  arriere-corps.  Les  croifees 
fupérieures  des  pavillons  font  en  plein  ceintre , fans  doute  pour  leur  comerver 
quelque  analogie  avec  celles  de  l’avant-corps  du  milieu  de  cette  façade.  En  gene- 
ral , on  peut  obferver  que  les  profils  de  ce  bâtiment  font  aifez  peu  analogues  à 
l’expreffion  des  Ordres  , & qu’ils  font  incorreAs  & fans  fermeté  ;.caraétere  qui 
leur  auroit  été  cependant  nécellàire , la  cour  6c  les  jardins  qui  1 environnent  étant 
fpacieux  & fort  aérés.  . 

La  Figure  quatrième  offre  une  des  faces  latérales  de  ce  batiment  donnant  fur 
le  jardin  fleurifte  , & dans  laquelle  ell  exprimé  le  retour  de  1 aile  A , donnant  fur 
un  bofquet,  & qui  dégage  l’appartement  du  rez-de-chaulfee  dont  nous  avons  par- 
lé en  expliquant  la  Planche  I.  Toutes  les  croifées  de  cette  façade  font  en  plein 
ceintre  & entourées  de  bandeaux,  les  lucarnes  font  à plate-bande  ; au-delfus  de 


ARCHITECTURE  FRANÇOISE,  Liv.  V?"  ï?9 

Eaîle  A on  voit  le  retour  d'un  des  pavillons  dont  nous  avons  auffi  parlé  à l’oc- 
caiion  de  la  Planche  précédente. 

Elévation  du  côté  des  jardins  & Coupe  fur  la  longueur  du  bâtiment- . 
Planche  III. 

La  Figure  Première  fait  voir  la  coupe  du  principal  corps-de-logis  , un  des 
murs  collateraux  de  la  cour,  & la  coupe  delà  principale  porte  d'entrée,  prifes 
tÿ;  Planche  Première  fur  la  ligne  AB.  La  coupe  marquée  A,  offre  en  petit 
la  décoration  intérieure  des  appartemens  du  rez-de-chauflfe , la  hauteur  de?  fes 
Planchers  celle  du  premier  étage  & celle  des  manfardes.  On  voit  ici  des  lam- 
bris  dans  le  premier  etage,  mais  ce  n’eft  qu’un  projet,  ayant  remarqué  précédem- 
ment que  cette  partie  intérieure  du  bâtiment  n’étoit  pas  achevée.  A l'égard 

aThri  ffTTr”  taS  le  fal,lon  du  rez-de-^ffée,  donnant  fur  leSjar- 

din  & dans  le  veftibule  fur  la  cour,  ils  font  exécutés,  mais  annoncés  affez  im- 
parfaitement dans  cette  Planche,  principalement  ceux  du  fallon,  qui  fur  le  lieu 

l’échXTl  nP°irUne  PTe  déGOrée  -gnifiquement,  mais  que\  petiteffe  de 
le  ch  elle  & la  négligence  du  Graveur  a exprimée  d’une  maniéré  fort  indécife 
La  décoration  du  veft.bule  eft  mieux  rendue,  étant  plus  limple  ; mais  , corne™ 
1 avons  déjà  obferve  , ce  côté  ferafupprimé  dans  la  fuite  pour  laiffer  voir  le  grand 
efcalier  qu  on  fe  propofe  de  conftruire  à neuf,  ainfi  que  nous  en  avons  délaver 
lonne  r \mUrS  de  C£tte  COUPe  ^ voit , du  côté  du  jardin  , les  Z- 

l’Ordre  d0nnt|hffnne^e  evles  ^ d“  pilaftfes  Ioniques , & du  côté  de  la  cour 

pSlé  of  peut  voir  d°rmthler  d£S  C0l°nneS  D°ritlUeS  donr  nous  avons 

parie  On  peut  voir  dans  ce  dernier  le  porte  à faux  que  procurent  les  murs  de 

affez  ÎE  Ta'LidV  't||e_Cf°nilement  de  de^us  5 genre  de  décoration 
l’Art  de“  1 ree  e apparente’  des  parties  effentielies  de 


teneur 

tel.  La  façade  marquée  ç, , eu  une  décoration  qui  revêtit  i un  des  murs  qui  dé- 
terminent la  largeur  de  la  cour.  (Voyez  le  plan.  Planche  Première.  ) Elle  eft 
toute  ici  pour  la  magnificence  n’ayant  dans  fa  longueur  qu’une  porte  réelle 
qui  fimetnfe  avec  celle  qu.  lu.  eft  oppofée.  L’une  & Autre  donnent  entrée  aux 
affe-cours.  Cette  décoration  coniifte  dans  des  arcades  feintes  en  plein  ceintre 
ont  les  piédroits  & les  claveaux  font  ornés  de  refends,  couronnés  d’un  plinthe 
& ternîmes  par  une  baluftrade  qui  donne  à cette  cour  un  air  de  magnificence 
qui  réufft  tres-bien  Ces  ornemens , joints  à fa  grandeur,  annoncent  d’une  ma- 
rathon.110^ & lmp°fame  Ia  rëlIdence  d’une  perfonne  de  la  première  confidé- 

O rLppet|tre  P fa'AV0-rla  C?up,e  & le  profil  de  la  principale  porte  d’entrée  de 
S VH  f ‘ji*"5  1 ePa,,rfur  de  laquelle  on  a pratiqué  d’un  côtéP le  logement  du 
Smffe  & de  1 autre  ce  ui  du  Concierge.  La  lettre  E exprime  le  reto“ 
g e droit  du  cote  de  la  rue  , que  l’on  a préféré  ici  aux  tours  creufes  dont  on 
fa,t  ufage  ordinairement  dans  la  plûpart  de  nos  grands  édifices.  Cette  première 
manière  nous  paraît  plus  régulière,  principalement  lorfque  le  mur  deP clôture 
neft  pas  perpendiculaire  au  batiment.  ( Voyez  le  plan,  Planche  Première.) 
d’,m  FvSnrre  “T  T enFm  la  %ade  du  côté  du  jardin.Elle  eft  comnofée 
mvilir,  *dePV  ^ dfUX  arriere-corps , de  deux  pavillons,  de  deux  arriere- 
p.v  ons  3c  de  deux  ailes , faifant  en  total  quarante  toifes  un  pied  de  longueur 
ce  qui  donnanc  lur  de  beaux  jardins  & ayant  pour  fpeétacle  le  coup  d'œil  des 


'Hôtel 

d’Evreux. 


( Hôtel 
d’tvreux. 


160  ARCHITECTURE  FRA  NÇOISE,Liv.  V. 

Champs  Elifées , forment  une  des  plus  belles  maiicns  qui  l'oient  à Paris.  Ceft  pour 
cette  confidération  que  nous  aurions  défiré  plus  de  févérité  dans  la  répartition  des 
membres  d’ Architecture  de  cette  façade  , de  plus  grandes  malfes  & des  beautés 
de  détail  plus  conformes  à l’étendue  de  cet  édifice  & à l’efpace  qui  l’environ- 
ne. Nous  n’entrerons  point  dans  le  détail  des  chofes  qu’on  peut  trouver  à re- 
prendre dans  fa  décoration  extérieure , nous  avons  difcuté  plus  d’une  fois  , dans 
les  bâtimens  que  nous  avons  décrit  précédemment,  la  nécelfité  d 'éviter  les  dé- 
reglemens  trop  ordinaires  dans  l’ordonnance  de  la  plupart  des  édifices  qui  fe  font 
élévés  depuis  le  commencement  de  ce  fiecle  , & nous  y renvoyons  le  Leéteur. 
D’ailleurs  la  diftribution  de  cet  Hôtel , en  général , a des  beautés  fi  fatisfaifantes 
que  nous  croyons  ne  pouvoir  mieux  terminer  ce  Volume  qu’en  le  citant  pour 
exemple , fans  vouloir  relever  les  inadvertances  fans  nombre  qu’on  remarque  dans 
fes  façades. 


Fin  du  Troijieme  Volume. 


Grande  Ccnu 1 


Kafisfisii 


ŒBMteisài 


««sgyaaaatagwagsaMfflu^^ 


1